JULIETTE ARMANET

dans la peau de Jeanne d’Arc…

Volontairement rare en public et dans les médias depuis plusieurs mois, afin de pleinement se consacrer à la conception et à l’enregistrement d’un deuxième album très attendu, Juliette Armanet a accepté de rompre le silence et de sortir de sa réserve pour nous raconter sa rencontre artistique avec Pierre et Gilles : une séance historique à plus d’un titre, puisqu’ils l’ont imaginée en Jeanne d’Arc des temps modernes, ni plus ni moins…
– Quelle perception de l’oeuvre de Pierre et Gilles avais-tu, avant de les rencontrer ?

Je connaissais déjà très bien leur oeuvre, sans aucune prétention, car je suis une énorme fan. Depuis mes 15 ans, c’est pour moi une source d’inspiration très importante et une référence incontournable. Dans tout ce que j’ai fait, sur le plan de l’image et du clip, leurs noms revenaient sans cesse dans les discussions que j’ai pu avoir avec les photographes, les réalisateurs, etc. Ils ont toujours été totalement présents et ont produit une oeuvre iconographique qui m’habite totalement. J’aime beaucoup cet alliage en eux,  entre le sens de l’humour et une vraie profondeur, dont résulte une vraie mystique de l’image. Et puis, ils ont un sens visuel extrêmement puissant.

– As-tu notamment des pochettes de disques mythiques en tête ?

Il y en a beaucoup, mais en tout cas, celle qui est pour moi leur « tube » absolu, est celle de l’album d’Etienne Daho, « La Notte, la Notte ». Il faut dire que le disque aussi est génial, donc ils se sont bien trouvés. Cette image touche à la perfection en matière de mélancolie, de rêverie et elle incarne l’esprit Pop par excellence qui habite Daho, à 2000%. Elle lui ressemble totalement, tout en étant propre à Pierre et Gilles aussi.

– Ils ont exploré diverses thématiques, où se mêlent le sexe, la religion, la mythologie ou les voyages : quelle est celle à laquelle tu es la plus sensible ?

Je les aime toutes mélangées : c’est justement la force de leur travail d’avoir emmené la religion dans des contrées fantasques, sensuelles, et d’avoir insufflé de la mystique dans un grand boui-boui. Ils ont réussi ce grand tour de force, en puisant leur inspiration dans une imagerie venant d’ailleurs, d’Inde ou du Mexique, avec un réel amour des couleurs. Faire des chanteurs ou des chanteuses des divinités Pop est super fort de leur part ! C’est tellement juste comme vision : ils ne l’ont pas photographié, mais Johnny Hallyday, par exemple, est un dieu pour le public. C’est très bien senti … 

– Comment as -tu été contactée ? Savais-tu qu’ils étaient dans la perspective d’une exposition à la Philharmonie de Paris, « La fabrique des idoles » ?

En fait, c’est moi qui les ai contactés (rires) ! Je ne savais même pas que cette exposition se préparait. Je leur ai juste écrit sur Instagram, pour leur dire que je les aimais sans jamais avoir osé le leur dire. C’est l’intérêt d’Instagram de permettre aussi ce genre de choses. Ils m’ont répondu qu’eux aussi m’aimaient bien, et qu’ils seraient ravis de faire mon portrait. Les choses sont arrivées comme cela, tout simplement, en deux échanges sur Instragram finalement. On s’est rencontrés et on a sympathisé : j’étais tellement émue de voir ce duo qui est pour moi totalement mythique… Je ne dis pas du tout cela par complaisance, mais c’est vraiment pour moi une référence incontournable. Parfois, je n’aime pas trop rencontrer les gens que j’aime artistiquement, parce que je ne veux pas prendre le risque d’être déçue. Mais heureusement, cela n’a pas du tout été le cas avec eux : c’est un couple, à la ville comme à la scène, de garçons juste merveilleux. Ils ont su s’adapter à toutes les époques, à toutes les générations, avec le même talent. C’est tout aussi extraordinaire d’être immortalisé par Pierre et Gilles aujourd’hui que dans les années 80, quand leur approche était alors complètement nouvelle. 

– As-tu été surprise qu’ils t’imaginent en Jeanne d’Arc ?

