L’interview

« à livre ouvert »

de DOMINIQUE A.

Après avoir publié deux albums en 2018, « Toute latitude » et « La fragilité », puis tourné pendant un an, Dominique A s’était préparé à une période de retraite, pour recharger les batteries, comme on dit. Mais c’était compter sans le confinement et la crise sanitaire, source d’inspiration inépuisable pour l’artiste, tant la période était inédite, curieuse, et propice à toutes les rêveries et interrogations. Après une reprise de « L’éclaircie » de Marc Seberg, suivie d’un EP 4 titres, il s’est laissé porter par sa plume prolifique, pour finalement nous livrer « Vie étrange », véritable carnet de bord et témoignage musical d’une grande pureté autour de ses questionnements et incertitudes, assurément un des plus beaux albums de 2020, mais aussi de sa propre discographie. A cette occasion, c’est au grand lecteur et à l’auteur de livres (« Y revenir », « Tomber sous le charme »), tout aussi remarquables que ses disques, que nous avons soumis notre interview 100% littérature, « à livre ouvert »…

 – Enfant, quel est ton premier souvenir de lecture ?

J’hésite entre « Jojo Lapin fait le brave » d’Enid Blyton, et les « Contes de Grimm », aux Editions Gründ.

–  Quel est le dernier livre que tu as acheté ?

Je n’achète jamais « un » livre, c’est toujours « des » livres, parce que je suis malade de devoir n’en prendre qu’un. En l’occurrence : « Rumeurs d’Amérique » d’Alain Mabanckou, « Broadway » de Fabrice Caro, et « La chienne » de Pilar Quintana.

– Le dernier livre que tu as aimé / offert ?

En dehors des précédents, tous trois aimés pour des raisons différentes, j’ai adoré « Le voyageur » d’Ulrich Alexander Boscwitchz, manuscrit datant de la fin des années 30 miraculeusement retrouvé, et qui retrace le parcours cauchemardesque d’un juif qui cherche en vain à fuir l’Allemagne après la Nuit de Cristal et se heurte littéralement aux 4 coins du pays.

– Le dernier livre qu’on t’a conseillé ?

« Thésée, sa vie nouvelle » de Camille de Tolédo. Et on a bien fait, c’est une merveille, qui eût mérité le Goncourt (il était en lice).

– Ton livre de chevet ?

J’en ai plusieurs, car j’ai un grand chevet : « Le Grand Meaulnes » d’Alain Fournier, « Gioconda » de Nikos Kokantzis, et « Mon Antonia » de Willa Cather. Entre autres.

– Celui que tu n’a jamais réussi à terminer ?

Là encore, j’en ai plusieurs. Parmi les plus « costauds », « Au-dessous du volcan » de Malcom Lowry, « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa, et Proust. Entre autres, là encore. J’ai un problème avec les « grands » livres, toujours l’impression qu’on me demande de valider le choix d’autres lecteurs.

– Es-tu amateur de biographies de célébrités ? Laquelle par exemple ?

Par périodes. Là, je lis par étapes une passionnante biographie sur Maïakovski, « La vie en jeu », de Bengt Jangfeldt. Le personnage est horripilant, et le couple alors atypique qu’il forme avec Lili Brik tout autant (de vrais bobos avant l’heure dans la Russie Soviétique), mais l’analyse historique et l’iconographie rendent la lecture vraiment immersive.

– Quel est ton genre de livres préféré (policier, roman, SF, philosophie, BD…) ?

Je n’ai pas de genre de prédilection. Tout dépend des moments. Je lis souvent plusieurs livres en même temps, dans des genres différents.

– Ton endroit favori pour lire ?

Mon lit.

– Es-tu plutôt papier ou numérique ?

Papier, papier, papier.

– Plutôt plusieurs livres en parallèle ou un seul à la fois ?

Plusieurs, donc.

– Plutôt Fnac/Amazon ou libraire de quartier ? une adresse à conseiller ?

Libraire. A Nantes, par exemple, La vie devant soi, ou Vents d’Ouest.

– Quel est ton écrivain classique préféré ?

Il n’y en a pas un, là encore, je n’aime pas l’idée du Messie, au-dessus de tou.te.s les autres : Alain Fournier, Dickens, Bernanos, Duras, Simenon, Woolf…

– Ton philosophe préféré ?

J’en lis peu, mais j’ai beaucoup aimé certains livres de Bachelard ou de Nicolas Grimaldi.

– Ton poète préféré ?

Pourquoi un seul, là encore ? Marina Tvsétaeva, Guillevic, Cesare Pavese… Je ne m’y connais pas assez pour n’en choisir qu’un.e.

– Ton dramaturge préféré ?

Joker. Je ne lis pas de théâtre.

– Ton romancier contemporain préféré ?

Rhaaa… Pas de Messie, j’ai dit ! Donc : Karel Schoeman, Marie-Hélène Lafon, le regretté et très sous évalué Hubert Mingarelli, Agota Kristof… Ce ne sont que les quelques noms qui me viennent à l’esprit, et aucun.e ne « l’emporte » sur les autres.

– Ton dessinateur BD préféré ?

Dérogeons : Nicole Claveloux avec « La main verte » (1978).

– Ton/ta héros/ héroïne de la littérature préféré(e) ?

Spiderman. Parce qu’il est fort, un peu con, un peu drôle, et qu’il n’a pas le vertige.

– Es-tu plutôt J.Paul Sartre ou Albert Camus ? un titre ?

Je n’ai lu que Camus, « Le mythe de Sisyphe », donc. Mais de loin, je ne suis pas très « culture classique », on l’aura compris.

– Plutôt Françoise Sagan ou Marguerite Duras ? Un titre ?

Je n’ai lu que Duras. « Le ravissement de Lol V. Stein » m’a bien embarqué, à mes 20 ans.

– Plutôt Guillaume Musso ou Marc Lévy ?

Paolo Coelho.

– Qu’aimerais tu demander à Amélie Nothomb si vous deviez diner en tête à tête ?

« Alors Amélie, plutôt Guillaume Musso ou Marc Lévy ? ».

– Et à Bernard-Henry Levy ?

« Entre nous, Bernard-Henry, la Lybie, tout ça, ça ne vous a pas donné envie de vous retirer une fois pour toutes  dans votre ryad à Marrakech ? ».

– Quel est le poète dont tu aimerais mettre en musique un texte ? Un poème en particulier ?

Il y a un poème de la poétesse contemporaine montréalaise et de culture inuit Joséphine Bacon, que j’essaierai peut être de mettre en musique. Son titre m’échappe, désolé.

– Quel est ton film préféré adapté d’un roman ?

« Les aventures de Pinocchio », de Luigi Comencini.

–  As-tu commencé l’écriture d’un nouveau roman ? Quel en est le thème ?

Je n’écris pas de romans, juste de courts textes autobiographiques, et pour l’instant, j’ai fait le tour de moi (sic). Mais je ne doute pas qu’à la faveur de quelques kilos supplémentaires, un nouveau tour s’imposera.

– Tiens-tu un journal intime ?

Non, pas besoin, je révèle tout en public.

– Quand tu seras plus âgé, si tu devais publier une autobiographie, quel en serait le titre ?

Un truc à la D’Ormesson : « Juste avant de fermer la porte… » ou « J’en ai vu, des rameaux fleurir… ». Le choix est vaste, faudra pas se gaufrer…

Propos recueillis par Eric Chemouny

Crédit photos : Laetitia Bregou (DR / Wagram Music) / Vincent Delerm (DR / Wagram Music)

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