FRANCOISE, VANESSA, CHARLOTTE, ETC :

Haut les filles !

Après sa sélection au dernier festival de Cannes, sortira le 3 juillet sur les écrans « Haut les filles », un film documentaire réalisé par Francois Armanet, en collaboration avec Bayon, sur la révolution Rock au féminin, à travers le témoignage de dix de ses héroïnes, toutes générations confondues : Françoise Hardy, Vanessa Paradis, Charlotte Gainsbourg, Jeanne Added, Brigitte Fontaine, Lou Doillon, Imany, Elli Medeiros, Jehnny Beth ! Nous l’avons vu en avant-première, l’avons aimé et vous offrons en bonus quelques morceaux choisis de déclarations de ces super-nanas, avant-gardistes et culottées qui nous ont fait rocker, tout autant qu’elles ont contribué à changer le regard de la société sur les femmes…

Alors que la question du genre se pose comme un réel enjeu de société et que fait rage le phénomène mondial #metoo, François Armanet a choisi de retracer 60 années de révolution Rock en France, mais sous le prisme du féminin pluriel. Histoire de démontrer, qu’en résistant aux clichés virils imposés par le Rock hier et le Rap aujourd’hui, plusieurs générations de filles audacieuses ont – lentement mais sûrement – pris le pouvoir, révolutionné le regard sur les femmes  et réinventé, en paroles et musiques, les codes établis de la beauté, de la décence, de la féminité, de l’érotisme et du style vestimentaire si indissociable de leur travail…

Au départ de son ambitieuse initiative, François Armanet a sélectionné des images d’archives judicieusement choisies et plutôt rares, de figures féminines emblématiques de la chanson : à commencer par Edith Piaf, première rebelle et rockeuse en son genre, lorsqu’elle implore « Mon Dieu », au lendemain de la mort de Marcel Cerdan, sur des mots de son amant Charles Dumont… De l’autre légende, Barbara, surnommée ici l’« Aigle noir » du féminisme, en passant par les idoles Yéyé des années 60 (Sheila, France Gall, Sylvie Vartan…), incarnations de la jeune fille un peu naïve d’une époque insouciante, les égéries plus troubles et sulfureuses de Gainsbourg (Jane Birkin, Mireille Darc, Anna Karina, Brigitte Bardot…), les rebelles révolutionnaires post mai 68 (Colette Magny, Catherine Ribeiro…), les figures Pop des années 80 (Catherine Ringer, Muriel Moreno de Niagara), les plus récentes ambassadrices de la World Music (Amina, Jain…), les représentantes d’une androgyne moderne et revendiquée (Mademoiselle K, Christine and The Queens…) ou encore les nouvelles icônes de la Pop des années 2020 (Yelle, Clara Luciani…), c’est un joli et glorieux panorama de la chanson française féminine qui nous est offert ici, appuyé d’habiles mises en perspective avec le contexte historique et les mentalités de l’époque face aux grands sujets de société, comme l’avortement ou la liberté sexuelle.

Histoire d’appuyer le propos, dix artistes emblématiques de ces courants historiques (et plus ou moins bien choisies…) viennent ici confier avec beaucoup de lucidité leur propre vision des choses, au moyen de souvenirs personnels et très sincères, souvent émouvants par leur caractère inédit et intime, sur leur enfance, leurs débuts, leur rapport à la scène et à la féminité, leur définition du féminisme… Etrangement, au-delà des styles et des générations, toutes affichent comme dénominateurs communs, un certain malaise à leurs débuts, des complexes dont elles ont eu à se défaire, une difficulté à trouver une légitimité et leur place dans un monde faits par les hommes pour les hommes, à se faire accepter avec leur propre personnalité et leurs propres codes… Mais au final, en ressort que le besoin quasi-vital de se réaliser artistiquement, le bonheur unique à faire de la musique et à  partager des moments de plaisir physique et charnel avec le public auront pris le dessus sur tous les obstacles : un bonheur qui vaut tous les combats.

