ZAZIE

La folie douce

A 54 ans, Zazie revient avec « Essenciel », un dixième album qui dresse le portrait d’une femme bien dans sa peau, en phase avec son âge et ultra-lucide sur son époque, dans toute sa complexité. Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, ses nouvelles chansons renvoient à des thématiques qui lui sont chères, mais sont désormais empreintes d’une belle maturité et d’une gravité, qui n’enlèvent rien à la liberté de ton et à la folie douce qui l’habitent depuis toujours … Nous l’avons rencontrée dans un grand hôtel parisien, plus heureuse, épanouie et sereine que jamais… 

Photo presse 2 Zazie par Laurent Seroussi 3

– Dans quel état d’esprit es-tu à la sortie de cet album ? On parle beaucoup d’une renaissance artistique…

Ce sont les gens qui disent cela ; moi je ne suis pas « mouru », hein ! Un artiste rencontre plus ou moins de succès selon les disques ; c’est normal. On peut aussi éprouver une forme de lassitude. On n’est pas forcément toujours frais à tout point de vue, et on ne vient pas d’arriver sur le marché… Et puis, dans cette liberté que je m’accorde dans ce que je fais, sans quoi je m’ennuie ou j’ai l’impression d’être malhonnête, j’ai bien conscience qu’il y a des chansons plus ou moins formatées et abordables. Certaines sont parfois plus âpres ou plus sombres. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas une chanson qui bastonne à la radio qu’on cesse de vivre, ou même d’être joyeux d’ailleurs. Il se trouve que j’ai la chance de toujours préférer le chemin aux résultats, sans doute aussi parce que j’ai eu beaucoup de résultats dans le passé. Alors, je me dis que si les gens ont la gentillesse d’acheter mes disques, ce qui a été le cas du dernier album d’ailleurs (ndlr : « Encore heureux », 2015) , même s’il n’a pas fait les scores des précédents, le monde de la musique ayant changé aussi, ça me suffit très largement. Cela me permet de gagner ma vie très correctement, de remplir des salles de concert, et de continuer à faire joyeusement ce que j’aime : écrire de la musique…

– Pourquoi avoir quitté ton label historique Mercury ?

Il n’y a pas eu de fâcherie entre nous ; simplement mon contrat était fini. C’est comme une histoire d’amour. Au bout d’un moment, ça ronronne un peu, des deux côtés d’ailleurs. J’y ai vu passer un nombre de patrons incalculable, avec lesquels on s’est toujours très bien entendus. Mais arrive un moment où on ne se surprend plus, comme dans un vieux couple. Parfois, c’est intéressant de se remettre en question avec une équipe fraîche, même s’il s’agit aujourd’hui de Pascal Nègre, que je connais depuis longtemps. On a des liens qui ont dépassé ceux de la musique, même si on ne s’est jamais vus en dehors de ça. Entre nous, il y a de l’amitié, de la tendresse, un besoin pour des raisons différentes de se réinventer aussi. Pascal m’a d’abord signé en management : c’était très drôle, parce que ce n’est pas son métier à la base. Il connait très bien les artistes, mais il a du se frotter à des questions plus quotidiennes. Il m’a accompagnée dernièrement à une dédicace à la Fnac pendant deux heures : il prenait des photos, comme un ado de douze ans…  Les gens hallucinaient totalement. Il retrouve un contact direct qu’il n’a jamais connu finalement au sein de ce petit label, dans lequel je suis en licence. De mon côté, cela me permet aussi de découvrir des choses du métier, très techniques, que j’ignorais jusqu’ici.

– Comment est née l’idée de la pochette ?

J’ai du faire une séance photos, toutes les précédentes appartenant à Mercury qui les avait commandées. J’ai fait appel à mon copain Laurent Seroussi et on est partis dans le Sud. Cela faisait trois jours qu’on baroudait en extérieur. Et puis, on s’est retrouvés dans cette maison qu’un pote m’avait prêtée. On cherchait des idées, et on a trouvé ce tableau représentant à la base une femme d’un certain âge et assez gironde. J’ai attrapé le tableau et en panne d’idée de stylisme, Laurent m’a suggéré de poser nue comme elle, même si j’ai gardé le bas. La photo n’était pas destinée à être la pochette, mais quand je l’ai vue, j’ai trouvé qu’elle était intéressante, avec son effet trompe-l’œil entre le dessin et moi. J’ai alors voulu introduire un homme dans le tableau et Laurent, très bon dessinateur, a fait son auto-portrait en se rajoutant du gras, pour être conforme aux codes de la peinture d’origine.

