DISCORAMA #19

Promenons-nous dans les bacs…

édition JSM #19 . 15.06.19.


DISCORAMA, c’est notre panorama des sorties du moment ! Souvenirs et nostalgie au programme, collectors aussi : Mylene Farmer et son mythique live 89 qu’on n’espérait plus, Alain Bashung, Chagrin d’Amour, mais aussi le nouveau Florent Pagny, Bon Entendeur, la belle réédition de Saint-Victoire de Clara Luciani et les nouvelles venues : June Milo, Angèle Osinski, Gaumar. Pour finir, deux B.O. de films très remarqués : Elton John qui avait relancé sa carrière au milieu des années 80 grâce à la France et Calogero qui signe avec Francis Lai, disparu l’an dernier, la musique du nouveau Lelouch… Un éclectisme inspirant… Bonne écoute et belles découvertes… C’est parti !

FLORENT PAGNY

« Aime la vie »

(Capitol / Universal)

Depuis ses débuts, Florent Pagny alterne albums de chansons originales et albums concepts, se permettant ainsi de prendre le temps de choisir rigoureusement ses nouveaux titres, mais aussi d’explorer des chemins de traverse avec plus ou moins de bonheur, entre plages Electro, grands airs d’Opéra ou musiques cubaines. Sans faillir à la tradition, après le projet acoustique « Tout simplement» (2018), composé de reprises des chansons françaises ayant jalonné son parcours, un disque n’ayant pas rencontré un succès commercial à la hauteur de sa popularité, l’ex coach de « The Voice » revient avec « Aime la vie », un 19ème album studio de 10 chansons tout rond, annoncé comme « un retour aux sources, à l’essentiel ». Conçu comme un carnet de bord intérieur, il a été enregistré en Patagonie, la terre de son épouse Azucena, où il semble avoir trouvé la sérénité après des années d’errances et de turbulences parisiennes. Sur la voie de la sagesse, l’ex enfant terrible de la chanson française, cultivant désormais une image de père tranquille un peu roots, s’est entouré d’auteurs et de compositeurs familiers, à commencer par le fidèle Daran, mais aussi Emmanuelle Cosso, Alain Lanty, Pierre-Yves Lebert, ou Didier Golemanas. Mais la vraie surprise vient ici de son neveu Mathias Giunta, qui signe brillamment les paroles de six titres, associé à Manu Martin pour les musiques, à commencer par le premier extrait « Rafale de vent », suivis des deux duos de l’album « Garçons » avec l’ami Jean Reno, et « C’est ta route », avec Anne Sila. A défaut de souffrir la comparaison avec son triptyque historique (« Savoir aimer », « Châtelet Les Halles » et « Vieillir avec toi »), l’ensemble de bonne facture, notamment grâce à une interprétation toujours parfaite et concise, s’avère d’une écoute agréable et fluide, mélodiquement varié, soigné et efficace, mais n’évite pas les banalités et un trop plein de bons sentiments un peu faciles. D’autant plus que certains titres souffrent la comparaison avec d’imparables tubes passés sur des thèmes identiques (« Si une chanson » fait doublon dans son répertoire avec « Chanter » ; idem pour « Raison d’aimer » et « Savoir aimer »…). A l’aube de la soixantaine, on préfère de loin l’éternel rebelle dans un registre plus sombre et littéraire, comme sur « Noir et blanc » (Pierre Riess / Alain Lanty), très belle idée et vraie bonne surprise de cet opus, sur laquelle Florent Pagny renvoie au meilleur d’un Jean Ferrat ou d’un Jacques Brel.

