MARIE LAFORET

Coffret Best of 3 CD

(Universal Music)

Beaucoup connaissent l’actrice sachant tout jouer, de « Plein Soleil », premier rôle solaire face à Alain Delon et Maurice Ronet, aux « Morfalous » et ses réparties cultes, grand écart culturel, mais (trop) peu connaissent réellement l’immense chanteuse (mais aussi musicienne) qu’elle a aussi été. Avec la sortie simultanée, le 20 mars, d’un coffret 3 CD et d’une classieuse intégrale (dont nous reparlerons dans notre prochain numéro), que sort Universal Music, Marie Laforêt met en lumière un véritable bijou et révèle au monde sa voix teintée d’or, supplantant de loin la réputation de ses yeux.

Contrairement aux obligations marketing opportunistes consistant à systématiquement sortir des compilations faciles post-mortem, celle-ci a le mérite précieux d’avoir été initiée, supervisée et validée par l’artiste disparue l’an dernier, dont le travail et l’implication sur le choix des photos, des chansons, des textes, du graphisme avec Universal s’est étalé sur près d’un an et demi, résumant ce projet par ces mots, ses derniers, déjà livrés en guise de promotion :  » Je vous confie ma vie de chanteuse. Prenez-en soin. Elle fut faite avec un cœur simple et honnête. »

Cette gageure est d’autant plus remarquable, que Marie Laforêt a toujours douté de tous ses talents incroyables, ce qui l’a toujours empêchée de se mettre en avant et de donner de la valeur à son travail, de l’ampleur à une carrière pourtant déjà très riche, que ce soit dans le cinéma, dans le théâtre ou dans la chanson, allant même jusqu’à dénigrer officiellement la quasi-totalité de ses chansons enregistrées pour les radios, dont « Les vendanges de l’amour », son plus gros tube. Elle leur a préféré celles d’un style que peu d’artistes avaient alors mis en avant, issues des folklores du monde entier, portée par une facilité déconcertante pour les langues et la musique. Ces décisions artistiques, comme ses choix de femme, de maman, d’amoureuse l’ont éloignée trop souvent des reconnaissances de la grande famille de la chanson française, même si ses pairs lui ont toujours reconnu ce talent inné.

Le double vinyle

C’est peut-être ces contradictions et cette vie de paradoxes qui ont toujours caractérisé l’artiste, entraîné une certaine incompréhension et une sous-estime de l’étendue de son talent qui a permis de définir la trame de ce coffret de 3 CD, panorama déjà foisonnant pour les fans, autant que pour les néophytes qui vont, qui doivent, la découvrir et du coffret intégral de 18 CD (377 tubes, inédits, titres live ou raretés) qui sort en simultané, décliné également en double vinyle, résultat d’un travail dantesque de numérisation, de nettoyage et de mastering des bandes originales dont la plupart ont été mixées pour la première fois en stéréo pour l’occasion, témoignages d’une ultime reconnaissance à l’immense artiste qu’elle n’a jamais cessé d’être, dans la lumière comme dans l’ombre, des contes et légendes d’une vie privée bien remplie.

Sur le premier CD s’enchaînent généreusement 27 de ses tubes, constellation populaire dans les hits-parades, portés par le public, principalement dans les années 60 et 70. « Les vendanges de l’amour » , bien sûr, ritournelle festive qui restera comme son plus gros tube sans être (et de loin) le plus intéressant musicalement mais aussi, et entre autres, « La tendresse » qu’a pu (re)découvrir le grand public lors des dernières Victoires de la Musique grâce à l’interprétation brillante de Clara Luciani et Philippe Katerine, « Mon amour, mon ami » qu’avait remis au goût du jour François Ozon dans « 8 femmes », ou encore « Manchester et Liverpool », « Il a neigé sur Yesterday » en hommage aux Beatles, « Cadeau » enregistré avec son fils Medhi Abraham, « Frantz » avec son ami Guy Béart, « Marie Douceur, Marie Colère » version française (et réussie) de « Paint in Black » des Rolling Stones, « Ivan, Boris, et moi », « Maine Montparnasse », « Tant qu’il y aura des chevaux » ou « Viens viens » pour ne citer qu’eux. Avalanche de souvenirs qui ont marqué des époques aujourd’hui révolues.

L’EP digital 5 titres

Sur le second CD, Marie Laforêt nous propose son bouquet de chansons choisies au fil des ans, au fil des styles, des pays, des folklores, des battements de son coeur, qui recèle de véritables pépites, telles que ces deux inédits : « Lirica N°1 il Faut Savoir Pardonner » et « La réglisse » découverts dans l’EP digital éclaireur de 5 titres sorti le 7 février dernier, échantillon du travail formidable opéré sur ces supports et qui compte aussi « La tendresse » en version stéréo, « Maine Montparnasse » pour la première fois en support digital et « Barbara Allen », premier extrait du live inédit de 2005. En 23 chansons, entre folklore et variété, Marie Laforêt livre sur ce second CD, une part d’elle-même comme elle ne l’avait jamais fait et assume pour la première fois ses choix, du déchirant « Le tango rabia al silencio » jusqu’aux chansons extraites de son dernier album « Reconnaissances » (1993), ici au nombre de 4 : « Richard Toll », « L’Aviva », « Jérusalem Yerushalaim » et « Genève ou bien ».

Enfin, un troisième disque exceptionnel complète en beauté ce coffret déjà très riche avec un cadeau précieux et totalement inédit : l’enregistrement de l’un de ses derniers concerts en 2005 aux Bouffes du Nord, rêve de scène inespéré des fans plus de 30 ans après ses premiers adieux et que l’on doit à son ami et admirateur Laurent Ruquier (qui l’a fait également jouer, un peu plus tard, sur scène dans « La presse est unanime »). Ce dernier disque est une vraie surprise et fige une voix restée intacte, empreinte de doutes certes, mais de tellement de talent et d’envoûtement aussi. On imagine alors le sacrifice de la chanteuse à livrer ici un tel enregistrement dont la montée sur scène chaque soir suscitait tant d’incertitudes, tant de craintes d’échouer, de ne plus plaire, de ne plus savoir chanter, tant de douleur et d’efforts pour satisfaire ceux qui l’ont aimé. Il est comme un dernier au-revoir, comme une ultime prière pour s’en aller au paradis…

Le coffret intégral 18 CD

En 3 CD, Marie Laforêt entre dans l’éternité par la grande porte qu’elle mérite enfin. Pour quiconque aime la chanson française autant que les musiques du monde, cet objet de tous les désirs est d’ores et déjà un incontournable dans toute bonne discothèque avec un écrin aussi qualitatif et beau que les chansons qu’il renferme, à son image, à son envie. En livrant ce véritable cadeau posthume à ses fans, ce coffret offre aussi à ceux qui ne connaissent rien de la chanteuse ou trop peu, une formidable et unique occasion de découvrir pour la première fois QUI a été vraiment Marie Laforêt, et toute la richesse de ce qu’elle laisse, aujourd’hui et pour toujours, à une postérité dont elle se fichait pas mal. Heureusement pas nous.

Nous avions rendu hommage à Marie Laforêt dans notre 23ème numéro, avec des photos personnelles et inédites, c’est à découvrir en cliquant ici

Gregory Guyot


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