Le Questionnaire de Proust

de NICOLETTA

Pour beaucoup de chanteuses à voix actuelles, elle est une référence absolue de la chanson française, une indétronable « Mamy Blue», aux accents de rocaille et au timbre identifiable entre tous, comme en témoigne encore dernièrement la B.O du film «Aline » de Valérie Lemercier, inspiré librement de la vie de Céline Dion. Après avoir célébré ses 50 ans de carrière au Lido de Paris en novembre dernier, et alors qu’elle publie un somptueux album acoustique « Amours et pianos » de ses plus grands succès en version dépouillée, dans la collection « Parce Que » du label PIAS, comprenant des duos avec Marina Kaye et Erik Truffaz, mais aussi un inédit signé Carla Bruni, l’immense Nicoletta s’est prêtée à notre Questionnaire de Proust avec son franc-parler, sa générosité et son humanité légendaires…

1. Le principal trait de mon caractère ?

Je vais de l’avant, à l’instinct, sans toujours réfléchir d’ailleurs.

2. La qualité que je préfère chez un homme ?

Le charme, la douceur, la gentillesse. J’apprécie qu’un homme m’ouvre la porte, passe devant moi quand je descends un escalier, ce genre d’égards qui peuvent paraitre un peu « vieille France ».

3. La qualité que je préfère chez une femme ?

Ce sont à peu près les mêmes qualités finalement : j’aime les femmes douces, gentilles, sensibles, à l’écoute. Il faut que je reconnaisse comme une soeur en elles, qu’on ait beaucoup de points communs, qu’on se ressemble finalement.

4. Ce que j’apprécie le plus chez mes amis ?

La fidélité, la vérité, la sincérité, qu’ils me disent les choses franchement quand ça ne va pas.

5. Mon principal défaut ?

Oh la la ! Je suis très soupe au lait. Je m’emporte facilement, mais ça ne dure pas longtemps. Quelques minutes, tout au plus.

6. Mon occupation préférée ?

La lecture. C’est une évasion extraordinaire de se nourrir des mots, une ouverture sur le monde. Tout au long de ma vie, je me suis beaucoup cultivée grâce à la lecture, qui nous conduit à être son propre metteur en scène finalement, lorsqu’on se projette à la place de l’écrivain. J’adore Michel Houellebecq qui est complément dingue, mais très intéressant et visionnaire. C’est mon dernier coup de coeur… Je sais qu’il a aussi écrit des chansons avec Jean-Louis Aubert, avec énormément de sensibilité.

7. Mon rêve de bonheur ?

Que les miens et les gens que j’aime aillent le mieux possible, tout simplement.

8. Quel serait mon plus grand malheur ?

De perdre quelqu’un que j’aime.

9. Ce que je voudrais être ?

Celle que je suis me suffit, tout simplement (rires).

10. Le pays où je désirerais vivre ?

Le mien, au bord du lac Léman. J’ai une maison de campagne à 500 mètres du lac, et je suis toujours ravie de m’y rendre. J’y ai le sentiment de retourner dans le ventre de ma mère. C’est un endroit merveilleux et j’y retrouve la paix intérieure. Quand j’y retourne, je finis toujours par me dire que la vie est formidable et pleine de surprises. Qui aurait dit un jour, qu’en partant de mon village avec un franc en poche, je ferais le chemin que j’ai tracé ? C’est un pays que j’aime pour les paysages et pour les personnes qui le peuplent. Les savoyards, les gens de l’alpage, sont des gens magnifiques de vérité. 

11. La couleur que je préfère ?

Le bleu ! C’est la couleur des yeux de mon mari, celle du ciel, et aussi celle de ma chanson fétiche « Mamy Blue ».

12. La fleur que j’aime ?

 Le myosotis, une toute petite fleur qu’on voit de moins en moins parce qu’on construit de plus en plus partout. Elle disparait progressivement des sentiers, mais on en trouve heureusement encore beaucoup dans ma région. Dès 500 mètres d’altitude, on en voit sur le bord des routes, majestueuses dans leur robe bleue couleur de ciel, avec souvent en second plan de magnifiques coquelicots.  

13. L’oiseau que je préfère ?

J’aime tous les oiseaux. Le matin, quand le jour se lève, surtout au printemps, entendre les premiers sifflets des oiseaux, me met en joie tellement c’est beau. Je me dis : comme c’est bon d’être vivant, et ce sont les oiseaux qui me le rappellent !

14. Mes auteurs favoris en prose ?

J’aime beaucoup les grands classiques, comme Victor Hugo, mais il y en a tellement…

15. Mes poètes préférés ?

Arthur Rimbaud, incontestablement.

16. Mes héros favoris dans la fiction ?

Je n’en ai pas beaucoup, à vrai dire, je suis assez terre-à-terre…

17. Mes héroïnes favorites dans la fiction ?

Idem.

