MYLENE FARMER

vers le « Nevermore« …

Après son Live 2019 à la Défense Arena qui avait affiché complet sur chacun des 9 soirs de résidence, les spéculations allaient bon train sur la retraite de Mylène Farmer à coup de décryptage des moindres détails distillés dans une mise en scène futuriste, prophétique et apocalyptique mettant en abîme une introspection scénographiée subtile. Et puis, tandis que le monde a été mis en pause Covid, la machine Farmer s’est remise en route telle une résurrection, exhumant la discographie quasi complète de l’artiste qui, depuis près de 40 ans, règne sur la chanson française. Après les sorties audio et vidéo du Live 2019, la star a accepté de lever (un peu) le voile de ses mystères dans « L’Ultime Création », un documentaire événement sur les coulisses de son show, mis en ligne en pleine pandémie le 25 septembre 2020 sur Amazon Prime, accompagné d’un single générique inédit : « L’âme dans l’eau », refermant le chapitre d’une époque, en ouvrant un autre. Certains prédisent déjà le chapitre final. Toujours est-il que la chanteuse a minutieusement orchestré sa procession inexorable à coups de marketing qu’elle seule maîtrise à la perfection. Retour vers le passé, fuite vers le futur, ce pourrait être un aller simple pour le « Nevermore »… En deux ans, l’actualité discographique de Mylène Farmer n’a jamais été aussi intense et généreuse : rééditions, best of, éditions augmentées, coffrets collectors, vinyles en pagailles, etc. Elle a (re)déballé au fil des mois une grande partie de son héritage artistique convergeant en cette fin d’année vers un nouveau single, un nouvel album et un coffret ultime. Et ce n’est pas fini ! Jusqu’à sa tournée des stades l’été prochain, Mylène Farmer va encore lâcher du lest, du lourd, comme si elle voulait s’en débarrasser « à tout jamais ». Un dernier panache avant la révérence ? Tour de piste…

« A tout jamais »

Le 26 août dernier, Mylène Farmer a donné le « la » de cette fin d’année musicale en dévoilant le titre « A tout jamais », premier single d’un album encore hypothétique à ce moment-là, écrit par Yoann Lemoine alias Woodkid, qui étonne, qui détonne, qui cartonne. C’est la première fois que les deux artistes collaborent et ils sont aidés ici par Tanguy Destable, partenaire artistique fidèle de Woodkid qui a travaillé avec Eddy de Pretto et Yelle. La rencontre entre Mylène Farmer et Woodkid est une évidence, tant ils partagent le sens de l’image et du mystère, du grandiose et du gothique. Pari réussi pour un single pourtant loin des standards, le titre signe la meilleure première semaine pour un single de Mylène Farmer depuis « Fuck Them All » en 2005 et son meilleur airplay radio depuis « Sleeping away », son duo avec Moby en 2006. Mais surtout, l’information pourtant anodine d’une sortie discographique est relayée partout, ce qui relance toutes les discussions sur son retour… avant son départ. Malgré une actualité très chargée, tous les médias ne parlent plus que de ce single d’autant que le titre semble prophétique ! On réalise alors que la toile continue de se tisser, quel que soit ce dont elle est nourrie, et qu’elle n’avait peut-être jamais cessé de s’étendre d’ailleurs.

Avec « à tout jamais », la star révèle une toute nouvelle identité graphique, gothique à souhait, créee par Robin Pitchon, artiste typographique et Raegular aka Samuel Lamidey, spécialisé dans l’univers graphique du rap français (Nekfeu, Lomepal, Orelsan), sur un fond marbré comme une pierre tombale, décliné en rouge et en blanc.

Le clip très attendu est dévoilé quelques jours plus tard… le jour de l’anniversaire de Mylène, 12 septembre. Un clip somptueux, vénéneux, aux images ultra léchées, réalisé par Tobias Gremmler, qui a notamment travaillé avec Björk sur le clip « Tabula rasa » en 2019 et sur les effets visuels de la tournée « Cornucopia » de la star islandaise. On y découvre une Mylène Farmer organique, digitalisée, transcendée, presque irréelle… la star surprend encore.

