LES 33 èmes FRANCOS DE MONTRÉAL

Les retrouvailles !

Après deux années blanches, en raison de la crise sanitaire mondiale, les Francos de Montréal retrouvaient leur public du 10 au 18 juin dernier, et au passage, leur titre bien mérité de plus grand festival de musiques francophones au monde. Entre Rap et Pop, spectacles intimistes de jeunes pousses et grand-messes autour de superstars, il y en avait pour tous les goûts et toutes les générations. Fidèles à l’évènement, nous y étions pour vous et avouons que, pour JSM aussi, ce fut le temps d’émouvantes et heureuses retrouvailles !

Fishbach

Pour Laurent Saulnier, directeur et programmateur historique des Francos de Montréal, l’enjeu était de taille, après ces deux années sinistrées pour cause de Covid19 : redonner aux Montréalais et aux visiteurs l’envie de renouer avec la musique et le spectacle vivant, en proposant un menu répondant aux attentes et aux budgets de tous, amateurs de musiques urbaines ou fans plus traditionnels de Pop Music et de grande variété francophone. D’autant qu’il s’agissait de sa dernière année aux commandes du gigantesque navire, celui-ci ayant choisi de se consacrer uniquement à la carrière et à la gérance (management, en bon Français de France) de son artiste Pierre Lapointe, passant désormais le relais à Maurin Auxéméry. Et force est de constater que le capitaine Saulnier s’en est sorti avec les honneurs, tant le public a répondu fidèle tout au long de ces 9 jours de folie, tant sur les spectacles extérieurs gratuits répartis sur plusieurs scènes en centre ville autour de la fameuse Place des Arts dans le quartier des spectacles, que sur ceux en salles proposés d’ailleurs à des prix très abordables, alors que le Québec connait aussi ces derniers mois une inflation record très palpable dans les commerces, de bouche notamment.

Lynda Lemay

Il aurait fallu débarquer de France à dix journalistes et pas moins de photographes pour couvrir la totalité du foisonnant festival proposant chaque jour entre 15 et 20 concerts différents, alors vous ne nous en voudrez pas d’avoir opté pour une sélection de « temps forts » à nos yeux, forcément guidée par nos goûts personnels et la ligne éditoriale générale de votre magazine digital, sachant qu’une grande partie de la programmation étant cette année dédiée aux musiques urbaines, histoire de capter un jeune public.

Lynda Lemay

A commencer, le vendredi 10 juin, par la grande Lynda Lemay, devenue rare en France après des années de forte exposition, même si on l’attend à la rentrée avec un triple album et une tournée. Accompagnée d’un seul musicien, elle déroule une collection de chansons en forme de scènes de vie, et démontre qu’elle n’a rien perdu ni de sa plume vive et acérée, ni de sa prestance sur scène, devant un public amusé composé majoritairement de séniors, et véritablement aux anges devant ses a parte politiquement incorrects. Elle reconnait ainsi avoir trouvé un avantage certain au confinement : ne plus recevoir de visite, comment elle en a toujours rêvé… Elle n’hésite pas non plus à se moquer de l’écriture inclusive et des précautions de langage à l’égard des diverses communautés. En totale maitrise de son art et de son riche répertoire, la chanteuse gracile dans sa mini robe et ses bottes de sept lieux, se risque même au jeu de la chanson à la commande… Pendant ce temps, son camarade Luc de la Rochellière (cf « Cash City ») se produit en extérieur sur la Scène Loto-Québec, et la jeunesse se retrouve en masse place des Festivals sur la scène Bell autour de la star Koriass, venu présenter son « Abri de fortune », avec ses invités, tandis que Marlon et La Femme, jouent au MTélus.

La Femme

Le lendemain, c’est la brillante Ariane Moffatt, une fidèle des Francos, qui joue son très bel album intimiste et introspectif, « Incarnat », accompagnée d’un ensemble de cordes au Théâtre Maisonneuve. Pour ceux qui l’avaient vue au Café de la Danse à Paris au printemps dernier, c’est une luxueuse relecture aussi impressionnante de beauté, qu’émouvante, tant cette Ariane là, n’a pas son pareil pour toucher la corde sensible en chacun de nous. On la retrouvera d’ailleurs le lendemain lors du concert collectif donné en hommage à Karim Ouellet, tristement disparu cette année, « La veillée des ami.e.s » sur la grande scène Bell. Ariane, ou encore Klo Pelgag, Hubert Lenoir, Fanny Bloom, ont bien du mal à contenir leur émotion.

Ariane Moffatt

Mais pour l’heure, il est temps de retrouver notre amie Flora, alias Fishbach, qui tout juste débarquée de New-York, offre un spectacle au format original, entre DJset et concert plus traditionnel, seule à sa console sur la scène du sympathique Club Soda. Aussi exubérante qu’hyper-sensible, elle ravit un public d’aficionados connaissant les paroles de ses chansons sur le bout des doigts, et reprenant en choeur avec elle les tubes «Mortel » ou « Un autre que moi », mais aussi des titres du nouvel opus, « Avec les yeux », comme « Masque d’or », ou « Dans un fou rire ». Dans l’après-midi, nous la rencontrons le temps d’une interview « Voyage voyage », et d’une séance photo exclusive. (lire notre article ici).

