THIERRY AMIEL

L’électron libre…

Après 7 ans d’absence marquée par la fin de l’aventure « Adam et Eve », Thierry Amiel était sorti des radars de l’industrie musicale. C’était sans doute pour mieux revenir. 2019 sera l’année de son retour : avec un premier single, sorti en éclaireur le 12 avril dernier, « Détends-toi », suivi ce mois-ci de son clip tourné dans le plus grand secret fin mai, d’un album, « Artefact », attendu pour le 27 septembre et qui sera présenté en live au Nouveau Casino le 18 septembre, en avant-première. Le bien-aimé de la chanson française nous a accordé un long entretien totalement exclusif, entre deux prises d’un clip qui s’annonce surprenant. L’occasion pour lui de prendre le temps de parcourir avec nous sa vie, sa carrière et de se livrer comme il ne l’a probablement encore jamais fait…

Thierry, quels ont été les premiers souvenirs musicaux de ton enfance?

Je me souviens avoir commencé à chanter très tôt, dès que j’ai pu… vers 4, 5, 6 ans. Mes parents me disaient que je connaissais immédiatement toute les chansons qui passaient à la radio, contrairement à mes frères par exemple. Moi j’étais déjà très attiré par le chant. Je  me souviens que je chantais en boucle tout ce que j’entendais, des chansons qu’on apprenait à l’école avec la maîtresse, genre Luis Mariano, « Mexico », ce genre de chansons un peu reloues mais je les chantais pendant des semaines et des semaines, sans réfléchir si ça me plaisait ou pas. Et puis je chantais ce que ma famille écoutait: Dire Straits ou U2 avec mes frères, les grands standards américains, mais aussi déjà Christophe, « Aline » du côté de mon père. Ma mère c’était plutôt Michel Sardou, les 45 tours des hits parades, etc . Je chantais tout.

Comment as-tu canalisé toutes ces inspirations ?

A 7 ou 8 ans, je suis entré dans une chorale et ensuite, à La Maîtrise des Bouches du Rhône, une formation de chœur d’enfants où on travaillait tous les styles, vers 12 ans. Ce que je préférais, c’était le chant lyrique, les musiques sacrées, et ça prenait tout mon temps. Du coup, j’ai un peu laissé de côté le répertoire de la chanson française.

C’est ce qui fait qu’on a l’impression que tu peux tout chanter?

Oui, j’avoue. Le lyrique reste un mystère mais c’était du haut niveau. J’étais dans cette chorale d’enfants mais on faisait déjà des scènes à l’Opéra de Marseille quand même. J’étais rentré dans cette école sans casting, j’avais cette facilité à chanter, mais je gardais toujours les pieds sur terre car on ne me disait jamais « tu chantes tellement bien , tu es phénoménal, etc. » . En fait, avec le recul, je dirais que soit j’étais doué instinctivement, soit j’emmagasinais tous les cours facilement. Je n’avais pas spécialement de mérite.

Et alors que tu adorais le chant lyrique, tu t’orientes finalement vers la chanson de variété. Qu’est ce qui t’a fait bifurquer ?

C’est tout simple : c’est la mue. Même si il y a des techniques pour la retarder. Cela dit, à 15 ans, je ne muais pas encore, mais je le sentais venir donc je ne pouvais plus être chanteur dans une chorale d’enfants : il fallait que je m’arrête de toute façon ou continuer. Mais je ne voulais pas être assimilé aux voix féminines. Et puis il y a autre chose : les gens que je rencontrais dans ce milieu se la racontaient beaucoup trop pour moi. Alors que la Pop, pour moi, vendait du rêve. Je trouvais ça plus fun, ce côté Rock star, etc.

Et donc, tu quittes le monde du lyrique pour rentrer à l’école Alice Dona à Marseille et apprendre de nouvelles techniques vocales pour chanter de la variété. Comment ça s’est passé?

Je ne connaissais que cette école sur Marseille, donc j’y suis allé. C’étaient mes premiers pas dans la variété « professionnelle », et contrairement à la chorale, ici, je me retrouvais tout seul face au micro. Il fallait oser chanter devant les gens. On choisissait nous-mêmes nos chansons et je me souviens que la première chanson que j’ai chantée c’était « Lucie » de Pascal Obispo, pas parce que je l’aimais bien mais parce que je pouvais la chanter dans des karaokés. C’était facile.

Est-ce que cela a été le déclic pour monter ensuite à Paris et tenter ta chance?

