INDOCHINE

fait battre le coeur du Stade

Indochine célèbre en grandes pompes son 40e anniversaire ! Le groupe a soufflé une partie de ses bougies à l’ouverture d’un pop up store éphémère il y a presque 2 ans, suivie de la sortie de deux compilations de singles qui ont cartonné et même offert à la France son seul concert test face au Covid 19, à Bercy en mai dernier. Un an plus tard, point d’orgue de ces célébrations, s’installe le très attendu Central Tour dans 5 grandes villes de France : Paris, Bordeaux, Marseille, Lyon et Lille. Aussi exceptionnel que grandiose, cette tournée des stades a débuté à Paris, au Stade de France devant près de 100 000 personnes, un record…

Indochine est sans doute le seul groupe français à avoir su marquer plusieurs générations à coup de tubes, d’albums et surtout de tournées gigantesques, de mises en scène démesurées aux structures monumentales forçant respect et admiration. Il était donc inconcevable que le Central Tour déroge à la règle et il n’a pas failli. C’est à la fois sa qualité et son principal défaut.

Sa qualité, car Indochine est probablement le seul groupe qui sache offrir de la démesure, embarquer autant de monde dans une déferlante musicale qui couvre bien plus qu’une carrière, mais une histoire de France comme l’introduit si bien le mur d’images géant qui recouvre le grand réservoir dominant la scène centrale du groupe et faisant défiler 40 ans d’actualités marquantes de notre pays, de l’élection de Mitterrand à celle de Macron, ainsi que des inserts plus intimes comme la disparition de Stéphane Sirkis en 1999. Ce medley géant de la vie française accompagne l’arrivée dans le Stade de Nicola Sirkis et ses acolytes, Oli de Sat, Ludwig Dahlberg, Boris Jardel et Marc Eliard et introduit le premier titre d’une setlist qui s’avérer très généreuse : « Nos Célébrations ». C’est toujours en contextualisant son propos qu’Indochine affirme cette légitimité à ancrer le temps et les générations, s’inspirant de cette actualité qui défile souvent trop vite pour aborder tous les thèmes qui bousculent la jeunesse, de ses identités à ses revendications, et qui nous dépassent de plus en plus, comme un peu plus tard dans le show, cette projection dramatique en 2033 que le groupe propose avec un JT fictif présenté par Laurent Delahousse. Ce lien entre la musique et la société les a rendus incontournables dans le paysage musical français.

Ce n’était donc pas un hasard si l’an passé, c’est à eux que l’on avait confié la mission de tester la propagation du Covid19 pendant un concert test impeccable (notre article à lire ici) . C’était à l’Accor Arena il y a tout juste un an avec une setlist ciselée pour la scène, dont on retrouve sa quasi totalité au Stade de France, distillée parmi les 29 titres proposés par le groupe et faisant le régal des fans.

La Setlist voit aussi défiler 40 ans d’histoire, de « Dizzidence Politik » le premier single du groupe sorti en 1981, l’un des points forts de ce show de plus de 2h45 où Dimitri Bodianski, l’ex-membre du groupe et Lou Sirkis, la fille de Stéphane rejoignent la bande sur scène, à « Nos Célébrations » qui ouvre et clôt le concert, Nicola Sirkis et ses acolytes créent la surprise avec des pépites retrouvées comme « A l’assaut des ombres sur l’O » ou encore  » les Tzars » pour ne citer qu’elles. Autres surprises, d’autres invités rejoignent le groupe : Christine & The Queens, alias Héloise Letissier, qui débarque sur « 3Sex » pour dynamiter la scène et le public, telle une pile survitaminée virevoltant autour d’un Nicola Sirkis amusé par l’énergie déployée par son hôte. Plus calme et plus discret, le castrat Philippe Jarrousky vient interpréter l’un des titres les plus forts jamais écrits par le groupe : « Collège Boy ». Plus surprenant, la Garde Républicaine investit la scène centrale pour un rappel de 3 chansons magistrales, dont la très attendue « J’ai demandé à la lune ».

Toutes les générations s’y retrouvent, celle de la première heure, venue avec ses enfants avec lesquels elle chante bras-dessus bras-dessous les premiers tubes du groupe comme « Miss Paramount » ou « Canary Bay », celle de la renaissance en 2002 avec l’album « Paradize » jusqu’à la plus récente qui reprend à l’unisson « Un été français ». Un tour de force puissant, qui fait résonner un Stade totalement dévoué.

Si il faut reconnaître qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer, cette escalade du grandiose et de l’inédit a ses limites et la scène centrale elle-même a ses inconvénients, réussissant rarement à satisfaire totalement le public : cache-cache perpétuel du chanteur soit obstrué par les structures métalliques imposantes, soit perdu sur les proscéniums interminables qui égare le public. Pour celui en gradins, il cherche souvent le chanteur ; pour celui en fosse, dont certains spectateurs ont attendu plusieurs jours devant le Stade, il ne profite pas pleinement des projections gigantesques qui animent le grand réservoir pourtant très impressionnant et qui constitue la quasi totalité de la réussite du show. Poumon central de ce tour, caméléon visuel des partitions musicales, ce réservoir éblouit, interroge, poétise et prophétise, il est le phare qui nous rassure quand Nicola se perd dans cette marée humaine et mécanique, ou quand il disparait totalement pendant « Tes yeux noirs » se fondant à ses fans, qu’il remercie en permanence.

Après 2h45 de show, force est de constater que malgré tout, le plaisir de redécouvrir la discographie exceptionnelle est intact, et comme on avait déjà pu le constater au fil des concerts précédents, chaque titre s’est bonifié avec le temps, magnifié par la mise en images démesurée, que la nuit tombée rend encore plus impressionnantes. Les habituels grands rendez-vous jubilatoires sont ici des promesses tenues, comme « Station 13 », « Trois nuits par semaine » et évidemment « L’aventurier », que reprend en chœur la foule déchaînée du Stade.

Enfin, et c’est presque devenu une tradition, cet anniversaire scénique s’achève sur le toujours très émouvant « Karma Girls » accompagné d’un feu d’artifice qui fend de mille éclairs le ciel de cette nuit de fête historique.

Gregory Guyot

Setlist « Central Tour » : Nos Celebrations / Station 13 / Marilyn / Miss Paramount / Canary Bay / Punishment Park / Les Tzars / Paradize / Le baiser (Heroes) / Tes Yeux Noirs / 7000 danses / La chevauchée des champs de blé / A l’assaut (des ombres sur l’O) / 3Sex (avec Christine & the Queens) / Alice & June / Un été français / Trois nuits par semaine / Club Central / Des fleurs pour Salinger / Kissing my song / Stef II / Drugstar / Dizzidence Politik (avec Dimitri Bodianski et Lou Sirkis) / Nos Célébrations (reprise) / Rappel 1 : J’ai demandé à la lune (avec L’orchestre de la Garde Républicaine) / La vie est belle (avec L’orchestre de la Garde Républicaine)/ Atomic Sky (avec L’orchestre de la Garde Républicaine) / College Boy (avec Philippe Jaroussky) / Rappel 2 : L’aventurier / Karma Girls.

Photos : Laura Gilli (DR)

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