BIGFLO ET OLI

D’hier à « Demain »…


Au sommet de leur popularité, après l’accueil de leur album « La vraie vie », les deux frères de Toulouse poursuivent leur ascension vertigineuse avec une tournée des Zénith et une première date à l’Accor Hotels Arena le 8 décembre prochain. Alors qu’ils viennent de collaborer avec Petit Biscuit, jeune prodige de la musique électronique, le temps d’un single « Demain », véritable hymne positif et générationnel, nous avons rencontré Florian et Olivio, alias Bigflo et Oli juste avant leur concert aux Francofolies de la Rochelle… Ils sont revenus pour nous sur leur incroyable succès et leur rapport au public et à ce métier de la musique…

JSM Vertical

– Vous chantez ce soir à La Rochelle, mais ce n’est pas votre première fois ici…

Oli : effectivement, on  y a passé quelques semaines dans le cadre du Chantier des Francos : dans cette salle où nous sommes actuellement, nous avons répété notre premier show. Je me souviens que c’était notre premier concert complet. Çà nous paraissait impossible et énorme. C’était incroyable pour nous et ça nous fait drôle d’y revenir…

Bigflo : c’est vrai. Nous étions venus à la Rochelle, avant même la sortie de notre premier album. C’était au temps de nos tout débuts. Nous n’avions sorti qu’un EP et on a vraiment pu suivre l’évolution de notre carrière à La Rochelle. On commençait à 14 heures sur une petite scène. Autant te dire qu’on jouait devant un chien et deux vendeurs de parapluies (rires) ! C’est ensuite monté petit à petit : du coup, on considère vraiment La Rochelle comme un curseur de notre évolution.

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– Depuis, le succès a été exponentiel au fil de vos deux albums, dont le dernier « La vraie vie », certifié triple disque de platine : vous attendiez-vous à un tel carton ?

B : on l’espérait vraiment, on ne va pas se mentir. On n’est pas du tout comme ces artistes qui te répondraient : « oh la la, on ne s’y attendait pas du tout. On fait de la musique, mais on n’espère pas vendre d’albums ». Ce n’est pas vrai ! Nous, on espérait vraiment que ça marche et on rêvait de remplir des Zénith depuis toujours.

O : exactement, et on a beaucoup bossé pour cela : on a enchaîné les clips, les freestyles, les petites scènes, en essayant à chaque fois de surprendre les gens…

B : oui, après c’est sûr que quand le rêve se concrétise enfin, il faut un certain temps pour réaliser les choses.

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– Vous êtes beaucoup en contact avec vos fans sur Youtube où vous êtes très présents… Quelle est la part de ce support dans votre succès  ?

O : c’est vrai qu’on est beaucoup sur Internet et notamment sur Youtube. Beaucoup de gens viennent nous trouver en nous disant qu’on est trop forts en marketing, qu’on a tout compris. Ce sont souvent des mecs un peu geeks et barbus qui nous disent cela (rires). On n’aime pas du tout cela, parce qu’on est fans dans l’âme et les premiers à être sur Youtube pour écouter de la musique. On n’a jamais vu Youtube comme un sous-média ou le moyen d’expression de sous-artistes. Ce sont pour nous des artistes à part entière. Du coup, on a toujours aimé collaboré avec des artistes sur ce média. Il se trouve qu’entre-temps, certains d’entre eux ont explosé, si bien que parfois on nous parle davantage des vidéos qu’on a pu faire avec Mc Fly, Carlito ou Squeezie, que de notre son à nous. Il n’empêche que ce n’est que du kiff, que du positif… D’ailleurs, on est tellement sur Youtube, qu’on a une chaîne avec deux millions d’abonnés, alors qu’on n’est pas des youtubeurs nous-mêmes. Je crois qu’on est dans le Top 30 des chaines…

B : pour ce qui est des réseaux, on est d’une génération qui a grandi avec. C’est complètement naturel pour nous ; il n’y a pas eu de réflexion autour de cela. D’ailleurs, ça génère des discussions, quand on rencontre des artistes plus âgés qui nous disent : « on ne sait pas comment vous faites sur les réseaux, vous êtes trop forts ! ». C’est juste ancré en nous ; c’est comme çà.

– On peut parler d’un phénomène vous concernant…

B : c’est vrai que les chiffres sont dingues !

