SYLVIE VARTAN :

«Johnny et moi »

Alors que l’on s’apprête à célébrer, le 5 décembre prochain, le premier anniversaire de la disparition de Johnny Hallyday, Sylvie Vartan a choisi de rendre un dernier hommage, tendre et pudique, à celui qui fut son premier amour, en enregistrant « Avec toi », un album émouvant et réussi de reprises des plus grands tubes de l’Idole, de « Retiens la nuit » à « Sang pour sang ». Nous avons rencontré la star dans son havre de paix parisien, entre deux dates de sa tournée… Fidèle à son image de femme discrète, élégante et attachée à des valeurs, elle s’est confiée sur la genèse de cet album, résolument à part dans sa discographie, et qui lui tenait tant à cœur…

Syvlie Vartan album avec toi JSM 14 Je Suis Musique

 – Comment est née l’idée de cet album de reprises de Johnny ?

Enregistrer cet album était un peu la suite logique de l’hommage que j’avais consacré à Johnny lors de mon passage au Grand Rex au printemps dernier. J’avais envie de chanter ses chansons, d’entendre ma voix sur ses mots. C’était très émouvant pour moi. J’avais surtout envie de me souvenir de lui dans sa beauté, dans sa force, dans sa jeunesse… C’est la période que je connais le mieux puisque j’ai partagé toutes ces années avec lui, tant sur le plan personnel que professionnel, et avec la même passion. Nous faisions le même métier et aimions la même musique, en fait.

– Comment s’est faite la sélection des titres ?

Elle a été très difficile à faire : Johnny a chanté tellement de chansons de styles différents. C’est comme lorsqu’on me demande la chanson préférée de mon propre répertoire. Je ne peux pas choisir… Alors disons que ma préférence a été à des chansons qui ont une résonance en moi, comme évidemment « Sang pour sang », «La musique que j’aime », « Retiens la nuit »… Beaucoup de ces chansons ont leur histoire propre et évoquent des souvenirs très particuliers en moi.

SYLVIE VARTAN et JOHNNY HALLYDAY par Daniel Millet JSM 14 Je Suis Musique (1 (6)

– Une des difficultés est que ces chansons ont été écrites pour un homme et chantées par un homme, parfois même à destination d’une femme (« Oh ma jolie Sarah », « Gabrielle ») : comment avez-vous contourné cette difficulté ?

Pour moi, il n’y avait pas de différence : bien sûr, il y avait des chansons tout à fait particulières, faites pour Johnny comme « Requiem pour un fou », très puissantes, et qui sont des chansons d’homme que je ne pouvais reprendre. Mais sinon, j’aurais pu chanter beaucoup de ses chansons. Et j’en avais envie d’ailleurs, comme « Le bon temps du Rock’n’Roll ». C’est une chanson que j’avais trouvée moi-même, mais quand il l’a entendue, il m’a demandé ce qu’était cette chanson que j’allais enregistrer, et il l’a voulue pour lui. Ce n’était pas surprenant, nous aimions la même musique.  Au-delà de ces questions, mon choix n’a été dicté que par les souvenirs, qu’évoquent ces chansons pour moi. «Quand revient la nuit » par exemple, date de l’époque où il était soldat en Allemagne. C’était « mon » soldat : d’ailleurs, la photo de la pochette a été prise à cette période. Tout cela a un côté très frais, très jeune, très émotionnel pour moi. Ces images sont toutes mêlées en moi : des souvenirs d’ordre privé se mélangent avec d’autres autour de notre passion pour la musique et les tournées que nous faisions souvent ensemble… Nous avons toute une histoire en commun.

– « La musique que j’aime », qui ouvre l’album, donne le ton : au regard des crédits, on constate que vous avez partagé beaucoup d’auteurs-compositeurs en commun, de Michel Mallory à votre fils David Hallyday, qui a composé trois titres de cet album (« Mirador », « Vivre pour le meilleur », « Sang pour sang »)…