J’avais 16 ou 17 ans et comme j’avais toujours voulu être chanteur, s’est posée la question logique : « Que faut il faire pour être chanteur ? ». Je n’étais ni musicien, ni auteur, ni compositeur, je n’étais qu’un interprète donc quand sont arrivées ces auditions pour la télévision , « Rêve d’un soir » et PopStars 2 », ça a été une évidence pour moi : il fallait que je fasse des concours de chant pour me faire connaître, c’était une manière pour moi de dire que je voulais en faire mon métier. Alors, il n’y avait que Paris qui offrait cette possibilité, donc j’ai quitté Marseille…

Tu n’es pas pris à ce casting et l’ironie fait que c’est «La Nouvelle Star* » qui vient à toi, à Marseille. On est fin 2002, Comment tout cela a commencé ?

Au départ, je ne voulais pas faire « Nouvelle Star » en réalité, un peu échaudé par mes échecs à Paris, mais j’avais arrêté mes études, j’étais intermittent du spectacle pour devenir chanteur professionnel, je commençais à chanter dans des orchestres, dans des soirées, etc. Alors quand « Nouvelle Star » arrive à Marseille, tu ne réfléchis pas et tu y vas. J’ai été un peu poussé par un de mes frères (ndlr. Eddy) pour m’inscrire mais j’y suis allé. J’avais le soutien de mes parents donc ça allait. (* l’émission s’appelle  » A la recherche de la Nouvelle Star » sur la saison 1)

En quoi « Nouvelle Star » était-elle une émission différente des autres dont tu avais passé les castings auparavant?

« Popstars », par exemple, c’était très marketing et je ne voulais plus de ça, c’était trop sophistiqué et j’avais admis l’idée que je ne correspondais pas au concept de télé-crochet. « Nouvelle Star » s’est avérée très différente donc ça m’a rassuré et ça m’a plu, ce n’était pas fake, et ça : ça m’a vite rassuré. Ils cherchaient de vrais artistes et j’ai senti qu’il se passait un truc ; on les sent ces choses-là. C’est comme quand tu passes un entretien, tu sais si tu as des chances ou pas.

Quels souvenirs gardes-tu de cette aventure « Nouvelle Star »?

Avec le recul, on était inconscients de tout ce qui se passait parce que tout ce qui se passait était en réalité, quand on y réfléchit, assez terrifiant : le casting, les milliers de candidats qui attendent des heures. On est beaucoup, on se regarde un peu en coin, on fait des statistiques sur qui peut rester et qui n’a aucune chance, et puis… tu es choisi, et l’étau se resserre sur toi, et tu rentres dans une routine de casting. Et puis ensuite , tu arrives à dix, tu les regardes, tu te dis que tu as peut être ta chance, tu vois que les votes sont en ta faveur, tu fais tes calculs et tu prends les mesures, tu te dis des choses un peu stupides comme : « ce sont les filles qui votent donc j’ai une chance », que « c’est injuste pour les candidates », etc. Tu ne peux pas t’empêcher de faire ces calculs-là dans ta tête…

Penses-tu que ce n’était pas plutôt les talents qui étaient plébiscités, plutôt que le fait d’être des garçons qui plaisaient aux filles ?

Oui, c’est sûr que ça chantait, c’est vrai !

Tu as été finaliste, face à Jonathan Cerrada. Y avait-il de la compétition entre vous ?

Avec Jonathan, on s’entendait très bien, comme avec tous d’ailleurs, il y avait un côté colonie de vacances. Il n’y avait aucune compétition entre nous, on était toujours tous ensemble et on vivait tous des choses exceptionnelles. On avait un point commun qui nous liait énormément : on était tous des déracinés.

Quand Jonathan a remporté la finale, pensais-tu qu’il fallait à nouveau recommencer la routine des castings ou retourner à Marseille ?

En fait, non car quand Jonathan a gagné, tout le monde venait me rassurer sur la suite, à commencer par Christophe Lameignère, le Président de BMG France, la maison de disques qui signait le gagnant. Il n’était pas obligé de signer les autres candidats mais il l’a fait rapidement avec moi.

Très vite aussi est sorti ton premier album, « Paradoxes » (2003), bien avant même celui de Jonathan …

Une fois signé, j’avais tanné tout le monde pour sortir mon album le plus vite possible et ma maison de disque était d’accord avec moi. Je n’avais pas peur que tout aille vite. En revanche, j’avais très peur que ça ne se fasse pas, qu’on me dise que la priorité c’était l’album de Jonathan, alors c’est vrai que j’ai vite bousculé tout le monde.

