FRANÇOISE HARDY

Souvenirs, souvenirs…

par Jean-Marie Périer

Photographe, réalisateur, auteur, homme de scène et désormais éditeur avec la création de la marque « Loin de Paris » qu’il dirige, Jean-Marie Périer demeure le symbole des années « Salut Les Copains », celui qui a marqué de son empreinte ces fameuses 60’s, en façonnant l’image d’une génération d’artistes en herbe, devenus grâce à ses photos légendaires des icônes de la chanson, mais aussi les figures emblèmatiques d’une époque joyeuse, insouciante et néanmoins révoltée et avide de liberté. Nous l’avons rencontré à l’occasion de la sortie de son beau livre, « 1960-1970 », préfacé par Patrick Modiano, et rassemblant 400 clichés de stars françaises et internationales, dont 150 inédites, d’une modernité toujours aussi éclatante : une véritable « pléiade », dont nous avons sélectionné 8 portraits, prétextes à évoquer avec l’éternel jeune homme de 80 ans, ses meilleurs souvenirs avec ses copains Françoise, Sylvie, Johnny, Jacques, et les autres.

– Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Françoise pour la première fois ?

C’était en septembre 1962 : je venais de rentrer d’Algérie où j’avais été soldat pendant 28 mois, et Daniel Filipacchi m’avait proposé de travailler avec lui en juin pour le magazine Salut Les Copains. J’avais d’abord fait la connaissance de Johnny et Sylvie, avant de rencontrer Françoise. En ce qui la concerne, c’est Jacques Wolfsohn, directeur artistique, qui s’occupait d’elle chez Vogue, qui nous avait appelés pour nous proposer de faire un reportage sur elle. Il était très directif et il n’était pas question de lui refuser quoique ce soit. Je me suis donc rendu chez elle, rue D’Aumale, dans le 9ème arrondissement. Sa mère m’a ouvert la porte et j’ai vu cette môme absolument magnifique et qui ne le savait pas elle-même d’ailleurs, puisque sa grand-mère lui avait répété toute sa vie qu’elle était laide !

– Avec le recul, pensez-vous avoir contribué à l’aider à s’accepter et à se trouver jolie, grâce à vos innombrables photos d’elle ?

Je n’en suis même pas certain aujourd’hui : en réalité, je pense qu’elle n’a réalisé l’aura qu’elle pouvait avoir physiquement, que depuis très peu de temps : 5 ou 8 ans peut-être, grâce à des fans qui lui ont envoyé des photos d’elle à cette époque. En les voyant, elle s’est dit : ah oui, quand même … (rires). Jusque là, elle n’en avait aucune conscience, et n’y pensait pas de toute façon.

– Au-delà de son physique exceptionnel, qu’est-ce qui vous a ému ou touché chez elle ?

Sans doute le fait qu’il y avait eu un écart énorme entre nos deux enfance. Cela se voit dans la première photo que j’ai faite d’elle, dans sa chambre avec sa guitare, et cette petite étagère au dessus de son lit : toute sa vie était concentrée là. Quand je l’ai rencontrée, elle vivait dans un petit appartement et n’était jamais allée au cinéma, par exemple. C’est moi qui l’y ai emmenée pour la première fois de sa vie ! Je ne me rappelle plus le film d’ailleurs… Alors que de mon côté, j’avais eu que là une vie extraordinaire grâce à mes parents comédiens (Jacqueline Porel et François Périer), et tous ces artistes qu’ils côtoyaient et venaient à la maison… Bref, nos vies respectives n’avaient aucun rapport et cela m’avait beaucoup touché. Après, je ne saurais pas dire plus précisément pourquoi je l’ai aimée d’emblée, en dehors du fait que je l’ai trouvée sublime physiquement effectivement… Quand on sait pourquoi on aime les gens, c’est qu’on ne les aime pas vraiment.

– Etait-ce en raison de sa taille ? Je sais que vous la surnommez « la grande » …

Elle n’est pas si grande que cela, mais elle l’est pour moi (rires) ! Je dirais qu’elle ne ressemblait à personne d’autre et n’avait pas du tout un physique à la mode par rapport à la jeunesse de l’époque et aux fameux « yéyé », mot que je déteste, entre parenthèses. Elle n’était vraiment pas du tout dans le coup ! C’est d’ailleurs un peu à cause de moi qu’elle s’est retrouvée dans cette mouvance. Si elle était tombée sur un Jeanloup Sieff, elle n’aurait jamais figuré dans Salut Les Copains. Mais cela lui aura un peu servi quand même pour la suite de sa carrière, et puis ce n’était pas si absurde, puisque dans la vie, elle était vraiment amie avec Sylvie, Sheila, etc. Elle était donc quand même un peu « Yéyé », mais par contumace… Et puis, le fait qu’elle écrive ses textes toute seule, la positionnait déjà en dehors de tout.

