BENJAMIN BIOLAY & MELVIL POUPAUD

Scènes de la vie amicale.


A peine sorti du Palermo Hollywood Tour, qui s’est terminée en apothéose au Zénith de Paris le 30 novembre dernier, Benjamin Biolay annonçait un mystérieux projet intitulé « Songbook » créé avec son ami Melvil Poupaud, pour une date, puis deux, puis trois aux Folies Bergères, les 29, 30 juin et 1er Juillet dernier, qui ont rapidement affiché « complet »…

BIOLAY POUPAUD Songbook2 par Gregory Guyot JSM Je Suis Musique (61)

Ils sont rares les artistes qui, sur un simple nom,  peuvent embarquer un public à la découverte d’un projet dont personne ne sait rien, peut-être même pas les intéressés d’ailleurs au départ. « Songbook » est né au cœur de l’enregistrement de « Palermo Hollywood » quand Melvil est venu poser son talent sur « Ressources Humaines », un titre sur lequel chante également l’amante de toujours, l’amie éternelle, Chiara Mastroianni. Rien n’a filtré, excepté une photo en noir et blanc des deux hommes, marchant dans la rue, guitares à la main, façon Vogue, jusqu’à la première date, à Sète, « la ville de Brassens où tout est Brassens, la rue, l’avenue, l’école… », dira Benjamin sur la scène de Paris et qui est une ville qu’il affectionne beaucoup.

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Et comme ils ont eu raison de garder le secret intact ! Car ainsi que nous l’évoquions dans notre numéro précédent, il valait mieux ne rien savoir de « Songbook ». Car précieux aujourd’hui sont les spectacles qui peuvent générer autant de surprises. Celui-ci est « l’occasion de rendre hommage aux merveilleuses personnes qu’on a croisées dans nos vies, des légendes du siècle précédent qui nous ont influencés et avec lesquelles on a pu même être intimes. On n’arrive pas à leur cheville, mais on avait tout de même envie de les représenter » confiait Benjamin Biolay.

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Le résultat est non seulement ce voyage entre les légendes et les artistes mais aussi un pont permanent entre le cinéma de l’un et la musique de l’autre. Et vice versa, tant les deux hommes ont oscillé entre l’un et l’autre dans leur vie. Sous nos yeux, sur la scène des Folies Bergères comme à Sète et comme partout où ils ont déjà présenté Songbook, se tourne comme un film, l’évidence de deux arts liés, entrelacés dans une émotion permanente. Cette émotion est celle que l’on éprouve quand on retrouve au fond d’un grenier, une vieille boîte que l’on ouvre fébrilement pour y redécouvrir des objets oubliés, somme d’une vie passée. Songbook c’est exactement cette boîte à musique là…

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C’est une somme de souvenirs, beaucoup de Benjamin, un peu de Melvil, énormément des autres artistes qui ont jalonné la vie des deux hommes. Et notre mémoire collective qui travaille, qui va chercher si loin si proche, les paroles et les musiques de moments remontés à la surface d’un exceptionnel héritage musical. L’un nourrit l’autre, et nous tous avec. Sur Europe 1, Benjamin Biolay avait d’ailleurs précisé : « Je ne suis pas un grand connaisseur de chansons françaises (…). Melvil Poupaud est un très bon ami et j’aime beaucoup faire de la musique avec lui depuis longtemps ».

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C’est une succession de rêves éveillés, un voyage musical marié à une caméra de l’instant, insidieusement posée sur la scène, au milieu des instruments, qui transpose un sentiment, un geste, une intention, une émotion dans une photographie sensible de deux hommes à fleur de vie, transposée sur un grand écran central, véritable acteur dans cette mise en scène remarquablement sobre et discrètement sophistiquée en même temps. Un enchantement cinématographique, une rêverie musicale, une mémoire du cœur dans une oeuvre fulgurante et éphémère.