Un premier album, c’est important : est-ce qu’il correspondait à celui que tu voulais faire ?

Oui. A cette époque, j’étais un interprète donc je n’ai pas été surpris qu’on me propose des dizaines et des dizaines de titres et parmi eux, j’ai été libre de choisir toutes les chansons de l’album. Quand on est interprète, c’est comme ça que ça se passe : on fait un peu son marché. C’était assez confortable.

En plus des titres initiaux, la bonne idée aussi a été d’y inclure en vrais bonus, tes meilleures reprises de la « Nouvelle Star »: on retrouve « L’aigle noir », « Je suis malade », « Amsterdam », « Quand on n’a que l’amour » et « Avec le temps ». Qui en a eu l’idée?

C’est Christophe Lameignère qui m’avait proposé de les rajouter comme un cadeau qu’il voulait me faire, mais qui répondait aussi à la demande de ceux qui m’avaient suivi dans l’émission . C’était du budget en plus car il fallait rajouter des journées en studios et des musiciens mais ça lui tenait vraiment à cœur et il était prêt à les investir. Et de mon côté, j’étais trop content car je voulais en faire quelque chose de ces reprises qui avaient marquées le public et donc je les ai voulues en version brute, live (ndlr. les titres ont été enregistrés en une seule prise, en piano-voix).

On retrouve ces reprises aussi dans la setlist de ta première tournée dont on peut dire, sans se tromper, qu’elle a été triomphale avec notamment et c’est assez rare pour le souligner, 5 soirs blindés au Bataclan. As-tu conscience que pour un nouveau venu, c’était assez exceptionnel cette facilité d’accéder si vite au succès?

Non, en réalité, pas du tout. A ce moment là, tu ne te rends pas compte des projecteurs qui sont braqués sur toi, et il ne faut pas trop en prendre conscience d’ailleurs sinon tu ne fais que flipper en permanence. Aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte que j’étais encore un bébé face à tout ce qui m’attendait.

Sur scène, il n’y avait pas que les chansons de ton album et les reprises de la Nouvelle Star, mais on t’a découvert aussi dans un registre plus Pop Rock international. Pourquoi ces choix ?

Effectivement. Sur scène, j’avais repris Muse avec un titre peu connu, « Butterfly and hurricane », et aussi Andreas Johnson (« Glorious »). A l’Olympia sur ma seconde tournée, j’ai repris A-ha (« Take on Me »), mais tout cela n’était pas du tout calculé. Je ne cherchais pas à surprendre mais j’avais des envies dans tous les sens, je voulais mélanger les styles, avec des morceaux acoustiques et des titres plus Pop, plus Rock, plus fun.

As-tu le sentiment que ces concerts, qui ont marqué tout ceux qui y ont assisté, en disaient finalement plus sur toi en 2 heures que tout ce qu’on a pu voir avec « Nouvelle Star » en plusieurs semaines ?

Oui, car ces choix de reprises ont contribué à refléter mon côté plus dark que l’image que les gens avaient pu avoir de moi. Et je voulais absolument montrer cette facette de moi sur scène que je n’avais pu montrer dans « Nouvelle Star ». Ça me faisait plaisir même si je prenais aussi du plaisir à faire les reprises françaises que tout le monde attendait, mais ce n’était pas le même plaisir.

Sur cette première tournée, l’émotion dans la salle sur chaque titre était palpable : on sent une vraie maîtrise dans le chemin que tu donnes à ta voix et à ses modulations, est-ce travaillé, calculé ?

Non, absolument pas. Je ne calcule pas ces moments-là. Je ne me dis pas « c’est là qu’il faut que je lâche de l’émotion ». J’imagine que Whitney Houston sur « I Will Always Love You » ou que Céline Dion sur « All by Myself » quand elles doivent faire « LA note » que le public attend, elles ne se disent pas : « tiens, là je vais toucher les gens avec « ma » note ». Moi c’est pareil, je me dis plutôt : « là, il ne faut pas que je me plante et il faut que je la choppe» . Techniquement, tu ne chantes pas n’importe quoi car c’est censé être dans tes capacités, mais il faut toujours être dans les bonnes conditions pour ne pas chanter mal, ou faux. Et l’émotion, elle ne doit pas être là pour épater sur LA note mais elle doit être là du début de la chanson à la fin. C’est un climat que tu instaures et un état d’esprit et pas juste sur une note. L’émotion d’une chanson rajoutée au travail qui mène aux prouesses techniques, ça crée quelque chose.

