MARIE LAFORÊT

Entre douceur et colère…

Dans nos rêves de fans les plus fous, nous ne l’espérions plus…  Depuis le 20 mars dernier, l’intégrale discographique de Marie Laforêt est enfin disponible en 18 CD et 377 titres, dont de nombreux inédits, enrichie d’un livret de 48 pages contenant un texte très touchant et plein de fantaisie écrit par la chanteuse-comédienne elle-même, soit au final un superbe objet couvrant toute l’étendue de son répertoire et dévoilant des trésors insoupçonnés… Une rétrospective éblouissante et d’autant plus émouvante que la star l’a supervisée elle-même, juste avant de s’éteindre le 2 novembre dernier, conçue avec toute l’exigence artistique et le bon goût qu’on lui connaissait. A l’occasion de ce dernier rendez-vous avec « la fille aux yeux d’or », et en guise d’ultime hommage, nous vous offrons l’interview rare et collector, qu’elle avait accordée à notre équipe en août 2005, quelques jours seulement avant son grand retour sur la scène des Bouffes Parisiens et dont la captation Live est un des nombreux trésors d’émotion de cette boîte à bijoux. Heureuse de renouer avec un public qui n’avait pas oubliée la chanteuse, malgré 33 ans d’absence, et enfin apaisée de ses douleurs du passé, Marie la voyageuse se livrait sans fards et avec une passion inaltérée pour son art, à un moment important de sa vie d’artiste. Fidèle à elle-même, entre douceur et colère…

Comment vous est venue l’envie de rechanter sur scène ?

L’idée est venue de Laurent Ruquier. Au départ, c’était comme une boutade qui revenait souvent entre nous, lors de nos conversations amicales. Et puis un jour, il m’en a reparlé de façon plus précise, en me disant que ce serait juste pour ses copains, mais qu’il voulait absolument ses douze tubes préférés. Là, ça se compliquait parce que mes tubes sont tout, sauf des chansons de scène. Et finalement, c’est ce challenge qui m’a intéressée : j’ai réalisé que « Ivan, Boris, et moi » ou « Viens sur la montagne » sont des chansons que je n’avais jamais chantées sur scène, même pendant les cinq années pendant lesquelles j’ai fait du tour de chant, de façon intensive et dans le monde entier. Cela peut paraitre prétentieux, mais je trouve que ces chansons représentent un peu le début de la World Music. Il n’y en a pas une qui soit dans la même ambiance que l’autre. Même « Les vendanges de l’amour » reste une chanson très à part. Sa sonorité, sa jovialité paraissent très intéressantes avec le recul…

Quel souvenir gardez-vous de votre dernier concert en 1972 ?

C’était au Théâtre de la Ville à Paris. J’ai ressenti un immense sentiment de déjà-dit, ce qu’ensuite je n’ai jamais éprouvé au théâtre par exemple. J’entrais dans une phase où je n’aurais plus pu faire que la répétition de ce qu’on attendait de Marie Laforêt. Je me sentais enfermée dans un personnage pseudo-sensible qui ne me convenait plus, comme si je commençais à singer l’idée qu’on se faisait de moi. Je savais que c’était mon dernier concert : ma décision était prise.

Vous avez pourtant continué à enregistrer des disques à succès dans ces années-là : « Viens, viens », « Cadeau », « Il a neigé sur yesterday ». On a du vous encourager à les porter sur scène dans votre entourage…

Non, mais il faut dire qu’on ne faisait pas les chansons de la même façon qu’aujourd’hui. Il y avait une grande partie d’instinct, envers ce qu’il serait amusant d’entendre dans les trois mois qui venaient, à très court terme. Aujourd’hui, on entre en studio pour un an, pendant lequel on ne voit personne, suivi de six mois de mixage. Ce sont des opérations industrielles ! A l’époque, il suffisait que j’entende la chanson une fois, que je la trouve sympathique, pour que je l’enregistre. J’arrivais en studio, on me mettait les paroles sous les yeux et voilà. Le disque sortait au bout de dix jours et la chanson durait trois mois. On en vendait des paquets et on passait à autre chose. C’était beaucoup plus artisanal, plus familial. Les rapports avec les maisons de disques étaient plus amicaux aussi, presque paternalistes avec le directeur. On signait des contrats pour des chansons, trois mois après qu’elles soient sorties…

La question de la scène a du se poser de nouveau lors de la sortie de l’album « Reconnaissances » en 1993…