J’ai aussi choisi les chansons en fonction des auteurs et des compositeurs : Michel Mallory, qui a beaucoup écrit pour Johnny et pour moi, mais aussi Gilles Thibaut, Jean Renard, Jean-Jacques Goldman, Michel Berger, et David bien sûr. Ce sont tous de grands artistes, mais malheureusement, il a fallu choisir treize titres : je n’ai pas pu aller au-delà, mais ce n’est pas l’envie qui m’en a manqué. Quant à cette chanson, « La musique que j’aime », je l’ai enregistrée dans les mêmes conditions que mon premier album à Nashville : à l’époque, on enregistrait tout en direct, l’orchestre et la voix en même temps. Ce n’est qu’ensuite, qu’on a commencé à d’abord enregistrer la musique, sur laquelle le chanteur  posait sa voix. Pour « La musique que j’aime », on a procédé ainsi, et je crois que cela se ressent. Les guitares sont absolument extraordinaires et répondent à ma voix, et à ce que je chante. Elle a fait partie de tous les tours de chant de Johnny et j’ai pensé que ça donnerait le ton du disque en l’ouvrant sur cette chanson.

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– Vous avez globalement respecté la couleur d’origine des chansons, certaines sonorités 60’s ou 70’s par exemple… (« Quand revient la nuit», «Oh, ma jolie Sarah »…) : c’était une intention de départ ?

Oui, j’ai essayé de ne pas les dénaturer : je pense que cela aurait été trahir Johnny. Je voulais qu’elles restent les mêmes, mais dans ma voix : « Que je t’aime » par exemple, était une chanson écrite au départ pour être chantée par un homme, parce qu’elle est très sexy, très forte. J’ai voulu la refaire au féminin, comme une réponse qui lui serait adressée, car je savais que cette chanson avait été écrite pour moi. Entendre ma voix sur ces mots est très émouvant pour moi.

– Cette émotion est très palpable : des souvenirs particuliers sont-ils remontés en surface au fil de l’enregistrement des chansons ?

Je crois que je les ai en moi depuis toujours, tous ces souvenirs. Concernant « Le pénitencier » par exemple, qu’il a enregistrée au début de sa carrière, je me rappelle que chaque fois que j’allais le voir en spectacle, et qu’arrivait la phrase « le soleil n’est pas fait pour nous… », sur laquelle le mot « soleil » tombe sur la note la plus haute, mon coeur se serrait : je me demandais s’il allait y arriver… (rires). Ce sont des petits détails comme cela qui ouvrent la porte à beaucoup de souvenirs. Nos vies étaient mêlées : on était des gamins, des adolescents, animés de tas de passions pour tout… Pour la musique, mais aussi pour le public qui nous portait. Nous formions presque un ménage à trois avec lui (rires).Tout cela était un tourbillon permanent, d’une force incroyable. Ce sont des moments de ma vie très puissants. De façon générale, les chansons sont très révélatrices, et très souvent, les gens qui aiment un artiste, le connaissent intimement au travers des chansons qu’il chante.

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– Ces chansons, vous les connaissez pour certaines, mieux que quiconque, pour les avoir vu naître…  Johnny vous demandait-il des conseils avant de les sélectionner et les enregistrer ?

Non, mais on partageait tout cela, d’autant que nos goûts étaient les mêmes, nos échelles de valeurs également. Quand quelque chose me plaisait, ça lui plaisait également, et vice versa.

– Y-a-t-il des chansons de votre répertoire qu’il aurait aimé chanter ?

J’aimais bien les chansons qui étaient écrites pour lui, mais en ce qui le concerne, c’était plus compliqué de chanter les miennes, typiquement féminines, comme « La plus belle pour aller danser » (rires). Mais je crois que la chanson qu’il aurait vraiment beaucoup aimé chanter était « Par amour, par pitié ». Souvent d’ailleurs, aimant la même musique, nous échangions nos musiciens : c’était le cas de Mick Jones qui est ensuite devenu le guitariste fondateur de Foreigner, et du batteur Tommy Brown, qui pendant longtemps m’ont accompagnée sur scène, et avec lesquels j’ai fait plusieurs fois le tour du monde. Mon frère Eddie n’ayant pu avoir les Beatles pour m’accompagner à l’époque, les avaient recrutés… (rires). Micky a d’ailleurs vécu chez nous pendant cette période. Il a d’abord écrit des chansons pour moi, et ensuite pour Johnny, notamment « Oh, ma jolie Sarah », une chanson rythmée et très réussie. Et puis Johnny a absolument voulu avoir mes musiciens et d’une manière royale, je les lui ai cédés ! (rires).Pour cette raison, c’était un plaisir de reprendre cette chanson.

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– Quel sens donner à ce titre « Avec toi » ?