En 2006, tu sors ce fameux deuxième album, toujours attendu au tournant et qui s’appelle… « Thierry Amiel ». L’inspiration t’a manqué pour choisir le titre? (rire)

(rire). S’il y avait eu une idée forte sur le titre, ça aurait pu être cette idée choisie comme titre de l’album, mais rien ne me branchait et rien ne se dégageait vraiment, donc l’idée la plus forte pour moi, était que je voulais quelque chose qui me ressemble. Donc j’ai trouvé très adapté de l’appeler simplement « Thierry Amiel ».

Comment s’est passé cet enregistrement?

J’ai eu le temps de faire ce que je voulais vraiment, et cela m’a plus ressemblé, c’était moi. « Paradoxes » s’était fait très vite, et cette fois-ci, je voulais vraiment prendre mon temps. Pour cet album, j’ai écrit beaucoup de chansons, même si au final on en a retenu très peu sur le disque.

En plus de tes textes, tu t’es entouré de beau monde, dont Daniel Darc qui t’a offert le texte de « Coeur sacré », le premier extrait. Une association pour le moins surprenante : comment s’est passée cette collaboration ?

C’est grâce à François Delabrière, qui a dirigé l’album et qui avait travaillé avec lui. A la base, je voulais vraiment me tourner vers quelque chose de plus Rock, de plus sombre, donc François a appelé Daniel Darc et il m’a envoyé « Coeur sacré ». En réalité, pour être honnête, je ne l’ai jamais rencontré, il m’impressionnait beaucoup, et j’avoue qu’il me faisait même un peu peur. Je le regrette un peu aujourd’hui, car j’ai l’impression d’avoir raté mon rendez-vous avec lui, mais en même temps, c’est courant dans ce milieu que les artistes ne se rencontrent pas. Mais il m’a fait un très beau cadeau avec « Coeur Sacré »

Sur cet album, on retrouve aussi Doriand, qui a écrit pour Sylvie Vartan, Julien Doré, Keren Ann, Mika ou encore Robbie Williams, pour ne citer qu’eux. Une belle pointure…

Doriand, c’est quelqu’un qui s’implique beaucoup, il aime parler avec les artistes, il a besoin de rencontrer les gens avant de pouvoir écrire pour eux; il a besoin de déceler des choses, pour être le plus juste possible. Par exemple, ce qu’il a perçu de moi se retrouve dans la chanson « L’amour en face » que l’on a gardée sur l’album, c’est quelque chose qu’il a justement perçu de moi après m’avoir rencontré : un type qui espionnait un couple dans l’immeuble en face…

Tu fais aussi la connaissance d’Axelle Renoir qui marque le début d’une amitié fidèle et d’une longue collaboration…

Nous avions le même manager et il nous avait présenté bien avant, et du coup, Axelle et moi, on était potes avant qu’elle écrive pour moi sur cet album. Elle a été là aussi sur le 3è album et même si elle n’a pas participé au nouvel album qui va sortir, « Artefact », elle m’a fait rencontrer des gens qui y ont contribué. Et puis, à côté de ça, elle a écrit une des plus belles chansons, je trouve : « Les jolies choses » chantée par Marion Cotillard pour le film de Gilles Paquet-Brenner. Magnifique.

Tiens, une idée de reprise…

Ah, oui, pourquoi pas. Bonne idée… (il sourit) Mais Marion Cotillard lui donne tellement de poids…

Parmi tes autres rencontres artistiques marquantes, on le connait moins mais il y a François Welgryn : pourquoi compte-t-il autant pour toi ?

François Welgryn, qui est le célèbre parolier de plein de tubes a écrit pour moi « Entends tu les hommes » et « 2000 ans sur la Terre » sur « Paradoxes ». Il a donc été là depuis le début et il est toujours là aujourd’hui pour mon 4e album. François ne disparaît pas quand on ne se voit plus.

Pour « Où vont les histoires ? », ton 3ème album, tu prends un nouveau tournant en décidant d’adapter une artiste peu connue en France mais qui est une icône très engagée en Amérique : Sarah McLachlan. Pourquoi ce choix très surprenant?