O : on est hyper touchés ! Surtout par le fait de remplir des salles et d’avoir fait une tournée des Zénith affichant complet, de continuer en octobre-novembre prochain, pour finir à Bercy, c’est juste énorme ! Ça prouve aussi que les gens nous écoutent avec le cœur et ont été touchés par notre histoire et celles qu’on raconte.

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– Avez-vous conscience d’être des modèles pour la jeunesse et de la responsabilité que cela engendre ?

B : oui, et on y fait d’autant plus attention. De même, on n’est pas le genre d’artistes à dire qu’on s’en fout, qu’on fait notre musique pour nous et que les gens n’ont qu’à se démerder avec ce qu’on leur donne. On fait vraiment de la musique pour les gens, pour qu’ils kiffent, qu’ils réfléchissent ou soient touchés par nos chansons. On était moins conscients de notre impact peut-être sur le premier album, mais à partir du moment où il est devenu disque de platine, où on a vu des enfants à nos concerts, et appris que des familles entières écoutaient nos morceaux, forcément on a fait davantage attention à ce qu’on disait.

O : c’est grâce aux gens qu’on s’est rendu compte de cela : quand ils viennent nous voir à la fin d’un concert pour nous dire qu’une phrase les a marqués, ou qu’untel a reparlé à son père après avoir écouté le morceau « Papa », par exemple, c’est hyper touchant pour nous.

B : il y a des gens qui vont jusqu’à se tatouer des punchlines ou des phrases de nos morceaux, donc forcément on sait qu’on sert d’exemple pour certains et on y fait attention. Les rappeurs sont un peu les nouveaux super-héros pour les jeunes, qui projettent beaucoup de choses en eux. C’est une musique très mégalo si on y prête attention : les rappeurs ne parlent que d’eux, de leur vie… Du coup, les gens s’attachent beaucoup à leurs personnages et il faut faire très attention à ce qu’on dit à un enfant de treize ans qui écoute nos morceaux. C’est un peu chiant et moralisateur de dire cela, j’en ai bien conscience, mais on l’assume.

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– En plus de fédérer les générations, vous réussissez l’exploit de plaire au public et aux pros qui vous ont attribué des récompenses en pagaille ( prix Sacem, Victoire de la Musique, NRJ Music Airs…)…

B : c’est vrai. On a une relation très complexe avec les gens de la profession. On vient de Toulouse, de la Province, un mot que je n’aime pas du tout. Il y a un décalage total entre le milieu parisien et le reste de la France. Je pense qu’au début, le milieu parisien ne comprenait du tout Bigflo et Oli. Ils nous trouvaient hyper ringards, quand par exemple on racontait l’histoire d’un mec qui tuait toute sa famille. Evidemment, quand on a commencé à faire des millions de vues, et qu’on a commencé à remplir des salles, il s’est intéressé à nous et d’un coup, on a commencé à recevoir des prix. Je peux paraître cynique en disant cela, mais c’est vrai. Après tout le monde n’a pas eu cette attitude : par exemple, l’équipe des Francos de la Rochelle a toujours été présente pour nous. On est assez fidèles et on n’oublie pas ceux qui étaient là depuis toujours.

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– Quel est justement votre rapport avec le public rochelais que vous allez retrouver ce soir ?

O : de façon générale, avec notre public, qu’il soit français, belge ou suisse, on a un super rapport. On a l’impression d’avoir plein de potes partout en France.

B : en particulier, celui de La Rochelle, qui était là au début, dans cette salle de 300 places. On sait que quand on va croiser ces fans, l’échange de regard sera particulier, parce qu’ils étaient là au tout début. Ca ne s’oublie pas. La Rochelle et son public nous ont vus grandir artistiquement. On est toujours contents d’y revenir. A force, on connait cette ville par coeur. On a fait l’Aquarium, le centre ville très petit mais hyper agréable, l’Oxford Club, une boite de nuit, et même le Casino, où on a perdu beaucoup d’argent (rires).

O : on aime bien aussi le Paléo festival à Nyon, qui a assez vite cru en nous et nous a donné de belles opportunités de nous faire connaitre. On sera hyper contents d’y revenir, sur la grosse scène en plus.

B : c’est certain que pour avoir Bigflo et Oli sur un festival aujourd’hui, le prix n’est plus le même. Il a beaucoup augmenté, mais quand on nous dit qu’un petit festival qui était présent au début veut nous programmer mais n’a pas le budget nécessaire, il nous arrive de donner notre accord pour y aller quand même, par fidélité. Il le mérite… Mais arrêtons de parler de chiffres (rires) !