Pas davantage, j’en avais vraiment fait le deuil. Chanter sur scène est une angoisse que je n’aime pas, alors que j’adore celle du théâtre. Aujourd’hui, mon ambition est d’avoir le sentiment de faire le même métier en tant que comédienne et en tant que chanteuse, en transposant dans mon tour de chant cette joie que j’éprouve au théâtre, en jouant « Master Class » par exemple. Curieusement, je me faisais une leçon de chant à moi-même à travers le personnage de Callas. Il m’est impossible de chanter « Viens, viens » si je ne ressens pas profondément le mini drame qu’est cette chanson. Je me sens obligée d’aller au fond de toutes les nuances de sentiments qu’expriment les chansons.

Redoutiez-vous d’aborder ce rôle de Maria Callas ?

Pas spécialement, mais j’ai été très étonnée du succès extravagant de ce spectacle qui était d’un ordre différent de celui que rencontre une pièce de théâtre d’ordinaire. Des gens en larmes au théâtre, je n’avais jamais vu ça. Son auteur, Terence Mac Nally, est le plus grand critique d’art lyrique américain. Il a très bien connu La Callas, et l’a longtemps suivie. Il a mis vingt ans à écrire sa pièce, si bien que tout ce qu’il lui fait dire apparait comme une vérité essentielle pour l’art. Mon but était de ne pas la trahir. Tous les gens de ce métier savent truquer, mais le contraire est plus difficile. Sans mon expérience dans « Callas », je n’aurais jamais eu envie de rechanter

En 33 ans, votre voix a forcément changé : comment vous préparez-vous à ce retour ?

Ma voix sera ce qu’elle sera. Elle a changé bien sûr, mais j’ai l’impression qu’elle est plus ample, plus expressive. Elle a les défauts liés au fait que j’ai vieilli, que je fume un peu et que je ne chante jamais. Même pas dans ma salle de bain… Mes cordes vocales ne sont pas entrainées, c’est un terrain en friche, mais mon objectif est avant tout d’être sincère, même dans les chansons les plus cuculs que j’aurai à chanter…

Auxquelles pensez-vous ?

Á beaucoup qui pouvaient être perçues comme légères à l’époque. Or, la légèreté est devenue une qualité à mes yeux : ce prisme étrange qu’est le temps, me donne une vision plus profonde de certaines chansons. Franchement, je n’aurais jamais pensé chanter « Viens, viens » sur scène. Quand on lit ses paroles, il y a des limites à la niaiserie ! Et pourtant, en allant à l’intérieur de cette chanson, et en cherchant pourquoi elle a touché tant de gens, il s’en dégage une vérité. Et tant que je ne sors pas cette vérité sur scène, j’ai l’impression de mal faire mon boulot. Donc la voix est secondaire : je ne vais pas lutter avec Céline Dion… Les chanteuses d’aujourd’hui chantent remarquablement bien. Ce n’est pas une chose qui importait pour ma génération : il y avait Sylvie, Françoise, Sheila… Franchement, il n’y avait pas de quoi casser la baraque vocalement.

Avez-vous redécouvert des chansons rares pour ce concert, comme « Quand l’ami Pierrot » de Mireille…

Oui, c’est une chanson un peu sacrifiée, puisque c’est la chanson d’ouverture, mais c’est une si délicieuse chanson. Mireille écrivait très bien la musique.

Pourquoi avoir choisi de reprendre « Ainsi sois-je » de Mylène Farmer ?

C’est annoncé, mais je ne le ferai pas. Je voulais lui rendre hommage, comme elle l’a fait elle-même en reprenant « Je voudrais tant que tu comprennes ». J’ai essayé et finalement, j’adore l’objet que constitue cette belle chanson, mais elle ne rentre pas dans mon tour de chant. On a pourtant tout essayé, différents arrangements, mais rien n’y fait : elle se rejetait d’elle-même. Je ne me l’explique pas et je le regrette.

Reconnaissez-vous une filiation avec Mylène, qui se réclame souvent de vous ?

Oui, il y a une évidence, même si cela n’a pas grand sens de dire cela. Disons qu’on appartient à une même famille artistique, mais que chacune a son identité. Je l’ai croisée à une époque où elle était très effarouchée par les journalistes et parlait extrêmement peu. Je me suis retrouvée deux fois en interview avec elle. Elle était quasiment muette, si bien que je me sentais obligée de meubler un peu. Elle était infiniment touchante : on sentait déjà en elle une vraie patte créative, un tempérament volontaire. Elle avait l’air d’un oiseau tombé du nid.