JSM Horizontal

– Poser nue, est-ce un acte militant de ton point de vue, une façon de dire qu’il n’y a pas d’âge pour être sexy ?

L’image reste énigmatique à mes yeux : on peut lui trouver mille interprétations, dont celle-ci en effet. Soyons sexys comme on est, à l’âge qu’on a. Pour moi la nudité n’est pas pornographique. Elle est beaucoup plus crue, que certaines images suggestives. Elle me semblait en tout cas conforme au titre « L’essenciel ». J’y apparais débarrassée du superflu…

– Pourquoi le choix d’Edith Fambuena à la composition et à la co-réalisation de la plupart des titres ?

Edith est une grande réalisatrice Pop-Rock en France, depuis de nombreuses années. On peut citer des tas d’albums auxquels elle a participé, de Daho à Bashung. Elle a cette multi-fonction d’être à la fois excellente guitariste, réalisatrice mais aussi chanteuse. Elle connait les zones nébuleuses, de doute ou de fragilité, dans lesquelles on peut se retrouver en tant qu’artiste. Et puis, c’est une femme de mon âge. On s’est connues artistiquement sur l’album précédent :et ça s’est très bien passé. La tournée qui a suivi aussi. La rencontre humaine a été si formidable, comme deux sœurs, que j’ai voulu continuer à travailler avec elle. Elle n’était pas convaincue au début, pensant qu’il fallait que je change un peu. Elle m’a dit : je t’apporterai les pains au chocolat (rires). J’ai donc commencé à composer de mon côté, avant de retourner la voir pour co-composer, et on a associé à notre travail Alexis Anérilles.

– Comment avez-vous travaillé ?

J’avais commencé à faire une chansons toute seule, comme je fais toujours pour savoir où j’en suis. Ensuite, on est partis à trois, avec rien… On a installé notre matériel, très léger, dans le Sud. Très exceptionnellement, j’avais cette fois des bouts de textes sur un carnet, comme ceux de « La source », « Va chercher » ou « On s’aima fort », mais je ne leur en ai pas parlé. On a creusé des mélodies et certains textes ont collé à ces mélodies. Les choses se sont construites au fur et à mesure…

– Avez-vous écrit beaucoup de titres pour n’en retenir que 12 ?

Pas tant que cela, on en a écrit 14 au total.

– N’as tu pas essayé de lui proposer un duo, comme l’a fait Daphné ?

On avait tellement de travail que l’idée ne s’est pas présentée. Quand elle est réalisatrice, Edith prend beaucoup de distance par rapport à la chanteuse qu’elle est. Ça peut devenir compliqué pour elle de tout mélanger.

Photo presse 2 Zazie par Laurent Seroussi (4)

– Comme est venue l’idée de la chanson « Speed » avec son crescendo, assez casse-gueule et déroutant pour les radios ?

On n’a rien inventé : « La valse à mille temps » de Jacques Brel, mais aussi « Bella Ciao », « Kalinka » ou « Americano », et beaucoup d’autres chansons du répertoire, reposent sur ce principe. A l’époque, on n’avait pas d’ordinateur et on pouvait accélérer le rythme à sa guise. On a perdu cela de vue depuis qu’on travaille sur des ordinateurs auxquels on impose un tempo. On ne se pose plus ce genre de questions aussi spontanées. Beaucoup de DJ travaillent ainsi : ils ont un bouton sur lequel ils peuvent appuyer pour faire danser les foules. Le plus dur a donc été de mettre en oeuvre cette idée : on a du faire beaucoup de maths et de calculs. Edith en a bavé parce que l’ordinateur n’arrêtait pas de buguer. On a ramé, mais on était contentes du résultat, parce qu’on a gardé la spontanéité de la chanson au final. On y a passé un temps infini, mais elle me hantait, d’où ma détermination farouche et sauvage à vouloir la sortir en premier extrait, même si « Nos âmes sont » était déjà enregistrée. J’avais l’impression que c’était mon ADN. Je la voulais absolument : malgré le temps passé dessus, elle ne m’a pas lassée.

