KUMISOLO

Une Japonaise à Paris


3 de nos plus grandes chanteuses (Sylvie Vartan, Charlotte Gainsbourg et Juliette Armanet) sont parties chanter quasi-simultanément au Japon, 3 générations qui représentent la France dont raffolent les japonais, qui ont assez peu l’occasion de voir débarquer « en vrai » les artistes français chez eux. C’est dire si en recevoir 3 d’un coup est un événement en soi !

C’est dans un clin d’oeil d’échange culturel franco-japonais que nous avons questionné une japonaise à Paris, une icône de la pop music moderne, Kumisolo, sur ses liens avec la chanson française. Elle évoque spécialement pour nous, à la fois Marie Laforêt et Mikado mais aussi Anna Karina et le cinéma de la nouvelle vague, Eddy de Pretto comme MC Solaar, qu’elle a chanté. Ses influences, ses goûts, ses envies, de son enfance au Japon à sa vie de parisienne, où elle s’est installée depuis 2001.

Qui est Kumisolo? Pour certains, elle est « La Lio japonaise », pour d’autres « La Françoise Hardy japonaise ». Elle va en réalité bien au-delà de toute comparaison tant elle est une artiste touche-à-tout talentueuse, curieuse, collectionneuse de tout, pour qui la musique tient une place importante dans sa vie. Elle voue une passion à toutes les musiques dont elle dit poétiquement : « Mes oreilles grandissent chaque jour » et qui nourrissent et imprègnent son oeuvre, conservant pourtant un style bien à elle, immédiatement identifiable, frais, Pop et léger comme une poésie de vie. Elle aime aussi le cinéma et plus particulièrement la Nouvelle Vague qu’elle a étudiée au Japon et qui l’a menée jusqu’à Paris.

Ici, Kumi est sans cesse en mouvement. Ne vous fiez pas aux apparences, cette petite fée du bonheur ne recule devant aucune expression artistique, devant aucune rencontre, devant aucune expérience avec à chaque fois une sincérité désarmante, touchante, portée par une volonté de fer et la force d’aller toujours de l’avant exemplaire. Des Konki Duet, son « groupe de filles »  de ses débuts, à son dernier album « Kabuki Femme Fatale », superbe odyssée Pop et délurée sorti l’an dernier (à écouter d’urgence), elle enchante tous ceux qui la croisent et ceux qui ont été l’applaudir sur scène peuvent en témoigner. Vous pourrez d’ailleurs vous en rendre compte le 12 juillet prochain au Supersonic, à Paris… le rendez-vous est dejà pris.

En attendant ce concert et son prochain album, découvrez Kumisolo et ses liens avec la culture française, au fil de cet échange riche en références avec notre japonaise parisienne préférée…

JSM Je Suis Musique 170506 KUMI SOLO à Harcoza Tokyo par Gregory Guyot portrait 2 NB.jpg

Quelle est la première chanson française qui t’a marquée?

« Ma ligne de chance » d’Anna Karina. Elle est juste sublime dans ce film de Godard « Pierrot le fou ». Et en plus, c’est filmé en plan séquence.

Ecoutais-tu beaucoup de musique française au Japon et comment as-tu découvert cette musique qui venait d’un petit pays, si loin de chez toi ?

Ma professeure française à l’université Dokkyo était une spécialiste de Eric Rohmer.  Et ma thèse était consacrée au cycle d’Antoine Doinel de François Truffaut. J’adore à tel point la nouvelle vague française qu’à travers ces films, j’ai découvert Georges Delerue, et beaucoup plus tard, Elli et Jacno quand je suis arrivée en France. Au Japon, je suivais aussi l’émission de radio animée par Kahimi Karie, qui faisait une sélection musicale très francophile : Katerine, Momus, Charlotte Gainsbourg, Brigitte Fontaine, Marie Laforet.

Quelle était ta perception des artistes français quand tu étais au Japon ?

C’est grâce à Kahimi Karie, et aussi Yasuharu Konishi, le mec de Pizzicato Five qui avait également une émission de radio qui s’appelait « Readymade FM » et j’ai découvert plein d’artistes intéressants : Nino Ferrer, les Jiminis 3, France Gall, etc.