_ Regrettez-vous qu’elle ait fait si peu de scène ? Auriez-vous aimé la photographier en concert ?

Non, parce que j’ai fait très de photos de concerts en fait : ça ne m’intéressait pas tellement. De toute façon, ce n’était envisageable avec elle : on voyait tellement qu’elle n’aimait pas cela. De toute façon, en dehors d’écrire, rien ne l’intéressait. C’est beaucoup plus tard, qu’elle a pris goût à être en studio, quand elle commencé à prendre les choses en main. Mais au début de sa carrière, quand tout le monde décidait pour elle, je ne pense pas qu’elle aimait beaucoup cela non plus.

– J’imagine que poser pour vous devait lui faire violence…

Oh la la, oui bien sûr. C’était un véritable pensum pour elle, et ça l’ennuyait au plus haut point, pour rester poli. En plus, elle ne voyait pas du tout l’intérêt que je pouvais trouver à la photographier autant. Après, il faut reconnaître que c’est l’artiste avec laquelle j’ai fait le plus grand nombre de photos et de pages sur un même numéro de SLC : 72 pages lui ont été entièrement consacrées pour un spécial !

– Une de vos photos les plus connues la représente avec Mick Jagger, déjà star internationale à l’époque !

J’adorais cette fille, et je l’aimerai toujours de toute façon. Je la trouvais particulière et je voulais qu’elle soit encore plus différente. Par mon travail, je m’efforçais de faire en sorte qu’elle soit à part, en provoquant ce genre de rencontre. A mes yeux, photographier quelqu’un avec Françoise était comme lui décerner la Légion d’honneur. Tout le monde ne pouvait avoir ce privilège (rires) !

– Autre rencontre au sommet : dans quelles circonstances l’avez vous photographiée avec Salvador Dali ?

On l’a un peu oublié, mais à travers Salut Les Copains, Daniel Filippacchi avait pour ambition de faire découvrir aux mômes de l’époque autre chose que des chanteurs. Il y avait des articles sur le sexe, sur des pays lointains ou l’on partait faire des reportages, et notamment sur l’art. Lui-même était déjà un grand collectionneur, ce que personne ne savait, et il connaissait Magritte, Dali, et tout le milieu de l’art contemporain. Si bien qu’en 1968, il a eu l’idée de faire un reportage avec Françoise chez Dali, à Cadaquès, qui la connaissait déjà un peu. D’ailleurs, ça ne s’est pas très bien passé avec moi au début : il m’a un peu pris en grippe, parce qu’il la voulait pour lui tout seul. Après, les choses se sont détendues : il nous a fait un sacré numéro ! L’ambiance est rapidement devenue très décontractée, car il était très drôle. Je sais que Françoise l’a revu plus tard…   

– Une telle rencontre semble inimaginable aujourd’hui…

C’est certain qu’aujourd’hui, je ne vois pas Angèle se faire photographier avec Jeff Koons ! (rires).

– Une des dernières photos avec Françoise, la montre dans un lit à l’hôtel avec Sylvie Vartan et Sheila !

Oui, c’était une commande de l’Express en 2006, qui a eu l’idée de les réunir pour une interview croisée (réalisée par Gilles Médioni), et on m’a proposé de faire la photo. J’étais d’accord forcément. L’idée de les réunir dans un lit est venue de Sylvie en fait. On nous avait donné rendez-vous dans un hôtel tout neuf près du Fouquet’s, aux Champs Elysées. La veille, elle m’a appelé en me demandant comment je voulais qu’elle s’habille. Elle s’est étonnée qu’on ait rendez-vous dans une chambre d’hôtel, et pour rigoler, elle m’a dit : « Tu veux nous mettre au plumard ? ». (rires). J’ai trouvé que c’était une très bonne idée et c’est parti comme ça ! Avec Sylvie, on s’est marré parce qu’on a imaginé la réaction de Françoise, qui allait forcément râler. Quant à Sheila, quand je lui a expliqué qu’à l’arrivée de Françoise, il fallait se mettre au lit, elle a hurlé de rire ! Elle est très drôle et a beaucoup d’humour, toujours prête à se marrer ! Et ça n’a pas raté : Françoise est arrivée et a dit une phrase qui m’a sidéré, à se demander si elle se rendait compte de ce qu’elle disait. Elle a lancé à Sylvie et Sheila : « faudrait quand même qu’on arrête de faire tout ce qu’il nous demande, celui-là ! » (rires). Au bout de dix minutes, elle se marrait avec les deux autres dans le plumard ! De toute façon, en toutes circonstances, la première réaction de Françoise est toujours de dire non à tout ! (rires).

Propos recueillis par Eric CHEMOUNY


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