LES 37 èmes FRANCOFOLIES DE LA ROCHELLE

Le grand retour !

Du 13 au 17 juillet dernier, après deux années en demi-teintes, pudiquement dites de résilience, les Francofolies de la Rochelle retrouvaient enfin leurs habits des grands soirs ! Sous un soleil écrasant et le regard amusé des figurines de Philippe Katerine, emblèmes de son mignonisme et exposées pour l’occasion aux quatre coins de la ville, 150.000 spectateurs survoltés et réunis autour de 100 concerts (essentiellement répartis entre la grande scène historique Jean-Louis Foulquier, les 3 salles de la Coursive, et la scène Océan), et de 25 folles rencontres, y ont fait la fête jusqu’au bout de la nuit, comme le veut la tradition…. Nous y étions pour vous, et revenons jour après jour, sur les temps forts de cette édition forcément exceptionnelle en termes d’affluence tant elle a cristallisé le grand retour d’artistes essentiels et très attendus…  

Philippe Katerine et son mignonisme s’installent à La Rochelle

Jour 1.

En ce jour d’ouverture du festival, marqué par une canicule qui ne fera que s’amplifier, le choix entre les offres de concerts s’avère déjà kafkaïen ! En fin d’après-midi, Baptiste W. Hamon et Barbara Pravi se disputent les premiers festivaliers. Celle-ci affiche complet depuis plusieurs semaines et offre sa première partie à Coline Rio, nouvelle venue dans le petit monde de la chanson française, ayant fait ses armes cette année au Chantier des Francofolies, et déjà considérée comme la jeune chanteuse à surveiller de près, grâce à son formidable EP « Lourd et délicat »… On ne manquera pas d’ailleurs de la revoir tout au long du festival. Mais juste avant, c’est notre amie Fishbach qui ouvre les hostilités avec son tout nouveau spectacle, entourée de trois musiciens d’exception avec lesquels la Belle forme un groupe d’une cohésion et d’une élégance rares. Tandis que Sofiane Pamart poursuit sa fulgurante ascension sur la scène du grand théâtre de La Coursive, ovationné par les fans du virtuose pianiste au look de Pop star, l’Esplanade St-Jean d’Acre offre son plateau à quatre Mousquetaires de la scène Pop Rock internationale : Asaf Avidan, Gaëtan Roussel (que l’on croise à midi en conversation avec un grand chef, au café Serge, nouveau lieu dédié aux professionnels, animé par le sympathique Sébastien Ripari sous le parrainage de l’UMIH, et accueillant chaque jour un artiste dialoguant avec un cuisinier étoilé), le virevoltant Mika tout de rose vêtu, aux commandes d’un show réglé comme une horloge suisse, et rythmé par ses nombreux tubes planétaires (« Elle me dit », « Grace Kelly », « Relax », « Big Girl (You are beautiful) » dans un bain de foule qui provoque l’hystérie…), et enfin l’excellent Calogero, réussissant à installer autant d’énergie que d’émotion sur l’immense scène, malgré l’heure avancée de la nuit avec ses grands classiques, entrecoupés des délicates chansons de son dernier album, « Centre ville » et d’un duo avec un invité très spécial, Rufus Wainwright…

Coline Rio / Barbara Pravi / Fishbach / Sofiane Pamart

Gaëtan Roussel / Calogero / Mika


Jour 2.

En ce jour de fête nationale, c’est Emmanuelle Béart que l’on retrouve aux fourneaux du café Serge. Juste avant dans la matinée, les plus courageux auront eu droit à la primeur au cinéma CGR le Dragon de l’album « La symphonie du temps qui passe » concocté par les sympathiques et très stylés Daria Nelson et Mathias Malzieu, leader de Dionysos, revenu au meilleur de sa forme. Dans l’après-midi, la comédienne évoquera son illustre papa dans le cadre des conversations « J’ai la mémoire qui chante » et les nombreux chantiers qu’elle a entrepris pour que vive l’oeuvre souvent méconnue de Guy Béart. Au café Pollen, destiné aux rencontres entre professionnels, on découvre avec plaisir plusieurs artistes issus de la jeune et très vivante scène belge : la délicate Olive, la tornade Charles identifiable à sa voix puissante et à sa crinière rouge, et notre coup de coeur, la tendre et mélancolique Mélanie Isaac. Au théâtre Verdière de La Coursive, c’est Marie-Flore qui fait danser ses fans aux sons Electro de ses états d’âme de fille d’aujourd’hui, extraits de son superbe deuxième album. En parallèle, alors que le québécois Les Louanges tente de séduire le public français sur la scène Océan, le grand Jean Guidoni marque cette édition d’un retour très remarqué dans la salle Bleue, dédiée aux « collections particulières ». L’homme en noir, qui n’a rien perdu de sa présence théâtrale et de son magnétisme s’y révèle magistral comme à son habitude, à en regretter qu’il soit si discret et méconnu de la nouvelle génération. Quant à la soirée, elle s’annonce placée sous le signe de la chanson française de variété : d’une part, les aficionados de Pierre Lapointe sont heureux de retrouver l’homme à son piano, très élégant dans son costume noir et chemise blanche, dans une formule proche de son dernier Olympia parisien. D’autre part, les fans de chanteuses trouvent leur compte sur la grande scène où se succèdent quatre de ses figures les plus aimées de la jeune génération : à commencer par Poupie qui promène son personnage de babydoll faussement candide dans son bel habit tout blanc. Hoshi, plus bouleversante que jamais dans sa marinière mauve lui succède, réussissant à provoquer des moments de communion et d’intimité intenses et vrais. Juliette Armanet, très en forme également dans son costume à paillettes, transforme la scène en Dancefloor géant au rythme de ses hymnes Disco, savamment entrecoupés de ces ballades dont elle a le secret, et de jokes avec le public (dont un fameux Antoine que la séductrice prend pour cible, et malgré lui omniprésent sur les écrans géants), réussissant ainsi à créer une sympathique complicité avec le public. Le temps du traditionnel feu d’artifice et c’est la blonde et svelte Angèle qui se met en place pour le show « Nonante Cinq », une superproduction n’ayant rien à envier à celles de ses consoeurs anglo-saxonnes : entourée d’une troupe de danseurs aux prouesses élastiques, la femme-enfant, candidement habillée d’une tenue deux-pièces imprimée Vichy rouge façon Bardot, avant d’endosser sa version noire plus sexy, chante et danse à la perfection ses nombreux tubes, introduits par des animations dignes des studios Pixar.