Eric Chemouny

ANGELE OSINSKI

« A l’évidence »

(Fracas !!! / L’autre distribution)

Dans le « clan » Katel, on connaissait les talentueuses et délicates, Emilie Marsh, Maissiat et Maud Lübeck : il faudra désormais aussi compter avec Angèle Osinski. Après diverses expériences artistiques comme chanteuse, comédienne et danseuse, il aura fallu la rencontre avec la brillante et audacieuse productrice, pour que cette autre Angèle trouve sa voie et affine un univers musical singulier et original dans le paysage de la chanson française au féminin. Le coup de foudre artistique est tel entre les deux femmes qu’elle est la première signature du label Fraca !!! créé par le trio Katel, Emilie Marsh et Robi. Sous des dehors très classiques voire un peu minimalistes, ses dix chansons interprétées d’une voix limpide, volontairement sans effets de séduction trop appuyés, sur fond de Groove Hip hop ou d’harmonies Pop, finissent par nous envoûter après plusieurs écoutes… Sans doute parce que derrière la clarté de l’interprétation et sous cette évidence affirmée depuis le titre même de l’album, se nichent en réalité des images poétiques subliminales, des mélodies plus complexes qu’il n’y parait, et des paroles aux sentiments contraires qui se révèlent progressivement dans toutes leurs nuances. Au fil des chansons, d’ « Amour et décadence » à «L’instant d’après », « Bleu piscine » ou « Ne pas vous rencontrer », Angele Osinski installe subrepticement sa petite musique entêtante et son personnage d’héroïne romanesque, obsessionnelle et moins sage qu’on ne l’imagine, en proie à la tentation, aux interrogations et aux idées noires. On l’avoue sans culpabilité, on a véritablement fondu pour sa folie douce et ses chansons-miroirs à la perversité enfantine et envoûtante…

Eric Chemouny

BON ENTENDEUR

« Aller-retour »

(Columbia / Sony Music)

C’est l’album le plus original et inclassable de l’année ! Composé de Pierre Della Monica, Nicolas Boisseleau, et Arnaud Bonet, trois amis amoureux de la culture française et connus pour leurs mixtapes mensuelles, le collectif Bon Entendeur s’est déjà brillamment illustré avec plusieurs remixes addictifs de chansons plus ou moins oubliées du répertoire français comme « L’amour, l’amour, l’amour » de Mouloudji, « La Rua Madureira » de Nino Ferrer et surtout « Le temps est bon » d’Isabelle Pierre, chanson rafraichissante des années 70 qui les révéla en 2016. Leur recette est simple, croiser des voix off, des chansons, des musiques faisant partie du patrimoine cinématographique ou de la variété française en leur apportant un coup de neuf, moderne, dansant et toujours hyper-respectueux de l’original. Facile à dire, mais il faut vraiment le talent de ces trois-là pour faire prendre la sauce, et surtout le bon goût, le sens de l’architecture musicale et de la mise en scène qui les caractérisent. Si bien qu’on se laisse littéralement embarquer comme en croisière dans les années 60-70 à l’écoute de ce premier album qui revisite avec tout autant d’inventivité, de modernité et de bonheur « Vive nous » de Louis Chédid, « Tu fais partie du passé » de Zouzou, « L’amour joue au violon » de Jeannette (l’interprète de « Porque Te vas »), « Mes amis, mes copains » de l’ex yéyé girl Annie Philippe, « Maria » de Charles Dumont ou « Love Is Blue » d’André Popp. On adore également leur remixes de la musique culte du film « Coup de tête » avec Patrick Dewaere composée par Pierre Bachelet qui ouvre l’album, et leur version de « Mon voisin », dont on s’étonne qu’ils n’aient pas utilisé la voix de son interprète originale Véronique Sanson. Mais c’est avant tout avec leurs géniales interviews mises en musique qu’ils se distinguent des autres remixeurs : celle de PPDA racontant son optimisme pour la France et son attachement à son pays, de Pierre Niney donnant une leçon de séduction, ou de Fréderic Beigbeder analysant les états d’âme de sa génération, le tout sur des enchainements aux parfums Electro, sont de véritables moments d’anthologie, en plus d’apporter une touche chic à un projet qui n’en manque pas… 

Eric Chemouny

(en tournée dans toute la France, le 7 novembre 2019 à l’Olympia, et le 27 mars 2020 au Zénith de Paris) 


JUNE MILO

E.P. « Avril »

(Sixième étage)