Le 30 septembre, un mois après avoir été présenté au public, sort les supports physiques du titre en version maxi single en formats CD et vinyle contenant les remixes officiels du titre signés Philip Larsen du duo Manhattan Clique, Motherweshare, Vitalic et Fragrance, auxquels il faut ajouter les versions single et instrumentale. Au total : 6 titres justifiant ce format !

Naturellement, faisant suite à cette sortie qui aura marqué ce mois de septembre 2022, son label brise un silence et annonce enfin le nouvel album, son 12ème

« L’emprise »

Tandis que les paris misaient sur un énième Best Of, les premières infos qui ont percé cet été ont dévoilé des noms prestigieux qui « seraient » en studio avec la chanteuse confirmant bel et bien qu’un nouvel album était en cours d’enregistrement : Woodkid, Moby, Archive, Aaron… 4 noms, une évidence tant les univers sont compatibles…

Infos au compte-goutte régulier, le label révèle le nom de cet album, le plus attendu de l’année : « L’emprise ». C’est sans doute le titre le plus simple de sa carrière mais sans conteste, le plus parlant aussi, le plus franc, le plus dramatique. Il sortira le 25 novembre, à point pour Noël, parfait pour tenir jusqu’à la scène…

De ce disque, on n’en saura pas plus pour le moment. Rien sur les chansons, on évoque 2 duos, on confirme les collaborations; rien sur les formats mais on peut parier que l’album sera décliné de versions simples en collectors recherchés. Il se dit aussi qu’aucune promotion ne sera assurée par la star… Mais qu’importe : pour l’heure, ce n’est presque pas un problème car d’autres actualités « Farmer » ont occupé le terrain et continuent de se déverser…

« Collection »

En effet, tout est orchestré pour satisfaire les attentes et les combler d’ici là puisque Universal annonce la sortie de « Collection – Intégrale 1986-1996 », un coffret livre-disque de 211 titres répartis sur 16 CD accompagnés d’un livret de 48 pages richement illustré regroupant l’intégralité des enregistrements d’une décennie importante pour la star, celle qui a construit son mythe, de « Libertine » à « XXL », celle où la chanteuse de variété est devenue la star mystérieuse. On retrouvera bien sûr tous les albums originaux de cette période donc « Cendres de lune », « Ainsi soit je », « L’autre » et « Anamorphosée », ses albums live « En concert » et le « Live 96 », le best of « Dance Remixes » mais aussi des versions alternatives, des remixes, et pour la première fois les instrumentaux des singles. Sortie de l’objet : le 28 octobre, un mois avant le nouvel album. Un timing parfait !

Ce coffret, qui devrait logiquement être le premier d’une collection intégrale si les majors arrivent à s’entendre, fait suite à la sortie apéritive d’un autre Best Of de cette même décennie : « Plus Grandir » (paru le 20 aout 2021), qui faisait lui aussi suite à un autre Best Of sorti le 4 décembre 2020 (rivalité de majors oblige) : « Histoires de… » contenant « L’âme dans l’eau » faisant le lien avec le documentaire « L’ultime création ». Il sera le trait d’union copieux entre le single « à tout jamais » et l’album « L’emprise »…

« Discothèque »

Ce triptyque de fin d’année achève de construire l’architecture monumentale du royaume Farmer après 2 ans de sorties en cascade venues alimenter les collections insatiables des fans toujours aussi fidèles depuis près de 4 décennies. En effet, outre la mise en ligne sur les sites de streaming d’une grande partie de sa discographie incluant même des remixes, les supports physiques ont littéralement recouvert les étalages des disquaires après la vague marketing du « Live 2019 ».

La liste des sorties est vertigineuse puisqu’on compte dès 2020, en vrac les rééditions en format vinyles de maxis 45 tours, d’albums, de ses live, du best of « Dance Remixes » déclinés en galettes colorées, parfois numérotées ou encore du single original « Plus grandir » simultanément au Best of du même nom.

Ce n’est pas tout : on découvre également les éditions CD augmentées des instrumentaux de chaque titre pour au moins 6 de ses albums en format 2CD « green box » (sortis en mai 2021).