Fishbach

Le dimanche 12 juin, on passe saluer notre amie Cléa Vincent, récompensée en 2019 par le prix Félix Leclerc, et venue apporter un peu de fraicheur sur la scène extérieure Loto-Québec, avec son EP « Tropi-Cléa », devant un joli parterre d’amateurs de Pop élégante, alors que l’enregistement de l’album de la comédienne Jeanne Balibar l’attend à son retour à Paris. Nous vous en reparlerons sans doute…

Cléa Vincent

En soirée au théâtre Maisonneuve, on ne raterait pour rien au monde le spectacle «L’heure mauve » de l’ami Pierre Lapointe. Fidèle au festival depuis ses débuts, et attaché à proposer chaque année une création unique, il a choisi cette fois de chanter son album imaginé autour des oeuvres de Nicolas Party, actuellement exposées au Musée des Beaux Arts de Montréal, dans l’ordre exact de l’album, escorté par un orchestre symphonique de 21 musiciens. S’il ne peut s’empêcher de distiller quelques anecdotes désopilantes comme à son habitude, l’ensemble est de haute tenue, alternant nouvelles chansons originales et reprises inspirées des tableaux et sculptures de l’artiste suisse, comme celui représentant une inquiétante Marlène Dietrich, le tableau préféré du chanteur, mais hélas aussi le seul possédé par son créateur. Superbe dans son costume rouge et rose, rappelant les codes couleurs d’Yves Saint-Laurent, Lapointe est ovationné en rappel, après la reprise de « Deux par deux rassemblés », son plus gros succès ici, celui que les radios passeront après sa mort, comme il s’amuse à le dire lui-même… A noter, que la première partie est assurée par Lumière, découvert à Paris, lors de son Olympia, toujours aussi nerveusement magnétique. En solo avec sa guitare le lendemain après-midi dans le cadre d’un concert « vitrine », au studio TD, on croisera au premier rang de ses fans une certaine Clara Luciani venue l’encourager incognito…

Pierre Lapointe

En ce lundi-soir, après avoir applaudi l’ambassadrice du rap féminin Chilla en début de soirée, et alors que le sympathique Emile Bilodeau reçoit de nombreux invités (dont la sublime Elisapie) pour un gigantesque concert gratuit Place des Arts, nous optons pour les retrouvailles avec Laurence Jalbert, grande dame de la chanson Country québécoise, en concert gratuit sur la scène Loto Québec. Ultra vénérée par ses pairs, et aimée de toutes les générations, celle qui pourrait être la grande soeur d’une Isabelle Boulay, se livre en chansons avec une énergie, une sincérité et une humanité des plus touchantes. En communion avec ce public qu’elle respecte plus que tout, elle livre un peu de sa vie personnelle. On apprend, entre autres, que sa fille est maman de 7 enfants… Un peu plus tard dans la soirée, on file fêter le triomphe du duo Bon Entendeur dans un Mtélus plein à craquer de jeunes venus danser et faire la fête au son de leurs malicieux remixes à succès : pas un endroit en effet dans Montréal où ne passe en fond sonore « Le temps est bon », « Le temps de l’amour » ou « L’amour dans les volubilis » relu et corrigé par le tandem Made In France…

Le mardi 14, on opte pour le spectacle « L’origine de mes espèces » de la légende Michel Rivard, l’homme du non moins culte groupe Beau Dommage (cf. « La complainte du phoque en Alaska »), au centre Gesù, une ancienne église reconvertie en salle de spectacles. Il affiche complet depuis plusieurs semaines et on comprend pourquoi. Avec une intensité, une justesse et une humanité bouleversantes, simplement accompagné de sa guitare et d’un décor minimaliste composé d’une porte, le comédien et chanteur jongle entre réalité et fiction, racontant son parcours en musique, et notamment la recherche de ses origines paternelles et la découverte tardive de l’existence d’un autre potentiel papa biologique. Dans un autre registre le trublion Hubert Lenoir, coqueluche des medias et de la jeunesse montréalaise, se présente en costume très original sur l’immense Place des Festivals, avant de se jeter dans la foule pour se laisser porter de bras en bras… Véritable OVNI de la scène québécoise, il casse sa guitare, joue de son exubérance, de son androgynie, de sa souplesse corporelle en alternant acrobaties, convulsions et dandinements, comme pour repousser toujours plus loin les limites de l’acceptation.