Emmanuelle Béart / Jean Guidoni / Pierre Lapointe / Marie-Flore / Angèle / Juliette Armanet / Hoshi / Poupie


Jour 3.

Ce vendredi, les médias n’ont hélas d’oreilles et d’attention que pour la gué-guerre puérile qui oppose Booba et Vald, et leurs fans, via les réseaux sociaux. Il n’empêche que les forces de l’ordre sont sur le qui-vive dans toute La Rochelle, craignant des débordements de violence (qui heureusement n’auront pas lieu), à l’issue de leurs concerts sur l’esplanade St-Jean d’Acre qui fait le plein avec les amateurs de musiques urbaines débarqués de partout, d’autant que SCH et Ziak complètent l’affiche. On leur préférera en fin d’après midi, les amies Emilie Marsh et Jil Caplan venues présenter au Café du Nord, dans le cadre du festival Off, les chansons de leur projet Karenine, les plus officiels EZ3kiel au théâtre Verdière pour un conte musical Electro Rock profond et puissant, puis Pauline Croze et le grand Bernard Lavilliers, égal à lui-même au Grand Théâtre. Ou encore la délicate Maud Lübeck, au piano, accompagnée de deux complices musiciennes, venue décliner le cœur à nu, une version résumée de son sublime album « 1984, chronique d’un adieu ». La Maison Tellier au grand complet lui emboite le pas, avec toujours autant d’intensité, de fougue et de vérité. Un moment rare ! Les plus courageux auront poussé la ballade dans les rues de la Rochelle, pour aller applaudir Patrick Fiori, à l’Eglise Notre-Dame, là-même où nous avions écouté Laurent Voulzy et son trio magique l’an dernier. Nous concernant, nous avons dû nous contenter de le croiser au café Serge à l’heure du déjeuner, évoquer avec gourmandise ses préférences culinaires, passant forcément par la cuisine de Mamma Corsica, maman Fiori. A noter aussi, en ce troisième jour, la découverte dans l’après-midi de trois artistes issus du Chantier, et venus animer de leurs chansons les fameuses « balades chantées », passionnantes promenades touristiques guidées, initiées pendant la crise sanitaire et perpétuées dans divers endroits secrets de la ville : le duo Chateau Forte (composé d’une chanteuse et d’un membre de Feu!Chatterton à la guitare), suivie de la plus talentueuse des folkeuses du moment, l’aérienne et inspirée Lonny (en concert aussi le lendemain avec Emily Loizeau au théâtre Verdière), et enfin le très sympathique et chaleureux duo d’inspirations multi-culturelles, Ladaniva.

EZ3kiel / Lonny / Ladaniva / Vald / Bernard Lavilliers


Jour 4.

