LA GRANDE SOPHIE

L’instant de vérité.

Avant « Cet instant », son 8ème album tout entier dédié à son obsession du temps qui passe, La Grande Sophie s’était rarement dévoilée avec autant de transparence, de justesse et de simplicité. Nous l’avons rencontrée pour revenir avec elle sur la confection de cet autoportrait (en paroles et musiques), de la femme et de l’artiste de 50 ans, qu’elle est aujourd’hui. Précisément à cet instant de vérité, qu’est ce passage dans la vie d’une femme… 

– Ce 8ème album sort après la parenthèse littéraire « l’une et l’autre » avec Delphine de Vigan ; que t’a apporté cette expérience sur le plan artistique et personnel ?

C’était génial ! Déjà, elle m’a permis de rencontrer une amie ; ça a été une super rencontre avec Delphine ! Travailler avec une autre femme, de ma génération, a été une expérience très enrichissante qui pourrait se reproduire dans le temps d’ailleurs. Nous avons en commun le travail solitaire d’écriture, même si moi, je le partage ensuite avec des musiciens, des réalisateurs, puis avec le public. L’écrivaine est plus solitaire que la chanteuse. Nous avons mélangé nos deux univers et c’était passionnant. Le fait de partager la scène à deux de façon si intime, avec si peu d’éléments, deux voix et une guitare, de chanter a cappella, a aussi orienté la direction de ce nouvel album ; j’ai eu envie de prolonger cette expérience, avec un titre a cappella par exemple, « Sur la pointe des pieds ».

– Un nouveau public est-il venu à ta rencontre ?

Oui, bien sûr et inversement. Nos publics respectifs se sont mélangés. C’était assez drôle et touchant d’ailleurs, à la fin du spectacle, de rencontrer des gens qui nous découvraient l’une et l’autre.

– Sur scène, Delphine de Vigan s’est progressivement ouverte à la chanson : de ton côté, es-tu tentée par l’expérience de l’écriture d’un roman ou de nouvelles ?

C’est vrai que j’ai poussé Delphine à chanter ; j’y tenais beaucoup. Quant à écrire un roman moi-même, je n’y pense pas dans un futur proche. Je ne crois pas être quelqu’un de suffisamment organisé, pour écrire sur un format long : le format chanson me convient tout à fait.

– Delphine s’est-elle essayé à l’écriture de chansons pour toi ?

Pas vraiment, car elle enchaine beaucoup les projets de livres : elle a déjà presque deux livres d’avance… (rires). Je prends plus de temps, car après la phase d’écriture, vient la phase de mise en forme : le travail sur le son compte beaucoup pour moi. J’ai travaillé avec deux réalisateurs Sayem et Sebastien Berteau… C’est dans cette phase importante que le temps se rallonge pour un musicien.

– l’album ne compte que 9 chansons : pourquoi ce format court ?

8 chansons et un instrumental ! C’est volontaire ; je voulais un format court, même si j’avais d’autres chansons écrites ou en construction. Par rapport au thème général de l’album, je voulais qu’à la fin de son écoute, on se dise : déjà ? Ce mot qu’on se dit tous, dès lors qu’on rentre dans l’âge adulte et qu’on réalise comme le temps passe vite, ce temps qu’on a tous du mal à capturer… Je voulais qu’on éprouve cette sensation proche de mon obsession face au temps qui file.

– Pourquoi avoir voulu en composer toutes les mélodies au piano alors que tu n’en joues que depuis deux ans ?

Je les ai quasiment toutes composées au piano, dont l’instrumental, car j’avais envie de me mettre en danger : ça a toujours été ma démarche d’essayer de me renouveler, de ne pas toujours proposer la même chose… J’espère que les gens ne seront pas surpris. J’ai en effet acquis ce piano il y a deux ans, et depuis, il me regardait tous les jours. Je m’en approchais et posais mes mains dessus, en me demandant quelle histoire je pouvais bien raconter. C’était une découverte et j’aime bien le côté naïf et la fraicheur qui émanent des premières fois. C’est quelque chose que je voulais préserver. J’ai fait de mon mieux, et c’était aussi une occasion de me présenter avec mes qualités et mes défauts, comme un autoportrait à un instant donné de ma vie.