JSM Je Suis Musique 121123 KUMISOLO par Pierre Olivier Signe (2)

Comment expliques-tu que les artistes français et en particulier ceux des années 60 comme Françoise Hardy, Birgitte Bardot, France Gall ou Sylvie Vartan aient autant de succès au Japon ?

Parce qu’elles sont jolies ! Très exotiques et sophistiquées pour nous, les « yellows ».

Beaucoup de gens apprennent une langue au travers des chansons. Est-ce que la chanson française ou une chanson en particulier t’a permis d’apprendre plus vite le français ? 

Je n’ai pas vraiment appris par les chansons, mais par les films, par les dialogues. Sinon, « Soleil » de Françoise Hardy m’a beaucoup donné envie de chanter « Soleil je t’aime — » .

JSM Je Suis Musique 170407 KUMI SOLO au Supersonic Club par Gregory Guyot (3)

Quel serait ton top 5 de tes chansons préférées françaises de tous les temps et pourquoi ?

Les JIMINI’S 3 : « Ah! Quel Malheur d’être petite fille » (1965) : j’adore dès que les enfants chantent, surtout si c’est des années 60 – 70. (ndlr: la vidéo n’est peut être pas disponible à cause d’une question de droit d’auteurs sur YouTube)

MARIE LAFORET : « Saint Tropez Blues » : parce que sa voix est juste géniale! Et on sent les vacances, mais à la fois, on sent un peu d’ennui, un peu de tristesse. L’été quoi !

REGRETS: « Je ne veux pas rentrer chez moi seule » (1983) : parce que c’est génial de passer ce morceau en fin de soirée en DJ set.

CHARLES AZNAVOUR : « Tu t’laisses aller » : c’est aussi le dernier morceau de la soirée quand je fais le DJ set.

MIKADO : « Par hasard » : J’ai rencontré en personne Pascal Borel. Je l’adore ! C’est une fraîcheur intemporelle. Douce amer, simplicité, tout ce que j’aime dedans.

Quels sont tes artistes ou groupes français préférés, toutes générations confondues?

Jean Pierre Rampal, Ravel, Jean Jacques Perrey, Préface pour le titre « Palace hotel » (1986), Ricet Barrier pour « Barbapapa Rock », Mc Solaar.

D’ailleurs, sur ton EP « La femme japonaise » sorti en 2013, tu as repris sa chanson « Victime de la Mode »…

A l’époque j’étais chez un label major, ils cherchaient une reprise bien français et du coup, avec Olivier Lamm, la plume chez Libé et mon ex-super collaborateur en tant que arrangeur, m’a soufflé de reprendre Mc Solaar.

Quel artiste français t’a le plus marquée sur scène?

C’est pas un musicien mais le show de Fabrice Luchini.

Tes influences sont très pop années 80, tu cites souvent Elli et Jacno ou encore Lio. Est ce que tu te aurais aimé chanter à cette époque et avec qui en particulier?

Oui, avec Gainsbourg bien sûr à la place de Bambou.

Quand tu as enregistré ton dernier album, « Kabuki Femme Fatale », as-tu pensé à des artistes, des artistes français en particulier, pour t’inspirer ?

Non pas vraiment. C’est venu naturellement de mon clavier et de mon ordi pour faire des démos, puis je les ai transmises aux artistes suédois, Joe Davolaz et puis voilà, la cuisine est terminée.

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Aujourd’hui , tu as la possibilité de choisir l’artiste idéal pour faire un duo, tu choisis qui?

Lescop ? Etienne Daho ? Eddy De Pretto?… J’ai déjà proposé une fois à Yan Wagner, mais j’ai été gentiment refusée…

J’ai lu que tu avais voulu reprendre « Antisocial » de Trust qui semble si loin de ton univers (et c’est d’ailleurs ce qu’on t’aurait répondu)…

Ah oui je suis au fond de moi antisociale 🙂 C’est toujours plus enrichissant de reprendre quelqu’un qui est super éloigné de ton univers. A l’époque, The Cardigans reprenait des morceaux de Metal, Black Sabbath. Avec The Konki Duet, mon ex-groupe de 3 filles, on a repris « No one knows » de Queens Of The Stone Age.

