GÉRARD DEPARDIEU :

la passion BARBARA


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Alors qu’il publie « Monstre » une autobiographie lucide et amoureuse de la vie, et que son album « Depardieu chante Barbara » est réédité, augmenté d’un CD bonus en public en 19 titres, le monstre sacré du cinéma a repris son spectacle hommage à sa partenaire dans « Lily Passion », du 7 au 19 novembre dernier, au Cirque d’Hiver Bouglione. Comme un ultime rendez-vous d’amour avec la chanteuse disparue il y a tout juste 20 ans…

Elle était aussi frêle qu’il est solide. Elle était aussi habitée sur scène d’une émotion violente et débordante qu’il semble fébrile, théâtral et léger, abîmé par la vie, sa vie. Rôles inversés qui se rejoignent sur un morceau de scène confinée qui met en avant des mots, des phrases, des thèmes que l’on sent communs. Elle est Barbara. Il est Depardieu. Ou l’inverse.

Depardieu chante Barbara. Depardieu vit Barbara. Depardieu est Barbara. Embrassant tout entier ce qui portait la grande dame en noir, disparue il y a 20 ans déjà, il scelle au travers d’un récital très riche, leur amitié indéfectible et discrète comme le battement de coeur de ce tour de chant authentique d’un Gérard Depardieu , vulnérable, recueilli et pudique.

 

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Pudique, quand sur la scène du Cirque Bouglione, celui « qui ne boit plus » comme il l’avoue, lui chante sa tristesse, à elle, pas à nous ; quand il se tient presque immobile, de noir vêtu à la bordure d’un piano noir qu’il contourne parfois, appuyé le plus souvent sur le pied de son micro, parfois affalé sur la queue de l’instrument fétiche de la chanteuse ; quand il se fait rageur, enveloppé dans une lumière intime qui a effacé toutes les couleurs de ce cirque d’Hiver.

Pudique, lorsqu’il exprime ses dualités. Il a la force d’un comédien et la discrétion d’un intime en même temps. Belle et bête à lui tout seul, il laisse exprimer son côté féminin d’un seul homme, mais de plusieurs voix, modulées, modulables, tantôt violente, tantôt caressante, toujours fragile, rarement maladroite, étonnement juste. Il n’est pas chanteur mais il chante Barbara comme presque personne.

Pudique dans ses non-dits, dans ses mots tendres, dans ses maux dits, quand par exemple il n’évoque pas son fils, Guillaume, quand il interprète « A force de… » que le jeune homme avait écrit avec Barbara. Il ne dit pas un mot de Lily Passion dont il chante pourtant « L’île aux mimosas », « Emmène-moi », et « Oh mes théâtres » ; quand il tait jusqu’à la fin qu’il est accompagné du grand Gérard Daguerre, pianiste fidèle de la dame en noir sur scène, quand il ne dit rien des moments de vie passés avec elle, chez elle, à Précy-sur-Marne, encore moins de leur complicité, tandis qu’on aurait adoré plus d’anecdotes, comme lorsqu’il évoque une Barbara inattendue qui rit, se cache derrière ses mains et l’imite avec un mimétisme incroyable. A cet instant précis, on a l’impression de percer un secret, et d’entrevoir dans cet émouvant tableau, un éclair de joie.

 

Gérard Depardieu habille cette pudeur des propres mots de Barbara, mots d’une vie d’artiste, morceaux choisis, tendres, drôles et émouvants qui s’intercalent entre deux chansons d’un répertoire généreux et bouleversant, avec des moments intenses comme sur « Drouot » qu’il interrompt pour évoquer la  dispersion de l’héritage de Barbara, déchiré déchirant ; comme sur « Marienbad », moment théâtral extrême tout en dièses et en bémols dans un halo de lumière intense ; comme sur « Une petite cantate » ou « La solitude » ou encore le déchirant et si actuel « Perlinpimpin ».

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Avec une réserve et une distance, qui donnent souvent le sentiment d’être là sans être là, Gérard Depardieu, habité par l’âme de Barbara, réussit à constamment nous émouvoir. Il est authentique, semble inconsolable et mettant à nu la blessure jamais refermée d’un monstre sacré. Son immense talent de comédien mais surtout révèle une voix caverneuse qui se fait aussi fluette parfois, habitée, émue, gonflée d’une féminité si propre à l’immense acteur qu’il est et qui contraste tellement avec son imposante carrure.

« les morts ont besoin de calme et de chansons » récite-t-il sur scène. Pourtant les applaudissements, les ovations, les bravos qui ponctuent chaque chanson, n’ont pas donné raison à cette sagesse : ils ont dû résonner comme autant de messages d’amour aux oreilles de la Dame en noir, trop tôt envolée.

Gregory Guyot

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crédit photos: Pierre Olivier Signe (D.R), prises au Cirque d’Hiver Bouglione, les 7 et 12 novembre 2017.

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