– Ce qui frappe d’emblée, c’est le visuel signé Simon Kérola , pourquoi ce choix assez violent d’une image fracturée ?

C’est marrant, parce qu’il peut être perçu de façon très violente en effet, mais je le vois plutôt comme un choix très esthétique. Dans le travail de Simon Kérola / Johnny Keethon, j’avais été frappée par un portrait qu’il avait fait derrière une vitre brisée. Et bizarrement, j’avais reconnu mes chansons, notamment « Cet instant » qui évoque ce matin où l’on se regarde dans un miroir, et on voit apparaitre des choses qu’on n’avait pas forcément envisagées… Je voulais représenter le coup de poing que constitue cet impact du temps. Alors oui, en soi, c’est violent, mais c’était aussi pour moi une façon jolie et poétique de le représenter visuellement avec ces lignes brisées.

– Sur le précédent album déjà, on ne te voyait pas… est-ce qu’on te suit dans ce jeu de cache-cache dans ta maison de disques ? 

Ca peut poser des soucis pour certaines personnes qui ont besoin de photos pour la presse où l’on identifie mieux, et qui râlent… (rires). Mais ce qui compte avant tout pour moi, est que l’album soit visuellement représenté au plus près de la façon dont je l’ai imaginé. Je voulais cette pochette, et j’ai fait venir de Suède ce garçon que j’ai découvert sur Instagram. Je suis assez curieuse et j’aime bien parcourir les réseaux… Or Instagram est « le » réseau de la photo…Son travail a fait écho en moi. Je ne l’imaginais pas si jeune d’ailleurs ; il n’a que 21 ans…

– Un picture disc a été édité du single « Une vie » : es-tu toujours collectionneuse ? Quelles sont tes dernières acquisitions ?

J’en achète moins, mais je les collectionne toujours. On m’en a offert un dernièrement de Marilyn Monroe.

– Comment est née cette chanson « Une vie » ?  Joues-tu le rôle de confidente avec tes ami(e)s ?

Oui, c’est vrai que j’ai beaucoup joué ce rôle à un moment donné de ma vie. J’aime bien écouter les autres, beaucoup plus que me livrer moi-même. Moi, c’est plutôt à travers les chansons que je m’exprime le mieux. Dans la vie, j’écoute, j’observe, je suis davantage en retrait et cela me convient tout à fait. « Une vie » est aussi une chanson comme un instantané sur cet instant-là : j’ai toujours entendu mes grands-mères se plaindre par rapport au fait de prendre de l’âge… Je les ai toujours entendues me dire qu’il fallait en profiter. Cette chanson est un peu un hymne à la vie tout simplement, pour essayer de trouver son bonheur en vivant pleinement les choses. C’est important de véhiculer ce genre de message essentiel. Quand j’appelle à se plaindre dans le texte, c’est parce que se plaindre – un mal qui est très français – est aussi une façon de vivre et d’exister…

– Tu attaches une importance particulière au clip de cette chanson…

J’ai mis du temps à choisir le scénario du clip : j’en avais reçu pas mal, mais je voulais un clip qui marque émotionnellement. Je dois avouer que je n’ai pas une culture du clip, et j’ai tendance à privilégier l’esthétisme que je voulais conjuguer à l’émotion. Bertrand Touchard le réalisateur m’a présenté ce scénario qui mettait en scène cinq personnages qui ont des choix à faire et prennent en main leur destin : je trouvais belle cette idée de raconter leurs histoires différentes, sans être forcément au centre de ces histoires. J’ai dit à Bertrand que j’avais envie d’apparaitre un peu à la façon de Hitchcock dans ses films, par petites touches… J’ai ressenti des émotions fortes à travers ces personnages, comme l’adolescente qui ne s’entend plus avec son père, cet ermite dans la forêt qui a pour obsession de retrouver sa fille, ou le chasseur qui décide de ne pas abattre la bête… En tournant le clip, on a réalisé qu’on avait assez de matière pour développer chaque personnage et j’aimais l’idée de proposer des suites, sous des formes différentes…

