DISCORAMA #14

Promenons-nous dans les bacs…

édition JSM#14 . 24.11.18.


DISCORAMA, c’est notre panorama des sorties de cette fin d’année ! Une actualité très dense avec les nouveaux albums des idoles qui sortent quasiment tous en même temps : après une première salve à la rentrée avec Mylène Farmer, Zazie ou encore Obispo pour ne citer qu’eux, débarquent Vanessa Paradis, Patrick Bruel, Benjamin Biolay et bien sûr les opus et rééditions diverses de Johnny, premier anniversaire oblige. Face à ces aînés de marque, il y a de belles révélations aussi : Corine et Aya Nakamura… entre autres. La musique est toujours bonne, alors bonne écoute et belles découvertes… C’est parti !

DISCORAMA Vanessa Paradis JSM 14 Je Suis Musique Resize (1)

VANESSA PARADIS

« Les sources »

(Barclay / UM)

C’est l’évènement discographique du moment ! 6 ans après « Love Songs », qui marquait sa collaboration professionnelle autant que son idylle avec Benjamin Biolay, la chanteuse Vanessa Paradis est de retour ! Enregistré à Los Angeles au studio Sound Factory, avec Paul Butler à la réalisation (leader du groupe anglais The Bees et producteur des premiers albums de Michael Kiwanuka et de Devendra Barnhart), « Les sources » a été écrit et composé par une équipe réduite, limitée à Vanessa Paradis, entourée de son mari, le romancier réalisateur Samuel Benchétrit, Fabio Viscogliosi et Adrien Gallo, le leader de BB Brunes. Alors qu’il y a quelques semaines, on pouvait entendre la star en duo avec Gaëtan Roussel sur le dernier album solo de celui-ci, l’excellent« Traffic », l’égérie nous offrait un premier extrait qui donnait déjà la couleur générale Folk-Soul de ce nouveau chapitre à sa discographie exemplaire, la ballade minimaliste « Ces mots simples ». A présent qu’il est entre nos mains et nos oreilles, de « Kiev » à « C’est dire », « Mio Curore » (en Italien) ou « Ce que le vent nous souffle », en passant par le malicieux « A la hauteur de mes bas », difficile de déceler ici un radio-hit ou un single évident à l’écoute de cet album, mais on imagine bien qu’au terme de près de trente ans de carrière et auréolée de tubes en pagaille, tel n’est pas le but de la brillante actrice-chanteuse : en femme amoureuse, rêveuse et mélancolique, toute entière dédiée à son nouveau bonheur, elle s’est plutôt attachée à installer une ambiance feutrée, chaleureuse et amicale, en nous livrant  douze chansons tranquilles, simples et intimistes, principalement déclinées autour du thème de la bulle amoureuse, toutes en demi-teintes et souvent susurrées sur le mode de la confession de sa voix quasi-enfantine, subtile et pleine de nuances émotionnelles. Au final, malgré la facture peu « commerciale » de cet opus, et alors qu’on s’interroge sur la forme que prendront ses prochains concerts très attendus avec ces nouvelles chansons, la production impeccable et l’interprétation de la sublime Vanessa, atout majeur de ces « Sources », achèvent de nous envelopper dans un nuage de douceur cotonneuse, qui pourrait bien s’avérer être le plus agréable des cocons à l’approche de l’hiver…

Eric CHEMOUNY


DISCORAMA Bruel JSM 14 Je Suis Musique Resize (11)

PATRICK BRUEL

« Ce soir, on sort »

(14 productions / Columbia / SM)

