CHARLOTTE GAINSBOURG

Cinéma,

Paroles et Musiques

A l’instar de ses illustres parents, Charlotte Gainsbourg a su se faire une place dans le monde du cinéma et de la musique. Elle a su marier les deux ensemble aussi, fruit du hasard parfois, évidence toujours. Avec la sortie du documentaire intime « Jane par Charlotte », le 12 janvier dernier, émouvante lettre d’amour en images d’une fille à sa mère, et plus encore d’une filiation, Charlotte ajoute une nouvelle corde à son arc, celle d’une réalisatrice du réel, sincère et déjà singulière, qui voit converger les arts autant que les légendes et fait paradoxalement éclater la timidité qui l’incarnait en une exaltation passionnée. Impudeur pudique, exhibitionniste assumée, cette famille-là que le cinéma et la musique ont toujours nourri continue de nous fasciner quelle que soit la discipline, comme le prouve une nouvelle fois ce formidable portrait. Nous étions à l’avant-première parisienne où l’artiste, à l’issue de la projection qui a fait couler quelques larmes avouons-le, a échangé librement avec son public sur ce rapport avec sa mère, sa célébrité, donnant un coup de projecteur sur sa vie et sa carrière. A cette occasion, nous nous sommes penchés sur quelques uns des films de sa carrière qui ont su mélanger cinéma, paroles et musiques, comme autant de rendez-vous inspirants et inspirés qui ont marqués nos vies…

1984 : « Paroles et musique »

Pour son premier rôle au cinéma, Charlotte mélange déjà l’univers du cinéma avec celui de la chanson dans ce film d’Elie Chouraqui, « Paroles et musique » le bien-nommé, qui suit les galères et les succès de deux copains qui veulent percer dans la musique mais qui seront séparés par l’amour d’une même femme. Même si elle chante pas, Charlotte baigne alors dans l’univers de sa bande-son, signée Michel Legrand.

Poussée par sa mère à passer le casting, Charlotte qui a 12 ans, est choisie pour incarner la fille de Catherine Deneuve qui, en plus d’être la star absolue des grandes actrices françaises du moment, est aussi l’une des égéries de son père Serge. Celui qui sait faire chanter les actrices lui avait offert 3 ans auparavant, un album « Souviens-toi de m’oublier » (qui contient entre autres « Ces petits riens », « Dépression au-dessus du jardin » et « Overseas telegram ») ou encore « Dieu est un fumeur de havanes » (sur la BO de « Je vous aime », film de Claude Berri dans lequel SG jouait avec également).

Dans ce premier film, Charlotte s’appelle… Charlotte, comme pour 2 autres films majeurs de sa carrière : « L’Effrontée » et « Charlotte For Ever ». Charlotte se fait déjà un prénom : elle n’est déja plus « la fille de… ».


1985 : « L’effrontée »

C’est LE film qui la révèle au grand public. Même si elle a grandi sous le feu des projecteurs au milieu de ses parents, de sa famille, même si elle s’était déjà faite remarquer dans « Paroles et Musique », la timide Charlotte (comme on l’appelle déjà familièrement) séduit la France entière qui s’amourache littéralement de « l’Effrontée » de Claude Miller. Le film, l’un des plus importants du cinéma français (en grande partie grâce à elle) est un juste et sensible portrait d’adolescente, en lequel s’identifie toute une génération. Charlotte devient une star.

Si elle ne chante toujours pas (pas encore), Charlotte établit un lien indissociable entre le cinéma et la musique dans une scène anthologique cadencée par « Sara perche ti amo », une chanson du groupe italien Ricchi e Poveri sortie en 1981 que le film transformera en méga-tube en France. La chanson fera d’ailleurs l’objet d’une version française, « Le nouveaux romantiques » chantée par l’idole du moment, Karen Cheryl. Dans cette scène, l’un des seuls moments insouciants et heureux du film, s’improvise un pique-nique dans le jardin de la maison familiale de Charlotte au rythme de cette chanson ensoleillée.

Le film, déjà récompensé par le Prix Louis Deluc, vaudra à Charlotte son premier Cesar, celui du meilleur espoir féminin, offrant à la télévision française un autre moment d’anthologie, devant un Serge Gainsbourg fier et ému aux larmes.


1986 : « Charlotte for ever »

Un titre de film devenu un gimmick médiatique récurrent quand on évoque Charlotte Gainsbourg, « Charlotte For Ever » définit bien cette relation qui unit la jeune femme et les français. Le titre fait pourtant référence à un film sulfureux et décrié, sorti en 1986 dans le tourbillon médiatique post-effrontée autour de la jeune actrice.