– Quelle est la part d’autobiographie de cette chanson ? As-tu connu une phase de découragement sentimental ces dernières années ?

Oui, comme tout le monde, et pas qu’une seule d’ailleurs. Elle ne s’inscrit pas particulièrement dans une période récente. On connait tous des périodes où on est arrêté. On se retrouve devant sa télé, sans trop savoir comment s’y prendre pour se réanimer. Et puis, on finit par s’ennuyer et par déprimer, si bien qu’on ne peut que rebondir après avoir touché le fond. Ça peut être lié à une rupture, mais aussi à une période de chômage, de deuil, toutes ces situations dans lesquelles on a le sentiment que l’univers ne veut plus de nous. L’idée était, après avoir accepté le fait qu’on est dans une dépression météorologique, de parler à ce cœur romanesque qu’on a tous, comme à un organe, en lui suggérant de commencer à sortir, de se bouger physiquement…

– « Waterloo » aurait été écrite suite à la vague d’attentats du Bataclan que tu as vécue de près avec ta fille…

Non, pas particulièrement. Mes propos dans Le Parisien ont été un peu déformés. On est nombreux à avoir été touchés, de près ou de loin, par l’impact de ce traumatisme collectif, qui a réveillé en moi d’autres choses. D’où ce titre, qui renvoie à la violence de l’humanité, à la barbarie des hommes. Elle a toujours existé sur cette Terre, même si Internet n’était pas là pour la relayer. Nos sociétés ne sont pas plus dégénérées qu’auparavant. C’est dans la nature humaine. On a tous une part de violence en soi, qu’on exprime heureusement de façon différente et plus positive, dans le sport ou la musique.

– Tu as rechanté au Bataclan : comment as-tu vécu ce concert pas comme les autres ?

Oui, j’y ai chanté après avoir laissé passer un temps de deuil, de toute façon impossible. C’était compliqué, mais la question était de savoir quoi faire de cette salle. Même le gouvernement était démuni. Fallait-il en faire un lieu de recueillement ou un musée ? Personnellement, je me suis dit que les gens n’étaient pas venus pour y mourir, mais y faire la fête. Moi-même, j’y ai des souvenirs heureux, étant une des artistes françaises y ayant le plus plus joué ces dernières années. A un moment, il y a eu une sorte de mini-sondage auprès des artistes pour savoir s’ils seraient prêts à y rechanter et si la salle devait rouvrir un jour. On s’est finalement dit que par devoir de mémoire, il fallait continuer, sans quoi les terroristes auraient gagné sur toute la ligne. Cela étant, c’était plus facile à dire qu’à faire. Je m’étais un peu bétonnée… Des membres de mon équipe se sont écroulés, ayant perdu des proches. Mais heureusement, le public a été génial, d’autant que c’était compliqué pour lui aussi. C’était la dernière date de ma tournée, et j’étais pleine d’émotions très contraires. C’est aussi cela la musique. Il fallait faire acte de résistance, pour que ces âmes puissent s’envoler apaisées.

Photo presse 2 Zazie par Laurent Seroussi (6)

– « Ma story » évoque les dérives et les limites des réseaux sociaux, aujourd’hui indissociables d’une carrière : quel est ton rapport virtuel à tes fans ?

Je ne gère pas moi-même mes comptes : en revanche, j’étais une des premières artistes en France à mesurer l’intérêt d’avoir un site Internet. Nous étions quatre en tout, avec Jean-Louis Aubert, Etienne Daho et Alain Souchon. J’aimais bien la liberté de ton qu’Internet apportait. Je continue à aimer les réseaux sociaux pour le côté forum, covoiturage, etc. Cela permet aux gens d’échanger, de parler entre eux. Mais je refuse de vivre en regard des réseaux sociaux. Ce serait totalement toxique pour mon public et pour moi-même. Chacun a le droit d’avoir son avis, mais je suis très claire dans ma tête. Je m’en sers comme moyen d’information. J’ai 420.000 followers en attente d’infos, mais qui savent très bien que je n’y vais pas souvent : je dois poster un truc tous les deux mois. Quand c’est le cas, je signe Zazie. Si c’est mon équipe, c’est signé Team Zazie. Je ne regarde pas beaucoup les commentaires ; on m’en fait des comptes-rendus. Je m’angoisse trop à la sortie d’un album : le moindre commentaire négatif pourrait me démonter. On est trop fragiles dans ces moments-là. Je le vois aussi comme un truc trop immédiat, trop virtuel… Je m’en méfie, et je reste très déconnectée.