J’avais un syndrome en quelque sorte, qui est clos depuis, c’est que je ne voulais pas faire trop de bruit et arriver avec l’artillerie lourde pour faire parler de moi à tout prix. Je n’aurais pas pu faire comme Matt Pokora avec Claude François, par exemple. Lui le fait très bien mais ce n’est pas moi, je laisse ça à d’autres. Ça me va très bien de chanter des artistes qui existent en ne faisant pas de vagues. Des artistes qui me ressemblent davantage. Je n’ai jamais voulu être une star et je n’ai jamais eu envie de faire parler de moi en faisant de la télévision. J’ai juste l’envie d’être chanteur. Pas une star. Et donc choisir quelqu’un qui n’a jamais marché en France, ça ne me faisait pas du tout peur. J’ai découvert Sarah McLachlan dans un showcase à Paris, en piano-voix. J’étais invité par notre maison de disque, je ne la connaissais pas quand je l’ai vue, mais j’ai immédiatement aimé cette artiste et je me suis un peu identifié à elle. Ce choix portée vers elle est devenue une évidence. Je voulais un album simple et léger, j’avais besoin d’être plus à la cool, et Sarah McLachlan correspondait à ce besoin.

Pourquoi as-tu éprouvé ce besoin à ce moment-là?

Ça a été un croisement de plein de choses : après le deuxième album, j’avais envie d’un album « parenthèse » qui devait sortir très vite. A ce moment là, j’avais besoin d’être mis en confiance, alors j’ai demandé à Axelle Renoir de réaliser ce troisième album pour me sentir bien, à l’aise, loin du stress. Je voulais retourner en studio « à la cool » parce que c’était pas l’ambiance que j’avais eu sur le deuxième album. Car à la sortie du deuxième album, j’ai eu un gros coup de blues, j’avais la boule au ventre et j’étais gagné par la frustration des choix à faire. Il avait fallu mettre des chansons de côté et que j’aimais bien et je l’ai assez mal vécu. Du coup, je m’étais posé beaucoup de questions du style « est ce que j’ai fait les bons choix ? », etc. J’avais tellement peur que cet album ne marche pas, etc.

Et que sont-elles devenues, ces chansons laissées sur le bas côté de cet album ?

Elles ne disparaissent pas ces chansons, elles existent mais il a fallu faire des choix artistiques pour avoir un album que l’on souhaitait pour moi audacieux. Donc pour la sélection de ces chansons, j’ai fait confiance à des professionnels, des gens qui avaient de l’expérience, et j’ai dû dire « OK », mais après coup, je l’ai très mal vécu car il a fallu faire le deuil de ces chansons que j’avais mises de côté. Donc à partir de là, retourner en studio était psychologiquement difficile, car j’étais gagné par plein de doutes, concentré sur les chansons que l’on avait choisies et celles qu’on avait laissées et que j’avais peur de perdre pour toujours. C’est ce qui m’ a motivé pour retourner très vite en studio et ne pas les lâcher. Sauf que ce troisième album, qui aurait dû vite arriver a pris du retard et il est sorti plus tard que prévu, pour des raisons indépendantes de ma volonté (ndlr. la fusion Sony-BMG a ralenti les productions des deux majors). Donc de ces chansons abandonnées, j’en ai exhumée 2 ou 3 pour mon troisième album et 1 ou 2 devraient être sur « Artefact ». Et puis, il y a d’autres chansons qui sont un peu hors normes, car trop originales pour être sur un album, des chansons moins radiophoniques et que j’imagine plutôt dans un spectacle…

Comme sur « Adam et Eve » par exemple?

Plutôt des « musicals »… pas les comédies musicales à la française mais les « musicals », anglo saxonnes… ou des spectacles plus intimes…

Comment a commencé cette aventure « Adam et Eve » avec Pascal Obispo ?

Par un coup de fil. il m’a simplement appelé, je savais qu’il montait un spectacle, je ne savais pas quoi à ce moment-là mais je n’ai pas été surpris.

Il y a une filiation entre toi et lui au niveau de la voix : est-ce que toi, tu la ressens cette filiation ?

