MICHEL POLNAREFF

Souvenirs, souvenirs…

par Jean-Marie Périer

Photographe, réalisateur, auteur, homme de scène et désormais éditeur avec la création de la marque « Loin de Paris » qu’il dirige, Jean-Marie Périer demeure le symbole des années « Salut Les Copains », celui qui a marqué de son empreinte ces fameuses 60’s, en façonnant l’image d’une génération d’artistes en herbe, devenus grâce à ses photos légendaires des icônes de la chanson, mais aussi les figures emblèmatiques d’une époque joyeuse, insouciante et néanmoins révoltée et avide de liberté. Nous l’avons rencontré à l’occasion de la sortie de son beau livre, « 1960-1970 », préfacé par Patrick Modiano, et rassemblant 400 clichés de stars françaises et internationales, dont 150 inédites, d’une modernité toujours aussi éclatante : une véritable « pléiade », dont nous avons sélectionné 8 portraits, prétextes à évoquer avec l’éternel jeune homme de 80 ans, ses meilleurs souvenirs avec ses copains Françoise, Sylvie, Johnny, Jacques, et les autres.

– Polnareff était-il de tous les chanteurs de l’époque, le plus soucieux de son apparence et le plus avant-gardiste ?

Oui, et je le comprenais. Il faut bien se rappeler qu’à ses débuts, quand j’ai commencé à faire des photos de lui, c’était le sosie de Françoise Sagan… C’était dur. Il avait pourtant pour lui un vrai talent de musicien et des chansons somptueuses. Il avait beaucoup d’estime pour lui-même et voulait vraiment être le plus grand, le plus fort, le plus beau… Il voulait tout. Or, j’aime beaucoup les mecs qui veulent tout. Mais il était assez difficile à vivre quand même : il était si  perfectionniste qu’à l’époque, rien ne lui plaisait vraiment… Je l’a emmené en voyage plusieurs fois, en Amérique évidemment, mais aussi au Maroc. Arrivés à Marrakech à La Mamounia, il me disait le lendemain matin : « il parait que c’est pas mal à Taroudant ? » (rires). Bref, il n’était jamais satisfait de rien. Je peux le comprendre aussi, venant d’un perfectionniste comme lui. Finalement, il a fait de ses défauts des qualités. Je réalise que j’ai fait pas mal de photos de Polnareff, mais je n’ai pas eu vraiment de rapports avec lui.  

– Il s’est construit un personnage et a arboré plusieurs looks : en tant que photographe, lequel avez-vous préféré ?

Je ne sais pas, pour être honnête…

– Il a la réputation d’être très gentil…

C’est vrai, mais c’est surtout quelqu’un de très curieux, de très étrange… difficile à cerner. C’est notamment un hypocondriaque au stade ultime… Mais c’est vrai que j’ai trouvé formidable, alors qu’il était au plus haut avec des tubes comme « Le bal des Laze », etc, qu’il soit allé jouer du piano pour Johnny sur scène (au Palais des Sports en 1971). Je ne connais pas beaucoup de mecs capables de faire cela.

– Entre autres collaborations, il vous avait demandé de refaire une affiche pour lui, après que celle montrant ses fesses a été interdite en octobre 1972… 

Oui, avec cette fameuse photo de Tony Frank ! Elle avait été interdite, mais l’affiche suivante le montrant avec des lunettes blanches, du sparadrap sur la bouche et des menottes n’a pas marché. C’était trop anecdotique par rapport à la précédente. C’était une bonne idée de photo pour un journal, certes, mais pas pour une affiche… Le mal était fait. Je me suis gouré en faisant ce choix …

– L’avez-vous revu aux Etats-Unis où il s’est exilé ensuite ?

Oui, j’ai eu l’occasion de le photographier pour Paris Match, mais bien plus tard, dans les années 90. Il a été adorable quand on s’est retrouvés. On a passé deux-trois jours ensemble et il a été très gentil. Et comme d’habitude, à la seconde où il a fallu que je lui montre les photos, il est redevenu le Polnareff obsessionnel du détail, comme à l’époque déjà…

– Avez-vous écouté son dernier album ?

Non, je n’en ai pas eu envie. Il faut bien avouer qu’il ne fait plus rien d’intéressant depuis 35 ans… Tout cela est loin. De toute façon, il faut vraiment que je me retrouve face un talent hallucinant pour que je m’arrête dans ma bagnole pour écouter une chanson avec les larmes aux yeux, comme dernièrement « Diego » de Johnny. C’est rare… Je n’écoute plus tout cela, alors qu’avant j’écoutais de la musique tout le temps. C’est fini ce temps-là.   

– Il y a pourtant toute une nouvelle génération qui rappelle la fraîcheur des 60’s, avec Angèle ou Clara Luciani, dont on parle comme des Sylvie et Françoise des années 2020…

Oui, mais ce qui me sidère, c’est qu’à la différence des chanteurs des années 60, la nouvelle génération est hyper articulée dans la tronche… Tout est pensé chez eux, rien n’est laissé au hasard. Ils ressemblent à leur époque au fond. Avec les réseaux sociaux, etc, il faut être cadré, sinon on dégage rapidement. Angèle m’a fait cet effet quand je l’ai vue à l’émission Quotidien. Je n’ai ressenti aucune spontanéité chez elle. C’est l’exact contraire de ce que j’ai connu. En revanche, quand les gens me disent au sujet de ces jeunes artistes, qu’ils ne seront jamais à la hauteur des artistes des années 60, je m’inscris en faux. Car c’est exactement ce que disaient les adultes au sujet des Sylvie, Johnny, etc à l’époque. Quand j’entends Juliette Armanet ou Clara Luciani, même si elles n’ont fait qu’un album, je reconnais en elles de grandes chanteuses… Zaz par exemple, qui est totalement méprisée par l’intelligentsia parisienne parce qu’elle vient d’un milieu simple, a quand même une voix hallucinante, capable de tout chanter ! Elle m’a bluffé sur son duo avec Eddy Mitchell, « Couleur menthe à l’eau ». Elle en a derrière ! Toutes sont arrivées avec un niveau de maturité artistique hallucinant qui n’a rien à voir avec les chanteuses des années 60. Pardon, mais il faut bien reconnaitre que sur son premier disque, Sylvie ne savait pas chanter… Pareil pour Johnny. Ils ont débarqué et se sont jetés dans le grand bain… A l’époque, les chanteurs n’avaient peur de rien, et pensaient que tout cela n’était pas sérieux. Ils ne voulaient que chanter et danser ! Aujourd’hui, ils ont peur de tout, et croient au contraire que c’est très sérieux. C’est toute la différence !

Propos recueillis par Eric CHEMOUNY


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