C’est une des révélations féminines les plus enthousiasmantes du moment ! Découverte en avril dernier, en première partie de Clarika à la Cigale à Paris, et après un premier album aux accents Pop-Jazz « Jelly and Jam » en 2015, suivi de « Whisper » en 2016 marquant son virage vers une Folk plus affirmée, June Milo nous présente un nouvel EP rafraichissant, intitulé « Avril », et réalisé par le brillant Frédéric Lo (cf. Daniel Darc, Le Forestier, Alex Beaupain…). Née à Genève en 1985, de parents comédiens, lauréate de nombreux prix, la jeune chanteuse auteure-compositrice a derrière elle un solide bagage musical, puisqu’elle a exploré divers styles musicaux avant de mieux définir le sien, puisque d’abord formée au chant classique au conservatoire, puis aux musiques actuelles à l’ETM de Genève, et enfin au Jazz au CIM de Paris où elle s’installe en 2007. Et c’est finalement dans un registre Folk très traditionnel assez peu exploré en France par les chanteuses françaises, qu’elle a trouvé sa voie, après plusieurs expériences au sein de groupes Rock-métal, Funk et même d’un duo Jazz. Sur des mélodies limpides et très inspirées, elle a croisé son écriture sensible et féminine à celle de Clarika ou Laura Cahen, pour nous livrer aujourd’hui 5 chansons, sur lesquelles sa voix pure, aérienne et attachante fait merveille et provoque un coup de foudre immédiat, tout en déclenchant l’envie d’en connaitre davantage sur cette trop discrète artiste. De « Sous l’eau » à « De loin », tout n’est ici que délicatesse, poésie, pudeur et mélancolie. Si elle a déjà séduit de nombreux professionnels, dont André Manoukian intarissable à son sujet (« La justesse d’un laser et l’émotion d’une vestale » – France Inter), on est impatient de l’écouter le temps d’un album et de la retrouver sur scène… Ne serait-ce que pour l’entendre chanter avec beaucoup d’émotion et de feeling sa cover de « Jolene » de Dolly Parton.

Eric chemouny   

GAUMAR

« Jaune»

(Active Records)

Le soleil est en avance sur l’été avec ce premier album de Gaumar ! Après un premier EP , « Yellow », pour lequel nous avions eu un vrai coup de cœur (lire notre chronique sur l’EP), la jeune chanteuse a sorti le 7 juin dernier son premier album, « Jaune », qui reprend les 5 titres de cet EP enrichi de 7 nouvelles chansons et d’une version alternative de l’une d’elles, en bonus : « Buée », un futur tube down tempo, dans une très belle version acoustique. Ces nouvelles chansons sont dans l’exact prolongement de son EP formant une remarquable homogénéité de l’ensemble avec lequel Gaumar trace un chemin, un style, qui lui est déjà propre même si on sent les influences de ses jeunes aînées, comme Selah Sue ou Jain. Il y a chez Gaumar, une fraîcheur teintée de détermination qui font la force de cette nouvelle génération d’artistes, et l’envie de moins se prendre au sérieux que ses modèles pour notre plus grand confort d’écoute, sans pour autant négliger un professionnalisme certain (il n’y a qu’à la découvrir sur scène pour s’en rendre compte! Gaumar sait y faire!) . Cet album « Jaune » est ainsi une vraie bulle d’air frais et positif qui a la couleur d’une étoile qui semble veiller tout entier au bien-être de l’humain. Tous les titres ou presque évoquent nos connexions, nos relations parfois compliquées, et ce besoin vital de les polir pour être heureux : « Foule » le nouveau single, « On se mélange », « Mon amour », « Les gens », « RDV », … Avec ce premier opus réjouissant et réussi, la jeune chanteuse se place en ambassadrice du smile, du positif, du good vibes dont elle harangue la jeune génération tourmentée de sa bonne humeur et de son énergie communicative. Et cet album en regorge, de good vibes, au fil des titres qui mélangent les rythmes avec efficacité, donnant du relief à l’interprétation de ses histoires grâce à une voix au charme certain, au phrasé clair, précis et qui a le sens de la mesure, jouant sur les tempos comme un grand huit de l’émotion d’une égale valeur pourtant. « Jaune » distille aussi une furieuse envie de danser, mélange d’inspirations reggae moderne et urbain, une envie de bouger son corps et mieux encore, de faire bouger les lignes. Il s’inscrit dans l’air du temps et séduit dès son premier titre, « Bateau ivre »  jusqu’à son dernier, « Buée » (en acoustique) et traverse une collection de tubes en puissance comme « On se mélange », « Buée », « RDV » ou « Décomplexe » qu’on a hâte de découvrir sur scène puisque tout juste signée par Live Nation, qui ne s’y est pas trompé, Gaumar donnera vie à ses chansons cet été, notamment le 21 juillet au Lollapalooza Paris. Le rendez-vous est pris, mais en attendant, soyons « Jaune »…

