ZAZIE

La fille de La Rochelle…

En septembre dernier, à l’occasion de la sortie de son dernier album « Essenciel », Zazie s’était longuement livrée à Je Suis Musique sur la genèse de ce nouveau disque. Nous l’avons retrouvée à La Rochelle, le 14 juillet dernier, quelques heures seulement avant son concert sur l’immense esplanade Jean-Louis Foulquier, heureuse de revenir sur cette scène qu’elle affectionne et qu’elle a si souvent foulée au cours de son exemplaire carrière…
– Ton dernier album s’intitule « Essenciel » : de nombreux jeunes artistes sont à découvrir à la Rochelle dans le cadre notamment du Chantier des Francos. Quels conseils essentiels leur donnerais-tu pour pour pouvoir espérer embrasser la même carrière que toi ?

Déjà de ne pas vouloir embrasser la même carrière, de préférer le chemin au résultat, de ne pas passer leur vie sur les réseaux sociaux à vérifier s’ils sont beaux, de suivre leur instinct, même si on vit dans un monde ou on a tendance à vouloir formater les instincts… C’est pas mal déjà, s’ils arrivent à suivre tous ces conseils…

– Est-ce aussi le discours que tu tenais aux candidats de The Voice que tu as pu coacher en tant que jurée ? 

Oui absolument, même s’il faut rappeler qu’il n’y a pas que The Voice qui fait le talent. C’est juste un programme fantastique, parce qu’il a mis la lumière sur des artistes qui n’étaient pas très célébrés en France, à savoir les interprètes, qui ne sont pas forcement des auteurs-compositeurs. Il y a des gens qui chantent vraiment très très bien en France, mais on a toujours un petit complexe par rapport aux anglo-saxons ou aux voix canadiennes sublimes, que l’on connait tous. Nous autres, artistes français, quand on s’exporte un peu, avons la réputation d’être des chanteurs à texte. A l’Etranger, ils en sont souvent restés à Brassens… C’était bien de dépoussiérer un peu tout cela. Après, je leur ai tenu le même discours en effet, à savoir de garder la joie en eux, tout en sachant que le chemin ne sera pas parfait, qu’il y aura forcément du vent, des petites scènes, des gens qui partent en plein milieu du concert pour aller écouter un autre artiste, comme c’est le cas sur les festivals. Cela m’arrive aussi et il ne faut pas se formaliser et se démonter pour si peu. Tout n’est qu’apprentissage et expérience : c’est du carpe diem. Et surtout, il faut travailler, travailler et travailler, car c’est quand même un peu le nerf de la guerre…

– Il ressort, quelques mois après la sortie de l’album, qu’une des chansons très remarquée des medias, et aimée de tes fans, est « Nos âmes sont »… 

Oui et j’en suis très heureuse. J’étais fière de cette métaphore sur cette petite voix qui parle en nous et qu’on n’écoute pas trop, alors qu’elle nous dit la vérité sur nous, je pense. En tout cas, cette vérité qui nous irait bien. Si nous sommes parmi les plus gros consommateurs d’anxiolytiques, c’est qu’il y a un truc qui ne tourne pas rond… Il faut horizontaliser un peu nos vies, d’où le titre « Essenciel ». Egalement se désencombrer de tout un tas de choses : acheter un canapé, c’est bien, mais pourquoi en acheter trois, si on n’a qu’une paire de fesses ? Il est bon de se rappeler des choses un peu essentielles comme celles-ci, et je m’inclue dans ce constat. J’adorerais ne pas être victime de la surconsommation, de la suprématie de l’avoir sur l’être, mais je suis comme vous tous, ni plus ni moins. J’ai la chance d’avoir un peu plus de sous que la moyenne des gens, donc je n’échappe pas à la tentation d’acheter des objets dont au final je ne me sers pas, pour la plupart. Cela me parait bien d’essayer d’avoir un regard un peu objectif, en tout cas d’écouter cette petite voix très vivace telle la pauvre edelweiss en haut de son rocher, qui reste un peu sauvage, sans être barbare, cet être humain en nous, qui s’est déclaré sapiens alors qu’il ne sait rien du tout, et qui n’est au fond qu’une espèce comme une autre…  

– Tu as déclaré qu’il est difficile de revenir à la réalité après une tournée : comment vas-tu gérer l’après-concert de ce soir, alors que 15.000 personnes t’attendent sur l’esplanade Saint-Jean d’Acre pour te dire « je t’aime » ?