A 59 ans, et trois ans après l’aventure du disque et du spectacle hommages à Barbara, Patrick Bruel publie son 9ème album studio, le précédent « Lequel de nous » remontant à 2012. Annoncé par « Tout recommencer », composé par Mickael Furnon de Mickey 3D et produit par Vianney, augurant d’une ouverture à des sonorités nouvelles chez l’acteur-chanteur, « Ce soir, on sort » se veut l’album du renouveau et le fruit de deux ans de travail, entre chansons intimes et d’autres inspirées du monde qui l’entoure et de sujets d’actualité qui le touchent de façon épidermique, comme les attentats du 13 novembre 2015, un drame qu’il a vécu de près, le temps d’une chanson qui donne son titre à l’ensemble. Sans se renier ni trahir ce qui fait sa griffe et sa place à part dans la chanson française depuis plus de trente ans, Bruel démontre sa curiosité pour les musiques actuelles en se frottant à des sonorités plus Pop et modernes que d’ordinaire (« On se plait »), voire carrément Electro (« Louise »). Avec toujours une longueur d’avance, il a anticipé la longue tournée de 49 villes qui l’attend, dont une étape importante à la gigantesque U-Arena de Nanterre, en enregistrant des titres fédérateurs et taillés pour la scène, comme « Pas eu le temps », chanson universelle sur le temps qui court, « Qu’est-ce qu’on a fait » sur la victoire de l’équipe de France lors de la dernière coupe du monde de football, ou encore l’étonnante « Stand up ». Mais le showman montre aussi ici qu’il peut se faire plus sensible et introspectif, comme sur le mélancolique « Arrête de sourire », « J’ai croisé ton fils » sur ses rapports longtemps difficiles avec son père, ou « Mon repère », chanson hommage à son grand ami Guy Carcassonne, l’un des maitres du droit constitutionnel, décédé en 2013, une chanson poignante d’émotion et de sincérité. A noter aussi, l’autobiographique « Rue Mouffetard » qui semble faire écho au tube « Place des grands hommes ». Interprète hors pair, il s’est glissé sans difficulté dans l’univers du sombre et tourmenté Pierre Lapointe, rencontré grâce à son frère David-François Moreau, sur le splendide « L’amour est un fantôme », un des plus beaux titres de l’album sur le thème de l’infidélité et de l’éternel retour. Enfin, sur « On partira » qui clôture l’album, et à travers le prisme du rapport entre une mère et son fils, il évoque sous l’angle humaniste la question de la crise des migrants. Bref, sans jamais négliger les textes auxquels il accorde toujours une place essentielle, Bruel s’est enfin ouvert a des sons plus urbains et contemporains. « Je voulais écrire des chansons qui représentent un peu les six années qui viennent de se passer, ce que j’ai pu vivre de beau, de moins beau, de fort, d’extraordinaire, de triste » confiait-il au micro d’une grande radio dernièrement. Reconnaissons que l’exercice est plutôt très réussi. Si bien que depuis sa sortie, « Ce soir, on sort » talonne de près l’album posthume de Johnny dans le classement des ventes d’albums… Bel exploit !

Eric CHEMOUNY


JOHNNY HALLYDAY

« Mon pays, c’est l’amour » (Warner Music)

« L’album de sa vie »,

« Le concert de sa vie »,

« Stade de France 98 » (Universal Music)

