CLARA LUCIANI

Coeur symphonique

Entre deux chapitres de sa seconde tournée, Clara Luciani « respire encore » en réalisant l’un de ses rêves : chanter à la Maison de la Radio, dans le grand auditorium, en même temps qu’elle réalise le nôtre aussi , assister à un moment rare, une revisite en Pop symphonie de son répertoire. Comme l’a annoncé Didier Varrod en préambule de cette promesse un peu folle, Clara, c’est la tête d’affiche de l’Hyper Weekend Festival crée et monté par lui-même, dont le générique de cette première édition fait pâlir tous les programmateurs, de Jean Michel Jarre à Dominique A, d’Alex Beaupain à Iliona, Lala & Ace, Superpoze ou encore, la nouvelle sensation Pierre de Maere. Dans cet auditorium royal et impressionnant, Clara avoue devant une salle comble qu’elle vit l’un des moments les plus importants de sa vie… Nous y étions, on vous raconte…

L’orchestre Philharmonique s’accorde et se met au diapason tandis que Clara Luciani, à peine cachée dans la porte entr’ouverte où elle s’apprête à faire son entrée, scrute avec émotion le grand espace classieux qui va l’accueillir et lui faire un triomphe. Trépignant d’impatience autant que d’appréhension, elle laisse sagement la cacophonie des accords converger vers cet unisson qui procure toujours un frisson assez indescriptible.

Lumineuse comme jamais, heureuse comme à son premier jour sur scène, exaltée comme si c’était la première fois qu’elle chantait, Clara Luciani n’en est pas moins émue, touchée, émerveillée devant cette salle dont elle a rêvé, cet instant qu’elle présente comme un « rêve éveillé » et l’un des plus grands moments de sa carrière : chanter à Radio France !

Pour ce grand concert unique, elle a choisi une tenue de velours rouge… Rouge comme un cœur, titre son second album dont elle va parcourir en version orchestrale les grandes lignes, comme l’amour qui grandit au fur et à mesure qu’elle rencontre son public. Sous l’oeil bienveillant de l’acolyte des premiers jours, Alban Claudin, timidement caché derrière son piano, et du chef d’orchestre charismatique Dylan Corlay, Clara Luciani retrouve le trac des premiers concerts, intimidée visiblement par les musiciens classiques de Radio France qui l’entourent, davantage en tout cas que par les spectateurs qui l’acclament à chaque chanson et qu’elle remercie toujours chaleureusement.

Dès les premières notes, dès le premier son de sa voix, une émotion s’empare de chacun des témoins de ce moment absolument grandiose, où le monde de la Pop rencontre (comme trop rarement) celui du classique. On pense instantanément à Michel Legrand, sans doute le plus grand compositeur Pop de musiques de films classiques, dont elle est absolument fan. Avec une réinterprétation sensible et cinématographique de 15 de ses chansons, Clara nous entraîne dans cet univers qui la séduit tant, où plane l’esprit d’un Jacques Demy, à qui elle a ouvertement rendu hommage dans sont clip « Le Reste » nommé aux prochaines Victoires de la Musique. Avec elle, défilent les demoiselles, les parapluies, les moulins de son coeur où s’est penchée sans doute une fée des lilas.

On découvre alors sous un nouveau jour des chansons devenues populaires comme « Respire encore », et l’on mesure que même en version classique, elle demeure un hymne absolu tant le public la plébiscite en dansant. C’est assurément « La grenade » de son album « Coeur » ! De cet opus, elle revisite 7 titres parmi lesquels une version reconstruite du « Chanteur » assez déroutante mais qui prouve l’extrême musicalité de cette histoire d’amour, de vent et de papillons. Certes elle nous prive de son refrain mais elle permet en échange un très grand moment instrumental et lyrique, offert par cet orchestre philharmonique exceptionnel qui nous submerge d’émotion à chaque note dans une acoustique absolument parfaite, mondialement reconnue.

Et puis, au milieu de ces derniers titres, Clara Luciani s’émeut de ceux de ses débuts, rappelant que c’est à la Maison de la Radio que tout a vraiment commencé, et les yeux remplis de souvenirs, elle nous offre 2 chansons de son premier EP : « Pleure Clara Pleure » et « Monstre d’Amour », mais aussi quelques moments de grâce de sa « Sainte Victoire » comme « Dors », « Les Fleurs » ou « Drôle d’époque » en plus de « Nue » et bien sûr de « La Grenade » qui clôture le set, avant le rappel où sur le temps des souvenirs, elle reprend sa guitare électrique.

Et quel rappel ! Alex Kapranos la rejoint, presque timidement, conscient qu’en face de lui rayonne cette étoile montante qui brille aujourd’hui plus haut que toutes les autres. Ils chantent bien entendu « Summer Wine / le Vin de l’été » de Nancy Sinatra et Lee Hazlewood (1966) popularisé en France par Marie Laforêt et Gérard Klein (1969) avec une complicité heureuse et un vrai bonheur d’être ensemble dans ce grand auditorium.

Alors que le concert, trop court mais si intense, touche à sa fin avec les dernières notes du splendide « Au revoir », timé par une retransmission en direct sur France Inter, le public qui l’ovationne la fait revenir. Un vrai rappel cette fois où elle reprend à nouveau « Le Reste ». Dès qu’elle quitte la scène, il y a toujours ce vide immédiat qui nous envahit, peut-être un peu plus encore ce soir, parce qu’avec elle, c’est tout le parfum de cet événement éphémère qui s’évapore, le reste rejoue désormais la partition dans nos souvenirs…

Gregory Guyot

Setlist : Coeur / Tout le monde / Les Fleurs / La Place / Le Reste / Monstre d’Amour / Pleure, Clara Pleure / Nue / Le Chanteur / Respire Encore / Drôle d’Epoque / La Grenade / Rappel : Dors / Summer Wine (avec Alex Kapranos) / Au Revoir

Photos : Gregory Guyot (DR/ @i_am_gregg/ JSM) / Delphine Champion (DR / JSM)

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