Pour les plus fans et les amoureux des beaux objets, 2 coffrets numérotés imposants et complets sont sortis : le monumental coffret « Avant que l’ombre » sorti en septembre 2021 et celui de l’album « Anamorphosée » paru en mai dernier devraient eux aussi ouvrir la voie à d’autres.

Dernières sorties en date : les picture disc vinyles des albums dont celui de « Interstellaires », totalement inédit sortent entre février et juillet 2022…

N’en jetez plus ! Les fans ne savent plus où donner de la tête (… ou alors auprès leur banquier !) : en 2 ans, leur discothèque Farmer à presque doublé !

Ce n’est pas tout puisque côté vidéo, Mylène Farmer occupe aussi le terrain avec la sortie du coffret « Les clips l’intégrale 1999-2020 » qui sort en édition collector le 18 juin 2021 puis en édition simple à la fin de cette même année et qui offre une généreuse compilation des clips de « L’âme stram gram » à « L’âme dans l’eau » augmentée de making of et de chansons live.

Le 17 décembre 2021, sont également réédités en même temps en version CD, DVD et Blu Ray, 4 concerts, distribués pour la première fois par Sony Music, deux ans après la sortie du mythique « en concert » de 1989 proposé par Universal. Ainsi, avec le « Live 2019 » et le « Live à Bercy », tous les concerts de Mylène Farmer sont enfin disponibles en plusieurs formats vidéo.

Tout est en place pour « Nevermore »…

« Nevermore »

L’annonce des concerts « Nevermore 2023 » dès juin 2021, soit 2 ans avant la première date fait l’effet d’une bombe ! Le titre, assez explicite, interpelle, inquiète, le visuel intrigue, questionne, surprend, on le dissèque, on l’analyse, on se fait peur à penser que la tournée « Nevermore » est son ultime adieu… Et si le « Live 2019 » n’avait été que les prémices d’une disparition annoncée ?

Souvenez-vous ! Mylene Farmer clôturait cette ultime création comme elle avait commencé ses touts premiers concerts en 1989 : en interprétant « L’Horloge », le poème de Baudelaire qu’elle avait mis en musique pour son premier album « Ainsi soit je ». Elle avait fait ainsi le tour du cadran de son temps, disparaissant sur les dernières notes dans une cascade de flammes après avoir traversé les images de la mort et ses paysages apocalyptiques. Le public et les médias y avaient vu là, la métaphore de ses adieux, au moins scéniques.

Les 3 années qui ont suivi ont démenti, mois après mois, l’interprétation pourtant plausible de la mise en scène de cette flamboyante disparition, en même temps qu’elles ont martelé la déclinaison minutieuse de son œuvre quasi intégrale sur le marché du disque, comme un héritage offert à ses fidèles, comme un ultime sursaut avant son éclipse totale, avant le « jamais plus », le Nevermore.

La tournée « Nevermore » est d’ores et déjà annoncée comme le point final et grandiose d’une carrière hors normes, à son image : façonnée de records. Cette tournée des stades est la plus grande de l’histoire de la musique en France pour une artiste française. 13 dates à ce jour mais peut-être plus, plus de 100 000 billets s’arrachent en moins de 2h dès la mise en vente en juin 2021, 340 000 billets sont depuis vendus, 500 000 spectateurs sont attendus et on nous promet un show grandiose et inédit. Encore un peu de patience, il faudra attendre le 3 juin prochain, à Lille, pour découvrir la première de cet ultime chapitre de la plus grande star de la chanson française. Et après ?…

En attendant, Mylène Farmer s’invitera indirectement à la Maison de la Radio à l’occasion de l’Hyper Weekend Festival à travers un spectacle « Version(s) Farmer, sans contrefaçon » où 12 artistes comme Coline Rio ou Zaho de Sagazan chanteront quelques chansons de son répertoire. rendez-vous pris le dimanche 22 janvier prochain.

Nevermore never ends.

Gregory Guyot

Photos : portrait de Mylene Farmer de Marcel-Hartmann / UM / Sony Music / Stuffed Monkey (DR)

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