18. Mes compositeurs préférés ?

 En musique classique, tous les Russes : Stravinski, Moussorgski, et tous ceux dont le nom finissent par « ski » (rires) ! J’en suis folle. J’adore la musique classique qui me nettoie littéralement le cerveau. Dans la vie courante, on est envahis par une cacophonie de bruits mécaniques ou électroniques, mais écouter de la musique classique de bon matin me met en appétit de vivre !

19. Mes peintres favoris ?

J’aime beaucoup la peinture sur une large période qui va des grands ateliers de Nicolas Poussin,  à De Vinci ou David. J’aime être entourée de beaux livres, et lire des biographies d’artistes peintres me passionne. J’aime aussi beaucoup les impressionnistes, mais également Picasso et particulièrement sa période rose et bleu. J’aime aussi le cubisme. Lorsque je suis à Paris, je vais souvent aux expositions, je vais au Musée Picasso, mais mon endroit préféré reste le Musée d’Orsay. Lorsque je voyage pour faire des télévisons, comme à Amsterdam, je m’arrange toujours pour me réveiller tôt, vers 8h, commander un taxi et filer au musée Rembrandt. J’adore ce musée et admirer le travail fabuleux de Rembrandt et de ses contemporains sur la lumière. C’est vraiment magnifique ! Enfin, j’adore les oeuvres de Klimt. C’est quand même fou, quand on y pense, ce qui s’est passé artistiquement au début du siècle dernier, entre 1910 et 1950 : comme si chaque année, la peinture se réinventait avec de nouveaux artistes, de nouveaux courants ! 

20. Mes héros dans la vie réelle ?

Ma grand-mère qui a été héroïque pendant la guerre. Je ne me suis jamais sentie aussi fière que le jour de son enterrement : dans l’église remplie de monde, il y avait deux porte-drapeaux de la Libération. Je n’avais jamais éprouvé une émotion aussi forte de ma vie. C’est une femme qui m’a faite, qui m’a donné la force de vivre : une femme extraordinaire, que je n’oublierai jamais.

21. Mes héroïnes dans l’histoire ?

Ma préférée reste Louise Michel, la première féministe bien avant le mouvement « Me Too » (rires) ! Avec Rosa Luxembourg, elle a été la première bonne femme à s’insurger contre les hommes, à prendre la défense des prostituées, etc.

22. Mes noms favoris ?

Alexandre, c’est le prénom de mon fils. Son deuxième prénom est César : c’était celui de mon grand-père.

23. Ce que je déteste par-dessus tout ?

L’absence de compassion, le manque d’affect. Il y a malheureusement beaucoup de gens très durs dans ce monde, insensibles à la souffrance d’autrui. Je souffre de voir de plus en plus de personnes, souvent jeunes et sans abri dans la rue, qui ne rencontrent que l’indifférence des autres. Voir tant de misère à ma porte me déchire le coeur. J’ai repéré les gens véritablement dans le besoin dans mon quartier, et chaque jour, j’essaie de donner quelques euros…

24. Les personnages historiques que je méprise le plus ?

Tous les dictateurs et les tyrans, les Hitler et compagnie.

25. Le fait militaire que j’estime le plus ?

Aucun.

26. La réforme que j’estime le plus ?

Le droit de vote pour les femmes.

27. Le don de la nature que je voudrais avoir ?

J’aurais beaucoup aimé être peintre. Je crayonne et je peins un petit peu : c’est un art intériorisé, qui demande de la concentration et une certaine forme de silence intérieur, qui m’apporte beaucoup de paix.

28. Comment j’aimerais mourir ?

Entourée des miens, tout simplement.

29. Mon état d’esprit actuel ?

Je suis contente, parce qu’après avoir souffert d’une sale grippe, ma voix revient enfin ! (rires).

30. Les fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence ?

Il y a en a beaucoup, je suis très indulgente mais je ne pardonne pas la trahison. Quand la page est tournée, c’est définitif et sans appel.

31. Ma devise ?

« Not to collect, to select ! » (rires). Quand on commence dans ce métier, on est vite très entourée par des gens intéressants et surtout très intéressés par ce qu’on représente, le fait qu’on soit célèbre et qu’on commence à gagner de l’argent. On se laisse emporter par le tourbillon du succès, mais on réalise vite que tous ces gens sont bidons et ne sont pas valables. Alors on apprend à être sélectif. Une carrière ne se fait pas toute seule, il faut un entourage et c’est essentiel d’être bien entouré ! Si je dure, c’est parce que j’ai eu la chance de rencontrer mon compagnon à une période où j’étais perdue, et qui m’a aidée à me reconstruire artistiquement et retrouver ma place dans ce métier que je fais toujours avec joie ! Être bien entourée n’a pas de prix ! 

Propos recueillis par Eric Chemouny

Photos : Danny Willems (DR)

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