Les Révélations des Victoires : la preuve par 6 !

C’est dans une atmosphère unique et particulière qu’ont été annoncées les nominations des 36e Victoires de la Musique au Casino de Paris. Et c’est devenu une tradition, cet effet d’annonce sous l’apparence d’une conférence de presse, dont le palmarès vient tout juste d’être révélé à la Seine Musicale dans une ambiance feutrée, s’est accompagné de la présentation des 6 révélations de l’année qui relèvent d’une nouvelle scène qui n’a jamais été autant productive, comme si la crise et le confinement avaient en quelque sorte participé à leur éclosion… Retour sur ce moment intime et inspiré où indépendamment des 2 trophées remportés par Yseult et Hervé, chacun méritait ici son exposition…

De l’extérieur, le Casino de Paris n’a pas les allures des grands soirs, presque vestige d’un Paris désincarné, sans culture, sans vie, sans cet essentiel, poumon statutaire des parisiens, du peuple en manque d’expression. On y pénètre par les coulisses, par l’entrée des artistes en mal d’attente, en mal de vivre, en mal de live. Passée la coursive en béton, aux murs strillés de fils électriques, et la guérite de fortune de la sécurité, un moment d’émotion nous envahit quand on pénètre dans l’atrium de pourpre et de velours chaleureux qui nous manquait tant. Les flight cases ont remplacé les pas perdus d’un public douloureusement absent.

On se souvient alors qu’il y a presque un an jour pour jour, les cris et les applaudissements, les rires et les chants envahissaient ce haut-lieu parisien de la culture populaire. On y applaudissait Pomme, Suzane, Hoshi, Aloïse Sauvage, Maëlle et le seule homme de la situation : Malik Djoudi. (Lire notre article ici sur l’édition de l’an passé).

Cette année, une équité pour deux Victoires, ce sont trois garçons et trois filles qui concourent dans les catégories révélations masculine et féminine : d’un côté, Clou, Lous & The Yakuza et Yseult. De l’autre, Hatik, Hervé et Noé Preszow.

Malgré le vide du vivant, c’est une fourmilière de techniciens, de professionnels de la musique et de journalistes qui s’affairent lorsque nous arrivons à l’heure dite pour assister à la conférence de presse officielle et l’annonce des nominations de cette 36e édition, forcément très spéciale. Les 6 révélations sont déjà sur la scène posant ensemble pour la postérité de ces Victoires inédites. De Gauche à droite, il y a le timide poète moderne Noé Preszow, la pétillante et pleine d’esprit Clou, la diva à la voix suave Yseult, le street modèle Hatik, la ténébreuse princesse Lous sans ses Yakuza et l’électrique sympathique Hervé.

Palette artistique détonante, plébiscitée par la profession, ils et elles ont tous et toutes leur chance tant l’année qui s’est écoulée leur a permis de prendre leur envol comme de consolider les bases d’une carrière commencée pour tous il y a déjà quelques années, composant comme avec le confinement et le temps qui a passé, qui les a privés de scène, qui les a retenus de s’exposer à leur public. Chacun a pourtant marqué cette année de ses chansons, de son exposition dans les réseaux sociaux, dans ses vidéos et ses oeuvres, chacun mérite sa place et sa Victoire.

Voici leur portrait…


3 artistes masculins se révèlent

HATIK, le poète urbain

L’outsider Hatik, de son vrai nom Clément Penhoat, prouve que la musique urbaine est une composante essentielle de notre panorama de la chanson francophone. S’il semble détonner, au premier abord, dans cette sélection où l’absence des musiques urbaines de ces 36e Victoires est montrée du doigt (endossant au passage et malgré lui le costume de celui représentant le genre), ce jeune artiste cache bien son jeu : avec une carrière déjà remarquable pour son âge (28 ans), débutée il y a 7 ans déjà, il aime les mots, la musique, particulièrement le Rap comme beaucoup de sa génération où il aborde les thèmes de la drogue, la délinquance, les quartiers défavorisés et surtout l’envie de se sortir de tout ça grâce à des textes ciselés et percutants.

Depuis 2014, il se fait remarquer par son flow et son look modèle se faisant une place au milieu des grands noms de la scène Rap du moment comme Disiz, Soprano, Youssoupha, Dinos, ou encore Medeline, Hornet la Frappe ou Jok’Air avec qui il collabore.

Ce touche-à-tout crée « Chaise pliante » un ambitieux projet musical (en 2018, certifié disque d’or) devenu un projet filmé remarqué initié par la plateforme Dailymotion en 2019 avant d’être choisi pour participer à la série de Franck Gastambide, « Validé » où il joue le rôle… d’un rappeur (dont la saison 1 a été diffusée sur Canal + en 2020) signant au passage 3 titres de la BO. Et puis vient ensuite « Angela », son tube mainstream qui le révèle à un public plus large et multigénérationnel, libre reprise du tube de 2009 de Saïan Supa Crew.

Au milieu des autres révélations, il apparaît humble et discret, cachant ses yeux qui scrutent et analysent pourtant chaque parcelle du Casino de Paris sous une longue chevelure bouclée. Là, Hatik attend son heure, silencieux et félin.