– Avec ce clip, tu t’inscris dans la culture « Séries »…

C’est vrai qu’on s’attache aux personnages finalement, comme dans une série. Au départ, ce n’était pas prévu, mais la matière a fait que c’était possible d’aller plus loin… Encore grâce aux réseaux sociaux, je suivais Demi Portion, le rappeur de Sète, que j’admire beaucoup, pour s’être construit à la force de ses bras… C’est quelqu’un qui me touche beaucoup dans ses chansons, et que je trouve aussi très attachant physiquement. J’ai voulu lui proposer rôle via Instagram et j’étais super heureuse qu’il accepte.

– la face B est la chanson « Où vont les mots » : a-t-elle été inspirée par ton expérience littéraire justement ?

J’ai une sensibilité très forte aux mots, qui me pose parfois problème : je fais toujours très attention à la façon dont je m’adresse aux gens. J’ai une angoisse dans la vie : je n’aime pas blesser autrui. Or, on vit dans un mode tellement difficile et dur, que la façon dont on parle aux autres prend d’autant plus d’importance. Les mots peuvent être très durs et blesser davantage qu’un coup de poing parfois. C’est une arme terrible… C’est effrayant quand on songe parfois au chemin que peut faire un mot adressé à quelqu’un au fil des années… J’aurais pu en effet écrire cette chanson suite à ma rencontre avec Delphine, parce qu’elle voue un véritable amour aux mots et à la langue française. Mais au départ, j’ai écrit cette chanson pour Françoise Hardy, comme une suite à la chanson « Le large », pendant l’écriture de son album. Je savais qu’il lui manquait des chansons. Je lui ai demandé de me suggérer des thèmes. Elle m’a répondu : « Je ne sais pas, car toutes mes chansons tournent autour du même pot ». Ce mot pot a fait écho en moi, et la phrase « Où vont les mots, quand ils tournent autour du pot » m’est venue naturellement. Je me suis posé des tas de questions… Je suis rentrée chez moi, j’ai enregistré la chanson et quand je l’ai envoyée à Françoise, elle m’a répondu très vite, comme toujours : « cette chanson n’est pas pour moi, elle est pour toi ». J’ai décidé de la garder et voilà. 

– Sur cet album très marqué par l’empreinte du temps qui passe, tu chantes notamment « Hier » : as tu des regrets ?

Ce mot regrets est indissociable de la nostalgie pour moi. Je ne peux pas parler de regrets, mais simplement de cette envie de me pencher en arrière, d’aller piocher dans ces instantanés, pour réfléchir aux liens qui comptent pour moi… « Hier » est davantage une chanson qui chercher à attraper le temps présent finalement. Même lorsque je parle de demain, je le fais au présent.

– Quel regard portes-tu sur la Sophie d’hier justement ?

J’ai plusieurs regards, mais ce qui ressort, c’est plutôt de la tendresse, même si je n’aime pas trop me voir (rires). J’ai un regard plus sévère sur ma voix aussi, mais que je comprends. C’est vrai qu’a l’époque, on me qualifiait de chanteuse guillerette, et c’était vrai. J’avais cet engouement à faire ce métier qui me plait, et je le manifestais comme ça, avec une voix enjouée. Je débordais de joie à l’époque ; ma voix a mûri depuis.

– La chanson « Cet instant » est particulièrement réaliste, clinique et forcément féroce : faut il y voir une part d’autobiographie ?

C’est complètement autobiographique et je ne m’en cache pas. J’ai besoin de mettre des mots sur les choses. Je viens d’avoir 50 ans, et c’est vrai que certains matins dans ma glace, je vois apparaitre des traces sur mon visage ou sur mon corps que je n’imaginais pas… Même si on anticipe, les rides n’apparaissent jamais à l’endroit où on l’imaginait… C’est normal de vieillir, mais il faut l’accepter. J’ai toujours parlé du temps qui passe, mais j’arrive à un âge charnière, où j’avais envie de parler de l’acceptation de soi. De même la chanson « Tu ne me reconnais pas », évoque le face à face avec un premier amour, des années après, dans un train… Cette idée que l’autre ne me reconnaisse pas me fout la trouille… Ca ne m’est pas arrivé, mais j’y pense souvent. C’est pourquoi j’aime bien garder des liens avec les gens, pour ne pas être confrontée à cette situation choc. 