Gregory Guyot


PHILIPPINE ET THEO 

« Vinyle »

(label SMART / Sony Music)

Voilà un duo qui a de l’audace et qui a fait le pari risqué et courageux de s’attaquer aux années 70, prenant le contre-pied d’une mode persistante de revival années 80 qui déborde à présent sur les années 90. Ce pari risqué s’appelle tout simplement « Vinyle » et concentre 12 titres des années 70. Face à cette prise de risque intéressante parce que trop rarement compilée dans un album digne de ce nom, nous devons nous incliner car Philippine et Théo, du haut de leurs 22/23 ans se sont attaqués à des artistes parfois presque oubliés de cette génération qui a foncé tête baissée dans les années 80 et l’avènement de la variet’Pop. Pourtant, et on le redécouvre ici, ces artistes ont écrit les plus grandes chansons de la décennie : Gérard Palaprat (« Pour la fin du monde »), Pierre Groscolas (avec deux titres choisis pour ce « Vinyle »: « Fille du vent «  et « Lady Lay ») ou encore Claude-Michel Schönberg ( « Le premier pas » chanté ici en solo par Théo). D’autres sont des artistes majeurs qui ne sont plus assez repris aujourd’hui comme ils le mériteraient comme Nicolas Peyrac avec « Je pars » qui ouvre très joliment cet album et « So far away from LA » qui le referme sur un beau solo de Philippine, la trop rarement reprise Marie Laforêt pour « Il a neigé sur Yesterday » qui a servi de premier single à cette sortie, ou encore Gérard Lenorman avec « Quelque chose et moi ». Parmi les artistes mis à l’honneur, des légendes aussi, avec des chansons désormais inscrites dans l’histoire de la chanson française : Jean Ferrat (« La femme est l’avenir de l’homme »), Serge Gainsbourg ( « L’anamour », le nouveau single du duo, parfait pour l’été), ou encore Joe Dassin (« Salut les amoureux ») et Michel Sardou (« La maladie d’amour ») . Si on peut reprocher aux arrangements d’avoir trop voulu moderniser pour rendre à tout prix actuels les originaux à coups d’instruments synthétiques sur des rythmiques sans grand relief, on applaudira les interprétations de Philippine et Théo dont le brin de voix s’adapte parfaitement à l’époque qu’ils chantent et qui apporte charme et humanité à des chansons réarrangées balisées pour des émissions de télévision. On aurait alors préféré à ce « Vinyle », un album plus acoustique pour davantage mettre en valeur les voix de ce duo, issus de The Voice, mais la démarche est tellement pertinente que l’on attend la suite avec une certaine curiosité. Philippine et Theo défendront cet honorable « Vinyle » le 25 juillet prochain au Festival de Sollies, en première partie d’un autre grand interprète de reprises : Patrick Bruel.