– «Patatras » dénonce les diktats des codes de la beauté féminine, et le jeunisme ambiant…

Pas uniquement. Que l’on soit un homme ou une femme, on se fantasme beaucoup au début d’une relation. Quand on veut séduire quelqu’un, on a tendance à se présenter sous son plus beau jour, mettre sa plus belle robe, adopter des attitudes, écouter attentivement ce que l’autre nous raconte… Je caricature un peu, mais on veut être over-sexy. Et puis au bout d’un moment, patatras, on redevient soi-même. Donc autant séduire comme on est, et non pas comme on veut paraître. Ce ne signifie pas qu’il ne faut pas faire d’efforts, mais simplement être soi-même pour avoir plus de chances de rencontrer la personne la plus disposée à nous comprendre. Sinon les jeux sont faussés d’avance. Dans mon cas, mon image est déjà faussée parce que je suis une femme qui gagne bien sa vie, et qui est connue… Alors, autant ne pas en rajouter.

Photo presse 2 Zazie par Mathieu Zazzo (1)

– Comment as-tu vécu le virage de la cinquantaine ?

Je crois l’avoir géré avant d’avoir réellement 50 ans en fait. Je l’ai anticipé, ou plutôt on l’a anticipé pour moi (rires)… Je n’ai pas attendu d’avoir 50 ans pour avoir des rides, pour vendre moins d’albums, pour réaliser que le regard sur moi changeait… Comme s’il y avait une sorte d’obsolescence programmée chez les femmes à partir de la cinquantaine. Je n’ai jamais joué cette carte de la séduction dans l’hyper féminité, donc je me maintiens comme je peux. Je ne dis pas que je saute de joie quand je me regarde dans mon miroir. Mais je considère qu’à tout âge, correspond un bonheur. Je me sens plus libre qu’avant, moins encombrée et en rapport avec moi-même et mon âge.

– Comme à ton habitude, beaucoup de titres recourent à des jeux de mots : c’est une marque de fabrique qui divise beaucoup… En as-tu conscience en écrivant tes textes ?

Oui, mais on ne se refait pas : depuis que je suis gamine, j’aime jouer avec les mots. C’est une facilité à la base, et c’est devenu un amusement.  Ce n’est pas pour rien que mon surnom, devenu mon nom d’artiste, est Zazie. Tous les exercices de style, comme ceux de Queneau, m’ont toujours fait hurler de rire. Après, il ne faut pas que ça prenne le dessus sur le sens. J’essaie de ne garder que les jeux de mots qui peuvent m’aider sur le plan cinématographique. Un jeu de mots renvoie toujours à un double sens, et donc à deux paysages. J’adore les textes où se cognent deux paysages, comme sur « On s’aima fort », qui évoque un amour houleux, avec ses flux et reflux. Du coup, j’avais vraiment envie de mettre cet amour-là en mer…

– Au-delà du jeu de mot, as-tu pensé à quelqu’un en particulier en l’écrivant ?

Oui, question suivante ? (rires).

Photo presse 2 Zazie par Mathieu Zazzo (2)

– « Garde la pose » s’ouvre sur un inventaire des maux de ce monde : qu’est ce qui t’inquiète par dessus tout pour les générations futures ? Quelles sont les causes prioritaires sur lesquelles tu as envie de t’investir ?

