L’interview

« Comme un garçon »

de CAROLE CETTOLIN

Après avoir rencontré un joli succès avec Et Maxence qui lui a valu le prix révélation jeune talent du crédit mutuel en 2010, des collaborations avec Edith Fambuena, et plusieurs séries de concerts dont les premières parties de La Grande Sophie ou encore de Sia, Carole Cettolin reprend son nom, bien décidée à s’en faire un. Elle vient de publier son premier EP (sous son nom donc) qu’elle a réalisé avec Nicklaus Rohrbach, « Un garçon », tandis que le second sortira début 2022 accompagné d’une série de concerts. 5 titres aériens d’une Electro Pop élégante et mélancolique aux textes taillés dans une poésie moderne et engagée. En témoignent les trois premiers extraits déclinés en très beaux clips : « Tant que le temps est radieux » où l’artiste a mis en scène uniquement des femmes de plus de 45 ans (qu’elle décrit comme « les grandes invisibles du cinéma ») , « Un garçon » aux images oniriques de son fils comme une ballade en monochrome bleu et dernièrement « Vaille que vaille », un collage d’images du cinéma hollywoodien détournées pour plus de diversité au cinéma. A cette occasion, en phase avec ce que dégage sa musique et son engagement, Carole Cettolin a répondu à notre interview « Comme un garçon », en clin d’oeil au titre de ce très bel EP à découvrir.

– Etais-tu « Garçon manqué » (La Maison Tellier) dans ton enfance ?

Complètement ! Je détestais jouer à la poupée, et de façon générale à tout ce qui était assimilé à des « jeux de filles ». Très jeune je me rebellais déjà contre les étiquettes de genre qu’on donnait aux jeux. Je jouais donc au foot, aux voitures et j’avais les cheveux très courts ce qui faisait qu’on me demandait très régulièrement si j’étais une fille ou un garçon, question à laquelle je répondais selon mon envie par la vérité ou non.

–  Jouais-tu plutôt à « Toi le Cowboy, moi l’indien » (Zazie) ou « Barbie, tu pleures » (Lio) ?

Sans hésiter : « Toi le cowboy, moi l’indien ».

– T’arrive-t-il de te dire « Si j’étais un homme… » (Diane Tell) dans ton métier de chanteuse ? Dans quelles circonstances ?

Pas vraiment. Je n’ai jamais eu la sensation d’avoir la possibilité de faire moins de chose parce que je suis une femme.

– Si tu étais un homme justement, quel chanteur français serait ton modèle ?

Alex Beaupain. Mais même en étant une femme, c’est un modèle pour moi !

– Quel chanteur international ?

Tom York. Tous les deux ont d’ailleurs une part de féminité assumée.

– Ferais-tu un style de musique différent ?

Non, je serais aussi ouverte que je le suis sur les styles musicaux.

– Dans les 60’s, aurais-tu été davantage séduite par la sexy Sylvie (comme Johnny), ou la cérébrale Françoise (comme Jacques) ? 

Par Françoise Hardy si classe, et dont la plume me touche tant.

– Avec quelle chanteuse aimerais-tu enregistrer un duo d’amour sulfureux comme «Je t’aime moi non plus » (Gainsbourg / Birkin) ?  

Bonne question… pas facile ! Je suis obligée de répondre ? Disons avec Izïa !

– Dans la peau de Gainsbourg, quelles actrices actuelles aimerais-tu faire chanter ?

Adèle Haenel – même si ça a déjà été fait par Kompromat sur « De mon âme à ton âme », pourquoi pas Cécile de France, ou encore Camille Cottin ou Virginie Efira…

– Accepterais-tu de changer de sexe pour les besoins d’une pochette comme Gainsbarre sur « Love on The Beat » sans craindre pour  ton  image ?

Bien sûr, sans hésiter ! Mais il faudrait juste qu’il y ait un sens dans le projet.

– Si tu devais faire une reprise jouant sur l’androgynie aujourd’hui, plutôt « Comme un garçon » (Sylvie Vartan) ou « Sans contrefaçon » (Mylène Farmer) ?

« Sans contrefaçon » ! Je serai ravie de faire une cover de Mylène !

– Et dans la peau d’un séducteur, plutôt « Femme des années 80 » (Michel Sardou) ou « Femmes, femmes, femmes » (Serge Lama) ?

Ni l’un ni l’autre, plutôt « Femmes je vous aime » de Julien Clerc.

– Plutôt « Un homme heureux » (William Sheller) ou « Un homme debout » (Claudio Capéo) ?

« Un homme heureux »… J’ai toujours adoré William Sheller.

– Au registre gay friendly, plutôt « Comme ils disent » (Charles Aznavour) ou «Kid » (Eddy de Pretto) ?

Je peux choisir les 2 ?  Ces deux chansons me touchent autant l’une que l’autre.

– Si tu devais chanter « Je suis un homme », ce serait la chanson de Polnareff ou celle de Zazie ?

Zazie pour la mélodie surtout…

– Quelles devraient être les qualités de la femme idéale ? plutôt « Je serai douce » (Barbara) ou « Libertine » (Mylène Farmer) ?

Un subtil mélange des deux !

– Quel type de femme n’aurait aucune chance de te séduire ?

Une femme sans humour.

– Accepterais-tu d’être un homme au foyer, si ta compagne était artiste, par exemple  ?

Non !  Mais pas parce que je serais un homme, juste parce que je ne suis pas faite pour rester à la maison. Je suis une très mauvaise femme d’intérieur et j’ai du mal à imaginer que cela serait différent si j’étais un homme !

– Epouserais-tu sans problème une femme de 20 ans ta cadette, comme beaucoup de Rockstars ?

Si j’en étais amoureuse, l’âge n’aurait que peu d’importance, malgré tout, ce ne serait pas une quête personnelle !

– Et de 20 ans ton ainée ?

Même réponse que précédemment.

– Quelle est pour toi la plus belle déclaration d’amour, jamais chantée par un homme à une femme ?

La plus belle déclaration d’amour en chanson, pour moi c’est « Ouverture » d’Etienne Daho…

– Quelle chanson du répertoire masculin est « la chanson de ta vie » ?

Pas facile d’en choisir une seule… j’ai plusieurs chansons de ma vie. « Ouverture » dont je viens de parler en est une indéniablement… sinon « Ton héritage » de Benjamin Biolay…

– Celle que tu trouves inchantable par une femme ?

Aucune d’après moi !

Question subsidiaire : dans la peau d’un garçon, que dirais-tu à Carole, pour la séduire ?

Il faudra dire quelque chose de drôle !

Merci infiniment, vous êtes musique !!!

Propos recueillis par Eric Chemouny et Gregory Guyot

Photos : Jérôme Domine (DR) – illustrations : Amélie Vappereau (DR)