En ce début de Week End, c’est Jacques Weber qui vient régaler les papilles des invités du café Serge, en tandem avec le chef Stéphane Carrade. En ouverture des festivités plus musicales, Ours et François Morel se partagent la scène du Grand Théâtre en tout début d’après midi, alors que les Balades chantées proposent de découvrir d’autres révélations du Chantier dans des lieux secrets bien cachés, propices à la rêverie musicale : la jeune Yoa nous émeut avec de délicates chansons entrelacées aux notes de son clavier, Coline Rio très bucolique dans sa combinaison fleurie achève de nous séduire aux sons de son clavier à piles, puis de son adorable ukulélé, Romane rappelle la fougue et la puissance émotionnelle d’une Tracy Chapman débutante. Enfin la blonde Zaho de Sagazan dévoile une version plus fragile de ses chansons entendues sous d’autres formats jusqu’ici. La balade se télescope hélas avec le spectacle donné par les stéphanois Terre Noire, venus rendre visite à leur interprète Bernard Lavilliers, la veille au Grand Théâtre. Le duo de frères offre sa première partie à la pile électrique du moment, la jeune Kalika, récompensée la veille par le prix Coup de Coeur des Francofolies Le Club. En fin d’après midi, Janie gagne quelques fans supplémentaires sur la scène extérieure Océan, au son des chansons très Pop et bien ficelées de son premier album. Enfin, en soirée, le choix est donné entre le discret et cultissime HF Thiefaine, version « unplugged », et une nouvelle soirée Rap, plus fédératrice celle-ci, puisque se succèdent sur scène Sopico, l’excellent Roméo Elvis, le facétieux Lujipeka débarqué sur scène en voiture décapotable, rien que ça, et surtout la star du moment, le grand Orelsan, ne ménageant pas ses forces et son énergie pour donner le meilleur de lui-même devant un public en transe. Pendant ce temps au Café Serge, Laurent Voulzy dévoile jusque tard dans la nuit les secrets d’une bonne Pina Colada version « Lolo Star ».

Laurent Voulzy et Gérard Pont au Café Le Serge / Yoa / Coline Rio / Romane / Zaho de Sagazan / Janie / Lonny / Emily Loizeau / Terre Noire / Ours / HF Thiefaine / Roméo Elvis / Orelsan


Jour 5.

Toutes les bonnes choses ayant une fin, la journée dominicale commence avec la projection du film « Jane par Charlotte » au cinéma CGR, suivie de la visite d’André Manoukian, venu évoquer la cuisine arménienne au Café Serge. On y croise Gérard Lanvin et son fils Manu, très attendus dans l’après midi, dans le cadre des « collections particulières » de la salle Bleue, pour un concert qui s’annonce intimiste, entre Blues et Rock. Pendant ce temps, le sympathique Aldebert réussit un joli coup double avec pas moins de deux concerts consécutifs (et complets), au Grand Théâtre, devant des enfants (et leurs parents) connaissant ses « Enfantillages 4 » sur le bout des doigts. On file applaudir sur la scène Océan en plein air notre coup de coeur Laura Cahen, qui fait forte impression avec les chansons parfaites de son album « Une fille », tout juste précédée de Zinée, jeune rappeuse récompensée par le prix Félix Leclerc cette année, remis des mains du grand éditeur Gérard Davoust (cf. Aznavour, Lynda Lemay…). La soirée s’annonce encore un crève-coeur puisqu’il fait choisir d’une part, entre l’excellent Florent Marchet, avec Lisa Portelli en première partie, venu présenter avec toute la finesse et la délicatesse qu’on lui connait les chansons de son superbe album « Garden Party », et d’autre part, les blockbusters des tournées du moment. Jugez plutôt ! Après un très courageux Malik Djoudi, toujours aussi élégant et précis, se succèdent sur scène : les Dutronc Père et fils, en grande forme, venus échanger quelques échantillons de leurs répertoires respectifs (« J’aime les filles », « Il est cinq heures », « Les cactus », « Merde in France » avec son ballet de balais, « J’aime plus Paris »), avantageusement accompagnés de Yarol Poupaud, le tout dans une apparente nonchalance que vient contredire leur professionnalisme à toute épreuve. Le studio d’enregistrement cosy reconstitué derrière eux, dans lequel sont discrètement disposés des photos de Johnny et Eddy, n’est pas sans rappeler l’atmosphère des Vieilles Canailles. Débarque ensuite la tornade Julien Doré, dans son costume rose, plus séducteur que jamais et le Barnum de son gigantesque show « Aimée tour », constellé d’effets visuels et de tubes, même si certains manquent à l’appel comme « La fièvre », format plus réduit oblige. L’amuseur numéro 1 réussit à nous émouvoir profondément sur « Sublime et silence » faisant écho aux derniers mois passés de l’artiste, comme à nos propres émotions. Clara Luciani lui rend visite le temps du duo « L’île au lendemain ». Et pour cause, la star entourée de sa garde rapprochée (musiciens et choristes) clôture cette édition autour de minuit, déployant un charme irrésistible au rythme de ses innombrables tubes (« Respire encore », « Le reste », « La grenade », « Comme toi »… ), sans oublier « Sad and Slow » que son frère de coeur, alias Julien Doré vient chanter avec elle.

André Manoukian et Thomas Dutronc au café Le Serge / Thomas et Jacques Dutronc / Julien Doré / Clara Luciani

Une dernière chose, si ce rapide survol vous aura donné de folles envies pour l’été prochain, sachez que la prochaine édition se tiendra du 12 au 16 juillet 2023 et qu’il ne sera pas impossible de nous croiser aux premières loges …

Eric Chemouny     

Photos : On stage par Les Francofolies de La Rochelle : Caroline Jollin / Antoine Monegier / Bydimworks (DR) // photo EZ3kiel live et Les Balades Chantées par Gregory Guyot (DR/JSM) // Rencontres gastronomiques au café Le Serge par Eric Chemouny (DR/JSM)