« Garde la pose » est le versant parano de cette soif de tout savoir qui nous habite tous. On fait des selfies comme si de rien n’était, mais en même temps, une petite voix intérieure nous renvoie à nos angoisses sur le devenir de ce monde. On ne sait plus quoi manger, où partir en vacances, etc. Et encore, on n’est pas mal lotis en France… Si on attend qu’un gouvernement règle tous les problèmes pour nous, on est très mal barrés. Il est régi par des trusts économiques et change tous les cinq ans. Un président n’est ni Dieu, ni notre papa. Il est juste là pour essayer de sauver les meubles… Ça signifierait qu’à titre individuel, on ne peut rien faire ? Je ne le crois pas, et c’est d’autant plus palpable et urgent  quand on a un enfant. D’où l’idée du collectif monté par les Shaka Ponk et auquel j’adhère, The Freaks, très étayé par trois ans de travail avec les scientifiques : c’est une liste de gestes simples à faire, pour sauver la planète, qu’ils ont présenté de manière ludique et amusante. On peut cocher des cases pour savoir où on en est de sa propre action. On est de plus en plus nombreux dans le collectif, avec Matthieu Chédid, Calogero, Maxime Le Forestier, Yann Arthus Bertrand, et plein d’autres personnalités. Arrêtons par exemple d’acheter des bouteilles d’eau en plastique ; celle du robinet est excellente pour la santé. Il y a 60 étapes de contrôle avant qu’elle arrive dans nos verres. Et les industriels trouveront une alternative pour ne plus vendre ces bouteilles… On a chacun ce pouvoir individuel de faire changer les choses. Passé un certain âge, il faut arrêter de dire ce que l’on doit faire, et le faire vraiment. Autre exemple, on me fait des compliments sur mes cheveux brillants et soyeux : eh bien, je les lave avec un shampoing solide qui ne consomme pas d’eau et que je peux emporter dans ma valise. Il y a toujours des alternatives moins coûteuses : l’écologie est devenue une économie rentable. Ce n’est pas juste un truc de bobos…

– « L’essenciel » est une éloge de la lenteur : es tu adepte de la décroissance comme seule voie de sortie de cette crise ?

Oui, cela ne signifie pas que je vais m’éclairer à la bougie, et ne pas profiter de ce que le progrès scientifique nous offre. Mais j’ai envie de prendre le temps. J’ai une petite maison de pirate en Grèce, dans le Péloponnèse. L’eau n’y est pas potable, c’est très roots comme endroit, mais ça reste un endroit magique. Le trajet pour y arriver est très long… Je prends rarement l’avion pour y aller, et ensuite j’ai plus de quatre heures pour y arriver. Je subis ce temps, parce qu’on voudrait tous se télé-porter pour être en vacances, comme on appuie sur un bouton on-off. Mais j’ai réalisé que ce temps de transport me faisait du bien. Il me permet de me mettre en condition avant de me sentir en vacances. Ce n’est qu’un exemple, mais il faut vraiment choisir l’alternative de profiter de l’instant présent, au lieu de se projeter en pensant que demain sera mieux. Sinon, on ne profite de rien.

– L’amitié, l’amour, la nature humaine, la danse comme échappatoire, sont des thèmes récurrents de ton répertoire : as tu le sentiment de toujours tordre un peu les mêmes sujets ?

Oui, bien sûr. On a tous nos récurrences : je dirais même qu’on fait toujours la même chanson. On tourne autour de notre propre pot, éclairé différemment selon l’âge et la maturité. Il peut aussi changer de place parfois… On dit peut-être plus sincèrement la valeur de l’amitié à 54 ans, en voyant passer des amours, et en constatant l’indéfectibilité du rapport amical, qui est pour moi une forme d’amour. En amitié, on est fidèle, à même d’accueillir l’autre dans tout ce qu’il est, sans lui demander des comptes.

– Le parfait contre-exemple de cette récurrence est « La source », inhabituelle dans ton répertoire  : faut-il y voir l’ouverture vers une autre forme d’écriture, plus libre et littéraire ?

C’est marrant que tu me dises cela, parce que j’en ai eu conscience en l’écrivant, mais tu es le premier à le constater. Ce n’était pas une ouverture, mais juste une envie d’être davantage dans le texte, que dans la mélodie, qui reste très monotone, un peu comme Manset pouvait faire… Je voulais questionner nos sociétés sur l’origine du monde, et sur cet instinct, cette sensibilité que les femmes portent en elles. J’aimais l’idée de la saumone qui remonte le courant, qui nargue les ours, les méchants, et les hommes qui se comportent mal… Je ne me sens pas spécialement féministe, mais juste citoyenne, en rappelant la vigilance à garder sur ce que nos mères ont fait hier pour nos filles demain.

Photo presse 2 Zazie par Mathieu Zazzo (4)

– Tu as rendu ton tablier de coach à The Voice : quel bilan personnel fais-tu de ta participation ?

