SUZANE

Bleu, blanc, rousse !

Artiste la plus programmée dans les festivals en 2019, Suzane nous livre enfin « Toï Toï », un premier album enthousiasmant, qui concentre à lui seul la quintessence de la jeune chanson française, dans ce qu’elle a de meilleur, à la fois moderne, originale, créative et référencée. Auréolée de la Victoire très méritée de la révélation scène de l’année, et en attendant de l’applaudir à nouveau sur scène, notamment le 9 juin au Trianon, nous avons rencontré la tornade rousse, qui s’est livrée avec une sincérité et un naturel rares…

– Quel a été ton parcours avant de devenir chanteuse ?

Ça a été un long chemin… J’ai commencé par la danse à l’âge de 5 ans. J’habitais un petit village et je suis tombée raide dingue de ces corps qui bougeaient, mais sans me dire évidemment que j’allais en faire un métier. A 7 ans, j’ai quand même demandé à ma mère de passer l’audition pour le conservatoire d’Avignon, parce que je savais que le niveau y était meilleur. J’avais déjà l’envie de pousser la porte et de danser… Au final, j’y suis restée 10 ans. C’est une période de ma vie pendant laquelle j’ai beaucoup appris, mais j’ai aussi vécu des choses difficiles : j’ai connu autant de joies que de souffrances, à cause de cette routine, de cette pesée du mercredi qui était assez humiliante, quand j’y repense. J’ai aussi perdu un ami, mort d’une rupture d’anévrisme en plein cours. Cet épisode assez douloureux m’a fait sortir du cursus de la danse. Entre temps, vers l’âge de 12-13 ans, la voix était entrée dans ma vie. Mais il a fallu du temps ensuite pour oser écrire des chansons et arrêter de jeter tout ce que j’écrivais, me faire confiance…

– A quel âge as-tu commencé à vraiment écrire ces chansons ?

Je me rappelle que vers 15 ans, j’écrivais déjà des petits poèmes, mais je les jetais tout de suite, comme si j’avais honte de les avoir écrits toute seule dans mon coin… Je ne voulais pas que quelqu’un puisse tomber dessus. 

– Quelle étaient alors tes références musicales ? On ressent dans ton écriture une culture musicale multiple, à la fois marquée par les musiques urbaines, l’Electro et la chanson réaliste ?

C’est vrai et ces influences sont assez inconscientes, mais j’ai vite été happée par la chanson française traditionnelle, quand j’étais gamine avec Brel, Barbara, Piaf, Renaud, Balavoine, Aznavour, Fréhel, tous ces artistes qui écrivent en Français, et souvent dans une veine réaliste. J’avais l’impression en les écoutant dans mon casque dans le métro de me retrouver projetée dans leur époque. L’image est très directe dans leurs chansons, comme dans un petit film, et ça m’a toujours beaucoup plu. 

– Comment s’est passé le déclic ?

J’ai l’impression qu’à un moment, les planètes se sont alignées. Pendant 5 ans, je ne pouvais plus danser, j’étais complètement paralysée et j’ai arrêté de chanter aussi. Je n’ai fait que des petits boulots, à force d’entendre dire autour de moi qu’il fallait que j’arrête de rêver d’être chanteuse, et qu’il fallait que je gagne ma vie, que j’avance. J’avais tout laissé tomber, mais je sentais que j’étais malheureuse et à côté de mes pompes. J’avais un boulot et je payais mon loyer, mais je me sentais amorphe. Ce n’était pas moi… Il a fallu ce déclic vers 23 ans, pour que je réalise que mon rêve était un besoin vital, plus qu’une envie. Quand j’ai compris cela, j’étais prête à soulever des montagnes. J’ai arrêté d’écouter ma famille, très inquiète, et tous les conseils parasites qui me détournaient de mon chemin. J’ai décidé de monter à Paris et de voir ce qui pouvait arriver…

– As-tu démarché des labels ?

