L’interview 100% photo de

DELPHINE GHOSAROSSIAN

Elle fait partie de ces rencontres discrètes et radieuses à la fois, qui imposent un respect naturel autant qu’une familiarité amicale. Ce sont peut-être ces ingrédients, profondément humains, qui font de Delphine Ghosarossian l’une de nos photographes d’artistes les plus naturellement talentueuses, réussissant à instaurer dans ses portraits une troublante proximité qui simplement hypnotise, comme une mise à nue élégante et pudique. Dans l’effervescence de son exposition au Walrus consacrée à ses derniers portraits, dont celui de Jane Birkin que nous avions choisi en couverture de notre 32e numéro, Delphine Ghosarossian nous a accordé un peu de son temps pour répondre à notre interview 100% Photo, en préambule de notre Galerie JSM que nous lui consacrons à nouveau. Timide, discrète et réservée, incroyablement lumineuse, celle qui semble préférer l’image aux mots, les autres à elle-même, les photos des autres à sa propre image, s’est fait une douce violence pour nous, pour vous.

Delphine Ghosarossian

Bonjour Delphine, comment es-tu venue à la photo ?

Jai fait 10 ans de peinture avant de m’essayer à la photographie. J’ai un doctorat d’Arts-Plastiques. Et puis, j’ai toujours eu une grande attirance pour l’image, j’aime mélanger les médiums et les techniques.

Quelle était ta toute première photo ?

Je pense que c’était un portrait de mon frère avec le Polaroïd que j’ai eu pour mes 10 ans 😉

Et ta première photo d’artiste ?

Mon premier vrai job de photographe, c’était pour le cinéma. C’était une photographie de Marion Cotillard que j’avais retravaillée en peinture. D’ailleurs, on voit l’image dans le film : « La Boite Noire » de Richard Berry. C‘est un souvenir inoubliable.

Quel est ton plus beau souvenir de photographe ?

Je pense qu’il y en a deux : mes rencontres avec Etienne Daho et Warren Ellis car leurs musiques m’accompagnent depuis des années. Le fait qu’ils acceptent de participer à mon projet de livre (ndlr : « Face of sound ») et de poser pour moi m’a énormément touchée.

Warren Ellis @Delphine Ghosarossian

Comment se passe une séance de photo ?

C’est souvent assez rapide car j’aime garder une certaine spontanéité.

Qui rêverais-tu de photographier demain ?

Patti Smith. C’est une femme que j’admire beaucoup. Et une telle icône de la musique, mais c’est aussi une icône de la photographie. J’adore son travail avec Robert Mapplethorpe et Annie Leibovitz.

Qui aurais-tu aimé photographier mais qui n’est plus parmi nous ?

Sans aucune hésitation : Alain Bashung qui reste le plus grand pour moi. Chloé Mons, sa dernière épouse, a eu la gentillesse de me permettre de photographier sa guitare et son harmonica pour lui rendre hommage à la fin de mon livre.

Plutôt photo « couleur » ou photo « noir et blanc » ?

Noir et blanc. J’adore jouer avec des contrastes prononcés.

Agnès Obel @Delphine Ghosarossian

Quel est ton album fétiche ?

Bob Dylan, « Oh mercy ». C’est un album complètement à part dans sa discographie, mais j’adore l’intensité de sa voix dans ses chansons. Et du côté français, mon album préféré c’est « Fantaisie militaire » de Bashung. Il y a mes 2 chansons préférées dessus : « La nuit je mens » et « Angora ».

Quelle est ta chanson fétiche ?

« Ouverture » d’Etienne Daho. C’est une chanson sur la rencontre de l’être aimé.

Quel est ton artiste fétiche ?

Nick Cave. J’adore son travail avec Warren Ellis.

Quel artiste t’inspire ?

Il y a beaucoup d’artistes ! C’est difficile de n’en choisir qu’un, alors j’ai envie de citer le philosophe Gilles Deleuze dont les réflexions sur l’image et le labyrinthe m’inspirent depuis des années.

Quel est ton photographe modèle ?

Le photographe espagnol Alberto Garcia Alix dont j’aime la liberté et la vision du monde. Ses photos argentiques noir et blanc ont des cadrages très forts.

Feu ! Chatterton @Delphine Ghosarossian

Quel est ton équipement photographique ?

Les appareils photos argentiques Mamiya.

Es-tu plutôt argentique ou numérique ?

Je préfère l’argentique pour la qualité si particulière du grain. Cela me demande une toute autre concentration à la prise de vue car les pellicules ne proposent que 10 poses il faut donc se concentrer pour aller à l’essentiel. J’aime beaucoup ces contraintes elles m’aident à avancer. J’adore également développer moi-même, c’est toujours un moment d’émotion lorsque l’image apparaît dans le révélateur.

As-tu besoin d’aimer les artistes que tu photographies pour leur tirer le portrait ?

C’est toujours plus agréable mais ce n’est pas obligatoire.

Il y a beaucoup de musique dans tes portraits et peu de cinéma. Est-ce un choix ?

Je montre peut être moins mes images de comédiens en ce moment, car je sors un livre sur les musiciens mais j’adore travailler avec les acteurs car ils proposent toujours mille idées.

Après ce livre sur les musiciens, quels sont tes projets ?

Un nouveau livre, une nouvelle expo, un nouveau modèle, un nouveau territoire de photographie. Je travaille sur un prochain livre sur le corps et sur la peau, deux thèmes qui me hantent depuis des années.

Propos recueillis par Gregory Guyot

Visitez la nouvelle Galerie JSM de Delphine Ghosarossian qui expose ses touts derniers portraits inédits et exclusifs, en cliquant ici.

Le livre de Delphine Ghosarossian est actuellement en vente : « Faces of Sound » .

L’exposition au Walrus fermera ses portes le 9 octobre avec des surprises …

Photos : Delphine Ghosarossian (DR)

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