Oui mais sur « Adam et Eve », Pascal trouvait une filiation avec tous les personnages. Avec moi, il aimait l’élégance d’Adam, il avait des références comme John Lennon, mais pour le personnage du Serpent, il se projetait plus dans une personnalité un peu plus Rock avec l’image des chanteurs de rock qu’il aime. Il a mis toutes ses inspirations dans « Adam et Eve » et l’observer préparer son spectacle, ça a débloqué des choses en moi. Je me suis dit : « Un artiste EST ce qu’il est et ne peut faire que ce qu’il EST ». Je me suis dit : « Parle plus de toi, mets tes influences, pour donner le plus de sens possible ».

Qu’est-ce que t’as apportée l’expérience « Adam et Eve » ?

Cette aventure m’a beaucoup aidé pour la suite et pour « Artefact » car c’est à ce moment là que j’ai pu voir toutes les facettes du métier : le studio, le live, la promo, la vie avec une troupe, etc. Ça a été vraiment très inspirant. Et les gens impliqués dans ce projet, l’équipe technique et toute la troupe ont été aussi tous, très inspirants.

Pourtant, la presse a colporté des rumeurs d’échec. Comment l’analyses-tu avec le recul?

En réalité, « Adam et Eve » a été un succès à Paris mais le fait qu’on ne parte pas en tournée, alors que l’on devait, a été ressenti comme un échec. Le fait est qu’en tournée, on s’est rendu compte qu’il fallait enlever des décors car c’était une production très lourde et très coûteuse à déplacer et on ne pouvait pas voyager avec tout, et Pascal Obispo ne voulait pas partir en enlevant des décors, en tronquant son spectacle. C’était tout ou rien… donc on n’est restés qu’à Paris.

Est ce que « Adam et Eve » t’a malgré tout donné envie de continuer à explorer la comédie musicale?

Ce genre de comédies musicales: non. Je préfère les comédies musicales à l’anglaise ou type Broadway. Ou alors un spectacle moins grand public pour me mettre un challenge artistique, être plus exigeant avec moi-même et ma performance vocale.

As-tu été attiré par le cinéma ?

J’aime beaucoup le cinéma. Mais je me rends compte que je suis de plus en plus exigeant : j’aime la qualité, la recherche artistique, des réalisateurs qui ont un propos, une vraie vision. Je me mets à la place du réalisateur, j’essaie d’aller plus loin qu’un simple spectateur, de voir la manière de raconter des histoires. J’ai de plus en plus de goût pour cet art en tout cas.

On a l’impression, en t’écoutant, que tu préfères la place du réalisateur plutôt que celle de l’acteur : doit-on y voir une envie de réaliser plutôt que de jouer ?

C’est plus un regard sur tout : je peux penser à la place d’un réalisateur mais je bloque aussi sur la lumière, sur le montage, par exemple… comme sur le jeu d’un acteur…

Est ce qu’on t’a proposé de faire l’acteur, justement ?

Oui. On m’a souvent demandé de faire des courts métrages. Il y a des jeunes réalisateurs qui voulaient me faire tourner et moi je trouvais que ça faisait un peu cliché : « le chanteur qui fait du cinéma »… et donc je disais : non. Je trouvais que je prenais la place d’un comédien, dont c’est le métier et que je n’étais pas légitime. Après, avec le temps, je me suis dis que finalement c’est pas si incohérent de faire du cinéma et qu’on me l’ait demandé, ça veut dire que l’on voyait des choses en moi que je ne voyais sûrement pas à l’époque. Le travail d’un interprète finalement est similaire à celui d’un acteur. Aujourd’hui, je réagirais différemment.

As-tu le sentiment d’être un peu passé à côté du cinéma quand tu dis cela ?

Oui, un peu. Un jour, j’ai été contacté par Eric Rohmer pour son dernier film, il m’avait vu sur une affiche de concert dans le métro, et donc il m’avait appelé, moi je ne savais pas qui c’était à cette époque et puis il m’a reçu chez lui. Et j’étais hyper fier qu’un grand réalisateur comme ça pose son regard sur moi. On était dans son salon, il m’a fait travailler du Molière, et me voila en train de faire des alexandrins devant Eric Rohmer. Je regrette que pour une raison qui m’échappe, cela ne se soit pas fait. Je ne sais pas pourquoi, et je n’ai pas cherché à savoir.

Et le théâtre?

Oui ça pourrait m’intéresser. Avec « Adam et Eve » j’avais pris quelques cours pour apprendre à parler, à me déplacer, à chanter aussi puisque ma prof de chant est aussi prof de théâtre.

Après « Adam et Eve » en 2012, tu disparais : que s’est-il passé jusqu’à aujourd’hui?