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Benjamin et Melvil entrent en scène. « Songbook » s’ouvre avec Henri Salvador et cette très belle chanson signée Boris Vian : « A Cannes cet été » qu’incarne immédiatement Benjamin, comme s’il l’avait lui-même écrite. Ils . Il enchaîne avec « Faire des ronds dans l’eau », prolongeant d’emblée un hommage à celui qui l’a porté vers la lumière avec « Jardin d’Hiver » que Biolay interprétera également plus tard dans le spectacle. Introduction osée signant une humilité immédiate propre à l’artiste, que l’on a qualifié trop souvent, trop facilement d’arrogant. Il n’y a qu’à voir la place qu’il laisse à tout ce qui l’entoure, à commencer par Melvil, pour se convaincre du absolu contraire.

La caméra-maître guidée manuellement par les artistes en scène, se pose ensuite sur une carte postale de Rio, quand démarre « La rua Madureira » de Nino Ferrer, impeccable escapade brésilienne.

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Benjamin Biolay s’assied ensuite devant son piano et contre toute attente, choisit comme première interprétation, « Station Quatre Septembre » qu’il avait composée pour Vanessa Paradis : larmes aux yeux devant ce choix qui fait remonter à la surface tous les possibles d’un couple idéalisé. « Même au siècle prochain, j’y penserai encore »… La nostalgie continue de s’installer avec « Ballade Française » composée en Argentine dans un mal du pays quitté… et puis « La vanité », qu’avait aussi chantée Sylvie Vartan sur son album « Soleil Bleu » et qu’avait refusée Juliette Gréco au motif qu’elle avait déjà enregistré une chanson intitulée « Tout est vanité », comme se plait à le rappeler Biolay avec une pointe d’ironie amusée… Voyage au cœur d’une vie, d’une carrière exceptionnelle, qui consacre le maître Biolay.

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Le spectacle continue sur ce parfait dosage alterné, on pourrait même dire en termes cinématographiques, sur ce parfait montage, d’hommages à de grands artistes et de chansons du propre répertoire de Benjamin Biolay et pas forcément les plus évidentes d’ailleurs : ainsi défilent au générique de ce touchant Panthéon l’éternel ami Hubert Mounier sur « Tout mais pas ça », tonique, toujours moderne, Pierre Barouh (« Ce n’est que de l’eau »), Julien Clerc (« Souffrir par toi n’est pas souffrir » écrite après sa rupture d’avec France Gall), Claude Nougaro avec (comme une évidence ici) la reprise de sa chanson « Le Cinéma », Georges Brassens (« Maman Papa ») , plus curieusement, Rina Ketty avec « Pardonne Moi » ou enfin Charles Aznavour, qui nous vaut l’un des plus beaux moments du spectacle, le plus drôle aussi, avec une reprise de « Tu t’laisses aller », morceau d’anthologie scénique, cinématographique et musical.

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La chanson d’Aznavour interprétée ici en duo entre les deux hommes n’est pas que drôle. Elle devient culte ici, dans cette scène plongée dans l’ambiance d’un grand classique d’après-guerre, où cigarettes au bec, filmés en champ contre champ, Benjamin et Melvil se donnent la réplique comme un vieux couple. Il y a, dans cette scène, du Renoir, du Prévert, du Carné, du noir et blanc nostalgique qui tutoie les chefs d’oeuvre de ces grands maîtres du passé.

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Il y a aussi les chansons de Benjamin Biolay, déjà intemporelles, qui viennent s’intercaler entre celles de ces autres artistes de légende : des choix comme autant de prises de risques. On attend « La Superbe » par exemple (et qui ne viendra pas) mais il choisit des chansons plus intimes, plus rares : celles de ses propres albums « Les cerfs volants » (sur « Kennedy Rose »), « La pénombre des Pays Bas » (sur « Négatif »), « Ton héritage » (sur « La Superbe ») magnifiquement chantée à la guitare ce soir-là, ou encore celles qu’il a composées pour les autres comme « Déjeuner de Soleil » (Juliette Gréco) (et celles que l’on a citées).