Etienne Daho compte aussi parmi vos célèbres fans…

Oui, cela fait 20 ans qu’il promet de me produire, mais à lui aussi, j’ai toujours dit qu’il était hors de question que je remette les pieds sur scène… (n.d.l.r : la rencontre artistique n’a jamais eu lieu).

Vous avez été reçue en star au Québec en juillet dernier : comment expliquez vous que votre popularité y soit restée intacte ?

A l’origine, je devais simplement y roder mon spectacle devant 30 personnes, mais on a du rajouter des sièges et des dates supplémentaires, à ma grande surprise… Peut-être parce que je suis typiquement une chanteuse de chansons populaires sur lesquelles on ne danse pas. C’est un investissement en or, car on touche les gens au coeur. Et pas seulement les français, car le coeur est international. Je n’ai jamais essayé d’être yéyé ou d’imiter les américains. Les canadiens ont les originaux à portée de main. Quelqu’un comme Johnny les fait sourire. Enfin, c’est mon explication, mais je ne sais pas très bien à vrai dire…

Que pensez-vous de l’adaptation espagnole de « Je voudrais tant que tu comprennes » par Luz Casal ?

Elle me l’a envoyée. J’ai eu la drôle d’impression d’entrer dans le dictionnaire. Elle a eu raison de lui donner une couleur mélodramatique, que renforce la langue espagnole.

Et du récent duo TV « La tendresse » par Sylvie Vartan et Carlos ?

Je ne l’ai pas écouté, mais il faut dire que je n’ai la télé que depuis Noël dernier, et que je ne regarde que Arte.

Êtes-vous davantage internaute ?

Ah la la ! Internet, il faut s’en méfier comme de la mort… Ce n’est pas sérieux du tout, ce qu’on peut y lire. Par exemple, on a raconté sur un site que j’étais arménienne. C’est quand même formidable ça ! N’importe qui se croit autorisé à dire n’importe quoi ! Je reste une fervente utilisatrice de l’encyclopédie universelle, dans laquelle je continue de piocher les informations dont j’ai besoin. Je ne vais jamais sur Internet.

A quoi attribuer que beaucoup de vos chansons soient toujours très actuelles ?

Simplement parce qu’elles n’ont jamais été à la mode. Elles sont comme taillées dans la flanelle grise : on peut les reporter trente ans après (rires) ! J’ai des témoignages qui me prouvent qu’une chanson comme « Que Calor La Vida » continue de marquer les esprits. C’est pourtant une chanson surréaliste qui raconte par flashes la façon dont une petite fille voit le monde et la vie. La seule chose tangible à ses yeux est le reflet du soleil sur son ballon rouge, son centre du monde. Curieusement, cette chanson a marqué les esprits et traversé les générations.

Quelle idée vous faites-vous de votre public aujourd’hui ?

je n’en ai aucune idée : j’ai l’impression qu’il compte beaucoup d’homos, mais aussi des enfants, des nostalgiques, des gens de 7 à 77 ans : c’est à n’y rien comprendre…

Ce concert à venir sera aussi une découverte pour vos enfants, qui ne vous ont quasiment jamais connue comme  chanteuse… Appréhendez-vous ce moment ?

Oui, d’autant que je n’ai jamais eu mes disques à la maison, encore moins écouté mes chansons. Ils les connaissent, mais sans plus, à l’exception peut-être de ma fille Déborah.

C’est peut-être une de vos motivations à remonter sur scène, qu’ils sachent que leur mère est une chanteuse très aimée…

Je le fais pour toute une série de raisons, dont mes enfants (silence troublé). Surtout par gentillesse… C’est important la gentillesse.

Pourriez-vous dans cette dynamique, enregistrer un nouvel album ?

Je n’ai aucun projet précis en ce sens, puisque je vais prochainement être en procès avec Universal. Si un projet voit le jour ultérieurement, je le ferai tranquillement. Aujourd’hui, on n’a plus trop besoin des majors pour sortir un album. Peut-être pour la distribution, et encore… Enfin, tout cela reste abstrait : je ne suis pas du tout carriériste. C’est bien la seule chose qu’on puisse affirmer à mon sujet (rires) ! (n.d.l.r : Marie n’a finalement jamais enregistré d’album).  

Avez-vous repéré des auteurs-compositeurs avec lesquels vous seriez à l’aise ?