C’était bien joyeux. On assistait aux débuts d’artistes de talent, dans une émission populaire qui remettait la chanson à l’honneur le samedi soir en France.  J’en garde le souvenir d’une certaine élégance ; pour une fois, même si l’écrin est hyper formaté et précis, et si effectivement l’achat d’espace publicitaire hyper cher, cette émission se donne les moyens de faire de la vraie musique, avec des musiciens qui sont sur les routes, la plupart du temps. Le backliner est en tournée avec moi par exemple. Ce sont de vrais professionnels. Ça signifie que la télé filme quelque chose qui se passe en Live, en dehors de la mécanique du jeu, qui en soi n’a pas vraiment d’intérêt, puisqu’on sait bien que chaque année, 4 ou 5 artistes seront signés.

– Comment expliques-tu que tu aies eu besoin de te justifier dans le Parisien d’avoir accepté d’être coach ?

C’est vrai que certains fans n’ont pas compris, parce que jusque là, j’avais dit du mal de certaines émissions, comme la Star Academy. Quand on m’a proposé une première fois d’être Coach dans The Voice, j’étais en tournée et je n’avais pas de recul sur l’émission, ne sachant pas comment ces jeunes artistes allaient être traités. On sait combien la surmédiatisation peut les écrabouiller… C’est compliqué à gérer pour ces enfants de redescendre ensuite. Je me méfiais de cela, mais je me suis rendu compte qu’il y avait une certaine bienveillance à leur égard. Les Candidats sont suivis psychologiquement. Et surtout, chanter des chansons du répertoire comme dans The Voice, est une façon de transmettre qui me séduit…

– Cette participation t’a-t-elle attiré un nouveau public, plus populaire ?

Pas tant que cela : je n’ai jamais vendu aussi peu de disques que pendant cette période (rires). Il n’y a pas trop de rapport de cause à effet, à part peut-être en tournée, où je vois des gens qui viennent en famille, avec des tout-petits… Ils viennent voir la coach et non l’artiste.

– Se retrouver à côté de Pascal Obispo, a-t-il provoqué l’envie de retravailler ensemble ? vos deux noms restent associés dans l’esprit de vos fans…

C’était drôle, tendre et émouvant de se retrouver. On s’échange beaucoup de textos depuis sur nos albums, etc. Dernièrement, il voulait s’assurer que mon album ne sortait pas la même semaine que le sien (rires). Mais nous n’avons pas envisagé de travailler ensemble, car nos albums étaient quasiment finis quand on s’est revus. On verra si l’occasion se présente dans le futur… Je n’aime pas prévoir à l’avance, ça m’angoisse. Je n’ai pas encore écouté son album, mais faire appel à Biolay était une bonne idée, car Benjamin aime la Pop élégante et c’est un bon réalisateur. C’est assez cohérent qu’ils travaillent ensemble. L’un comme l’autre sont des bourreaux de travail qui aiment être en studio.

– Pourrais-tu revenir sur une prochaine saison comme Jenifer ?

Oui, on s’est dit que ce n’était pas un adieu, mais quand j’ai accepté la dernière saison, j’ai averti que je ne serais pas disponible pour la suivante, dans la perspective de la sortie de mon album. Je leur ai dit aussi que j’avais envie de faire une longue tournée dans la foulée, et que je serai épuisée. Or, je n’aime pas faire les choses à moitié. Les choses étaient claires.

– Depuis Christophe Willem, as-tu des projets d’écriture pour d’autres ? Et pourquoi écrire si peu aujourd’hui…

J’ai une vie assez occupée, donc en bonne flemmarde, ça ne me manque pas. Quant à Christophe, j’ai travaillé à sa demande. Il m’a fait écouter deux musiques que je trouvais vraiment belles, donc j’ai accepté d’essayer d’écrire des textes dessus. De temps en temps, je tente des choses, en essayant de mettre les gens sur les bons rails… Mais je prends déjà pas mal de temps à faire les choses pour moi, en particulier sur ce dernier album qui a été très prenant. Je suis restée concentrée sur l’album, en dehors de la chanson pour l’Eurovision…

– Justement, comment t’es-tu retrouvée à proposer une chanson pour ce concours ? Ce n’est pas ton univers a priori…

Emmy Liyana était dans mon équipe sur The Voice. C’était compliqué de choisir, et je déteste devoir éliminer des gens à chaque fois, mais je la sentais assez costaude. Je sentais qu’elle avait provoqué beaucoup d’envie au niveau des musiciens, notamment Olivier Schulteis. Si bien que quand il m’a fait écouter des musiques qui lui étaient destinées au casque, j’ai accepté de travailler sur deux d’entre elles, notamment « OK pour KO » qui a été retenue pour l’Eurovision. Mais ce n’était pas prévu au départ. La chanson a été proposée, mais je n’ai pas écrit pour l’Eurovision, simplement pour un projet d’album d’Emmy Liyana.