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Il y a aussi Chiara. Elle est devenue l’incontournable invitée d’honneur des tours de chant de celui qu’elle a aimé, qu’elle aime et qu’elle aimera et qui l’aime en retour : elle arrive discrètement s’asseoir près de Benjamin au piano, sur « Ressources Humaines » (extrait de « Palermo Hollywood »).

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Puis elle enchaîne sur « Billy Bob a raison » de l’album « Négatif » qui est bien mis en avant dans la setlist, à la guitare cette fois : elle illumine, elle est radieuse, elle est heureuse, entre les deux hommes de sa vie, réunis sur scène.

Et puis il y a cet instant rien que pour nous, chaque soir, unique, presque intime où Benjamin se pose à son piano et choisit de chanter librement 3 chansons différentes des autres soirs comme par exemple cette magnifique version de « La noyée » que Serge Gainsbourg avait écrite pour Yves Montand (qui l’avait refusée) ou cet autre soir, cette chanson de Keren Ann qu’il avait écrite avec elle : « Ailleurs » (sur « La Disparition ») ou enfin, ce troisième soir aux Folies Bergères, un bouleversant « Novembre toute l’année » (de « Kennedy Rose ») . Autant d’enchantements et de surprises qui ouvrent les possibilités infinies d’un concept déclinable à l’envie.

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Et comme dans un film, il y a une fin à ces scènes de la vie amicale : les instruments disparaissent petit à petit pour ne laisser au final que des artistes, que l’humain, que ce que l’on a au fond du cœur et qui bat comme cette boîte à musique retrouvée dans ce grenier aux souvenirs.

Gregory Guyot

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Setlist du 29 juin 2018 aux Folies Bergères : A Cannes cet été (Henri Salvador) / Faire des ronds dans l’eau (Henri Salvador) / La rua Madureira (Nino Ferrer) / Station Quatre Septembre (pour Vanessa Paradis) / Ballade Française (Palermo Hollywood) / La Vanité (Négatif) / Jardin d’Hiver (pour Henri Salvador) / Ce n’est que de l’eau (Pierre Barouh et Nicolle Croisille) / Tout mais pas ça (L’affaire Louis Trio) / Le cinéma (Claude Nougaro) / Tu t’laisses aller (Charles Aznavour) / Les Cerfs Volants (Kennedy Rose) / Fais le moi, fais moi le (new song) / Papa Maman (Georges Brassens) / Souffrir par toi n’est pas souffrir (Julien Clerc) / Ressources humaines (Palermo Hollywood) / Billy Bob a raison (Négatif) / La Noyée (Serge Gainsbourg) / La Pénombre des Pays Bas (Négatif) / Ton Héritage (La Superbe) / Pardonne moi (Rina Ketty) / Déjeuner au soleil (Juliette Greco)

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crédit photos: Pierre Olivier Signe (D.R) pour les photos couleurs / Gregory Guyot (D.R. / @I_am_Gregg / JSM) pour les photos noir et Blanc, prises les 29, 30 juin et 1er Juillet 2018.


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2 réponses sur «  »

  1. Très bel article qui retranscrit parfaitement l ambiance et l émotion ressenties, en assistant à ce spectacle musical songbook .Vu à Sète et aux Folies Bergere , c était effectivement un enchantement musical à chaque fois ,avec une petite préférence pour Sète ( pour l ambiance chaleureuse du magnifique théâtre) 😁.Le concert hommage à Hubert Mounier ( au festival des nuits de Fourviere le 19 Juillet dernier ) , pour lequel Benjamin à répondu présent ,avec d autres artistes ( Karen Brunon , Vincent Mounier ,Presquils ,Kent ,Pascal Obispo ,les musiciens qui accompagnent Benjamin , ceux de « l Affaire Luis Trio » ainsi que ceux du conservatoire de musique de Lyon ) était merveilleux . Il est pour moi le second enchantement musical de cette année.Talentueux Benjamin , aux multiples qualités artistiques et humaines ! Peut être allez vous ecrire un aussi bel article sur ce concert ..?

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