En fait, au début ils n’avaient pas du tout prévu cela pou moi. Ils me voyaient en Sainte-Philomène : ils m’imaginaient porter une corde autour du cou, avec au bout de cette corde, une encre de marin. C’était une super idée, et on en a discuté, mais tout d’un coup, je ne sais pas pourquoi, j’ai eu envie d’une image un peu plus ambiguë sexuellement, un peu moins mélancolique, moins féminine aussi. On a commencé à regarder des photos que j’avais faites avec Théo Mercier, et on est tombés sur cette photo où je portais une armure de chevalier, que j’avais trouvée dans un magasin, l’Echoppe Médiévale, qui d’ordinaire loue des armures à des mecs qui font des combats le week end. On s’est dit : laissons-nous le temps d’y réfléchir… Ils m’ont écrit quelques jours après, pour me dire qu’ils avaient croisé un portrait de Jeanne d’Arc, à laquelle ils trouvaient que je ressemblais incroyablement. Ils m’ont dit : « tu seras Jeanne d’Arc ! ». J’ai répondu : « ok, super !  Ca me convient parfaitement bien » (rires). C’est parti comme ça… 

– Avais-tu des appréhensions ? Leur as-tu donné des orientations sur ce que tu étais prête à faire ou pas ?

Non, pas du tout, je suis arrivée au shooting en toute confiance, sans savoir du tout ce qu’ils avaient imaginé en termes de costume ou de décor. Je ne savais rien… C’était super excitant de découvrir ce qu’ils s’étaient raconté comme histoire autour de cette idée de Jeanne d’Arc. Du coup, j’ai enfilé cette armure en cuir, beaucoup moins lourde que celle de 40 kg que j’avais portée pour la photo de Théo. En revanche, l’épée était très lourde. c’était plutôt drôle d’ailleurs d’avoir à la porter pendant la séance, car elle a duré presque une heure… C’était une véritable épreuve de la porter aussi longtemps, tout en restant statique, parce que dans leur travail, tout est très millimétré, jusqu’à l’angle de visage, etc. Je ne devais pas bouger, en gardant cette pose : en définitive, ce n’était pas désagréable du tout, plutôt amusant même… (rires).

– Gardes-tu un souvenir particulier ou une anecdote insolite de cette séance ?

Oui, il s’est passé un truc vraiment drôle : j’avais enfilé l’armure, j’étais coiffée et maquillée et on a fait de premiers essais de photos. Avec ma frange, je ressemblais un peu à un personnage du film Les Visiteurs. On va dire que j’étais un peu Godefroy Le Hardi. C’était comique, sans le vouloir… (rires). Et puis, Gérald, le coiffeur, a pensé qu’il fallait peut-être me mouiller les cheveux… Et effectivement, la photo a commencé à prendre du sens : on imagine mieux cette Jeanne sortant de la bataille, transpirante et totalement dans sa mystique, fiévreuse et en sueur. Gérald a aussi pensé à déplacer une mèche : il me l’a collée sur la joue, et on a fait une première photo ainsi. Et puis, on a changé d’avis et on a enchainé sur une autre série de photos sans cette mèche collée. A la toute fin du shooting, ça ne faisait pour moi aucun doute que la photo avec la mèche était la plus forte parce qu’il y avait du mouvement, de l’élan dans le tableau… Le problème, c’est qu’on n’en avait fait qu’une (rires) ! Du coup, j’adore raconter cette histoire : c’est devenu une évidence pour tout le monde, et je trouve belle l’idée qu’on n’ait pas eu tant de choix…

– Comme en studio ou au cinéma, la première prise est souvent la bonne !

Exactement ! Il s’est passé quelque chose de magique et d’inexplicable. En plus, j’avais la main qui saignait un peu, parce que je m’étais piquée avec les cotes de maille. Et on a gardé cette mini piqure avec du vrai sang. L’image a toute une histoire…     

– Connaissais-tu leurs précédentes Jeanne d’Arc, notamment Ophélie Winter ?

Et non, figure-toi ! Je les ai découvertes ces derniers jours via leurs posts Instagram… Ils ont eu la pudeur de ne pas me le dire et ils ont vraiment abordé notre image de manière unique. C’était très élégant de leur part.

– Quelle a été ta réaction quand tu as pénétré leur antre ?

C’est un endroit incroyable, un véritable cabinet de curiosités… Déjà, j’ai éprouvé de l’émerveillement, et pourtant j’en ai vu des ateliers d’artistes. Je connais un peu le milieu artistique, pour avoir vécu assez  longuement avec Théo Mercier, dont l’atelier est déjà un musée à part entière, une caverne d’Ali Baba absolument géniale. Dans le cas de Pierre et Gilles, le fait qu’ils vivent dedans en plus, prouve que ce n’est pas seulement un décor. Ou sinon, celui de leur vie. Cela en raconte beaucoup sur leur travail, de savoir qu’ils vivent au milieu de leurs milliers d’objets. On a beaucoup ri en ouvrant au hasard les boites de leur atelier, pour y trouver tout et n’importe quoi : des rats desséchés, des crottes de mammouths, des fleurs venant du bout du monde, des oeufs écrasés… (rires). J’adore tout cela, car j’ai absolument un goût immodéré pour les objets insolites. C’est même ce que je préfère au monde, si bien que j’en suis ressortie amusée, mais très émue aussi… Bref, j’étais bien chez eux ; je n’avais plus envie de partir.