Le 5 décembre prochain, la France célébrera le triste anniversaire de la disparition de l’idole : alors qu’une cérémonie aura lieu en l’église de la Madeleine à Paris, une avalanche d’ouvrages plus ou moins sérieux, signés de proches ou moins proches de Johnny, vient inévitablement accompagner cet évènement en cette période de fin d’année. En attendant, c’est surtout le chanteur d’exception, que le public a voulu honorer : tout d’abord, en faisant un triomphe à son dernier album « Mon pays, c’est l’amour », écoulé à plus d’un million d’exemplaires à ce jour, faisant de cet opus posthume un nouveau record de ventes dans sa carrière monumentale. Malgré un visuel et un titre contestables, ce recueil inachevé de 10 plages (sur les 12 initialement prévues), sans véritable chanson locomotive à part le lucide et prémonitoire « J’en parlerai au diable », est un album honnête, sauvé par la réalisation toujours brillante de Maxim Nucci / Yodélice, et qui renoue avec les racines profondes du Rock et du Blues, auxquelles le chanteur semblait vouloir revenir depuis le précédent « De l’amour ». Quand on imagine les conditions difficiles d’enregistrement de cet album des adieux, on n’en pardonne que davantage les faiblesses (et d’ailleurs, les fans ont acheté de confiance, histoire de « posséder » l’objet, comme un ultime souvenir de celui qui a accompagné leur vie), notamment la fatigue vocale de la star, décelable ici et là, et n’apportant que plus d’émotion à l’écoute d’un disque forcément poignant. En parallèle, riche de 43 albums studio et 22 albums Live à son catalogue, en 40 ans, le label Mercury Records a pris les devants en publiant deux compilations de respectivement 50 titres (en 3 CD) et 100 titres (en 5 CD), malicieusement intitulées « L’album de sa vie », et rencontrant au final un succès comparable au classement des ventes d’albums. Au programme, une avalanche de tubes couvrant quatre décennies, de « L’idole des jeunes », en passant par « Que je t’aime », « La musique que j’aime », « Requiem pour un fou », « Gabrielle », « Le bon temps du Rock’n’Roll », « J’ai oublié de vivre », « Ma queule », « Quelque chose de Tennessee », « Laura », « Allumer le feu », « Sans pour sang »… Autant de titres légendaires, devenus des standards tant sur les ondes que sur scène, et qui attestent que Johnny a toujours survécu à toutes les modes et inspiré les meilleurs auteurs-compositeurs du moment, toutes générations confondues : Charles Aznavour, Michel Mallory, Didier Barbelivien, Michel Berger, Jean-Jacques Goldman, Art Mengo, David Hallyday, Pascal Obispo, Zazie, Miossec, De Palmas… Force est de constater aussi que son dernier véritable tube, « Marie » (2002), remonte à cette glorieuse période, en dépit de la publication de plusieurs albums au succès variable chez Warner. Encouragé  par l’accueil de ces compilations définitives et plutôt bien conçues, le label publie à présent « Johnny, le concert de sa vie », proposant un survol de ses innombrables prestations scéniques, là ou le Phoenix régnait comme personne : en 3CD, ce coffret constitue une sorte de « concert idéal » de la star, de l’Olympia 1962 au Parc des Princes 2003, augmenté d’un DVD Bonus, de son retour à l’Olympia en 2000, en version restaurée 16/9. Enfin et pour couronner (provisoirement) le tout, à l’occasion du 20ème anniversaire de ses concerts au Stade de France 1998, est éditée une luxueuse box contenant 2CD et 2 DVD : on a tous en mémoire ce moment historique au cours duquel le producteur Jean-Claude Camus annonçait « la mort dans l’âme » et sous les huées du public, l’annulation du concert du 4 septembre 1998, pour cause de pluies diluviennes et son report in extremis le vendredi suivant. Et bien, en plus du CD et du DVD des concerts des 5 et 6 septembre suivant, les fans pourront à présent découvrir, 20 ans après, le concert inédit de ce fameux 11 septembre 1998, un show mythique entré dans la légende, tant il a été attendu, et qui faillit d’ailleurs être aussi annulé, si Johnny et ses musiciens n’avaient décidé de le maintenir en dépit d’une météo toujours aussi défavorable…

Eric CHEMOUNY


DISCORAMA Biolay Poupaud songbook JSM 14 Je Suis Musique Resize (3)

BENJAMIN BIOLAY & MELVIL POUPAUD

« Songbook » (Barclay/UM)

