SYLVIE VARTAN

Souvenirs, souvenirs…

par Jean-Marie Périer

Photographe, réalisateur, auteur, homme de scène et désormais éditeur avec la création de la marque « Loin de Paris » qu’il dirige, Jean-Marie Périer demeure le symbole des années « Salut Les Copains », celui qui a marqué de son empreinte ces fameuses 60’s, en façonnant l’image d’une génération d’artistes en herbe, devenus grâce à ses photos légendaires des icônes de la chanson, mais aussi les figures emblèmatiques d’une époque joyeuse, insouciante et néanmoins révoltée et avide de liberté. Nous l’avons rencontré à l’occasion de la sortie de son beau livre, « 1960-1970 », préfacé par Patrick Modiano, et rassemblant 400 clichés de stars françaises et internationales, dont 150 inédites, d’une modernité toujours aussi éclatante : une véritable « pléiade », dont nous avons sélectionné 8 portraits, prétextes à évoquer avec l’éternel jeune homme de 80 ans, ses meilleurs souvenirs avec ses copains Françoise, Sylvie, Johnny, Jacques, et les autres.

– Quel souvenir gardez-vous du premier reportage sur Sylvie à Méribel (1963) ?

Daniel Filpacchi savait qu’elle sortait d’une histoire d’amour difficile : il s’est dit qu’il se devait de faire quelque chose, et a pensé m’envoyer faire un reportage sur elle à Méribel. Il s’est dit qu’ayant le même âge, il se passerait peut-être un truc entre nous… Mais il ne savait pas que j’étais déjà avec Françoise. Avec Sylvie, le contact a été tout de suite formidable : dès la première seconde, nous avons eu des rapports d’amitié qui ne se sont jamais altérés. On ne peut même pas dire qu’on ait évolué depuis cette époque : c’est comme si on reprenait la même conversation, chaque fois que l’on se voit… Elle est d’une grande fidélité : c’est sans doute celle qui est le moins tombée dans le panneau des courtisans. Très intuitive, elle ressent les gens au premier contact : on ne la lui fait pas ! Elle vient de loin et connait la fin de l’histoire dès le début du film. Il ne faut pas la prendre pour une conne et elle ne marche pas dans les combines ! En revanche, si elle vous adopte, c’est pour la vie, à moins de se conduire mal avec elle, mais elle se trompe rarement. Et puis le plus drôle, c’est que cela n’a jamais été équivoque entre nous, alors que Daniel avait imaginé qu’une idylle était possible.

– Quand avez-vous fait cette photo d’elle à New-York ?

Il me semble que c’était lors de notre premier voyage aux Etats-Unis avec Johnny en 1964. De tous les gens avec lesquels j’ai travaillé pendant ces années-là, Sylvie est vraiment celle qui m’aura le plus aidé. Les autres étaient très occupés, ou alors ça ne les intéressait pas de faire de photos, ayant toujours autre chose de mieux à faire… Il fallait souvent les brusquer un peu pour faire avancer les choses. Sylvie anticipait les évènements : elle se renseignait sur le lieu, préparait sa tenue, sa coiffure… Quand on voit cette photo, il faut imaginer qu’elle était toute seule dans la voiture à se préparer, à se coiffer et à se maquiller… C’est incroyable quand on y pense aujourd’hui, où la moindre chanteuse ou actrice arrive avec quatre personnes, qui râlent et qui ont chacune un avis sur ce que le photographe doit faire… C’est hallucinant ! Sylvie était très douée et puis elle se donnait du mal : elle m’accordait du temps, même quand elle était en tournée, au Japon ou ailleurs.

– Vous avez beaucoup voyagé ensemble, du Japon au Mexique ! Quel voyage vous a le plus marqué ?

J’ai tellement de souvenirs de voyages avec elle que je serais incapable de répondre. Tous étaient formidables…

– Comment est née l’idée de la séance pour laquelle vous avez déguisé Sheila et Sylvie en Bécassine, en 1968 ?

Il faut rappeler qu’on avait 120 pages à couvrir tous les mois pour Salut Les Copains ! J’avais du recruter des photographes, dont Tony Frank.  Quand on avait photographié les artistes chez eux, en studio d’enregistrement, ou en voyage, il fallait bien trouver d’autres idées. J’avais donc inventé ces séries de galeries mises en scène qui correspondaient à des rêves ou à des envies de ma part, pas très sérieuse d’ailleurs. Il ne faut pas oublier que ces photos étaient destinées à être épinglées sur les chambrettes des adolescents. C’était du spectacle avant tout : à l’époque, il n’y avait que deux chaines de télé, trois stations de radio, et un seul magazine qui leur était destiné. Quand on était à Montélimar, ce n’était déjà pas facile de monter à Paris. Si bien que SLC était le seul lien entre ces jeunes et ces chanteurs et il fallait les faire rêver ! Quand on me dit que mes photos représentent les années 60, je ne suis pas d’accord : elles représentent les rêves des mômes des années 60 ! J’étais très loin de montrer la vraie vie. Ca ne m’intéresse pas du tout la réalité : il y a des mecs très forts pour cela, mais pas moi. Dans mes photos, tout est faux ; tout est mis en scène. A part Bob Dylan, dont je ne comprenais pas un mot de ce qu’il disait, les séances étaient pensées à l’avance, même quand elles avaient l’air vraies. Pour en revenir à cette séance, j’aimais beaucoup Sheila, mais je dois avouer que je n’étais fou de sa coiffure et de son style vestimentaire. Mais surtout, elle était assez inabordable à cause de son producteur Claude Carrère et de son entourage ! Au bout d’un moment, ils ont quand même fini par me faire confiance. Mais à partir du moment où on se retrouvait seuls Sheila et moi, on se marrait bien. Elle était toujours partante quand je lui proposais une séance, parce que c’était pour elle l’occasion de sortir de son carcan et de rigoler. J’ai donc appelé Sylvie et Sheila en leur disant que je voulais les emmener à la campagne, les photographier en Bécassine, et ensuite aller déjeuner. Comme c’est surtout la perspective du déjeuner qui comptait d’ailleurs, elles n’ont pas émis la moindre objection, se doutant qu’on allait bien se marrer ! (rires).

– Plus récemment, vous avez illustré malgré vous, le dernier album hommage de Sylvie, « Avec toi » (2019), composé de reprises de Johnny…

Ce n’est pas vraiment malgré moi, car je lui ai donné toutes les photos du livret (rires). Cette photo montrant Johnny regardant Sylvie sur scène derrière le rideau n’a pas été prise sur le vif, comme on l’imagine. J’avais dit à Johnny de se mettre à ce endroit précis : c’était totalement mis en scène, comme d’habitude. Et il s’est exécuté avec sa gentillesse habituelle… Mais il ne fallait pas que ça dure trop longtemps avec lui : il ne se donnait pas autant de mal que Sylvie !

Propos recueillis par Eric CHEMOUNY


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