Je prends une année sabbatique. Je n’étais plus en contrat avec Sony donc des questions se sont posées : est ce que je cherche une nouvelle maison de disque tout de suite ? Est-ce que je me concentre sur l’écriture de nouvelles chansons, j’essaie de composer et ensuite seulement, je les propose ? Il y a eu beaucoup de réflexion… Je ne voulais pas arriver dans une nouvelle maison de disque sans propos, sans avoir rien à dire, ni rien à défendre… et aussi: est-ce que je prends le temps de voir ma famille ? Parce que durant les années qui ont suivies « Nouvelle Star », le rythme a été très soutenu et j’ai tout enchaîné : les albums, les tournées, la vie parisienne, etc. J’ai voulu me reconnecter à moi-même. Et tout ça m’a pris un an de réflexion et de questionnements. Ensuite, j’ai beaucoup voyagé, je suis parti tout seul au Japon, aux Etats-Unis, au Canada, j’ai vécu de très belles expériences, et c’était important pour moi de rencontrer des gens, d’autres cultures, de changer ma façon de penser : j’en avais besoin pour me nourrir et avoir des choses à raconter. Cette période de voyages était très intense. Quand je suis revenu, j’ai beaucoup écrit et quand j’ai eu les chansons, j’ai rappelé tout le monde, j’ai pris des rendez-vous. Je ne cherchais pas à signer dans une grosse maison de disque nécessairement : signer dans un petit label me laissait plus libre pour que ce 4e album, celui que je voulais faire, se fasse.

C’est fait, tu reviens aujourd’hui avec ce 4ème album, « Artefact ». Du coup, avons-nous à faire avec un nouveau Thierry Amiel ?

Oui, non. Je n’ai pas trop changé, mais c’est vrai que je livre davantage mes émotions et d’un autre côté, je me suis imaginé être quelqu’un d’autre. Par rapport à avant, je veux pousser le curseur vers un Thierry Amiel plus énergique et moins dans cette émotion, comme pouvaient voir en moi les compositeurs qui me proposaient des titres. J’ai voulu sortir de cette image.

Comment s’est passé la confection de cet album, qui est sans doute le plus précieux à tes yeux ?

J’ai commencé par faire des chansons tout seul, et chercher des inspirations, des idées, j’avais envie de revenir avec un concept-album ou en tout cas, avec des choses très concrètes à raconter, et pas juste chanter pour chanter et faire un nouvel album pour faire un nouvel album. Donc la première étape a été l’introspection, la recherche d’une couleur musicale. Mon idée initiale, c’était prendre les meilleurs musiciens, les meilleurs compositeurs, les meilleurs auteurs pour faire le meilleur album possible. Donc j’ai rappelé les anciens compositeurs que je connaissais, j’ai contacté les éditeurs, on m’a présenté plein de gens dont les compositeurs qui ont travaillé sur cet album. Et puis de mon côté, j’ai aussi eu des flash, des thèmes, des ambiances. Et puis, j’ai arrêté de me poser des questions, de faire attention au qu’en-dira-t-on et j’ai suivi mes envies. J’avais envie de surprendre, que ce soit rugueux, sombre, sensuel…

Comment cela s’est-il traduit sur cet album ?

Pour « Artefact », je voulais me lâcher, je voulais des chansons catchy, des chansons courtes. Je voyais ça comme un défilé de mode : mes chansons sont comme une collection, une collection de chansons courtes et cet album, comme un défilé… Et puis je voulais un album « à facettes » de moi, donc il y a 6 chansons rythmées et 6 chansons plus dans l’émotion qui s’équilibrent. J’ai voulu montrer qu’il y a une part de nous qui est publique et une autre, plus secrète. Je suis quand même dans la réserve, dans mes textes et dans l’attitude mais à l’inverse, musicalement je voulais me lâcher. Et dans ce processus de création et d’envies, je me suis découvert aussi. J’adorais ce que j’avais fait pour la « Nouvelle Star », le côté émotionnel des chansons mais j’avais aussi envie de montrer que je pouvais être cool, capable de me lâcher, d’être fun, d’être Rock… Alors ça a été comme une petite voix qui m’a dit : « Ose ! ».

A l’opposé de cette démarche créative, les gens attendent de retrouver aussi le Thierry Amiel qu’ils ont connu, l’interprète de reprises. As-tu prévu d’en inclure une ou deux sur cet album?