Gregory Guyot


CLARA LUCIANI

« Sainte-Victoire » (réédition double vinyle)

(Initial Artists / Universal)

Décidément, ce fameux « disque orange » qu’évoque Clara Luciani dans sa chanson « Nue », illustrée d’un superbe clip avec Raoul Teboul, chanteur de Feu!Chatterton, n’en finit pas de poursuivre son ascension vertigineuse ! Toujours très bien classé au Top albums, près de 15 mois après sa sortie (un exploit !), déjà réédité en CD à la pochette jaune augmenté de bonus, il ravit aujourd’hui les fans de la belle brune en se voyant décliné (toujours sous sa pochette orange) en version double vinyle de couleur orange et jaune, du plus bel effet sur nos platines. Au programme de ces quatre faces, l’incontournable « La Grenade », mais aussi toutes les chansons de l’artiste devenues des tubes scéniques au fil de sa tournée, à force de talent, de travail et de persévérance : « La baie », « Comme toi », « La dernière fois », « Jean bleu » (adapté de Lana Del Rey), « Bovary », « Mon ombre »… Et cerise sur le cake d’amour de la star montante, un duo avec Philippe Katerine, « Qu’est-ce que t’es beau ». Une jolie façon, estivale et colorée, de patienter jusqu’à son prochain Olympia en septembre 2019…

Eric Chemouny

ALAIN BASHUNG

« 50 plus belles chansons »

(Barclay / Universal)

Après le succès de son album posthume inespéré « En amont » (plus de 70.000 exemplaires vendus à ce jour), et près de dix ans après sa disparition, Alain Bashung n’en finit pas d’être célébré et revendiqué par la nouvelle génération comme une référence absolue et inégalée en matière de Rock français. Dernier exemple en date, le brillant Hervé… Succédant à l’intégrale 1977-2018 disponible au format livre d’art, richement illustrée de photos inédites ou rares, comptant tous ses albums dans l’ordre (soit 308 titres dont 4 inédits et de nombreux bonus), accompagnée d’une intégrale vinyle couleur comptant les 13 albums studio et un vinyle inédit « Covers » de reprises faites par l’artiste, vient de sortir – pour les fans les plus modestes – une nouvelle version de la compilation « 50 plus belles chansons », revue et corrigée sous un nouveau visuel, en forme de patchwork à l’esprit Punk, des différents visages du chanteur proteïforme. On y retrouve tous ses incontournables tubes réunis ici (« Vertige de l’amour », « Gaby Oh Gaby », « Bijou Bijou », « S.O.S Amor », « La nuit, je mens », « Madame rêve », « L’arrivée du tour », « Ma petite entreprise », «Joséphine », « Aucun express »…),  de sublimes reprises (« Les mots bleus » de Christophe, « Il voyage en solitaire » de Manset, « Variations sur Marilou », de Gainsbourg…), augmentés de titres plus récents (« Immortels »). On ne se le dira jamais assez : Bashung, c’est la base. 

Eric Chemouny

ELTON JOHN

«BOF Rocketman »

(Virgin / Universal)

Après le triomphe international de « Bohémian Rapsody », le biopic consacré à Freddie Mercury ayant donné à toute une nouvelle génération l’envie de connaitre le répertoire de Queen et boosté comme jamais les ventes de CD du groupe, il était naturel que le génial Elton John ait droit aussi à son biopic, en attendant ceux déjà annoncés sur Bob Dylan, David Bowie et les Beatles. A la différence que Sir Elton est toujours de ce monde et a pu superviser et produire le film sur « sa vie, son oeuvre ». En tout cas la première partie de son existence, de son enfance malheureuse de gosse mal-aimé et rejeté, jusqu’à son retour en force avec « I’m Still Standing » en 1983 après des années de succès professionnels certes, mais aussi de descente aux enfers sur le plan personnel… Si le film (forcément hagiographique) qui lorgne davantage vers la comédie musicale façon « La La Land », n’évite pas les poncifs et les effets boursouflés un peu Kitsch à force de vouloir reconstituer l’époque (on a parfois l’impression d’être dans « Austin Powers »…), on ne boude pas son plaisir à l’écoute de sa B.O regorgeant de tubes de l’immense mélodiste, pianiste et showman qu’est Reginald Kenneth Dwight (de son vrai nom) : « Your Song », « Crocodile Rock », « Don’t Let The Sun Go Down on Me », « Don’t Go Breaking My Heart «  (en duo avec Kiki Dee). C’est pour nous aussi l’occasion de se rappeler la formidable histoire d’amour qui le lie à la France, pays qu’il adore : s’ils sont nombreux à avoir adapté ses chansons, notamment  Sylvie Vartan, qui chanta « Je te cherche »/« Rocketman », FR David « C’est ma vie » / « It’s Me That You Need » ou Michel Delpech, « C’est ta chanson »/ « Your Song », Elton prêta sa voix à un duo avec France Gall en 1980, « Les aveux » (« Donner pour donner »), et chanta même en Français  « J’veux d’la tendresse » (reprise d’une chanson de Janic Prévost, écrite par Jean-Paul Dréau) sur son album « The Fox » (1981)… Comment dit-on Cocorico en Anglais ?