Non, j’ai d’abord écrit des chansons. Je ne savais même pas qu’elles seraient écoutées et que je serais signée en label… Mon but était déjà de sortir ces choses de moi et d’écrire. C’est ensuite grâce à ma rencontre avec Chad Boccara, mon manager, que les choses sont arrivées. Il a écouté les chansons, a été séduit… On a parlé de mon histoire, et on s’est très bien entendus, humainement et artistiquement. Je me suis sentie à l’aise avec lui, car je n’ai pas eu le sentiment qu’il voulait me transformer, me façonner… Pour une fois, j’avais le sentiment que quelqu’un m’acceptait telle que je suis.

– Est-ce lui qui t’a encouragée à opter pour le pseudonyme Suzane, ton vrai prénom étant Océane ?

Non, pas du tout. Je lui ai expliqué que j’étais plus à l’aise artistiquement en m’appelant Suzane. Sous ce prénom, j’ai l’impression d’être plus libre, de ne pas être jugée et de pouvoir oublier quelques blocages liés à mon éducation. Je laisse de côté cette fille qui vient de Province et je m’émancipe en devenant Suzane.

– A qui se réfère-t-il ?

Je ne l’ai pas choisi au hasard : c’est le prénom de mon arrière-grand-mère que j’ai peu connue, jusqu’à l’âge de 6 ans. C’est une figure féminine qui m’a beaucoup marquée. Elle avait beaucoup de caractère, tout comme son prénom, avec ce Z au milieu de nulle part. Elle a été la première personne que j’ai perdue, et cela m’a beaucoup marquée, parce que j’étais encore toute petite. C’était mon premier deuil.

– En dehors de ton prénom, tu as aussi choisi un look très étudié, aujourd’hui indissociable de ton image ?

C’est vrai que quand j’ai du tourner un premier clip, me présenter devant des gens en concert, je me suis dit que c’était un vrai premier rencard. Jusqu’ici, dans ma vie professionnelle, j’avais toujours porté un bleu de travail ou un costume imposé. J’ai eu envie de créer et tailler sur mesure ce costume. J’ai donc conçu cette combinaison dans laquelle je me sens à l’aise, en pensant à Bruce Lee, à Elvis Presley et Louis XIV. Ce sont des personnages que j’ai croisés à différents moments de ma vie. Gamine, avec mon père, on regardait souvent les films de Kung Fu, comme « La fureur du dragon », avec Bruce Lee. Plus tard, j’ai été serveuse dans un Diner, dans lequel on voyait Elvis partout sur des écrans. Je le regardais danser très à l’aise dans sa combi et je me demandais ce que je faisais là à servir mes burgers, alors que j’aurais presque voulu être dans la télé avec lui… Quant à Louis XIV, je l’ai beaucoup étudié en histoire de la danse. Tout cela fait que, lorsque j’enfile cette combinaison avant de monter sur scène, je fais face à mon trac, à mes peurs, à mes angoisses… Je ne dirais pas que je suis dans un excès de confiance, mais je suis juste prête à être moi-même.

– Es-tu superstitieuse au point de rester fidèle à ce costume ou ce code couleurs par la suite ?

Alors oui, je suis très très superstitieuse. C’est une horreur… Je le suis depuis toujours. Ce n’est pas pour rien que j’ai intitulé mon album « Toï Toï » : c’est devenu un rituel avec mon équipe avant de monter sur scène. Après, je ne veux pas me bloquer non plus avec ce costume dans lequel, pour l’instant, je me sens très libre. Si un jour, je m’en sens prisonnière, il évoluera…   Rien n’est imposé.

– Pourquoi avoir choisi de beaucoup tourner avant de publier ton album ? Pour tester les chansons auprès du public ?

C’est vrai que j’ai beaucoup tourné. Pas mal de chansons étaient prêtes, et pour être franche, je ne pensais pas faire autant de dates et être l’artiste la plus programmée des festivals. C’était génial car ce sont des chansons que j’ai pu tester en live, mais je ne me suis pas modelée pour autant à la réaction du public. Si j’ai mis certaines chansons de côté, c’est davantage parce que je n’étais pas forcément prête à les défendre, à les chanter… Ce n’était juste pas le bon moment. Je n’attendais pas de validation du public : si j’écris une chanson, c’est parce qu’elle a une utilité à mes yeux.