– Leur absence de hiérarchie entre des objets de valeur, mélangés à des gadgets futiles est aussi touchante qu’incroyable…

C’est vrai ! C’est cela qui est beau dans l’art en général. c’est même toute la richesse d’une oeuvre d’art : concilier le futile et l’essentiel.

– As-tu un côté Jeanne d’Arc justement dans la vie et dans ton métier, en dehors de la ressemblance physique ?

Je ne sais pas si je serais prête à aller botter le cul des Anglais et à me faire brûler vive pour Jésus. En tout cas, je suis impressionnée par l’histoire de cette femme qui, il y a 600 ans, a enfilé une lourde armure, est montée sur son cheval sans rien demander à personne, uniquement parce qu’elle a entendu des voix… On parle de Dieu, mais je retiens surtout de cette histoire l’appel d’un mystère, d’un élan complètement politique. Cette figure-là est une héroïne, comme il en existe peu dans l’histoire de France… Je la trouve incroyable ; son destin est fou et totalement irrationnel et exemplaire. En même temps, je trouve que le témoignage d’une Adèle Haenel aujourd’hui relève un peu de ce combat et de cette figure : quand on voit cette jeune femme qui se dévoile devant des caméras, avec les lèvres tremblantes, elle est bouleversante… Des Jeanne d’Arc, je ne sais pas s’il en existe à notre époque, mais de tels témoignages font écho à son personnage en tout cas. Je ne sais pas non plus si j’en suis une, mais dans d’autres circonstances, de voir cette image me donne une force folle. Au final, je me sens honorée d’incarner ce personnage : il est tellement puissant !

– Aimerais-tu renouveler l’expérience avec Pierre et Gilles, comme l’ont fait plusieurs modèles, de Daho à Vartan ou Lio ?

Ah oui, bien sûr ! Je suis prête : je pourrais me lever tous les matins et aller chez Pierre et Gilles faire des images, s’ils le souhaitent (rires) !

– Petite fille, avais-tu le goût du déguisement ?

Oui, j’ai toujours adoré me déguiser : j’ai le souvenir d’un costume extraordinaire de poupée russe que m’avait fait ma mère… On m’appelait Papyrus la poupée russe, ah ah !

– Peut-on imaginer que Pierre et Gilles réalisent une pochette de disque pour toi ?

Je n’en sais rien, car j’ai quand même un chevalier fidèle et ô combien doué, en la personne de Théo Mercier. J’aurais beaucoup de mal à changer de complice, pour plein de raisons, amicales, amoureuses, d’admiration profonde et de réelle intimité. Par superstition un peu aussi, je dois bien le reconnaitre. Mais finalement, cette image de moi par Pierre et Gilles est, à mes yeux, aussi importante qu’une pochette. Elle est si représentative et symbolique… Pour moi, comme pour Clara Luciani dont l’image est magnifique, et tous leurs autres derniers modèles, ils ont su capter en nous quelque chose de très intense. 

– Comment les qualifierais-tu humainement et dans leur travail ?

Oh la la, difficile de les résumer : je dirais qu’ils sont tout simplement géniaux !

– Tu es actuellement en studio pour ton deuxième album… Quand sortira-t-il ?

Si seulement je le savais… Je suis en phase de recherche, mais j’y arrive doucement. Je sens que les choses se mettent en place, mais il me faut beaucoup de temps. Je suis d’une exigence parfois douloureuse, je le sais… On vit à une époque où tout va super vite, mais je ne fonctionne pas comme cela : ce n’est pas pour rien qu’en m’envoyant son album « Panorama », Vincent Delerm m’a invitée à écouter en priorité « Une vie Varda », en me disant que c’était la chanson qui me ressemblait le plus…

– Vivre « une vie hors compétition », comme il le chante, est une jolie philosophie de vie…

C’est la mienne en tout cas. Je suis d’autant plus exigeante qu’aujourd’hui, je sais ce qu’est une tournée pour l’avoir vécu. Ça demande énormément d’énergie. il faut être habitée par chaque chanson que l’on chante sur scène, et cela tous les soirs… Donc en amont, il est hors de question pour moi d’enregistrer une chanson qui ne soit pas à l’exacte image de ce que je veux qu’elle soit en réalité…. J’avance et on verra bien ; advienne que pourra. Et puis de toute façon, maintenant que j’ai fait ma petite photo avec Pierre et Gilles, je peux mourir en paix (rires) !

Propos recueillis par Eric Chemouny
photos : portrait officiel : Pierre et Gilles / DR
making off de la séance : collections personnelles Pierre Commoy et Gérald Porcher (DR).
Un immense merci à Juliette Armanet, Pierre et Gilles, Gérald Porcher pour leur générosité et leur confiance.

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