LA MAISON TELLIER

Des voix dans la nuit

Depuis presque un an, les cinq loups de La Maison Tellier sont en tournée pour incarner les « Primitifs Modernes », leur dernier brûlot musical, héritiers des grandes gueules de la musique et de ses rebellions. A l’heure où le chaos social et sanitaire s’abat désormais sur la quasi totalité des salles de France, La Maison Tellier a tiré l’une de ses dernières cartouches avant la nuit noire programmée sur la culture. Cela aurait pu n’être qu’un vendredi soir comme un autre…

Un vendredi soir sur la Terre, un concert presque banal, un soir presque anodin mais qui annonce pourtant l’orage sur la culture et les lieux d’expression et de rassemblement de plus de 5000 personnes, là où ne bat qu’un seul tempo, celui de la musique. Presque comme une routine bien rodée maintenant, les cinq garçons de La Maison Tellier entrent sur la scène de la petite salle Daniel Fery de Nanterre, entre gris clair et gris foncé, entre l’ombre planante d’un désastre en marche et la lumière dans la voix, dans le chant, dans l’espoir. Cela aurait pu être le concert détente d’un début de weekend en France si Helmut Tellier, le chanteur habité, n’annonçait pas, presque sans rire: « profitons-en, c’est peut être la dernière fois que nous jouons » donnant en quelques secondes du sens à l’envie, au besoin d’être ensemble, simplement, normalement. Nous aurions pu être n’importe où en France, ou en Italie, ou en Chine, ou ailleurs, l’histoire s’est insérée soudain dans notre quotidien, l’empoisonnant petit à petit jusqu’à redéfinir chaque mouvement, chaque regard, chaque note jouée comme si cela devait être la dernière fois. Ainsi, les mots prophétiques de Helmut Tellier auront devancé la décision sanitaire d’annuler tous les rassemblements de plus de 1000 personnes, faisant taire en moins de 48h, la très grande majorité des salles de France et la voix des artistes d’ici comme ceux du reste du monde, venus chanter pour nous. Ici, comme ailleurs, comme un dernier cri dans la nuit.

Ce concert de la Maison Tellier serait donc l’un des derniers avant le déluge et sa guérison dont il nous fallait profiter. Drôle de coïncidence alors que de commencer chacun des concerts de cette tournée par la chanson « Fin de Race », extrait de leur dernier album « Primitifs modernes » (que nous avions chroniqué et à relire ici, sorti il y a tout juste un an, première production de leur propre label Messalina) qui s’inscrit dans une discographie qui a fait fi des modes et des mouvements, qui suit les traces de Bashung, Murat, Thiefaine ou encore Noir Désir dont on reconnait au fil des chansons quelques notes, quelques intonations, quelques sujets de prédilection tout en s’autorisant des incursions artistiques dans la danse contemporaine, le théâtre ou le cinéma, collaborant avec d’autres artistes comme Clarika, Marina Hands ou Emilie Loizeau.

Le groupe à la fougue toujours aussi adolescente, formé en 2004 à Rouen, se démarque de ses illustres aînés grâce à une fusion subtile de Rock, de Jazz et d’Electro dont les cinq acolytes se partagent la voix, les guitares, la batterie et … la trompette que leur concert exalte sans arrêt.

Tous ensemble, ils portent des titres jubilatoires comme « Les apaches » en réservant aussi des moments plus intimes tel l’émouvant trio formé sur « Exposition Universelle » ou encore « La chambre rose », extrait acoustique de leur tout premier album, « pour faire plaisir à certains fidèles qui ont réclamé des anciens titres« .

Car en effet, c’est bien le dernier album qui constitue la colonne vertébrale de leur setlist, de la première chanson, « Fin de race » à la dernière, en passant tout de même par quelques titres issus de « Avalanche » (2016) de « Beauté pour tous » (2013) ou de « La Maison Tellier » (2006, leur premier album), mais aussi un inédit, « A koi sa ressemble » et une reprise Rock et personnelle de « Désenchantée » de Mylène Farmer qui entraînera quelques sourires dans la salle au moment d’applaudir, auxquels Helmut Tellier répond : « Quand une chanson est bonne, il faut savoir le reconnaître et c’EST une bonne chanson« , en s’excusant presque de revisiter la chanteuse rousse, mais n’oubliant pas de saluer au passage Laurent Boutonnat. Une chanson de circonstance s’il en est, qu’ils chantent pourtant depuis le début de la tournée.

Une vingtaine de chansons plus tard, les cinq garçons s’éclipsent sur « Que mes chansons », le ghost track de leur dernier album, métaphore d’une fin du monde programmée pour les arts vivants. « Y a plus personne pour dire je t’aime… mais que mes chansons au moins reposent en paix« .

En sortant de cette petite salle en bordure d’un cul de sac, les nouvelles tombent comme la pluie qui s’abat sur nos joies car tandis que la Maison Tellier semble avoir chanté comme si c’était la dernière fois (avant un peu de temps), la vie de la culture a pris tout d’un coup le visage dévasté et effrayant d’un monde sans voix où résonne encore l’écho résistant à la nuit de la Maison Tellier, qui n’a pas du tout l’intention de se laisser disparaître.

Gregory Guyot

Crédit photos: Gregory Guyot (DR / @I_am_Gregg / JSM)


Setlist 06.03.20 : Fin de race / Chinatown / Amazone / La horde / Les sentinelles / Laisse-les dire / Prima Notte / Je parle d’un pays / Ali / Les beaux quartiers / Exposition universelle / Désenchantée / Primitifs modernes / Sur un volcan / Les apaches / Rappel : La chambre rose / A koi sa ressemble / Tout est pardonné / Avalanche / Petit Lapin / Que mes chansons.


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