Cette histoire passionnelle entre un père alcoolique et sa fille adolescente, ne rencontre pas le succès escompté malgré l’immense succès de « l’Effrontée » qui aurait dû le booster, le public n’ayant sans doute pas adhéré à l’apparente proximité avec une certaine réalité. C’est pourtant un film qui va marquer un tournant dans la carrière de Charlotte puisque quasi simultanément avec sa sortie, est publié presque malgré elle, son premier album portant le même titre, composé par son père dont on peut entendre des extraits dans la bande-son du film parmi les 8 titres de l’album original.

Après avoir fait tourner Jane Birkin dans un autre film au parfum de scandale, « Je t’aime, moi non plus » (lui ayant sans doute offert l’un de ses rôles le plus forts), Serge Gainsbourg sublime à présent sa fille en pleine adolescence, dans cette relation à la lisière d’un « Lemon Incest » dans un hôtel particulier ressemblant fortement à celui de la rue de Verneuil où il habite, accentuant le trouble.

Au final, et avec le recul des années, « Charlotte for ever » est sans doute l’oeuvre la plus symbolique de l’actrice devenue dès lors chanteuse. Il aura fallu attendre plus de 30 ans pour que Charlotte remette au goût du jour cet album qu’elle avait du mal à accepter en interprétant la chanson « Charlotte for Ever » sur la tournée « Rest » en 2018.


1993 : « The cement garden »

Après « Charlotte for ever », Charlotte Gainsbourg se consacre entièrement au cinéma et délaisse la chanson malgré le succès de son premier album. Ses rôles affirment de plus en plus sa maturité et l’adolescente laisse place à la femme. Elle rencontre Yvan Attal et voit son père disparaître… En 1993, elle reste en famille et tourne pour son oncle, Andrew Birkin, un film singulier, presque culte où elle joue pour la première fois en anglais, « The Cement Garden ». L’histoire est celle d’une famille anglaise dans une maison isolée de banlieue, où quatre enfants font face à la disparition successive de leurs parents et en cachent les corps pour mieux vivre leur liberté.

Elle retient alors l’attention de Madonna, reine indétrônable de la Pop, mégastar mondiale au sommet de son art, qui étonne une fois de plus avec un nouveau son, un tube monumental « Music » et un album éponyme qui marque l’année 2000. Sur celui-ci, alors que participent notamment deux français, Mirwais (transfuge de Taxi Girl) pour le son et Jean-Baptiste Mondino pour la pochette du disque, figure un autre single, « What it feels like for a girl ». Sur ce tube, lui aussi sulfureux (surtout son clip, interdit), Madonna choisit un extrait de « Cement Garden » avec la voix de Charlotte pour ouvrir la chanson et donner au passage son titre :

« Girls can wear jeans, And cut their hair short, Wear shirts and boots, Because it’s OK to be a boy, But for a boy to look like a girl is degrading, ‘Cause you think that being a girl is degrading, But secretly you’d love to know what it’s like, Wouldn’t you? What it feels like for a girl »

Déclic: Charlotte Gainsbourg révèlera par la suite que cette participation indirecte lui a redonné l’envie de chanter : ainsi, 20 ans après « Charlotte For Ever », c’est peut être à Madonna que l’on doit « 5:55 » le second opus de Charlotte réalisé avec Air, sorti en 2006.


1996 : « Love, etc. »

Après « Aux yeux du monde » d’Eric Rochant en 1991, Charlotte Gainsbourg retrouve son compagnon Yvan Attal dans la comédie dramatique de Marion Vernoux, « Love, etc. » en 1995, l’histoire perturbée de deux amis amoureux de la même femme.

10 ans après son premier album, affranchie sans doute de quelques craintes, Charlotte accepte d’interpréter la chanson-titre du film écrite par la réalisatrice elle-même sur la musique du grand compositeur multi-récompensé Alexandre Desplat, enregistrée et mixée aux studio Davout et Guillaume Tell.


2005 : « L’un reste, l’autre part »

Film quasi autobiographique réalisé par Claude Berri, « L’un reste et l’autre part » est l’histoire d’un amour qui se termine pour une autre histoire qui commence. Le réalisateur raconte son coup de foudre pour la romancière Nathalie Rheims au moment où son fils est victime d’un accident grave. Charlotte joue aux côtés de Daniel Auteuil, Pierre Arditi et Nathalie Baye

Pour la seconde fois, elle enregistre la chanson-titre du film écrite par Nathalie Rheims sur une musique de Frédéric Botton. La chanson est reprise par Sylvie Vartan, en 2009 sur l’album « Toutes peines confondues ».