L’aventure « Songbook » s’est faite à l’envers, en dépit d’un concept pourtant très travaillé en amont pour les amis Benjamin Biolay et Melvil Poupaud : d’abord, une première série de concerts live, dans la surprise la plus totale, puis cet été l’enregistrement studio de la plupart des versions jouées sur scène pour un résultat très sobre, très propre, très classe. En effet, déjà remarquables sur scène, les 18 plus beaux titres de la tournée « Songbook » sont ici restitués en version studio avec un son impeccable et un confort d’écoute très appréciable. Dans ce double album, les deux complices nous proposent un voyage élégant au cœur de la grande chanson française dont Benjamin Biolay prouve, si encore nécessaire, qu’il est devenu l’un des piliers indétrônables. S’il s’était un peu perdu sur son hommage à Charles Trenet avec une orchestration qui manquait souvent de charme sur certains titres, il retrouve ici l’intelligence des sobres accords travaillés, la délicatesse des orchestrations et d’une acoustique classieuse, le raffinement des styles qui font de ce « Songbook » une totale réussite dont on espère une suite, tant cette réinvention d’anthologie, à la fois personnelle et universelle, est réjouissante. Si on peut regretter de ne pas trouver l’irrésistible duo sur « Tu te laisses aller » de Charles Aznavour (pourtant incontournable sur scène) , on se félicite de trouver à la façon Biolay (et là est tout le charme de cet album d’ailleurs) une collection de chansons de ses idoles comme Henri Salvador avec le nostalgique « A Cannes cet été », Nino Ferrer avec l’aérien « La rue Madureira », Georges Brassens avec le guilleret « Maman, Papa », Serge Gainsbourg avec une fidèle interprétation de « La Noyée », Julien Clerc dans une bouleversante version de « Souffrir par toi n’est pas souffrir » créée pour France Gall, sans oublier l’ami Hubert Mounier dont « Tout mais pas ça » clôt l’album dans une rupture de rythme expiatoire. Entre ces choix élégants, viennent s’intercaler des titres que Benjamin Biolay a écrits pour les autres :  les très beaux « Station Quatre septembre » et « La chanson des vieux cons » pour Vanessa Paradis, « Faire des ronds dans l’eau » et « Jardin d’Hiver » pour Henri Salvador ou encore le trop méconnu « Déjeuner de Soleil » pour Marie-Amélie Seigner. Enfin, ce « Songbook » ne serait pas complet si les deux amis n’avaient pas réinventé le propre répertoire de Biolay balayant une carrière aussi dense que les aînés qu’ils ont choisi de chanter. Ainsi, de « Kennedy Rose », il extrait « Les Cerfs Volants », de « Négatif », Melvil réinvente seul « La Vanité », de « Trash Yéyé » Benjamin chante sobrement le trop rare « Bien avant », et de « Palermo Hollywood » est extrait une très belle « Ballade française ». Ce mélange d’inspirations et de sources, qui ont toutes la patte de Benjamin Biolay, est d’une remarquable cohérence artistique et d’une élégance rare. Alors que la tournée vient de reprendre, ce « Songbook » est le plus parfait des compagnons, en attendant les deux Olympia des 19 et 20 février prochain.

Gregory GUYOT


Cover un air de fête

CORINE

« Un Air de fête » (Polydor / UM)

En un battement de cil, Corine nous a séduits et envoûtés, à la manière de ces sirènes de discothèque, ondulant sensuellement entre la lumière des spots multicolores et les ombres des nuits chaudes. Elle a la quotidienneté d’une jeunesse noctambule qui s’amuse et à la fois, cette présence extra-terrestre à l’aura totalement surréaliste qui fait de Corine l’incarnation parfaite d’un mélange atemporel de la danse, de la fête et du plaisir. Ce premier album est l’aboutissement du travail qui n’a pas l’air d’en être, de cette imagerie léchée kitsch et branchée, après plusieurs EP très prometteurs qui avaient pavé le chemin de ce premier opus, disons-le, très réussi. Et pour cause, derrière les 13 petites perles Electro-Disco se cachent Marc Collin (initiateur du projet déjà conceptuel Nouvelle Vague) et le DJ producteur Dorion Fiszel, les deux chefs d’orchestre de cet éventail Disco chic. En trio avec leur muse fascinante, ils ont taillé dans cette créature unique en France, un mélange jubilatoire improbable (mais néanmoins cohérent) des drags Disco sorties d’un Studio 54 à l’instar de l’iconique Sylvester (« You Make Me Feel », c’est lui par exemple) et des idoles de la Pop électronique française du début des années 80 comme le groupe Regret et Agathe (leur hit : « Je ne veux pas rentrer chez moi seule ») auquel on pense souvent ici, mais aussi Lio, Elli et Jacno… Il y a pire comme comparaison !  Ce cocktail donne à cet un album un réel air de fête, interdit à la morosité, qui mêle aux rythmes Disco Pop des textes du quotidien, prouvant que l’on peut danser sans rougir, tout en parlant maquillage (titre du premier single officiel) ou chocolatines (sur « René, Maurice et tous les autres »). L’exercice est d’autant plus difficile que Corine donne l’apparence de la légèreté et de la proximité, tout en maintenant une distance énigmatique, presque fantomatique :  cette girl next door choisit d’ouvrir sa porte mais aussi d’en garder toutes les clefs comme en témoignent les hits « Corine », un slow comme on n’en fait plus depuis « la Boum », ou « Décollage express » avec ce phrasé insolent et déjà si reconnaissable mi-parlé mi-chanté, pour ne citer que ceux-là. Enfin, on retrouve bien sûr le « Pourquoi pourquoi » devenu culte et le tube de l’été dernier « Il fait chaud », au milieu des autres hits en puissance qui composent un album déjà résolument à part dans le paysage musical français.