Tu as repris Johnny Hallyday avec une chanson peu connue qui date de 1966, « Maintenant ou Jamais » , qu’évoque-t-il pour toi?

Dans chaque pays il y a un modèle, un sosie de Presley et au Japon aussi? C’est le symbole de la « virilité abusive » comme dirait Eddy de Pretto.

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3 stars françaises iconiques étaient tout dernièrement en tournée au Japon, 3 générations qui donnent une certaine idée de la culture française : Sylvie Vartan, Charlotte Gainsbourg et Juliette Armanet : qu’est ce qu’elles évoquent pour toi en un mot ?

Sylvie Vartan : trop mignonne dans cette pub au japon… (ndlr: « Renown » – 1967) ;

Juliette Armanet : la Véronique Sanson d’aujourd’hui;

Charlotte Gainsbourg : j’adore son image dans « L’effrontée » avec sa marinière et son jean bleu, avec le titre italien « Sara perche ti amo ».

Tu es fan de Charlotte mais aussi de ses parents. Comment expliques tu l’engouement très fort pour la famille Gainsbourg au Japon?

Kahimi Karie a beaucoup contribué à se faire connaître cette famille géante car elle était fanatique de Serge Gainsbourg. Comme j’écoutais, et ré-écoutais l’enregistrement sur K7 de ses émission de radio, je suis bien évidemment fan 🙂

il y a également Shoichi Kajino, qui a fondé un label de musique qui s’appelait « l’appareil photo » qui adore Serge Gainsbourg, a beaucoup contribué pour que cette famille soit connue au Japon. Il est tellement fan qu’il s’habille pareil que lui, de tête au pied repetto blanc.

Pour toi, la nouvelle scène française aujourd’hui, c’est qui ?

Je ne la connais pas bien mais Zoé, de The Konki Duet, m’a fait écouter Lala &ce 667 

Certains disent que tu es la « Lio japonaise » et d’autres, la « Françoise Hardy Japonaise », et toi t’en dis quoi ?

Je les aime les deux à la folie. Je suis sage comme une image et on dirait, les brunes comptent pas pour des prunes 🙂

Un japonais qui veut découvrir la musique française, tu lui proposes quoi en premier ?

J’ai un ami japonais qui est devenu professeur du français, donc je lui ai conseillé :

CHRISTINE & THE QUEENS : « Christine »

STROMAE : « Papaoutai »

KATERINE : « La banane »

Kumi made in Japan, c’est quoi la suite ?

J’aimerais bien sortir un album de la musique pour enfants bien composée, bien écrite par les bons adultes qui gardent leur esprit d’enfant.

Kumi made in France, c’est quoi la suite ? »

J’aimerais bien tourner en France avec Joe Davolaz, mon groupe suédois avec qui nous avons enregistré « Kabuki femme fatale ».

Pour finir, Kumi, une petite question personnelle : pas trop jalouse que ton ami Ricky Hollywood, avec qui tu as notamment collaboré sur l’irrésitible « Chapardeuse« , soit sur scène, en tournée avec Juliette Armanet ?

Non pas trop, parce que c’est Ricky qui vient chanter de temps en temps à côté de moi sur scène, et d’ailleurs nous allons partager normalement la scène de Supersonic le 12 juillet dans le cadre du festival « Restons sérieux ».

Le rendez-vous est pris! 

Propos recueillis par Gregory Guyot.

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Crédit photos: Gregory Guyot (D.R./ @I_am_Gregg/ JSM) pour les photos 2017 : Supersonic à Paris (07.04), Harcoza à Tokyo (17.05) et Mob Hotel à St Ouen (16.06)  / Pierre Olivier Signe (D.R.)  pour la photo prise le 23 novembre 2012 à Paris + visuels albums.

 

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Maurane / Françoise Fabian / Sylvie Vartan / Charlotte Gainsbourg Juliette Armanet / Kumisolo / Brigitte / Véronique Sanson Florent Pagny / Pomme / Hoshi / Un soir aux 3 Baudets / Concertorama#10 : Julien Doré, Tim Dup, Eric Serra , Emily Loizeau / Discorama#10: Calogero, Charlotte Cardin, Mariscal, Coeur de Pirate, Pomme, Zazie, Arnold Turboust.
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