Eric Chemouny

CALOGERO – FRANCIS LAI

« BOF Les plus belles années d’une vie »

(Polydor / Universal)

« Quand j’ai parlé du film à Francis Lai, je lui ai dit qu’il me fallait ses plus beaux thèmes. Ce sont les deux derniers thèmes que Francis a écrits. Ils sont absolument bouleversants. Je lui ai demandé à qui il pensait pour l’orchestration. Francis m’a suggéré Calogero. Nous sommes allés chez Francis, qui lui a joué ses deux compositions… Calogero était profondément ému. Il était K.O. debout, touché. Nous nous sommes mis au travail avec Francis et Calogero. Didier Barbelivien a écrit les textes des chansons. Nicole Croisille m’a refait cadeau de sa voix et de son interprétation, uniques. J’ai eu envie d’entremêler les timbres de Nicole Croisille et Calogero, qui incarnent l’alliance parfaite d’une intemporalité. Calogero m’a confié qu’il avait un thème qui pourrait peut-être s’inscrire dans le film. J’ai écouté. C’était une valse, superbe, qui a tout de suite trouvé sa place. Calogero était ému de réorchestrer le thème d’ »Un homme et une femme », qui prend une densité absolument incroyable. Francis Lai a eu le temps d’assister à l’enregistrement de la musique avant de disparaître. Je l’ai vu bouleversé. Il était fou de joie des orchestrations qu’avait faites Calogero ». Ainsi Claude Lelouch évoque-t-il la genèse de la collaboration entre son compositeur attitré, le légendaire Francis Lai récemment disparu, et Calogero, responsables de la superbe B.O qui accompagne le troisième et dernier volet du triptyque cinématographique, commencé en 1966 avec « Un homme, une femme », suivi du moins convaincant « 20 ans déjà » en 1986. Si le film est une réussite totale dans la filmographie pourtant inégale de Lelouch, il le doit aux dialogues finement écrits, tout en pudeur et en élégance, à la présence magnifique d’Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant, bouleversants en éternels amoureux envahis par les regrets et désemparés face au temps qui passe, mais aussi à la musique, très présente et au thème principal chanté en duo par Nicole Croisille et Calogero, d’un lyrisme renversant, démultipliant l’émotion qui nous submerge au fil de ces retrouvailles entre deux géants du cinéma… Gageons qu’il ne s’agit là que du début de l’histoire d’amour entre Calo et le 7ème art…

Eric Chemouny

MYLENE FARMER

CD / DVD / BluRay : « En concert – 1989 »

(Polydor / Universal)