Gregory GUYOT


DISCORAMA Aya Nakamura JSM 14 Je Suis Musique Resize (10)

AYA NAKAMURA

« Nakamura » (REC 118 / Parlophone / Warner Music)

Dans l’univers de la musique urbaine souvent saturée, en manque d’identité, de singularité, d’inspiration, brillent parfois des artistes comme des diamants bruts, qui réussissent à réconcilier une jeunesse en rage et en révolte, une jeunesse en recherche d’identification et de modèles : parmi  eux, on peut citer, en plan large, Eddy de Pretto, Big Flo et Oli, ou encore Angèle (dont nous vous parlons ici sur JeSuisMusique.com). Et aujourd’hui : Aya Nakamura, la bombe atomique urbaine qui, mine de rien, explose tous les records de façon bien méritée : découverte sur YouTube en 2015 avec le titre « J’ai mal », elle compte aujourd’hui plus de 350 millions de vues sur Youtube, dont 160 millions rien que pour son tube « Djadja », des singles certifiés platine et même diamant, et une place au sommet des charts dans de nombreux pays d’Europe et d’Afrique, dont celle, historique, de numéro 1 aux Pays-Bas cet été (une première pour une artiste française depuis Edith Piaf). C’est au coeur de cette explosion que la belle Aya sort un second album ultra attendu, un an après le très prometteur « Journal intime », et sobrement intitulé « NAKAMURA » qui – avouons-le – est une surprise totale et confirme les promesses entrevues dans son premier album : les 13 chansons racontent toujours l’histoire de cette fille d’aujourd’hui, née à Bamako, devenue maman, avec ses idées à elle, ses propres mots, ses codes, sa mode, son univers… Le tout, avec une redoutable efficacité insufflée par la création d’un style, d’un genre, d’une singularité tant sur les mots, les sons, les phrases, le look qui n’appartiennent qu’à elle, mélangeant avec un talent remarquable ses inspirations initiales venant du Zouk, de la Pop, de la Funk, de la Soul (etc.) avec ses propres créations, exigeantes et abordables en même temps, modernes et transgénérationnelles. Ainsi, chacun des titres de ce premier album nous reste dans la tête longtemps, avec sur chaque plage, un mélange intelligent des sons et de la voix, qui transcende constamment les dérives artistiques d’aujourd’hui : Aya Nakamura réussit à nous réconcilier avec toutes les facilités habituelles du style urbain  : l’auto-tune, le mélange français-anglais ou encore la démultiplication des voix qui ici (et on pourrait dire enfin avec soulagement) sont juste dosés pour donner du sens au texte, de la puissance à la musique, sans sacrifier le charme vocal d’une interprète totalement fascinante et envoûtante. Outre les singles déjà connus comme « Djadja » qui évoque les rumeurs et les mensonges dont peut parfois être victime n’importe quelle fille ou jeune femme, et « Copines » qui traite à la fois d’amitié, de jalousie et d’adultère, chaque chanson est un tube en puissance abordant des thèmes chers à la chanteuse : la relation amoureuse, sur « Whine Up », la rupture sur « Gangster », la maternité, le mariage et la vie de famille sur « La dot » qui ouvre l’album, tous servis par de vraies mélodies. Quand le piano-voix « Oula » referme cet album et que se jouent  ses dernières notes, on est alors poussé par une irrésistible envie de remettre la plage 1. Rares sont les albums et les artistes qui ont cette force.