Non, ce n’est pas prévu même si on me pousse à le faire. Mais pour le moment, non. J’avais une vision très précise de ce que je voulais faire. Cet album raconte une histoire et donc une reprise ne s’insérait pas dans cette histoire-là.

Quelle est l’histoire du mot « Artefact »?

Le premier sens du mot c’est un objet fait de la main de l’homme, un objet qu’il faut façonner. En musique c’est une interférence, qui m’emmène sur les territoires de l’Electro, de l’urbain. Et puis aussi en psychologie, c’est un double, et j’aimais bien l’idée d’utiliser ce double pour libérer des choses plus enfouies. Et puis c’est un joli mot et il est très cohérent avec ce que que je voulais faire.

Le premier extrait, « Détends-toi » est sorti le 12 avril dernier, c’est un titre qui a étonné et qui a pu dérouter les fans de la première heure. Comment est née cette chanson?

Pour « Détends-toi », Je suis parti de la musique qui était déjà composée et elle m’a inspiré ce texte un peu sensuel. J’étais dans ce genre de d’ambiance à ce moment-là, j’avais des envies de décrire l’ambiance un peu sombre des nuits parisiennes. J’ai pensé alors à un couple d’amis qui est dans une histoire un peu passionnelle, fusionnelle, bruyante aussi (rire) et j’ai trouvé ça inspirant, cette question de l’abandon de soi dans une histoire, s’oublier totalement, se faire du mal, et voir jusqu’à quel point cela peut aller. Et donc je trouvais super intéressant d’explorer la thématique du côté sombre de l’amour sur une mélodie plus légère. Je me suis « un peu » lâché sur ce titre mais c’était une volonté de ma part.

Et c’est le cas sur le clip qui va illustrer la chanson et que tu viens de tourner à Paris ?

Il y a plusieurs « moi » dans ce clip et c’était cohérent pour « Artefact ». Je ne voulais pas un clip premier degré, même si le texte était premier degré, j’ai voulu faire quelque chose avec un peu plus de recul par rapport au texte. Donc on m’a soumis des idées et j’ai choisi un scénario qui exprimait le mieux l’idée conceptuelle de l’album : ces facettes avec de la modernité, jouer plusieurs personnages. Et puis, le scénario insère de la réalité virtuelle qui permet l’impossible. J’ai voulu aussi donner un aspect très graphique, très mode. J’ai voulu mettre en avant des jeunes créateurs que j’ai choisis. Dans ce clip, je porte des pièces un peu moins classiques que ce que ce que j’ai porter jusqu’à présent. (ndlr: lire notre reportage exclusif sur le tournage de ce clip événement)

Entre les débuts de ta célébrité depuis « Nouvelle Star » en 2003 et ce nouveau chapitre, « Artefact », il y a une atemporalité dans ton parcours et une liberté dans tes choix qui est remarquable et assez unique dans ce métier et fait que les gens qui ne t’oublient pas, même après 7 ans d’absence totale, ce qui est très long aujourd’hui…

… peut être que j’ai pas trop soûlé les gens mais en même temps, les gens ne m’oublient pas parce que j’étais partout à la télé.

Pour finir, quel regard portes-tu sur les 16 années qui viennent de s’écouler?

Avec le temps, je suis toujours content de mes albums. Je me dis qu’on avait quand même bien bossé sur ces albums. Et puis au fil du temps, j’ai développé une dynamique aussi : j’écris de plus en plus, je compose de plus en plus et je me fais plus confiance qu’avant ; j’ai la maturité pour mettre en avant mes idées et prendre mes décisions. Alors je suis à un moment un peu charnière où j’ai hâte de la suite parce que je sais que je vais aller plus vite. J’ai envie de pousser la créativité, de prendre des risques, de surprendre. Avec ce 4è album, j’ai réfléchi à tout ça et cela m’a permis de savoir que je pouvais diriger artistiquement tout seul un projet et que ça va me permettre d’explorer ces chansons plus originales dont je te parlais. Tout cela converge et grandit en moi. Et aujourd’hui, j’ai déjà hâte de la suite en tout cas…

Un échange réalisé par Gregory Guyot, les 29 et 31 mai 2019.

Crédit photos: Gregory Guyot (DR / @I_am_Gregg / JSM)Partage autorisé sur réseaux sociaux avec mentions / reproduction et utilisation des photos interdites sans autorisation.

THIERRY AMIEL

Boulevards des tubes…


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