HERVÉ, le candide électrique

Avec son allure de sportif top modèle, Hervé est devenu le chouchou des médias : candide, rêveur, idéaliste, d’une romantisme brut, il sourit de tout, salue tout le monde, heureux visiblement d’être là, comme s’il semblait découvrir à chaque seconde, un nouveau bonheur, réjouissant point de passage dans une carrière minutieusement ascendante.

Son album « Hyper » a été l’un des albums majeurs de 2020, salué par la critique, suite logique d’un EP incandescent, Techno Pop incarnant une urgence de vivre : « Mélancolie FC », en 2019, vestige hommage à une carrière de footballeur rêvée, dont la portée évidente sur scène a été fauchée par la crise sanitaire, privant cet album de son essence même : la fougue de la scène.

Cet auteur-compositeur qui a grandi entre la région parisienne et la Bretagne propose une nouvelle façon de chanter, scander les mots de façon unique, organique et brute où il évoque l’amour, les petits boulots, son entourage, ses états d’âmes, ses doutes de jeune adulte qui donnent à son album « Hyper » cette ambiance si particulière et dont la nouvelle édition avec 5 titres bonus sort le jour même de la soirée des Victoires.

Pendant le confinement, privé de scène, exilé dans sa Bretagne, il a fait des crêpes, il a fait des tubes, prenant de l’ampleur et de la vie à travers des vidéos home made et un contact permanent avec son public grandissant, auquel il offre en apothéose, le 16 novembre dernier, un premier Olympia stream, étape importante pour lui et pour la suite.

Charismatique et sympathique, c’est lui qui a ouvert le bal du concert totalement privé qui a suivi l’annonce des nominations.


NOÉ PRESZOW, le timide intimidant

Noé Preszow, (prononcé Prèchof) est sans aucun doute le moins connu des artistes nominés, alors que circulent déjà dans le monde de la musique les rumeurs les plus élogieuses à son sujet.

Le timide bruxellois de 25 ans, qui sortira son premier album le 2 avril, a fait l’effet d’une petite bombe l’été dernier avec un premier single « A nous » fort, puissant, entêtant sur l’entraide dans l’adversité, suivi d’un EP impeccable et surtout extrêmement prometteur, « ça ne saurait tarder », composé de 4 titres poignants comme on n’en avait pas entendus depuis fort longtemps.

Baignant dans la musique depuis toujours, il commence le violon dès 3 ans et découvre la guitare à 13 ans. Signé dans le label Tôt ou Tard, soutenu par l’écurie entière du label, il assure les premières parties de Vincent Delerm, repris par Vianney, il chante Dylan et Léo Ferré mais surtout ses compositions nées dans l’urgence de vivre, de dire. Il compte une centaine de chansons déjà, c’est dire si on n’a pas fini encore d’entendre parler de lui.

En même temps que sa participation à cette soirée au Casino de Paris, il dévoile un extrait de cet album à paraître : « Le monde à l’envers » , la dernière qu’il ait écrite, juste après une manifestation, « Santé en lutte » dans les rues de Bruxelles.

Présenté comme l’un des héritiers de Léo Ferré, de Brel, de Barbara, de Brassens rien que ça, ce discret poète, fan absolu de Renaud au delà de toutes les Victoires est une vraie révélation, prometteuse et durable.


3 artistes féminines se révèlent

YSEULT, la diva divine

Forcément quand elle arrive, tous les regards se tournent vers cette grande femme, toute de noire vêtue, mélange étudié de soies, de cuirs et de tulles, mariage flamboyant de la chair et de l’étoffe, à la chevelure sauvage et exagérée. Yseult est une guerrière, une battante et ça se voit, cette Victoire, elle la veut et son regard en dit long sur ses ambitions.

Au milieu des révélations qu’elle dépasse d’une tête, c’est elle que tout le monde veut s’arracher, les journalistes font la queue, les photographes attendent aussi leur tour tant elle impressionne. Celle qui il y a quelques mois encore n’était que le vague souvenir d’une candidate de téléréalité explose enfin littéralement grâce à des chansons absolument renversantes et maitrisées comme « Bad Boy », « Indélébile », « Sexe » ou « Corps » redéfinissant sa totale émancipation.

Sur la scène qu’elle dévore de toute son aura comme en coulisses au milieu de la fourmilière de professionnels, journalistes, techniciens, photographes, attachés de presse, la diva se donne entièrement, enchaîne les poses lascives devant les objectifs comme les réponses aux questions indiscrètes au micro des médias.

Celle qui avait marqué la 10e et dernière édition de « Nouvelle Star » sans pour autant remporter la finale (en 2013, déjà) se paie le luxe, en plus de cette nomination en tant que révélation féminine, d’être également proposée au vote du public pour sa superbe chanson « Corps » comme chanson de l’année. Entre ces deux moments importants de télévision, l’artiste à la voix de velours s’était faite remarquer avec un premier album éponyme (2015), enregistré juste après la finale qui n’aura pas rencontré le succès qu’il méritait pourtant entrainant l’artiste mécontente, à quitter Polydor son label pour créer le sien, Y.Y.Y. et imposer son style, le « Y-trap », autant que sa liberté.