Gregory GUYOT


DISCORAMA Vianney JSM 14 Je Suis Musique Resize (2)

VIANNEY

« Live »

(Tôt ou Tard)

Comme un signe de reconnaissance envers son public pour son ascension vertigineuse, Vianney lui offre un premier album Live, disponible sous forme de coffret en édition limitée (CD / DVD), contenant un copieux livret de 60 pages, des photos inédites, des notes et dessins de sa main, dévoilant au passage un autre de ses talents méconnus, alors qu’on découvrira l’acteur débutant aux côtés de Fanny Ardant au cinéma dans le nouveau film de Diane Kurys, « Ma mère est folle ». Au programme de ce bel objet, si rare par les temps qui courent, un premier CD / DVD de 18 titres, intitulé « Le concert », et comprenant les tubes en version Live issus de ses deux albums (écoulés à 850 000 exemplaires), mais aussi des duos avec Véronique Sanson (« Chanson sur ma drôle de vie »), Mc Solaar (« Caroline ») Patrick Bruel («J’te l’dis quand même »), Bigflo et Olli (« Dommage »). l’essentiel a été enregistré à l’AccorHotels Arena ou il se produisait en juin dernier, tout seul avec sa guitare, apothéose d’une tournée « sold out », ayant écumé 32 Zéniths et les festivals d’été, et totalisant au final plus d’un million de spectateurs. En bonus, 1h30 d’images et interviews réalisées derrière le rideau, et donnant à découvrir un peu mieux un jeune homme aussi talentueux et époustouflant sur scène qu’il peut être discret et réservé dans la vraie vie. L’autre CD, intitulé « Un peu plus à vous donner », regroupe 13 titres, des reprises enregistrées Live au Studio Saint-Germain (« J’ai oublié de vivre », « Caroline », « Ma force », « Puisque tu pars », « Quand j’étais chanteur », « Si on chantait », « Rive Gauche »…), témoin de sa grande culture musicale et de son amour pour le répertoire français, dévoilant aussi en filigranes ses influences et sources d’inspiration (Hallyday, Clerc, Delpech, Goldman, Souchon, Sanson…). Il compte également des duos avec des artistes de sa génération sans distinction de style, tant Vianney incarne pour tous le copain idéal (Maitre Gims, Boulevard des Airs, Joyce Jonathan…). Alors que l’on aime ou pas son répertoire, on ne peut que s’incliner devant « le phénomène Vianney » et lui reconnaitre une générosité rare, une opiniâtreté remarquable et un talent singulier. Ce n’est pas pour rien que de Céline Dion à Kendji Girac ou Patrick Bruel, tous s’arrachent ses chansons ! Si le sympathique jeune homme a décidé de marquer une pause pour se ressourcer et retrouver un peu de fraicheur et d’inspiration, gageons que celui que l’on découvrait sous les traits du timide chanteur de « Pas là » il y a encore peu de temps, n’a pas fini de nous étonner…

Eric CHEMOUNY


DISCORAMA Pierre Perret JSM 14 Je Suis Musique Resize (5)

PIERRE PERRET

« Humour, liberté »

(Adèle Musique)

Monsieur Perret est décidément un artiste à part ! A 84 ans, alternant concerts et ouvrages en tous genres (livres de recettes, dictionnaires thématiques, etc), dont plus de 6 décennies sur scène, il n’a rien perdu de sa verve, de sa malice et de son inspiration. Pour preuve, ce nouveau recueil de 12 chansons placées sous le signe de l’humour et de la liberté. Sur des mélodies trahissant son admiration sans bornes pour le maître Brassens, joliment arrangées par Frédéric Manoukian, il s’est attaché à proposer des chansons d’une actualité remarquable, et plus parlantes et pertinentes que tous les journaux télévisés, sur de grands thèmes qui interrogent nos sociétés et les divisent bien souvent : la liberté d’expression en ces temps de risques terroristes (« Humour liberté », écrite en hommage à ses amis disparus de Charlie Hebdo), le problème de l’accueil des réfugiés (« Les émigrés », faisant écho à son tube « Lily »),  la pédophilie au sein de l’Eglise (« Pédophilie »), l’attachement à la laïcité dans une France multi-raciale et pluri-culturelle, à grand renfort de name-dropping des personnalités qu’il admire (« Ma France à moi »)… L’ensemble ne sombre pas pour autant dans la gravité, puisque comme à son habitude, le facétieux auteur-compositeur nous gratifie d’hymnes à l’amitié et aux valeurs qui l’animent (« L’ami fidèle », « Django » en hommage au grand guitariste), mais aussi de titres évocateurs de son enfance de diablotin (« La communale », « Mémé Anna »…), ou d’autres toujours très coquins et néanmoins poétiques, à ne pas mettre entre toutes les oreilles, en tout cas pas celles des chérubins fréquentant les nombreuses écoles portant son nom (« Le beau matelot », « Ils se gourent »…). Bref, il a beau montrer quelques signes de fatigue vocale, bien pardonnables à son âge, la plume de l’ami Pierrot est toujours bien trempée…