– As-tu écrit beaucoup de titres avant d’en retenir 14 ?

J’en ai écrit une vingtaine sur la durée, mais ces 14 me paraissaient essentielles et se devaient de figurer sur l’album.

– Tu as le privilège de t’être constitué un public avant même d’avoir sorti un album : quelle image t’en fais-tu ?

Il est très varié : j’y vois des gens 7 à 77 ans. Je ne m’y attendais pas du tout, parce que ma musique peut paraître assez frontale, entre les paroles, l’Electro, la danse, mon personnage… Ça peut faire beaucoup, et pourtant je vois parfois des séniors avec les bras en l’air, des familles, des enfants, des jeunes, des couples homos… Chacun a une approche différente de mes chansons. Ça me procure un bonheur incroyable : il n’y a que la musique pour réunir des gens très différents comme ça.

– On imagine que la chanson « Suzane » est plus qu’autobiographique…

Oui, je me revois encore l’écrire. Je travaillais encore comme serveuse : je venais de passer la serpillière comme chaque matin, et d’installer la salle. J’étais toujours avec mes rêves de faire ce métier, de monter sur scène… J’étais renvoyée à la réalité par les clients qui me demandaient ce que je faisais de ma vie. Au-delà de ma propre histoire, j’avais envie de le raconter, parce que je n’étais pas la seule dans cette situation. Tout le monde porte en soi un fil qui le tient et l’entraîne vers des choses qui le fascinent. Arrivé à l’âge adulte, on oublie souvent de continuer à rêver… On nous en prive et on se finit par se persuader que c’est impossible.

– « SLT » est devenu un hymne pour une génération de jeunes femmes qui se révoltent contre les violences verbales ou physiques : en as-tu conscience et te définis-tu comme féministe ?

Oui, je suis féministe depuis que j’ai 7 ans et que j’ai vu « Mulan ». Je le revendique : beaucoup de filles n’osent pas le dire et ont peur de l’image militante ou hystérique, qu’on associe au féminisme. Ça m’ennuie un peu… Y compris entre femmes, il y a de la méfiance, lorsque une d’entre elles se déclare féministe. On la suspecte d’être dans l’affrontement et de ne pas aimer les hommes. Ça n’a rien à voir… Beaucoup de mes copains se définissent d’ailleurs comme féministes. Je suis simplement pour l’égalité des hommes et des femmes, c’est ma définition du féminisme. Ça commence par l’égalité des salaires : j’ai travaillé dans un resto où j’étais moins bien payée que mon collègue Nicolas qui portait pourtant le même poids d’assiettes… On faisait exactement le même boulot ; ce n’est pas normal. Quand j’ai sorti cette chanson, j’ai eu peur que les garçons se sentent un peu stigmatisés. Or, j’ai reçu beaucoup de messages de garçons qui m’ont remerciée, au contraire, me disant qu’ils avaient des femmes dans leur vie, des mères, des soeurs, des amoureuses, et qu’ils étaient heureux que je les représente dans leurs difficultés quotidiennes. J’étais rassurée…

– « P’tit gars » qui s’adresse aux jeunes homosexuels est très touchante : as tu reçu des témoignages de jeunes gays à ce sujet ?

Oui. J’ai pu écrire ce petit « film » pour avoir moi-même vécu cette situation, certes avec beaucoup moins de violence. Je suis issue d’une famille beaucoup plus ouverte et bienveillante sur le sujet, même si il a fallu faire un petit bout de chemin ensemble pour se comprendre. Mais malheureusement, j’ai des amis autour de moi, et j’ai rencontré des jeunes du Refuge, pendant ma tournée, qui m’ont livré des témoignages d’une violence extrême. De jeunes gens sont jetés à la rue, ou sont battus par leurs parents, simplement en raison de ce qu’ils sont. Ça laisse des traces horribles dont on ne se remet jamais et qui peuvent détruire… J’avais envie, en écrivant cette chanson, que le petit gars, ou la petite nana, qui l’écoute se sente un peu moins seul.e ou en décalage avec le reste du monde…

– Que te disent ces jeunes gays qui se reconnaissent en cette chanson ?