Ayant pourtant crée son univers, son monde à elle et trouvé un phrasé particulier, Yseult prend de l’ampleur en collaborant avec des artistes aussi différents qu’illustres comme Maurane, Black Eyed Peas, Chimène Badi ou encore Jenifer, ou en reprenant magnifiquement James Brown comme Charles Aznavour. Aujourd’hui, avec une collection de ses propres chansons classieuses taillées pour sa voix et sa démesure, elle prend la revanche de ce premier album qu’elle a si mal aimé. « Brut », un EP de 6 titres somptueux augurent un avenir renaissant et radieux.

Aujourd’hui métamorphosée, elle occupe la scène du Casino de Paris avec une rare intensité qui ne laisse personne indifférent.


LOUS AND THE YAKUZA, l’élégante voyageuse

Lous est venue sans ses Yakuza défendre sa place au Casino de Paris aux côté de Yseult et de Clou, telle une reine revenue de très loin conquérir un royaume. A la voir, extrêmement élégante et gracieuse, à la fois douce et déterminée, se plier avec une humilité désarmante au jeu des médias et des curieux venus à sa rencontre, on n’imagine pas l’aventure éprouvante qu’elle a vécue pour arriver jusque là.

Auteure, compositrice, interprète, peintre et mannequin, la belgo-congolaise Lous (anagramme de Soul), pas tout à fait 25 ans, a fait une entrée fracassante dans le monde de la chanson francophone, après plusieurs singles et EP, avec un premier album intitulé « Gore », oriflamme musical d’une vie blessée, exutoire d’un passé tourmenté entre la République du Congo, le Rwanda et la Belgique qui dessine sa détermination à réussir.

Au fil des 10 chansons pop, soul et pourtant suaves qui composent « Gore », sorti en octobre 2020, elle y décline pourtant des thèmes puissants autour de l’identité, de la résilience et de la relation humaine. Celle qui a connu la guerre, la répression, la répudiation, mais aussi la rue et le ballottage des petits boulots, la tournée des bars et des boites avant d’entrer dans la lumière des Victoires, s’est construite de tout cela, avec la musique pour ligne d’horizon.


CLOU, l’espiègle solaire

Un naturel désarmant, une élégance citadine et fraiche, une douce bienveillance dans son sourire, une espièglerie dans son œil malin et l’envie instantanée de communiquer et de raconter mille et une choses comme pour rattraper les silences d’une timidité maladive aujourd’hui derrière elle dessinent le portrait malicieux de cette jeune artiste à l’humour joyeux.

Sa voix aigue reconnaissable a précédé la connaissance de son nom pourtant curieux, Anne-Claire alias Clou s’est faîte remarquée sur l’album tribute à Yves Simon, « Génération(s) éperdue(s) », avec une reprise inspirée des « Gauloises bleues » (« la 3 » comme elle aime le dire sur scène) et quelques EP dont « Comment » qui a préfiguré son premier véritable album « Orages » sorti en septembre dernier, recueil de chansons pop et mélancoliques.

Ses orages racontent les tourments de la vie, de la sienne et de ses silences, élevée au son des tubes FM, du solfège et du piano qui lui ont sans doute façonné cette studieuse posture d’enfant sage, abandonnée en douce pour les cordes des guitares et les feuilles blanches des cahiers vite remplis de ses premières chansons, culpabilisée de vouloir être artiste, forcée aux études de droit pour bifurquer sur le journalisme et la mode.

Et puis il y a New York, en plein master, et ce déclic entre cauchemar et libération : un open mic terrifiant à Brooklyn entrainera l’enregistrement en toute intimité d’un album pour elle-même, journal intime de ses questionnements sans réponses mais qui confirme son envie de faire de la musique.

De retour en France, entre mode et musique, un second déclic lorsqu’elle participe à un radio crochet organisé par Didier Varrod (qu’elle a retrouvé d’ailleurs sur la scène du casino de Paris) qui lui révèle le goût magnétique de la scène.

Enfin déterminée, signée chez un tourneur, elle se retrouve rapidement en première partie de Benjamin Biolay, sur quelques soirs de la tournée « Songbook » avec Melvil Poupaud, mais aussi de Dionysos ou encore de Thomas Dutronc, elle collabore avec Cocoon, avec the DO où elle rencontre Dan Levy qui réalise cet album, « Orages », 11 titres Folk Pop parfaits où l’on sent le torrent de références musicales pointues autant que populaires et qui lui vaut sans doute aujourd’hui la reconnaissance de ses pairs avec cette première nomination.


Retrouvez les grands moments de la soirée des 36e Victoires de la Musique ici.

Grégory Guyot

Crédit photos; Au Casino de Paris : Cyril Moreau (DR/FTV) / Eric Chemouny (DR/JSM) / Gregory Guyot (DR/JSM)

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