Oui, moi-même (rires) ! J’ai pu me rendre compte de l’impact sur le public des chansons, dont j’avais écrit paroles et musiques, et dont je me suis dit qu’elles n’étaient pas si mal que cela. Mais je suis une flemmouze totale et ne travaille pas du tout pour ça ! Mais le moment venu, je m’y mettrai : « Genève » est une chanson que j’ai écrite en cinq minutes, paroles et musique. Elle est arrivée toute faite. C’est très étrange comme processus… Mais il me faut un projet concret pour que les choses se cristallisent. Je n’ai pas envie de stocker des chansons et d’aller démarcher les maisons de disques : ça m’emmerde, ce n’est pas mon truc !

Allez-vous tourner en Province où vous êtes également très attendue ? 

 J’aimerais beaucoup, mais il est un peu tard pour monter une tournée en 2006, et je ne sais pas encore si j’en aurai encore envie en 2007… C’est pourtant dans la logique des choses pour une chanteuse populaire. J’aurais même envie de me produire dans des endroits autres que ceux exclusivement réservés aux chanteurs. Je pourrais tout autant chanter dans un théâtre ou une fête familiale : c’est ça, être une chanteuse populaire. C’est une vocation et cela n’a rien de ridicule ou d’obsolète. C’est un métier : être à la mode ou faire un tube peut arriver à tout le monde, mais être populaire est très difficile.

Vous n’avez jamais été totalement absente des bacs puisse sortent régulièrement des compilations et des coffrets de vous…

On sort tout et n’importe quoi, dans n’importe quel ordre, sans me demander mon avis ! C’est plus ou moins bien fait, avec des photos tartes, sans idée directrice. Je reste éberluée devant tout cela, et j’essaie d’arrêter cette hémorragie. On sort des compilations de mes chansons dans le monde entier : en arabe, en japonais, en hongrois, en espagnol… Je suis traitée comme une marchandise, qu’on va retrouver dans les bacs de n’importe quel marché d’Afrique ! C’est indécent : comment peut-on infliger cela à une artiste ? C’est d’autant plus invraisemblable, que je suis propriétaire de mes titres. De plus, depuis mon premier disque, personne n’a le droit de mettre en circulation un disque avec une photo  de moi sans mon accord. Rien que pour cela, tous mes disques seraient à retirer du marché demain matin !

C’est d’ailleurs vous qui avez conçu l’affiche de votre spectacle !

Oui, mais je n’en suis pas complètement satisfaite à l’arrivée. Chaque format d’affichage exige d’être retravaillé sur le plan du lettrage et des couleurs. Mais il parait qu’elle est très visible dans le métro, alors je ne dis rien…

Vous reconnaissez-vous dans cette image nostalgique de « La fille aux yeux d’or » qu’on perpétue de vous ?

Je n’ai pas à m’y reconnaitre, puisque cette fille n’a jamais été moi. Je m’en fous ; c’est leur manière d’interpréter le personnage Marie Laforêt. Personnellement, je ne me sens pas concernée.

Ces dernières années, vous avez été très présente au théâtre, notamment dans la pièce de boulevard « La presse est unanime » de Laurent Ruquier. Quelle satisfaction en avez-vous retirée ?

Une joie énorme d’avoir fait ce grand écart après « Master Class ». J’ai fait un apprentissage drastique, en passant du rôle de Callas, qui demandait un investissement total, à ce rôle de boulevard qui exigeait de se plier à la mécanique du rire. On s’imagine que les comédiens comiques s’amusent sur scène : c’est faux ! Il faut être extraordinairement concentré pour prendre son souffle, parce que le rire doit se déclencher à un moment très précis, pour que ça fonctionne : c’est au centième de seconde près. Sinon, c’est foutu !

Sur grand écran aussi, vous avez toujours refusé de choisir entre cinéma populaire et cinéma d’auteur…

C’est ce qui m’intéresse le plus dans ce métier : me déstabiliser et ne jamais rentrer dans une routine. J’en ai horreur !

Etiez-vous aussi satisfaite de votre expérience théâtrale dans « Jésus la caille », adapté de Fréderic Dard ?

Je ne suis jamais satisfaite de rien (rires) !

Etiez-vous inquiète d’avoir le novice Jean-Edouard de « Loft Story » pour partenaire ?