Ils me remercient et j’en suis très touchée… C’est vrai qu’à mon époque, quand j’ai découvert que j’étais homosexuelle, il n’y avait pas forcément de personnages auxquels je pouvais m’identifier, ni dans les séries, ni dans les films, ni à la télé… Tout était toujours très hétéro-normé. En écrivant « Anouchka » ou « P’tit gars », j’ai l’impression de donner à ces jeunes un moyen de s’identifier, de se sentir moins seuls… J’avais déjà reçu beaucoup de messages en ce sens, après avoir sorti « Anouchka » sur l’EP…

– Tu assures une certaine continuité avec « Viril » d’Eddy de Pretto qui cassait les codes du Rap…

Peut-être, je n’y avais pas pensé, mais ce titre a contribué en effet à libérer la parole sur ce sujet.

– Ton dernier titre « Il est où le SAV » traite d’écologie de façon originale : comment se traduit ton engagement au quotidien ?

Avant d’écrire la chanson, j’avais déjà eu une prise de conscience il y a quelques années, grâce à des copines biologistes qui travaillent dans ce milieu, et qui m’ont beaucoup ouverte sur ces questions. Elles voyagent à travers le monde pour étudier les animaux, et voir comment l’éco-systeme se protège du réchauffement climatique. J’étais déjà sensibilisée… Quand je me rends sur les plages du sud de la France, et que je vois qu’elles sont déjà complètement dévisagées par les bouteilles en plastique et les déchets, ça me rend très triste. Et c’est malheureusement partout dans le monde. Le gros déclic a eu lieu quand j’étais en tournée en Chine. J’étais dans un bus qui m’emmenait à Shanghai, après avoir fait déjà pas mal de villes chinoises toutes polluées. On rentrait le soir et on se mouchait de la poussière noire, tant la pollution était extrême. En arrivant, j’ai vu un gros smog grisâtre presque irrespirable, et je me suis dit : ok, je suis en Chine dans un décor totalement apocalyptique, mais cette chicha géante ne va-t-elle pas se généraliser partout ? Ce genre de problème ne connait pas les frontières. La planète est comme le corps humain : si un membre a mal, tout le reste est impacté… Dans ma vie de citoyenne, j’avais envie d’en parler et me sentais assez impuissante, sinon en écrivant cette chanson qui se contente de poser des questions et de soulever un débat. Je n’ai évidemment pas toutes les réponses. Le SAV, c’est un peu nous tous…

– « L’insatisfait » comme « Madame Ademi », sont-ils des portraits de personnages existants  ?

Oui, ce sont des gens que j’ai rencontrés, et qui sont plus ou moins proches de moi. « Monsieur Pomme » est un monsieur que j’ai croisé au restaurant, mais c’est aussi un peu moi, et beaucoup de gens concentrés en une seule personne. Je décris avant tout des comportements. J’en suis la première victime et je m’inclus aussi dans ces travers humains. Ce n’est pas une façon de me protéger… Je me sens toujours, au contraire, étroitement liée à eux. Ce n’est jamais gratuit…

– « Monsieur Pomme », clin d’oeil à Apple, évoque la dérive des réseaux sociaux : quel est ton rapport à ce vecteur devenu hyper important pour les artistes ?

Je ne suis pas tout le temps sur les réseaux sociaux à faire des selfies. Je suis née en 1990, et j’ai connu Caramail ou Messenger, qui permettaient de commencer à se parler virtuellement sur Internet, mais on n’avait pas encore la possibilité de montrer des stories en temps réel. Je trouve cela assez dingue…

– Te sens-tu obligée de suivre le rythme de chanteuses comme Angèle ou Clara Luciani, très présentes sur Instagram ?