Alors bien sûr, et c’est le piège de ce genre d’exercice cinématographique, le propos peut paraitre un peu confus, et il y a de grandes absentes (Juliette Gréco, Anne Sylvestre, Véronique Sanson, Mylène Farmer, Zazie…) ayant pourtant contribué à leur façon à l’émancipation de la femme et à brouiller les pistes du genre, quand d’autres chanteuses pourraient paraitre dispensables (Imany, belle, touchante et engagée, mais un peu hors-sujet, sauf quand elle évoque son combat contre l’endométriose dont elle souffre, ou encore Elli Medeiros, pâle « symbole » du Punk français des années 80, pour ne pas les citer). Mais au final, on se délecte des témoignages de stars d’ordinaire plutôt pudiques et secrètes, qui n’ont jamais été aussi authentiques et justes dans l’auto-analyse de leur itinéraire et de leur image publique… On a rarement entendu Françoise Hardy reconnaitre ses erreurs dans son rapport fusionnel à Jacques Dutronc avec autant de sincérité, Vanessa Paradis évoquer la violence de son adolescence avec autant d’émotion et de larmes dans la voix, Charlotte Gainsbourg évoquer ainsi ses complexes physiques et artistiques et analyser son inconfort permanent, ou encore Jeanne Added raconter aussi intelligemment son acceptation d’elle-même… Des moments intimistes et émouvants de femmes fragiles tombant le masque et leurs habits de lumière, qui compensent largement les défauts du film inhérents à son propos très ambitieux. Trop, peut-être…

Eric Chemouny

HAUT LES FILLES, MORCEAUX CHOISIS :


FRANCOISE HARDY

« J’ai un physique androgyne, et quand j’ai débuté, la mode était à Brigitte Bardot. Moi j’étais pleine de complexes. En allant en Angleterre, je n’étais plus, d’un seul coup, la jeune fille au physique ingrat »


VANESSA PARADIS

« Faire un concert, ça vous donne l’impression d’être le capitaine d’un paquebot. Un gros truc, quoi… sur la mer déchainée, qu’il faut maîtriser, pour que tout le monde, même la mer, sorte de là en disant : ah, c’était un beau voyage… »


JEANNE ADDED :

« Le Rock : un truc sans fioritures, un geste net, clair et précis qui ne s’embarrasse pas d’enluminures. J’aime pas les noeuds dans les cheveux ».


BRIGITTE FONTAINE

« Sur scène, il faut être net. Il faut avoir une silhouette nette. J’avais des habits très moulants et la tête rasée. C’était net. Je n’aime pas le mot femme, ou alors meuf ou femelle. Signer le manifeste des 343 salopes, c’était une évidence : j’ai failli mourir à chaque avortement… »


LOU DOILLON

« Ce qui me plait le plus avec le Rock et avec la langue anglaise, c’est qu’on peut oublier le genre. On n’a pas besoin de préciser si on parle d’un garçon ou d’une fille. j’ai l’impression que c’était aussi une manière de montrer sur scène, qu’on pouvait reprendre des chansons de garçon »


IMANY

« Quand vous êtes jeune, on vous dit que vous avez une voix d’ogre. Et quand vous êtes un peu plus âgée, dans la vingtaine, on vous dit : votre voix est sexy ! Ca change tout… »


 ELLI MEDEIROS

« La musique m’a sauvée parce que ça m’a permis de transformer tout ce qui était douloureux. Au lieu que ce soit quelque chose qui me détruise, ça passait à travers, à travers moi, ça allait vers les autres et puis ça pouvait servir les autres… »


JEHNNY BETH

« Quand j’ai commencé à chanter, j’avais une toute petite voix. J’ai découvert une voix plus importante vers mes 18 ans. J’ai pris des cours d’Opéra, et là, une voix que je n’ai jamais entendue, avec une puissance, avec quelque chose de plus fort et plus enraciné. Mon prof à l’époque m’avait dit que c’était une voix pour conquérir le monde… »


Crédit photos : Sonia Sieff / Les films du Losange (DR)



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