Je ne savais pas ce qu’était le Loft. On m’en a parlé, mais n’en ayant aucune idée, cela ne m’a pas dérangée. Ce garçon s’est présenté et il s’est avéré être le plus brillant à la lecture. Je ne l’ai pas trouvé si mauvais que ça dans la pièce, mais un peu paresseux. C’est cela qui m’a déçue. Je me rappelais de moi au même âge, ou même plus jeune :  j’étais pleine de curiosité, d’envie de travailler, de volonté de progresser… En aucun cas, l’image ne pouvait remplacer le travail. J’ai été surprise de voir qu’à partir du moment où les choses étaient un peu encadrées pour lui, elles étaient à la limite du cimenté. Je ne comprenais pas trop cette attitude. Pour autant, c’est un garçon intelligent, talentueux et plein de qualités. Les critiques ont été épouvantables pour lui. Elles n’ont pas été géniales pour moi non plus, mais j’ai été quand même épargnée. je ne regrette pas du tout cette expérience qui m’a beaucoup appris sur la langue française, et que je n’aurais sans doute jamais l’occasion de renouveler. C’est vraiment dommage que la pièce n’ait pas marché, et que les gens se soient arrêtés à la présence de Jean-Edouard, parce que ce texte était éblouissant.

A propos de télé-réalité, auriez-vous pu entre dans « La ferme des célébrités », comme Régine, qui dispose elle aussi d’un répertoire impeccable ?

Là encore, je ne sais pas précisément ce qu’est cette émission. Régine fait ce qu’elle veut, j’espère simplement qu’elle est bien payée, parce que je ne vois pas d’autre motivation à faire ce genre de choses. Je suis sure que si on lui posait la question, elle préférerait rester tranquillement chez elle, sans prendre le risque de faire des choses qui peuvent paraitre déplaisantes. Je suis persuadée que si elle avait eu les moyens de refuser, elle l’aurait fait.

Seriez-vous davantage tentée par une carrière d’héroïne de téléfilms comme Annie Cordy ou Line Renaud qui rencontrent de jolis succès à l’audimat ?

Pourquoi pas ? J’en suis heureuse pour elles. Là encore, on se rend compte aujourd’hui combien les artistes populaires font recette. On a beau fabriquer de toutes pièces des stars sorties du Loft ou de la Star Ac’, ce ne sont que des feux de paille ! Des entités artistiques populaires ne peuvent se construire qu’avec du travail : il n’y pas pas de mystère. Ces chanteuses dont vous me parlez sont de vraies bosseuses : elles ont commencé dans de petites salles en Province, avant de grandir en devenant vedette anglaise, puis vedette américaine, et de connaitre le vedettariat à part entière. Il faut 25 ans de métier pour en arriver là. Aujourd’hui, on devient vedette avec zéro kilomètre de scène dans les pattes !

Cette philosophie de vie et ce regard sur le métier de chanteuse intéresseraient beaucoup de jeunes artistes : seriez-vous tentée d’actualiser votre autobiographie parue en 1981, « Contes et légendes de ma vie privée » ?

Ce n’est pas impossible, car l’écriture m’enchante plus que tout, mais je ne sais pas si je serais de bon conseil : même si je suis beaucoup plus épanouie, que j’ai pu l’être dans le passé, je reste quand même très timide et traqueuse. J’ai beaucoup de mal à être confrontée à un public. C’est un effort énorme pour moi d’arriver simplement sur scène en ouvrant les mains, de nier le costume, le décor et tous les artifices, pour me présenter à l’état pur, comme je peux l’être en privé, avec Laurent Ruquier et mon pianiste. Cela dit, je m’améliore : j’ai l’impression d’avoir gagné en naturel et en générosité (n.d.l.r : l’autobiographie n’a finalement jamais été mise à jour).

Votre livre « Mes petites magies, livre de recette pratiques pour devenir jeune » (2001) a connu un joli succès en librairie : gagnez-vous aussi en sérénité avec les années ?

Oui, il n’y a pas d’autre solution. Il faut bien avancer. J’ai été très surprise par le succès de ce livre. Je me limitais à conseiller aux gens d’utiliser des ingrédients que l’on a à portée de main, et dont je n’imaginais pas les vertus, de l’huile d’olive, du sel, des cendres de cheminée… C’est arrivé très simplement. J’ai inventé ces recettes les unes après les autres, et j’en ai fait un recueil, à force d’entendre des copines me demander des conseils pour résoudre tel ou tel problème. Je suis un peu magicienne et j’adore ça (rires) ! Par exemple, j’ai eu l’idée de prendre un bain avec une cuillerée de graisse d’oie, parce que je me suis rendu compte que lorsque je faisais des confits, mes mains devenaient plus douces.