Alors que la belle Mylène réunit chaque soir plus de 27.000 fans dans la gigantesque U-Arena de Nanterre-La Défense depuis le 7 juin et jusqu’au 22 (lire notre article dans ce numéro) , et après plusieurs vagues de rééditions de maxi-vinyles, sa maison de disques historique Universal célèbre ses 30 ans de triomphe sur scène en proposant une réédition deluxe de son premier concert en 1989, augmentée surtout de sa version inédite en DVD ou BluRay, avec image restaurée (tant bien que mal…) et un son en revanche parfaitement re-masterisé. En plus du plaisir de replonger dans cette période d’une grande créativité musicale et visuelle (on se rappelle ses incroyables clips en CinémaScope avec Laurent Boutonnat), c’est l’occasion de mesurer la photogénie et le charisme déjà évidents de celle qui allait devenir la plus grande Star féminine de l’industrie musicale française, et l’extrême professionnalisme de la jeune chanteuse de 28 ans à l’époque, qui posait là les jalons du style Farmer, dans un décor monumental d’outre-tombe, entourée de nombreux danseurs pour un show déjà spectaculaire et à sa démesure. Car il s’agissait déjà à l’époque d’une succession de tableaux de toute beauté, bénéficiant d’une super production et de moyens innovants. Outre ses tubes du moment (« Pourvu qu’elles soient douces », « Sans contrefaçon », « Ainsi soit-je… », « A quoi je sers», « Libertine », « Tristana »), on y retrouve aussi « L’horloge » et « Sans logique », qu’elle a choisi de reprendre sur son nouveau show, pour le plus grand bonheur de ses premiers fans, même si manquent sur le BluRay des titres figurant sur les LP et CD (« Plus grandir », « Allan »…). A noter aussi qu’elle reprenait alors « Je voudrais tant que tu comprennes », empruntée à Marie Laforêt, qu’elle s’appropriait dans une version ultra émouvante, preuve d’une grande sensibilité et d’un indéniable bon-goût…

Eric Chemouny   

CHAGRIN D’AMOUR

Eponyme, réédition LP Blanc

(Because / London Recording)

La belle idée que voilà ! 37 ans après, la France se rappelle encore la révolution musicale provoquée par Chagrin d’Amour, alias Valli et Grégory Ken, avec leur tube « Chacun fait c’qui lui plait », un standard encore sur toutes les lèvres, et qui fait toujours le bonheur des amateurs de soirées Karaoké. Dès sa sortie, en novembre 1981, le titre considéré comme le premier tube Rap français, bénéficiait de 9 passages par jour sur NRJ et le 45 tours s’écoulait à 35.000 exemplaires par jour… Ca laisse rêveur ! Dans la foulée, un album est ensuite enregistré en quelques jours en studio rue des Martyrs (aujourd’hui devenu le studio de feu Philippe Zdar), sous la houlette du réalisateur Dominique Blanc-Francard qui réunit les plus grands musiciens de studio du moment (Slim Pezin aux guitares, Bernard Paganotti à la basse, Philippe Drai à la batterie, et Jean-Pierre Sabar aux claviers), encore aujourd’hui écouté comme une référence absolue en termes de liberté et de modernité musicale. Y compris pour sa légendaire pochette noir et blanc signée recto-verso de l’immense Avedon, représentant le duo nu comme Adam et Eve, entre paradis et enfer. Sorti un an après le 45 tours sur le label Barclay, plusieurs chansons en furent extraites mais sans rencontrer le même succès : « Bonjour, v’la les nouvelles », « Blonde platine »… A noter que Grégory Ken n’en était pas à son premier coup d’essai puisqu’il démarra en réalité sa carrière en solo dans les années 60 aux côtés de France Gall et Jacques Dutronc, avant de participer aux comédies musicales « Hair », « Jésus Christ Superstar », « Mayflower » et « Starmania » (dont il fut le mythique Ziggy) et qu’il la poursuivit après l’aventure Chagrin d’amour en tant que chanteur-producteur, prêtant même sa voix à de nombreuses pubs et aux jingles de Canal+, avant de disparaître prématurément en 1996 à 49 ans. Quant à la blonde Valli, elle enregistra plusieurs 45 tours à succès (la reprise 60’s de « The More I See You », suivie de « Place de la Madeleine »…), emblématiques de la fraicheur créative des années 80, avant de devenir animatrice TV sur Canal+ aux côtés d’Alain Chabat, puis de faire les beaux jours des ondes radios comme journaliste musique (Europe 1, France Inter). Bref, on ne peut que se réjouir de cette belle réédition en vinyle blanc, d’autant qu’elle propose en bonus le 45 tours original de « Chacun fait c’qui lui plait ». Toute une époque !

Eric Chemouny

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