PHILIPPE KATERINE

La vie en rose !

C’est l’évènement parisien de Pop Culture le plus choupinou de ce printemps : depuis le 26 février et jusqu’au 24 avril, le très chic Bon Marché Rive Gauche a choisi de laisser carte blanche, ou plutôt « carte rose » au trublion iconoclaste de la chanson, Philippe Katerine, qui a investi le grand magasin avec ses oeuvres polymorphes célébrant à sa manière « le mignonisme » cher à son coeur de Chamallow : Je Suis Musique vous offre quelques images choisies de cette collaboration inédite pleine de créativité et de fantaisie, histoire de vous inviter à voir la vie en rose dans le regard pas banal et si attendrissant de l’ami Katerine… 

Philippe Katerine (c) Delphine Ghosarossian

Si le grand magasin détenu par le groupe LVHM a souvent fait appel à des plasticiens ou artistes contemporains pour créer des évènements (dernièrement le turc Mehmet Ali Uysal, ou le sud-africain Thebes Magugu), c’est la première fois qu’un acteur-chanteur aussi populaire et connu du grand public y est invité. En réponse, Katerine a choisi d’y décliner sa vision du « mignonisme », l’adorable philosophie qu’il a lui-même inventée, au travers d’une exposition dédiée au 2éme étage, mais aussi divers événements, comme les deux spectacles aux confins de l’absurde et du surréalisme qu’il a donnés début mars, avec son ami réalisateur et musicien, Philippe Eveno, « Ce que je sais de la mort, ce que je sais de l’amour ».

Tout d’abord, une définition du « mignonisme » s’impose et c’est Katerine qui en parle le mieux avec sa candeur si attachante : « le mignonisme existe depuis la nuit des temps, mais je m’y suis précipité depuis le confinement. J’avais du temps, je me suis mis à regarder ce que je ne voyais plus vraiment, des toutes petites choses du quotidien, puis j’ai commencé à faire des assemblages, des dessins. Ces choses m’ont permis de passer ces temps expérimentaux plus légèrement. Voir du mignonisme partout même dans les choses affreuses, c’est formidable ».

En plus d’avoir fait du Bon Marché un véritable terrain de jeu, champ libre à toutes ses fantaisies et à toutes ses expérimentations les plus folles, Katerine a également posé en couverture du catalogue printemps-été 2022 du magasin, et en a conçu et illustré la mise en page, forcément très colorée de rose : « C’est une passion ! Je n’ai pas de retenue avec le rose, alors que le rouge m’inquiète, le bleu m’effraie par sa candeur, et le vert m’affolle. Le rose me rassure, c’est pour ça qu’il y’a beaucoup de personnages très roses dans cette exposition » explique-t-il avec le plus grand sérieux.

Et force est de reconnaitre que l’exposition ne connaitrait pas un tel succès populaire auprès des grands et des petits, sans la présence d’un adorable personnage, « Monsieur Rose » qui serait quelque peu son double qu’il aurait lui-même enfanté, à mi-chemin entre T’choupi et Barbapapa, une sculpture bubble-gum dont la présence généreuse et rassurante, démultipliée aux quatre coins du magasin donne immédiatement la « banane » aux visiteurs. Outre ces sculptures géantes suspendues avec malice sous la grande verrière et autour des iconiques escalators du BM, on peut aussi retrouver « Monsieur Rose » en vitrine dans des situations toutes plus « mignonnes » les unes que les autres, mais aussi décliné dans l’exposition elle-même sous diverses formes dans une jolie collection de produits merchandising exclusifs (totebags, bobs, blousons, 45 tours, coques de téléphones, figurines et autres goodies pour fans). Véritable vedette de l’exposition, on peut même en acquérir une réplique sous cloche, en édition limitée à 100 exemplaires et déjà épuisée…

Enfin, comme Katerine est un artiste pluri-disciplinaire, il s’est aussi attelé à proposer une Playlist Mignoniste de 50 chansons et à exposer des dessins, peintures, poèmes, sculptures, et autres variations sur le même thème, tantôt faussement naïfs, tantôt surréalistes, tantôt absurdes, mais résultant toujours de sa vision douce et optimiste du monde qui l’entoure, comme s’il s’agissait de la seule réponse trouvée par notre Fifi à sa noirceur et à son insoutenable gravité.

Car en transparence de ces oeuvres qui puisent dans ce que l’enfance a de plus pur et de plus déshinibé en nous, difficile ne pas voir aussi en Katerine un autre visage, celui d’un clown triste, quelque peu désabusé sur la nature humaine et ayant trouvé refuge dans un paradis rose. Par les temps qui courent, difficile de ne pas adhérer à sa philosophie…

Eric Chemouny

Photos : Grégory Guyot et Eric Chemouny (DR / JSM) // Portrait de Philippe Katerine en noir et blanc : Delphine Ghosarossian (DR) avec son aimable autorisation.