– « Cet instant » renvoie à une autre chanson plus ancienne, « Tu fais ton âge »…

En effet, j’avais ici envie d’aller plus loin… « Tu fais ton âge », ne faisait pas forcément référence à mon expérience. « Cet instant » est une sorte d’autoportait : on se sent désarmée face à ce coup de poing du temps, tout en trouvant cette évolution naturelle. On voit souvent dans la magazines féminins des témoignages de femmes qui prétendent n’avoir jamais été aussi bien dans leur peau qu’à 50 ans : on reste jeune dans sa tête évidemment, mais le corps ne suit pas toujours, et on ne peut pas affirmer des choses comme cela. Je préfère être honnête et dire les choses…

– Du coup, pour ou contre la chirurgie esthétique quand on fait un métier d’image ?

Je la comprends et je n’ai pas à être pour ou contre. On est inégaux face au vieillissement. Il y a des peaux plus sensibles que d’autres. C’est un choix personnel et je n’ai pas à juger celles qui y ont recours.

– Comment t’imagines-tu quand tu seras une vieille dame ? Ta maman est-elle un modèle pour toi ?

Comme je te disais, mes grands-mères m’ont toujours parlé de la vieillesse comme d’une catastrophe. J’ai d’ailleurs toujours une grand-mère de 97 ans qui ne souhaite qu’une chose, c’est mourir, parce qu’elle n’est pas bien. Elle a encore des facultés, mais ne trouve plus d’interêt à rien. Je peux le comprendre. Tout dépend de la vie qu’on a eue… Mais pour le coup, j’ai la chance d’avoir des parents en super forme. Ils ont une hygiène de vie qui les aide à rester en forme. Ils s’intéressent à plein de choses, sont toujours très actifs… Ca fait plaisir et j’ai de bons modèles devant moi. 

– Pourquoi avoir voulu aller à l’encontre de ta pudeur naturelle et dédier une chanson à l’homme de ta vie ?

Je me suis dit que c’était extraordinaire de vivre cette histoire depuis 30 ans, et qu’il fallait marquer le coup. On s’adore et on est tellement complémentaires, que je le vis comme une chance. On s’est rencontrés très jeunes, à 20 ans. Je me devais d’écrire cette chanson. C’était très drôle, parce que quand je lui ai annoncé que j’avais écrit cette chanson pour lui, il a fait comme si de rien n’était. Il est encore plus pudique que moi. Jusqu’à ce que je chante la chanson aux Francos de la Rochelle. J’ai salué tout le monde sur scène, et je me devais de dire deux mots sur lui en rapport avec la chanson. Et là, il m’a avoué après coup qu’il avait versé sa petite larme… (rires).

– As-tu le sentiment que les artistes sont davantage mis à l’épreuve dans leur vie de couple ?

C’est vrai qu’on rencontre beaucoup de gens et que dans nos milieux, l’affectif prend beaucoup de place. On s’attache beaucoup aux personnes. C’est peut-être pareil dans tous les métiers… On a souvent ce genre de discussions dans le tour bus avec les musiciens. Ma position est de dire qu’a partir du moment où l’on est bien avec une personne, il n’y aucune raison d’aller voir ailleurs. Et puis la longévité de mon couple tient aussi peut-être au fait que j’ai toujours fait le choix de vivre avec quelqu’un qui fait quelque chose de très différent de moi : je ne pourrais pas vivre avec un chanteur. Qu’est ce que ce doit être ennuyeux (rires) ! Je préfère que l’autre me fasse découvrir autre chose… J’ai eu un parcours littéraire et artistique, alors que lui s’est tourné vers les sciences. Les contraires s’attirent (rires). Par mon métier, j’ai aussi choisi une forme d’insécurité. On ne sait pas de quoi sera fait le lendemain. Il y’a des hauts et des bas, comme des montagnes russes parfois. J’avais besoin de quelqu’un qui représente plus de sécurité…

– Pourquoi avoir choisi d’intercaler un instrumental sur l’album ? As tu essayé de paroler cette musique ?