En revanche, votre livre de révélations sur l’affaire Schuller, « Panier de crabes, ce que je sais des maîtres du monde », annoncé en 2002, n’est jamais sorti…

Je n’en ai jamais eu l’intention. C’est mon éditeur qui s’est empressé de l’annoncer. Je n’étais même pas au courant quand les gens ont commencé à m’appeler à ce sujet.

Avez-vous le sentiment d’avoir été utilisée par les journalistes qui se sont jetés sur vos témoignages, à défaut de disposer d’infos tangibles sur cette affaire ?

Totalement et j’en avais conscience. Cette affaire a été montée de toutes pièces, depuis le départ. Quand on me connait un peu, on se doute bien que je ne peux pas laisser dehors un garçon qui se présente chez moi à dix heures du soir avec une seule chaussette, un t-shirt à manches courtes, et qui en plus, n’a pas un radis sur lui et n’a pas mangé. je l’ai reçu et lui ai fait des nouilles. Je l’avais connu quand il avait douze ans et ne l’avait pas revu depuis. Qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? J’étais loin de m’imaginer que ce type était sur le point de dénoncer son père, qui était un bandit international. je n’ai fait qu’ouvrir ma porte à un jeune homme qui s’est présenté à moi, en me disant qu’il était dans la merde. Je lui ai offert la chambre d’amis ; ça ne me dérangeait pas du tout. Et à partir de là, le ciel m’est tombé sur la tête. Un type que je n’avais jamais vu de ma vie, et qui vivait à Saint-Domingue s’est mis à dire que j’étais membre d’une secte et que je manipulais son fils. Une histoire de fous ! Là-dessus, je n’ai pas dit mon dernier mot : ce n’est pas moi qui le ferai, mais mon avocat. On a tout notre temps pour le faire. Vous n’imaginez pas à quel point la presse est dirigée, manipulée… A la limite, elle l’a été autant que moi dans cette affaire. Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que tout le monde à l’époque s’est mis à raconter que j’appartenais au Front National ou à une secte.

En interview, j’ai noté que vous vous en sortiez souvent par une pirouette, un éclat de rire : est-ce une forme de pudeur, ou êtes-vous une rigolote dans la vraie vie ?

On ne peut pas être quelqu’un de sérieux, si on n’a pas d’humour. Ces deux facettes en moi sont complémentaires. Ce n’est pas antinomique : Bourvil ou Francis Blanche se sont avérés être des comédiens dramatiques d’exception. N’y voyez aucune forme de désespoir déguisé, comme c’est parfois le cas. Je me sens très équilibrée, plutôt casanière et en quête d’harmonie, très marquée finalement par mon signe astrologique, la balance. Aujourd’hui, je me sens totalement libérée. Je n’ai aucune angoisse, même si, me retrouver face à un public est une épreuve que je redoute, parce qu’elle implique une forme d’exhibitionnisme, qu’il faut compenser par de la générosité. Ce n’est pas dans ma nature d’aller danser toute nue sur les tables. Il faut que je sois naturelle, normale, ce que je n’ai jamais pu faire, à une époque où j’étais encore stressée par toutes sortes d’angoisses et de traumatismes. J’ai fait table rase de tout cela. L’humour est donc simplement un signe de courtoisie de ma part. Je n’ai pas envie d’emmerder les gens avec mes opinions : je préfère trouver quelque chose de drôle à dire. Alors oui, je suis une rigolote (rires) !   

Propos recueillis par Eric CHEMOUNY

(Cette interview a été réalisée au domicile de Marie Laforêt, rue Greneta à Paris, le 2 août 2005).


Retrouvez également l’hommage que nous avions rendu à Marie Laforêt dans notre numéro 23, ses derniers voyages, avec nos photos exclusives signées du photographe Pierre Olivier Signe :



crédit photos : Rodolphe Haussaire (DR/ Universal Music) / photo de Marie Laforêt aux Bouffes Parisiens en 2005 par Pierre Olivier Signe (DR / Collection personnelle) – www.pierreoliviersigne.book.fr/


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3 commentaires sur «  »

    1. Bonjour, merci beaucoup pour votre gentil commentaire. Vous avez bien raison, Marie est unique et le restera dans nos mémoires… Bien à vous

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