CHRISTOPHE WILLEM

Un concert nommé désir


Nous avions laissé un Christophe Willem version intimiste à l’issue de sa précédente tournée, étonnant mélange de happening et de proximité élitiste dans le très beau concept des « Nuits parait-il », qui avait donné vie à l’un des meilleurs albums live jamais produits. Depuis, Christophe Willem a publié « Rio », précédé d’un premier single estival,  « Marlon Brando » suivi de trois autres extraits, « Rio », « Madame » et « Restart », dessinant les contours d’un album agréablement surprenant.

Christophe Willem - par Gregory Guyot - Je Suis Musique (12)

Suite à la sortie fin 2017 de « Rio »  (notre article sur la sortie de cet album à relire ici), Christophe Willem repart aujourd’hui en tournée, offrant un spectacle à l’extrême opposé de ces nuits-là, après une résidence aux Etoiles à l’automne dernier. Car ce qui interpelle chez cet artiste que l’on (re)découvre complet, c’est ce double-jeu permanent entre l’immense popularité du chanteur issu de la télévision et ses voyages artistiques risqués et audacieux, se remettant sans cesse en question au fil de ses albums, comme à chacune de ses tournées, et construisant malgré tout une carrière d’une implacable cohérence. Ces risques assumés ont sûrement dérouté un public de la première heure, dont une partie s’est pourtant accrochée avec une fidélité exemplaire, tandis qu’une autre est restée sur le bas-côté du chemin exigeant de l’artiste populaire. Ses choix ont mis des bâtons dans les roues d’un jeu de séduction d’un nouveau public qui l’estampille encore « Nouvelle Star ».

Mais ce sont précisément ces choix qui ont construit cet artiste beaucoup plus exigeant qu’il n’y paraît, beaucoup plus sérieux et impliqué que sa bonne humeur communicative ne le laisse entrevoir. Christophe Willem dépasse toutes les catégories dans lesquelles on a voulu l’enfermer. S’inscrivant malgré tout dans une variété élégante et populaire, il offre des œuvres fidèles à ce qu’il est, bien que totalement inclassables dans le monde de la variété. Sans chercher à être dans l’expérimentation, il assume des propositions audacieuses et osées dans une carrière relativement jeune. Rapide tour de la question : dès le deuxième album généralement attendu au tournant (« Caféine », en 2009), le titre « Berlin » était un surprenant premier single, à contre-courant des tops du moment. Idem avec « Cool » choisi pour lancer « Prismaphonic » en 2011, titre electro dancefloor sussuré, puis avec un bel album risqué en 2014, « Parait-il » suivi d’un live d’une beauté crépusculaire et onirique.

Christophe Willem - par Gregory Guyot - Je Suis Musique (11)

Le concert qu’il propose pour soutenir « Rio » est construit autour de 6 grands tableaux et compile toutes ces audaces-là, toutes ces prises de risques, toutes ces envies de démesure dans une euphorie sonore que la salle Pleyel a dû mal à catalyser. Dans la salle des grands soirs, c’est ce public qui a eu raison de lui rester fidèle, qui lui fait une ovation à peine son ombre mince apparue au fond de la grande scène aux allures exotiques pour ouvrir le premier tableau sur « Copacabana ». Dès les premières notes, Christophe Willem embarque la salle toute entière, rappelant ô combien cette victoire à « la Nouvelle Star », il y a douze ans déjà, était méritée et augurait de la naissance d’un immense artiste : Willem est un vrai showman qui a su conjuguer la fraîcheur d’une jeunesse créative avec le professionnalisme des grands artistes de la chanson.

Christophe Willem - par Gregory Guyot - Je Suis Musique (9)Christophe Willem - par Gregory Guyot - Je Suis Musique (8)

Ainsi s’enchaînent pendant plus de 2h30, des titres, des hymnes, des oeuvres, que l’on a parfois honteusement oubliés, constituant un tour de chant qui déverse à n’en plus finir une discographie très riche comme le ferait une corne d’abondance musicale.

Surprenant du début à la fin, Christophe Willem prend de l’ampleur quand il embarque avec lui ce public déchaîné dans un refrain comme celui de « La règle du jeu » , ou quand il le traverse pour chanter au premier balcon « Double Je » dans une hystérie collective rarement vue. Ou encore quand il raconte avec un humour digne d’un « one man show » des anecdotes bien senties (comme celle introduisant « Jacques a dit »), ou encore se fait plus grave sur « Loue Ange »  sur le sujet pourtant sensible de la religion.

Christophe Willem par Delphine Champion - Je Suis Musique (11)

Comme sur ce dernier titre, Christophe Willem sait qu’il n’est jamais aussi puissant que quand il est dans l’émotion : grâce à une voix qui continue d’étonner, il bouleverse sur « Madame », sur « Falling » ou assis dans un coin de la scène, sur la très belle reprise d’ « Evidemment » de France Gall, comme un clin d’oeil au concert unique hommage à Michel Berger qu’il avait donné en 2016 aux Francofolies de la Rochelle, avec Yvan Cassar au piano.

Christophe Willem - par Gregory Guyot - Je Suis Musique (4)

Tout le concert est teinté de ces moments à fleur de peau, à fleur de voix qu’il contrebalance rapidement par des titres plus rythmés, entraînant un public qui le porte, qui ne lâche pas, du premier au dernier rang. La salle Pleyel devient alors un immense dancefloor rangé sur ses titres plus fédérateurs, comme « Restart », « Berlin », « Rio » où même « Nous nus ». Puis il quitte la scène sur son single « Marlon Brando » nous laissant totalement ébahis, ravis d’avoir retrouvé du désir pour cet artiste que l’on avait injustement sous-estimé. Rendez-vous est déjà pris le 2 décembre, pour une nouvelle date à Pleyel, où il réchauffera notre hiver, à n’en pas douter.

Gregory Guyot

Christophe Willem par Delphine Champion - Je Suis Musique (9)

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Setlist du 24 mars 2018, Salle Pleyel : Ouverture : Conchinha (de Maena) / Copacabana / L’ovni / Part 1 (Rock) : Restart / Pilote / Nos balles perdues / Bombe anatomique / Indélébile / Part 2 (acoustique) : The girl from Ipanema / Safe Text / Quelle chance / Sunny / Double Je / Part 3 (lectro) : La règle du jeu / Allons enfants / Berlin / Loue ange / Falling / Part 5 (Ballades) : Evidemment / Procrastiner / Madame / Part 6 (funk) : Rio / Nous nus / Sous mes pas / Vivement qu’on vive / Encore : Jacques a dit / Marlon Brando. 

IGIT était en première partie de Christophe Willem et nous vous en parlons dans notre nouvelle rubrique : CONCERTORAMA.

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crédit photos: Team Together : Gregory Guyot (D.R./ @I_am_Gregg/ JSM) + Delphine Champion (D.R. / @Del1997 / JSM) 

18 réponses sur «  »

  1. Merci de diffuser ce que les fidèles savaient déjà et que de nouveaux venus vont découvrir: le talent immense de Christophe Willem est au service de son art, et il l’utilise tellement intelligemment. Aucun doute sur la longévité de sa carrière, sans cesse réinventée.

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  2. Merci pour cette analyse, il fallait que ces choses-là fussent dites et vous les avez plus que bien relatées. Perso, je n’ai jamais compris le boycotte dont il a fait, et fait encore, l’objet dans les radios. Ayant vu des dizaines de concerts j’affirme encore et encore que Christophe Willem est exceptionnel sur scène et en plus, lui, il chante toujours juste 😉

    Aimé par 1 personne

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