Chacun le vit comme il le souhaite, et il ne faut surtout pas se faire violence, en se comparant les unes les autres. J’ai l’impression que sur Instagram, en ce moment, il faut être humoriste, chanteur, model, etc. Il faut être beaucoup de chosesà la fois  pour exister : je trouve cela dommage, parce que du coup, on risque de finir par tous faire un peu la même chose… Si Angèle fait un truc, d’autres vont être tentées de faire la même chose, sous le même angle. Ce qui est bien chez Angèle, c’est qu’elle est elle-même, très spontanée et sans pudeur, ni filtre. C’est super ! Après, quand je constate que des gens suivent son exemple pour être bankable sur Insta, c’est dommage : ça abime l’art et la personnalité de trop vouloir en savoir sur la personne. On y perd le coté mystique.

– Ca te permet quand même d’être au contact direct de tes fans …

Il y a des tas de points négatifs dans les réseaux sociaux : notamment, le fait de toujours regarder ailleurs et finir par se persuader que sa propre vie est moins intense que celle des autres, qu’on est beaucoup moins beau et moins drôle. C’est l’école de la frustration. Le point positif, c’est qu’on est parfois mieux informé parce que l’info arrive brute, avant que les médias ne l’aient modelée. Et en tout cas, pour ma part, ils me permettent de répondre à mes fans, à ceux qui ont acheté mon album, se sont déplacés pour me voir en concert et ont envie de me parler de mes chansons. Cette proximité avec les gens est géniale…

– Trouves-tu le temps de répondre à tout le monde ?

Ça commence à être compliqué… Même certains vieux fans commencent à me dire : « Suzane, ça devient trop gros là ! ». J’espère qu’ils comprennent que si je ne leur réponds pas toujours, c’est par manque de temps… Je ne ferais que cela sinon.

– Dans « Quatre coins du globe », tu dénonces la frustration que les réseaux suscitent : as tu vécu cette situation ou, au contraire, beaucoup voyagé ?

Quand j’ai écrit cette chanson, j’étais à Paris au mois d’août, en train de servir dans un restaurant, et je voyais sur les réseaux des gens dans des décors paradisiaques… Cela dit, depuis j’ai eu beaucoup de chance : je ne pensais pas en écrivant ces chansons qu’elles me feraient autant voyager, en Chine, au Japon. Je pars même bientôt aux Francofolies de la Réunion.

– Quel était ton public en Chine ou au Japon ?

Je n’ai fait qu’une date au Japon, dans le cadre du festival Tandem. En Chine, en revanche, j’ai donné 15 concerts, et j’ai pu me faire une idée plus précise de mon public. Il m’a complètement surprise. je me demandais comment j’allais être reçue avec des textes en français, des chorégraphies et ma drôle de combinaison. L’ensemble en mouvement a fait qu’on s’est compris, et les chinois m’ont très bien accueillie. J’incarnais la Française pour eux. En sortant de scène, les nanas voulaient faire des photos avec moi et me touchaient  en me disant que j’avais une belle peau. J’espère y retourner prochainement pour jouer cet album en entier.

– « Pas beaux » dénonce les diktats de l’apparence… Être artiste aide-t-il à mieux s’accepter, à s’aimer ?

Je n’en suis pas sûre du tout. Je viens du milieu de la danse, ou le rapport à l’image compte énormément. On passe son temps devant un miroir à travailler son corps, et à s’observer. J’ai l’impression de revivre cela en ce moment : je me vois sur les photos, sur les selfies… J’ai l’impression de voir ma gueule 20.000 fois par jour. Quand on s’aime, c’est cool… Sinon, ce n’est pas évident tous les jours. Ça me renvoie à ce que je suis, mais j’apprends à m’accepter.

– De même, « Le potin », évoque la propagation de rumeurs… Commences tu à lire des articles qui fâchent à ton sujet ?

Pas encore, mais je pense que malheureusement, on est tous exposés à cela. Je l’ai déjà subi dans ma vie d’anonyme, au travail ou de la part de copines qui se réunissaient en mode « blabla »…

– C’est pour éviter que la réalité soit déformée que tu as choisi de jouer la transparence sur ta vie privée ?

Oui, totalement. Je préfère que la vérité m’appartienne et que je raconte mon histoire telle qu’elle est, plutôt qu’elle soit devinée par quelqu’un d’autre et déformée.