– En tant qu’ex-parolière (« Allumer le feu », « Le poids de mes maux »…), as-tu été beaucoup sollicitée à la mort de Johnny pour témoigner ?

Il se trouve que j’étais marraine du Téléthon, qui commençait le jour des obsèques de Johnny. Cela m’a permis de botter en touche. Le Johnny que je connais n’est pas mort ; c’est le Johnny des chansons, ce fabuleux interprète qu’on aime tous… A nous de continuer à le faire vivre, en écoutant ses chansons, en les reprenant, etc. Alors oui, Jean-Philippe Smet a cassé sa pipe, mais je le connaissais pas tant que ça. J’ai passé des soirées avec lui, mais notre relation était une relation de travail, même s’il m’a invitée à manger chez eux, etc. Je me sentais assez illégitime à avoir un avis sur quoique ce soit.

Photo presse 2 Zazie par Mathieu Zazzo (3)

– On te surnomme parfois « La patronne » : qu’est-ce que ça t’inspire ?

Ah oui, c’est drôle ! Je ne sais pas d’où vient ce surnom ! (rires). Mes musiciens m’appellent comme çà aussi. Je ne m’y retrouve pas, mais il faut bien avouer qu’il faut être un peu patronne, pour insuffler une énergie au sein d’un équipe, veiller à ce que tout le monde soit bien traité… Décider de faire une tournée entraîne 50 personnes avec soi. Il y a toute une économie à prendre en considération, mais c’est aussi une affaire de gestion humaine.

– Pour les fans, cela signifie qu’ils te voient comme la chanteuse française numéro 1…

Oh non, c’est gentil de leur part, mais la référence féminine en France est Mylène Farmer.

– Quel regard portes-tu sur la nouvelle génération de filles comme Chris, Juliette Armanet, Clara Luciani, Fishbach, etc ?

J’aime bien Clara Luciani, que j’ai rencontrée hier sur le plateau de Taratata. J’ai vu arriver cette grande et magnifique jeune fille, qui me fait penser aux égéries des années 60-70, comme Patti Smith, en plus élégante. Elle est hyper sympa, et elle a une vraie personnalité. Il y a quelque chose de très spontané et un peu Rock dans son titre « La Grenade ». J’aime bien Chris aussi, dont le changement de nom ne me regarde pas ; c’est son truc. Son univers est très intéressant. Je connais moins Fishbach, mais son répertoire semble hors format et ça fait du bien. Quant à Juliette Armanet, elle me fait beaucoup penser à Véronique Sanson, avec sa voix et sa fraîcheur. Je n’arrive pas à me détacher de cela quand je l’écoute. Cela dit, je trouve bien aussi qu’une jeune chanteuse fasse de vraies chansons, dans un registre très classique. On n’est pas obligé de faire de l’Electro ou des choses bizarres quand on commence une carrière…

– Qu’est ce qui est essentiel dans la vie de Zazie aujourd’hui ?

Les choses toutes simples. Célébrer le moment présent au lieu de penser à demain et injecter du bon sens et de la poésie en toute chose, même dans les moments les plus difficiles… Voilà, c’est plus facile à dire qu’à faire, mais j’y travaille au quotidien (rires) !

Propos recueillis par Eric CHEMOUNY

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crédit photos : session « Essenciel » par Laurent Seroussi (D.R. / Label 6 et 7) et album cover sur les murs de Paris // photos Mercury : Mathieu Zazzo, 2013 (D.R. / Mercury / UM) // Photo affichage sauvage « Essenciel » : Gregory Guyot (D.R. / @I_am_Gregg / JSM) 

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ZAZIE CHARLES AZNAVOUR MYLENE FARMER CHRISTINE et JAIN : FOULE SENTIMENTALE JULIETTE ARMANET GAETAN ROUSSEL / BOULEVARD DES AIRS / DOMINIQUE A. / MAURANE ET JACQUES BREL par OLIVIER COULON / TANDEM FESTIVAL A TOKYO DISCORAMA #13
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