Non, du tout. Avec les deux réalisateurs, j’ai eu une approche différente des réalisations que j’ai pu faire dans le passé. Avec les précédents réalisateurs, on s’enfermait en studio, on faisait pas mal de Lives qu’on faisait tourner, et mes orientations résultaient de ces écoutes. Cette fois, j’ai donné mes maquettes, et je leur ai dit : proposez moi beaucoup de choses, n’hésitez pas à enlever ce qui ne vous parait pas nécessaire, et portez les sons plus loin, etc. On a beaucoup travaillé par envois de fichiers. Il s’écoulait toujours quelques jours avant qu’ils m’envoient leurs retours… J’attendais beaucoup et je ne pouvais pas rester dans cette situation. J’ai utilisé le piano pour apaiser mon attente, et c’est ainsi qu’est né l’instrumental « Huis clos ». 

– A l’inverse, tu proposes un titre a capella, « Sur la pointe des pieds » : pourquoi ce choix ? Par goût du risque ?

Surtout pour donner une suite au spectacle avec Delphine qui comptait beaucoup de titres a cappella. Je voulais me prouver que j’en étais aussi capable sur un album. Déjà, quand j’ai rencontré les réalisateurs, je les ai prévenus que je n’allais pas les lâcher sur la voix. Je voulais qu’elle soit mise en avant, et qu’un travail soit fait autour de la production de voix. J’ai choisi d’enregistrer cette chanson au Trianon, dans un lieu qui représentait beaucoup pour moi : c’est là que j’avais joué quelques semaines après les attentats. Je me suis souvenue de tout le parcours que j’avais fait en arrivant dans cette salle, avec le mal au ventre, et un certain malaise qui transpirait de partout. Je voulais y revenir pour me réapproprier la salle. Le concert avait été exceptionnel, et l’accueil du public aussi. Pour cet a cappella, j’ai joué avec les réverbs de chaque endroit, de la scène jusqu’au hall ou le bar. Tout un parcours a été filmé d’ailleurs. 

– Ton interprétation est d’ailleurs souvent proche du parlé chanté sur cet album…

C’était une façon de densifier mon propos, et de proposer une autre façon de chanter, ou plutôt de ne pas chanter d’ailleurs. C’était aussi une façon de réagir à ce que j’entendais de moi par des bruits de couloirs. On dit souvent à mon sujet : ah oui, La Grande Sophie, c’est une mélodiste ! J’ai voulu qu’on se concentre davantage sur les textes, en retirant de la musique justement. j’avais ce désir qu’on écoute davantage mes textes. 

– Pourquoi avoir choisi de présenter cet album sur la scène des Francofolies de la Rochelle avant même sa sortie ?

Je n’ai pas le sentiment de m’être précipitée, puisque les chansons existaient depuis un moment. Je suis de nature impatiente et j’ai eu envie de remonter sur scène rapidement. La première étape a été de tourner en Algérie, où nous avons donné quatre concerts avec les musiciens, à Alger, Constantine, Annaba et Oran. C’était la fin des répétitions et comme j’avais une nouvelle équipe, j’ai demandé à mon producteur de nous monter une tournée loin d’ici, pour qu’on apprenne à se connaitre, sans avoir à rentrer chacun chez soi le soir. C’étaient des moments inoubliables… Les Francofolies ont suivi : c’est le premier gros festival qui m’a accueillie. Je me souviens que Jean-Louis Foulquier m’y avait invitée après avoir fait « Pollen », ou j’avais simplement chanté deux titres. J’ai commencé par la Salle Bleue, avant de faire ensuite toutes les scènes de ce festival. J’ai eu l’occasion de m’y produire avec Delphine, pour ce projet parallèle, mais cela faisait 10 ans que je n’y avais pas joué avec mon répertoire. C’est un festival auquel je suis attachée : j’avais envie d’y présenter en priorité mes nouveaux titres avant la sortie de l’album.