Eric CHEMOUNY


DISCORAMA Aznavour Piaf Trenet JSM 14 Je Suis Musique Resize (6)

AZNAVOUR TRENET  PIAF

« 3 légendes »

(MCA / UM)

En ces temps de crise, les maisons de disques rivalisent d’idées lumineuses pour booster les ventes de CD physiques et promouvoir leur back catalogue. C’est le cas d’Universal qui propose un triple « best of » reprenant les grands succès d’Edith Piaf, Charles Trenet, et Charles Aznavour. A priori, rien de nouveau sous le ciel de Paris, tant les trois légendes ont déjà été multi-compilées. Sauf qu’au cas particulier, ce coffret en édition limitée prend une dimension historique, dans la mesure où il comprend en bonus un DVD d’entretien exclusif de Charles Aznavour racontant son amitié avec les deux géants Piaf et Trenet, enregistré en août 2018, soit quelques semaines seulement avant sa disparition le 1er octobre dernier : un document exclusif de 26 minutes, dans lequel le grand Charles évoque ses pairs, ses « maîtres chanteurs » comme il les appelait, en termes admiratifs et reconnaissants, tant leur rencontre fut décisive pour la suite de sa prestigieuse carrière internationale. On apprend ainsi que lorsque le premier, Charles Trenet, fut découvert en 1937, le petit Charles Aznavourian hantait les salles parisiennes, impressionné par la modernité du répertoire du « fou chantant » dont il ne cessa ensuite de s’inspirer pour innover, à sa manière, dans la façon d’écrire des chansons et leur donner vie sur scène. La seconde, Edith Piaf, il la rencontra lors d’une émission de radio en public, alors qu’il se produisait en duo avec son acolyte de l’époque, au sein du duo Roche et Aznavour. Invité au domicile de la chanteuse, ce fut le début d’une amitié sincère, grâce à laquelle, il apprit les rudiments d’un difficile métier. « Même si je ne ressemble à personne, je suis le résultat de tout ce qui m’a précédé, imprimant en moi une expérience et un savoir-faire dûs à une mémoire oubliée » reconnaissait-il avec une humilité non feinte dans une autobiographie publiée en 2009, « A voix basse ». Ces quelques confessions sincères recueillies au crépuscule de sa vie d’homme et d’artiste bien remplie, en sont la touchante et ultime preuve…

Eric CHEMOUNY

_

Poursuivez la lecture de ce numéro…
JE SUIS MUSIQUE #14 : Retrouvez tous les articles de ce numéro, en cliquant sur les artistes de votre choix… Bonne(s) lecture(s).
JOHNNY & SYLVIE : les tendres années /VANESSA PARADIS  de A à Z / KATE BARRY : îcones dans l’âme / ZAZIE, ALAIN SOUCHON et les Coccinelles / CLAUDIO CAPEO : son questionnaire 100% Musique / ANGELE, la révélation du Prix Sacem / CLARA LUCIANI à la Gaîté Lyrique / JEAN PAUL GAULTIER fait son show / JULIA : son questionnaire de Proust / MICHAEL JACKSON, Roi de France / DISCORAMA #14
La passion pour la musique se partage. Je Suis Musique aussi. N’hésitez pas à partager nos articles et nos liens si vous avez aimé, si vous voulez faire découvrir un artiste, ou à nous laisser un commentaire, à liker, à vous abonner, à en parler autour de vous.

JSM 14 Header (5)

> JE SUIS MUSIQUE sur Instagram / Facebook  / Twitter / Deezer  / YouTube.

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s