Vont-ils dire « Je t’aime » à Zazie, ou au moment qu’ils ont aimé de Zazie ? Je pense qu’il ne faut pas confondre. Oui, la scène est une représentation de la réalité, mais ce n’est pas tout à fait la réalité. Mais c’est la fête, et qui n’aime pas faire la fête ? Nous en tout cas, on aime ça. D’ailleurs, ne dit-on pas : jouer de la musique ? Donc, on joue de la musique, comme on joue aussi avec le public. Après, est-ce qu’on a besoin de redescendre après cela ? C’est bien de rester un peu perché dans la vie ; on se sent plus léger. Cela dit, j’ai dans ma vie personnelle des choses très palpables qui me permettent de redescendre dans la vraie vie. Je ne vis pas enfermée dans un château et ne mange pas du caviar toute la journée. Il n’y a rien de plus chouette, que cette immense colonie de vacances pour adultes, qu’on appelle une tournée. Comme tout le monde en été, on a besoin de boire du rosé un peu facilement, de faire des jeux un peu bêtas sur la plage, de retrouver en nous cette part d’enfance… Il se trouve qu’on a la chance d’être rémunéré pour cela. Cette année en plus, il fait beau et on ne va pas se prendre la pluie… Le vent, peut-être un peu, comme d’habitude. Mais ce n’est pas plus sérieux que cela, ça reste très festif : on est là pour faire la fête, pour danser, pour oublier un peu le quotidien morose…

– Sur les Francos, est proposée cette année une série de conférences « J’ai la mémoire qui chante », où des personnalités viennent évoquer la bande-son de leur vie : quelle serait la tienne en dehors des 3B que tu évoques souvent, les fameux Brel-Brassens-Barbara ?

Celle qui revient régulièrement en dehors effectivement de ces trois-là serait plutôt Radiohead ; matin, midi et soir. Ca peut paraitre un peu curieux parce que c’est une musique énigmatique parfois aux yeux de certains, mais c’est comme si c’était la B.O de mes rêves les plus jolis, mais aussi de mes cauchemars. C’est une musique qui me touche. Je n’ai pas envie d’en rencontrer le chanteur ou d’aller plus loin que cela. J’ai la chance de travailler avec Andy Watson, le light designer de ma tournée, qui travaille aussi depuis des années avec Radiohead. C’est le seul lien comme qu’on ait ensemble. Mais écouter tous les disques de Radiohead est le meilleur moyen pour moi de me rapprocher au plus près de mes émotions. Si j’ai envie de pleurer, je mets une chanson très très triste de Radiohead, et ça me fait un bien fou : ça devrait vraiment être remboursé par la sécurité sociale, je pense.

–  Tu as donné une série de concerts « Préliminaires » cet hiver à Paris en amont de cette tournée : qu’est ce qui a motivé cette envie inhabituelle dans l’enchainement classique album/promo/tournée ?

Je ne suis dit qu’en fait, la tournée commençait tard pour un album sorti en septembre. Je craignais de m’ennuyer infiniment, d’une part, et que le public allait trouver le temps long, d’autre part, même si entre temps, on me voyait à la télé. Mais on sait tous que la télé ce n’est pas passionnant, d’autant que la plupart du temps, on y chante en playback et on nous demande notre avis sur ce qui se passe dans le monde, alors que ce n’est pas notre domaine et qu’on donne l’impression d’être nuls au final. Avec mon manager Pascal Nègre, on a trouvé cette manière de remettre les choses dans leur contexte, et ce que j’aime faire le plus au monde. L’idée du concept de « préliminaires » reposait sur le fait que je n’ai pas travaillé avec la même équipe que pour la tournée. Les musiciens ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux que j’aurai sur scène ce soir. C’était aussi une manière d’ouvrir le chemin aux gens, en faisant des dates parisiennes un peu chaudes bouillantes, dans des salles comme le Badaboum, le Yoyo ou La Machine, qui sont des salles de 500 personnes maxi. On était un peu trop tonitruants d’ailleurs pour des endroits comme ça (rires). C’était rafraîchissant : je n’avais jamais eu autant le trac depuis très longtemps. Qui dit préliminaires, dit que je n’étais pas complètement prête. Les préliminaires, c’est ce moment génial où on a la trouille, on on fantasme ensemble, le public et moi-même. L’idée était d’éteindre un peu ça, et dire aux gens : vous aurez peut-être cette chanson en tournée, ou pas… J’ai passé mon temps à essayer de les embrouiller… (rires). Le public allait aussi me voir me remettre du baume aux lèvres, alors que dans les grandes salles, je le fais en douce, et personne ne le voit. C’était une manière de les faire entrer dans le processus de création, de production d’un spectacle et de patienter ensemble jusqu’à la tournée officielle. La demande émanait autant de nous que des fans, il me semble… Nous avions tous envie de ne pas attendre trop longtemps pour se rencontrer à nouveau.