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– Depuis quelques années, on assiste à une surenchère des cachets de certains artistes pour être à l’affiche de certains festivals…

O : c’est vrai que la musique a pris une autre dimension à laquelle s’adaptent les programmateurs de festivals qui veulent certains artistes à tout prix. Avec le streaming, le poids des jeunes dans la consommation de la musique, j’ai l’impression qu’on n’a jamais écouté autant de musique, autant zappé d’un style à un autre aussi…

B : la jeunesse a un rapport politique et quasi-religieux à la musique aujourd’hui. Certaines personnes peuvent en arriver à se taper pour défendre tel ou tel artiste : c’est fou ! Ça a pris une ampleur très personnelle pour les gens.

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– Avez-vous fait des rencontres marquantes ici à La Rochelle ? On se rappelle que vous avez rejoint Vianney sur scène l’an dernier par exemple…

B : on a fait plein de rencontres notables, dont je n’arrive même pas à me les rappeler toutes, tant elles sont nombreuses… On en fait dans tous les festivals bien sûr, mais la différence, c’est qu’il y a beaucoup de pros aux Francos. Les parisiens aiment bien venir ici, parce qu’il y fait beau et qu’on y est bien accueilli. Tout va très vite ici ; en deux ou trois jours, un artiste peut gagner un an de carrière.

O : on a notamment croisé I Am, Orelsan, Tryo…

B : c’est vrai, nous avons rencontré Orelsan ici pour la première fois. Il était au catering et se servait du riz : je me rappelle de tous les détails de cette rencontre tant elle m’a marqué (rires) !

O : mon frère raconte toujours des choses incroyables en interview (rires) !

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– Lorsque vous êtes sollicités par d’autres artistes, quels sont les critères de choix de vos collaborations, comme dernièrement avec Petit Biscuit ?

O : c’est surtout le côté humain qui prévaut. Il faut que ça reste sympathique et naturel quand on est avec l’artiste. On se dit les vérités directement et on marche comme ça beaucoup au feeling.

B : les gens ne nous sollicitent pas tant que cela non plus…

– J’imagine que certains choix génèrent des débats auprès de vos fans sur les réseaux : on sait le public de Rap intransigeant, notamment à l’égard des artistes de variété…

O : on n’en a pas fait beaucoup, donc ça va, mais ça peut arriver.

B : on est aussi là pour surprendre et apporter de la nouveauté. Les fans ne peuvent pas adhérer à tout ce qu’on leur propose. C’est même plutôt sain qu’ils se manifestent pour nous dire ce qu’ils aiment ou pas. On a un public habitué à cela : on fait des stories où on nous voit faire des soirées à l’hôtel avec Vianney, ou avec Squeezie. Quand on est fan de Bigflo et Oli, on est obligé de suivre et d’être ouverts aux choses. Si c’est juste pour se donner un genre, il faut changer d’artiste !

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– Toulouse tient une place importante dans votre histoire : quel est votre rapport à votre ville ?

B : on parle au maire par texto aujourd’hui : comme quoi, on a bien réussi (rires) ! Avoir la médaille de la ville serait une de nos plus grandes fiertés ! Je la mettrais à l’entrée de chez moi, bien en évidence !

O : en tout cas, on essaie de s’impliquer autant que possible, dans notre ville. On a bossé avec des associations, on a invité tout notre ancien lycée à un de nos concerts, on a de gros projets pour essayer de faire bouger la ville…

B : c’est important de donner de l’espoir aux gens qui ne sont pas de Paris, et leur montrer qu’on peut réussir à gagner sa vie et percer dans n’importe quel domaine. D’ailleurs, on ne vit pas à Paris, alors que tout le monde s’imagine qu’on est obligé d’y vivre pour mener sa carrière dans la musique.

O : oui, et on enregistre même nos albums à Toulouse : on y a notre studio et tout ce qu’il faut.

B : absolument ! Il faut dé-cen-tra-li-ser la France ! (rires).

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– Quel titre de votre répertoire dédiez-vous à Je Suis Musique ?

B et O : ce serait « Demain », notre tout nouveau titre avec Petit Biscuit, parce qu’il faut toujours regarder de l’avant !

Propos recueillis par Eric Chemouny

Crédit photos: Fifou pour les photos Home et Boby pour les photos avec Petit Biscuit (D.R. / Polydor / UM) / Francos de la Rochelle Organisation (D.R.)


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