Ce titre fonctionne dans les deux sens : il était avec moi, j’étais avec lui. A tous les niveaux.

– Pourquoi le choix de cette photo de Jean-Marie Périer sur laquelle on ne voit que vos silhouettes finalement …

J’ai choisi cette photo de Jean-Marie Périer, parce qu’elle est représentative de cette époque, pure et innocente. Elle nous montre dans notre vie de tous les jours en fait. Lui, dans l’ombre, me regardant chanter. La situation inverse arrivait souvent : moi aussi, je le regardais chanter derrière le rideau. Combien de fois avons-nous fait cela ? On partageait les mêmes passions, on vibrait pour les mêmes choses. C’était une entente supplémentaire qui ajoutait à notre amour et une situation assez unique. Peu de couples peuvent partager cela. Surtout chanter : on s’adresse à des gens qui nous renvoient des émotions. C’est très fort.

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– On devine un Johnny très admiratif et protecteur… C’est l’image que vous gardez de lui dans les années 60 ?

Je garde surtout de lui l’image d’un garçon sensible, pudique, et je voulais que cette photo reflète cette pudeur. Parmi les milliers de photos qu’il existe de nous, je ne voulais pas d’une photo où l’on nous voit amoureux. Je voulais au contraire quelque chose de plus retenu, de vrai, et je pense qu’en définitive, elle est très forte cette photo.

– Plutôt qu’un quinzième titre, après « Le message » très personnel que vous lui adressez, pourquoi avoir voulu reprendre cette chanson des Beatles, « In My Life » ?

D’abord parce que c’est une chanson que nous aimions tous les deux. Et puis, je trouvais qu’elle mettait des points de suspension à toutes les chansons que j’avais choisies. Elle parle des amours passées et en particulier d’un premier amour que l’on n’oublie jamais et qui reste incomparable. Elle colle bien à Johnny, car il reste un artiste incomparable. C’est une très belle chanson et un cadeau que je voulais lui faire.

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– C’est une des rares chansons dont vous avez changé la couleur et le rythme…

Oui, j’en ai changé le tempo, car je la voulais plus tendre que l’original. Je la ressentais comme cela : les paroles sont tellement fortes… Tout comme j’avais pu le faire précédemment pour « Mon enfance » de Barbara, que j’adore vraiment, pour l’adapter à ma façon, afin de ressentir les mots et l’histoire qu’elle raconte.

– Quelles sont vos attentes à l’égard de cet album ?

J’ai enregistré ces chansons avec mon coeur, par passion et par plaisir. Il y en a beaucoup d’autres que j’aurais aimé chanter aussi. Mais je n’ai pas d’attentes particulières d’un point de vue strictement commercial, si c’est le sens de la question. Johnny a toujours été un gros vendeur de disques. J’en ai vendu aussi beaucoup, en France, au Japon, en Italie, en Espagne, mais je suis une artiste « normale ». Personne n’a jamais vendu autant de disques que lui : il est hors-course, unique et incomparable. Il a pulvérisé tous les records dans tous les domaines, si bien qu’il restera longtemps une idole et une icône.

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– Avez-vous écouté son album posthume, « Mon pays, c’est l’amour » ?

Non, je ne l’ai toujours pas écouté. Franchement, je n’en ai pas envie et je n’ai pas le cœur à le faire. J’ai tellement chanté avec lui, je connais tellement sa voix, à laquelle j’étais suspendue si souvent, que je ne suis pas prête à écouter ces chansons en me disant que ce sont les dernières. Pour tout dire, lorsqu’elles passent à la radio ou à la télé, je zappe. Je préfère me souvenir de lui dans sa force, dans sa jeunesse, dans sa beauté, penser à lui comme il était : solaire et magnifique ! Je trouve que c’est comme cela qu’on doit se souvenir de lui, tel que je l’ai connu, et aujourd’hui immortel dans mon cœur…

Propos recueillis par Eric CHEMOUNY

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crédit photos : Stade de France et Olympia 2009, Daniel Millet (D.R./SylvieVartanShow) – un grand merci à lui pour nous avoir confié ses clichés / Album cover (D.R./ Columbia France/ Sony Music)

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JE SUIS MUSIQUE #14 : Retrouvez tous les articles de ce numéro, en cliquant sur les artistes de votre choix… Bonne(s) lecture(s).

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