Clara Luciani / avec Pierre Lapointe

De son côté, Clara Luciani célèbre ses retrouvailles avec ses fans montréalais au MTélus, quatre ans après sa première venue aux Francos : elle y est ovationnée comme la reine qu’elle est devenue en France, et reviendra le lendemain sur cette même scène recevoir en plein coeur les flèches d’amour que le public lui a amoureusement conservées depuis tout ce temps. Elle est rejointe sur scène, les deux soirs, par Pierre Lapointe qui fut un des premiers à la défendre ici : une belle preuve d’amitié et de fidélité entre les deux artistes (voir notre reportage complet dans ce numéro). Dans les colonnes du quotidien La Presse, on peut lire sous la plume d’Emilie Côté : « La voix de Clara Luciani est toujours juste, elle met le public dans sa poche, et elle se meut toute en élégance avec ses longues jambes, sa mâchoire carrée et ses chics pas de danse ».

Edith Butler

Le mercredi, alors que UssaR se présente sur la scène Hydro-Québec pour sa première venue ici, et que Peter Peter joue sa « Super comédie » au studio TD, on s’arrête un instant place des Festivals écouter La Zarra, qui commence à faire son bout de chemin des deux côtés de l’Atlantique. Sa voix puissante et son sex-appeal de diva sophistiquée aux formes généreuses, qui s’assume et revendique sa liberté, s’avèrent plus que convaincants. On aperçoit d’ailleurs Pierre Lapointe dans la foule … En début de soirée, les nostalgiques que nous sommes ne peuvent qu’aller saluer la sympathique Edith Butler, encore incroyablement énergique et pleine d’humour, dont c’est le grand retour après de graves soucis de santé qu’elle est la première à tourner en dérision : une grande dame de 80 ans et une musicienne qui force l’admiration du public, mais aussi de la chanteuse Lisa Leblanc aux manettes de son dernier album et qui vient respectueusement la rejoindre sur scène. L’acadienne, très populaire ici depuis son tube « Ma vie, c’est d’la marde » se produit d’ailleurs le lendemain au MTélus, avec Lumière en première partie. Elle y chante les compositions Country de son dernier opus, « Chiac Disco ». Quant à Corneille dont le succès n’a jamais faibli depuis ses débuts avec « Parce qu’on vient de loin », il est ovationné place des Festivals, tout de rose fuchsia vêtu (clin d’oeil à son dernier album « Encre rose »), en spectacle gratuit avec ses cinq musiciens et ses douze choristes. Il reçoit Les Louanges en invité spécial, réunissant ainsi plusieurs générations de fans.

Peter Peter / Corneille

Le 16, le public découvre Barbara Pravi au modeste Studio TD, mais il est vrai qu’elle n’a pas bénéficié ici de l’effet Eurovision. Le pianiste au look de Rock-star Sofiane Pamart affiche complet, comme partout où il passe, pour son unique concert à la superbe maison Symphonique, tandis qu’une tempête se déclenche sur la région de Montréal, compromettant la tenue des concerts extérieurs gratuits, et notamment celui de Juliette Armanet, venue présenter son Disco show, toutes paillettes dehors. C’est in extremis, mais la lionne finit par avoir raison du mauvais sort et par emporter la partie. Dans une ambiance de fin du monde, « le dernier jour du Disco » n’a jamais si bien porté son nom… Telle une catcheuse sur le ring, elle finit les cheveux trempés, mais visiblement heureuse aux larmes…

Sofiane Pamart / Barbara Pravi / Juliette Armanet

On aurait adoré célébrer vendredi 17 le retour de Mc Solaar et son New Big Band Project sous la direction musicale de Issam Krimi, celui de Diane Tell sur la Scène Loto Québec, applaudir l’excellent Louis-Jean Cormier et son spectacle « Le ciel est au plancher » avec ses 10 musiciens sur la Scène Bell, ou encore mesurer au MTélus la popularité d’Eddy De Pretto que nous avions justement rencontré en interview aux Francos de Montréal et auquel nous avions consacré la couverture d’un numéro de JSM pour l’occasion (à retrouver en cliquant ici) . À son sujet, La Presse souligne le lendemain : « La voix d’Eddy de Pretto est unique, forte. Il n’hésite donc pas à revenir à l’a cappella, pour que les sons de son micro à eux seuls enchantent l’auditoire » (Marissa Groguhé). Apparemment, tout s’est donc bien passé pour lui. Sans oublier le spectacle Les Polissons de la Chanson célébrant notre Georges Brassens à Maisonneuve, ou Yann Tiersen clôturant un festival à la palette musicale couleur arc-en-ciel.

MC Solaar / Diane Tell / Eddy de Pretto

Malheureusement le devoir nous rappelait sur Paris, mais les souvenirs de cette cuvée historique à plus d’un titre resteront bien ancrés et pour longtemps… En tout cas, jusqu’à la prochaine édition qui se tiendra du 9 au 17 juin 2023, si tout va bien. On croise les doigts…

Eric Chemouny

Photos : Victor Diaz Lamich / Benoit Rousseau / Patrick Lamarche / Frédérique Ménard-Aubin (DR / Les Francos de Montréal)

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