2007 : « I’m not there »

Grâce à Todd Haynes, Charlotte Gainsbourg pénètre dans l’univers fou de Bob Dylan dans ce film d’auteur protéiforme où l’icône de la chanson américaine est incarnée par six acteurs différents dont une femme, dans une série de courts-métrages entre fiction et réalité. Face à l’acteur Heath Ledger qui incarne un visage de Bob Dylan, Charlotte joue Claire, inspirée par Sara Lownds-Dylan, mannequin américain, première femme du chanteur avec lequel elle a été mariée 12 ans et mère de leurs quatre enfants, dans un court intitulé « Grain of Sound », en référence à la chanson gospel de 1981 « Every Grain of Sand ».

Dans une bande-son forcément culte constituée de chansons originales de Bob Dylan et de reprises, Charlotte interprète « Just Like a Woman » avec le groupe Calexico, une chanson de Bob Dylan parue en 1966 sur l’album « Blonde on Blonde ».

Deux ans plus tard, sort son nouvel album « IRM » réalisé avec Beck dont les Photos du coffret collector, signées Jean Baptiste Mondino, rappellent l’univers de Bob Dylan et du film : Charlotte déambule dans les rues embrumées de Paris en femme orchestre troubadour.


2013 : « Nymph()maniac »

Troisième collaboration entre Charlotte et le réalisateur danois Lars Von Trier après le controversé « Antichrist » en 2009 et le lyrique « Mélancholia » en 2011, « Nymphomaniac » raconte en huit chapitres (et en deux films fleuves de plus de 4h), la confession de Joe sur une vie de fantasmes et d’expériences sexuelles extrêmes. Le film, à nouveau décrié, lui vaut néanmoins le prix d’interprétation féminine à Cannes.

Pour le générique de fin, Charlotte reprend la chanson immortalisée par Jimmy Hendrix écrite par Billy Roberts : « Hey Joe » qu’elle réalise avec Beck, lequel avait déjà travaillé avec elle sur son troisième album « IRM » sorti en 2009. « Hey Joe » est à la fois une référence au nom de son personnage dans le film et le prénom de sa fille, née en 2011, et qui apparaît dans son film « Jane par Charlotte ». Elle est aussi l’écho de la chanson de son père : « Melody » dont la ressemblance musicale semble lui rendre hommage.


2022 : « Jane par Charlotte »

Très attendu, présenté à Cannes en juillet dernier, maintes fois décalé du fait de la crise sanitaire, le premier film de Charlotte Gainsbourg est un documentaire dédié entièrement à Jane, la mère, et non à Birkin, la star. Hommage miroir à ce qu’elle s’apprête à faire vis à vis de son père en ouvrant au public la maison de la rue de Verneuil en avril prochain, le documentaire voit défiler une succession de scènes de la vie quotidienne d’une mère face à sa fille, s’éloignant d’un star system qui les aura épiées toute leur vie.

Charlotte y a invité sa fille Joe, aussi volubile que sage enfant, à qui les caméras et les indiscrétions ne semblent pas faire peur. A elles 3, elles dessinent une filiation évidente de 3 générations d’artistes, où l’intensité de chaque moment présent l’emporte sur un passé sous les projecteurs et un futur héréditaire. Des confidences sur l’oreiller aux shootings photos, des scènes autour du monde aux plages de Bretagne, Jane par Charlotte bouleverse par sa simplicité et l’universalité de son propos.

Pour cette première réalisation, Charlotte aurait pu piocher dans un héritage musical familial inépuisable pour décrire en musique les contours de la carrière et de la vie de son illustre maman, mais avec une subtilité et une élégance toujours aussi naturelles, elle en sélectionne pudiquement quelques extraits bien choisis: ici, une répétition de « Je t’aime moi non plus » dans la préparation d’un duo bouleversant ; là, une version instrumentale de « Kate », extrait de son dernier album « Rest » sorti en 2017 en hommage à Kate Barry, pour finir son film par le titre de Jane « Je voulais être une telle perfection pour toi! », extrait de son dernier album « Oh! Pardon tu dormais » réalisé par leur ami commun, Etienne Daho.

Avec ce documentaire, Charlotte ajoute une nouvelle corde à son arc : actrice accomplie multi récompensée avec une soixantaine de films, comédienne de théâtre en 1994 dans la pièce de David Mamet, « Oléanna », chanteuse et musicienne avec 4 albums remarquables aux prestigieuses signatures, femme de scène affranchie de sa légendaire timidité de la Cigale à Coachella, photographe publiée et désormais réalisatrice. Celle dont on a vu toute la vie défiler en même temps que nous avons grandi prouve qu’elle a encore beaucoup de choses encore à nous faire découvrir.

Le documentaire a réunit près de 30 000 spectateurs en 15 jours, un joli succès mérité pour ce format.

Un dossier réalisé par Gregory Guyot

Photos : Pierre Olivier Signe (DR / @posigne ) : Charlotte Gainsbourg et Jane Birkin, de Cannes à Paris publiées exclusivement pour JE SUIS MUSIQUE – merci / Affiches et covers disques originales

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