– Après plus de 25 ans de carrière, quelle est la question qui est revenue le plus souvent en interview ?

On me demande souvent l’origine de mon nom d’artiste Zazie (rires). Alors une bonne fois pour toutes, il vient de « Zazie dans le métro », de Queneau. Ma mère a accouché un peu prématurément parce qu’elle a beaucoup ri en regardant le film adapté du roman « Zazie dans le métro », par Louis Malle. Et la dite-fille suis arrivée : mes parents attendaient un garçon qu’ils voulaient prénommer Georges, et ont finalement opté assez rapidement pour Isabelle, comme beaucoup de parents de filles nées en 1964. J’appartiens à une génération d’Isabelle, au point que la maîtresse d’école s’arrachait les cheveux en classe, mais on m’a très vite surnommée Zazie. Pour d’autres, c’était Zaza, ou même Isabeau pour l’une d’elles. La pauvre…  Ce surnom n’est resté au fil du temps. Il faut dire qu’Isabelle de Truchis de Varenne, sur une pochette de disque, ça prend pas mal de place… Et puis ça met le curseur parfois au mauvais endroit. Oui, mon papa est aristo, mais il n’est pas que cela : il est aussi architecte et a travaillé toute sa vie. Ma maman ne l’est pas, et ce n’est pas une pétasse pour autant (rires). Il s’agissait d’éteindre cela et c’était une manière aussi de renaitre artistiquement. Même si je ne fais pas de distinction entre la musique et ma vie personnelle. J’en fais d’une manière privée aussi. J’ai la chance de gagner ma vie avec un métier qui me passionne, et ne me donne pas l’impression de travailler, même s’il me prend beaucoup de temps, mais je pense qu’il est important d’avoir une vie publique, et une vie privée. Ne serait-ce que pour mon enfant, et tout un tas d’autres raisons ou circonstances, comme appeler l’administration de la sécurité sociale avec mon nom en espérant qu’ils ne me reconnaissent pas… Et ramer comme tout le monde, pendant des heures, en attendant une réponse de leur part (rires). C’est important pour moi de rester aussi dans cette vie-là, en dehors de cette vie surexposée en tant que Zazie…

– Tu es souvent venue chanter aux Francos : gardes-tu un souvenir en particulier ?

Oui, j’en ai énormément mais je me rappelle surtout un énorme fou rire. Il y a toujours beaucoup de vent à La Rochelle, en particulier sur l’esplanade Saint-Jean d’Acre. Nous donnions un concert et Pascal Obispo était aussi programmé cette année-là. J’étais venue chanter « Les meilleurs ennemis » avec lui, et en temps réel, les instruments tombaient et s’envolaient littéralement l’un après l’autre : je me rappelle notamment ce pauvre batteur qui a fini le concert avec seulement deux éléments de sa batterie. Chaque fois qu’il tapait sur l’un d’eux, un coup de vent emportait l’élément et hop, au revoir ! En général aussi, on passe son temps à manger ses cheveux… (rires). On était censés chanter de façon un peu sérieuse « C’est toi contre moi », mais nous étions morts de rires en regardant le batteur et les back-liners essayant de retenir les morceaux de batterie jusqu’à la fin du titre… Je me rappelle aussi la « fête à… » organisée pour Jean-Louis Foulquier. J’avais chanté une chanson de Barbara : j’étais morte de trouille, mais ça reste un joli souvenir. Je me souviens enfin de la bienveillance de Maxime Le Forestier à mon égard : il était le parrain d’une scène ouverte, une carte blanche donnée à de jeunes artistes… Au dernier moment, il avait décidé de n’inviter que deux artistes pour ouvrir cette carte blanche : Didier Sustrac et moi. Je devais donc répéter initialement trois morceaux, et j’ai fini avec une setlist de 22 titres à apprendre en deux jours, et que j’ai du chanter devant le public de Maxime, qui n’était pas là pour moi. A l’époque je vendais deux disques : l’un à ma mère, et l’autre à ma mère (rires). J’en garde le souvenir du contact formidable avec ce public qui avait tissé de si beaux liens avec Maxime… J’ai eu la chance de profiter de cela, n’étant alors qu’une petite souris accompagnante. C’était très émouvant pour moi et c’est à cette occasion que je me suis dit que j’allais aimer la scène. Mon envie est née à La Rochelle ! Et puis ma grand-mère, qui n’est plus de ce monde, est de La Rochelle aussi… Mais ça, c’est une autre histoire !

Propos recueillis (à La Rochelle) par Eric Chemouny

crédit photos: Aurèle Bossan & Antoine Monegier du Sorbier (Francofolies de la Rochelle / DR)

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