– Avec ton rythme effréné, on a du mal a imaginer que « Le flemme » soit autobiographique… 

C’est vrai, mais cette chanson évoque surtout le fait que le monde va de plus en plus vite et qu’il faut toujours être très productif, avoir des résultats. C’est ce qu’on me demandait toujours au conservatoire, où j’avais cette image de fille qui s’endort sur ses lauriers. Les profs me disaient tout le temps que j’avais un don, mais que j’étais fainéante. J’ai fini par m’en persuader alors que ce n’était pas du tout le cas. C’est juste qu’on m’en demandait beaucoup trop. D’ailleurs, je pense que les supposés paresseux sont des gens efficaces. Si j’étais patron demain, et que lors d’un entretien d’embauche, un candidat me disait qu’il est paresseux, je l’embaucherais direct…

– Comment est née la chanson « Anouchka » ? 

C’est surtout une histoire que j’avais envie de raconter sans l’abîmer. Anouchka est quelqu’un qui fait partie de ma vie, que j’ai rencontrée très tôt, et qui m’a permis d’aller vers moi-même. On s’est permises toutes les deux de mieux se connaitre et de grandir ensemble. Il y a très peu de figures auxquelles je pouvais identifier quand j’étais plus jeune. Alors je voulais que pour la jeune fille ou le jeune garçon qui écoute cette chanson, « Anouchka » soit une sorte d’héroïne, mais en même temps qu’elle leur tende un miroir…

– Tu étais nommée aux Victoires, au milieu d’autres révélations dont le niveau est très élevé ; es-tu proche et solidaire de cette nouvelle génération, de Aloïse Sauvage à Pomme ?

On se croise souvent, mais on ne se connait pas beaucoup. Dans le fond, on fait toutes le même métier, et on sait les sacrifices que cela demande, les doutes, et le combat quotidien que ça représente pour exister. Je pense que ça finit par créer des liens et une certaine solidarité. On vit toutes les mêmes choses et le même stress. Il y a déjà assez de haters qui attaquent de partout, pour qu’entre nous on s’attaque aussi. Après, il ne faut pas se leurrer, il y a toujours une certaine compétition… Mais personnellement, quand je fais ma course, je ne regarde jamais les autres coureurs sur le côté. C’est mon leitmotiv. Je ne fais de compétition qu’avec moi-même. J’ai trop vécu cet état d’esprit au conservatoire de danse, où je n’ai jamais eu de vraies copines, pour avoir envie de le revivre aujourd’hui. Je ne le supporterais pas.   

– Tu es très physique sur scène et ça demande une forme athlétique : comment te prépares-tu ?

Dans ma vie de tous les jours, je fais du sport et je travaille mon souffle. Mais je suis aussi portée par une énergie qui me vient de la chanson et de la scène. Je fais attention à mon sommeil, et à ce que je mange en période de concert. Après, je suis souvent rattrapée par le stress : je sais qu’avant de monter sur scène, je ne peux rien manger. Quand j’arrive sur scène, j’ai faim à tous les sens du terme… Je suis dans un état d’inconfort, qui me donne la dalle et l’envie d’y aller.

– Tu seras à l’Olympia en décembre 2020, c’est un symbole fort…

J’ai le sentiment parfois de vivre une vie parallèle. Je me lève le matin, je sais parfaitement que je vis ce que je vis actuellement, et pourtant j’ai l’impression que je dois aller bosser au restaurant. Je me réveille même parfois la nuit, sans trop savoir dans quelle vie je suis. J’ai du mal à m’autoriser à savourer mes succès, les applaudissements et les victoires : je suis davantage du genre à bloquer sur le petit truc qui n’allait pas ou sur un échec…  Je vais rester en boucle dessus au lieu d’apprécier ce que j’ai réussi.

– Dernière question, il est sympa Nikos ?

Je crois qu’il est très sympa (rires). On s’est un peu parlé sur Insta ! Il fait de jolies photos en tout cas, et il a l’air très bienveillant… Bref, c’est un bon gars ! (rires).

propos recueillis par Eric Chemouny.

Crédit photos : Liswaya (DR) // photos des Victoires de la Musique : Gilles Gustine (DR / JSM)


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