– Tu y as chanté la chanson écrite pour Françoise Hardy « Le large » : le sait-elle ?

Je le lui ai dit, et je lui avais même demandé si elle voulait introduire la chanson par un message… J’aurais voulu qu’on l’entende, mais elle était occupée par d’autres choses. Je me contente donc de parler d’elle avant de chanter cette chanson…

– Pourrais-tu aussi reprendre un jour « Personne » écrite pour Sylvie Vartan sur « Soleil bleu » ?

C’est une bonne idée ! Je la chanterais différemment, peut-être en ballade, pour faire un contre-pied…

– As tu des projets d’écriture pour d’autres ?

Oui, mais ce n’est pas enregistré, alors je préfère ne pas en parler…

– Juste avant, tu avais présenté cet album aux médias lors d’une release Party de votre label Polydor à la Maroquinerie avec Alex Beaupain : l’idée de chanter « Si tôt » en duo sur son album s’est-elle présentée ?

En fait, ce soir-là,  je n’ai fait que « remplacer » Clara Luciani qui chante sur l’album d’Alex. Comme on se connait très bien tous les deux, c’était l’occasion de la chanter en duo avec lui, et ça m’a fait très plaisir. On a souvent collaboré ensemble : j’ai écrit des musiques pour lui sur différents albums. On s’entend super bien, on se fait rire, et on aime bien finir les soirées en chanson. On a nos petits duos fétiches qu’on chante après un diner ensemble par exemple, comme « Pull marine ». Alex est imbattable sur les paroles de chansons, et moi je l’accompagne à la guitare au gré de ses envies.

– Toute une nouvelle génération de chanteuses est apparue dernièrement : as-tu le sentiment d’avoir ouvert des portes à des filles comme Jeanne Added ou Clara Luciani qui s’accompagnent comme toi à la guitare ?

Je n’en sais rien. Je ne sais pas si elles connaissent mes chansons, ou si je fais partie de leurs références… Je suis mal placée pour répondre à cette question. Je me réjouis simplement qu’il y ait de plus en plus de filles dans le milieu de la musique… A mes débuts, on croisait moins de filles qu’aujourd’hui, et à tous les postes, y compris sur des postes très techniques, d’ingé son à ingé lumières. Les choses évoluent, mais je sais que les chanteuses restent minoritaires : je m’en rends compte chaque année, lorsque je reçois le livret des artistes nominées aux Victoires de la Musique… Les filles sont toujours sous-représentées.

– On a beaucoup parlé de sexisme dans l’industrie du disque ces derniers mois suite à la publication d’une tribune : en as-tu souffert personnellement aussi ?

J’ai signé cette tribune et je suis solidaire bien entendu de ces filles victimes de sexisme. Globalement, je n’ai pas eu trop de soucis de cet ordre. Peut-être parce que je me suis bien entourée dès le début. Mais je trouve dingue qu’en 2019, des filles se trouvent encore confrontées à ce genre de problème dans leur milieu professionnel. Cette tribune a totalement lieu d’être pour que les mentalités évoluent. Personnellement, j’ai simplement pu aussi ressentir ce sexisme dans les magasins de musique : il m’est arrivé de repérer une guitare qui valait beaucoup d’argent, et qu’on ne veuille pas me la décrocher, le vendeur ne voyant pas pourquoi je m’y intéressais… Sinon, il m’est aussi arrivé d’avoir une main aux fesses pendant un concert dans un petit village. J’aimais bien me jeter dans le public, et je n’avais jamais eu de problème jusque là. Au contraire, les gens étaient bienveillants. J’ai été si surprise que je me suis retournée pour rendre cette main aux fesses à son auteur, mais je ne l’ai pas retrouvé. Comme toujours dans ces cas-là, les personnes sont plutôt lâches…

Propos recueillis par Eric Chemouny
NB : en concert à Paris au Trianon le 19 novembre (complet) et à l’Olympia le 12 décembre.

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