ALAIN CHAMFORT

Le discret.


Depuis son premier essai discographique en 1968, Alain Chamfort a toujours mené sa carrière avec une élégance et une discrétion remarquables, devenues aujourd’hui indissociables de son image d’éternel Dandy de la Pop française : une façon d’être et une exigence que beaucoup lui envient et qui ne l’ont pas empêché de séduire un large public, sensible à ses chansons d’une grande finesse, tout autant que les médias les plus convoités. A l’occasion de la sortie de l’album « Le désordre des choses », il s’est livré avec pudeur et beaucoup de distance envers lui-même sur la genèse de ce petit bijou, entre tendresse et ironie…

Alain Chamfort - par Julien Mignot - Je Suis Musique (5)

– Tu fêtes 50 ans de carrière, quel regard portes-tu sur le jeune Alain Legovic qui enregistrait son premier 45 tours alors qu’il jouait encore aux côtés de Jacques Dutronc ?

Je me dis qu’il était loin de penser qu’il allait faire une carrière dans ce métier, et que ça allait durer autant de temps. Il était insouciant, ne se rendait pas compte de ce qu’allait être la vie… Il profitait simplement du moment qui lui était offert et essayait de s’amuser de ces moments-là, avec Jacques (Dutronc), les Mods, et tous ces groupes auxquels il participait. Cette période reste pour moi celle pendant laquelle j’ai pu m’ouvrir à d’autres musiques que celle apprise à mes cours de piano. Je commençais à être plus rythmique, à reproduire les tubes du moment, les musiques de Jazz… Mon apprentissage musical a alors dévié vers ces musiques qui étaient davantage dans la vraie vie. Ça a été important pour la suite, quand j’ai commencé à écrire des chansons : j’avais ainsi une double formation qui m’a été très utile.

– Par la suite, Jacques et toi n’avez jamais collaboré, en revanche…

Non, mais quand j’étais en studio avec lui, il arrivait avec une ébauche de chanson et chacun apportait sa patte. Notamment sur l’album qui contenait «Les playboys », « Les cactus », les musiciens étaient rassemblés, et on découvrait parfois la chanson en même temps que lui. Quelquefois, on la structurait avec lui, on y participait réellement… Certaines propositions étaient retenues, d’autres pouvaient faire hurler le directeur artistique Jacques Wolfsohn (directeur artistique chez Vogue) de sa cabine… Bref, chacun apportait ses compétences. Si bien que quand je réécoute cet album, j’en trouve le son très efficace, très resserré : c’est une chose que je n’ai jamais retrouvée ailleurs, dans aucun autre enregistrement. Quand des années plus tard, j’ai enregistré mon album « Le plaisir » avec des musiciens en studio, notamment Albin de la Simone, on a travaillé de la sorte, chacun apportant ses suggestions.

– Tu aurais pu te contenter de faire une tournée anniversaire, de publier un Best of : qu’est ce qui t’a motivé à sortir un nouvel album ?

Entre nous, je n’avais pas du tout cette notion d’anniversaire en tête, dans la mesure où si on prend 1968 pour départ de ma carrière, on intègre mes tout premiers 45 tours faits avec Dick Rivers. Or, de mon point de vue, ces disques n’étaient que la démonstration que ce métier n’était pas fait pour moi, que je n’avais pas ma place en tant qu’interprète… D’ailleurs, juste après, j’ai connu une période de renoncement qui a duré deux ou trois ans. C’est ma rencontre avec Claude François qui m’a conduit à rechanter à nouveau, au sein de son label Flèche. Si bien que j’estime que ma vraie carrière de chanteur commence à ce moment-là. Mes 50 ans de carrière réelle, je les fêterai plutôt en 2021, voire en 2022… (rires).

Alain Chamfort - par Julien Mignot - Je Suis Musique (2)

– Faut-il regarder la pochette en forme de puzzle, comme l’image symbolique d’un homme qui s’est enfin construit, rassemblé ?

Je n’y avais pas pensé, mais elle peut être vue comme cela. Je suis heureusement plus construit et serein avec l’âge, même si tous les grands questionnements ne sont pas résolus. Ca me fait penser à cette jolie chanson, « Je sais », que Dabadie avait écrite pour Jean Gabin. On peut toujours s’interroger jusqu’à la fin sur le sens de son existence. Personnellement, celui que j’ai donné à la mienne, est d’avoir trouvé une activité qui me permette de vivre, tout en conservant une certaine légèreté. C’est un métier qu’il faut faire sérieusement et qui n’est pas de tout repos, mais il permet de mener une vie sans trop de contraintes, de hiérarchies, d’obligations… Trop de gens font des métiers difficiles qu’ils n’aiment pas. J’ai eu la chance de passer à travers cela. Mais on peut aussi avoir une lecture totalement différente de ce visuel, puisqu’il y a justement des déplacements de pièces dans ce puzzle… L’idée de cette pochette collait bien au titre « Le désordre des choses ». Le désordre est-il en nous, ou imposé par le monde extérieur ? C’est la grande question que pose ce titre…

– Pourquoi avoir choisi de confier tout l’album au parolier Pierre-Do Burgaud, après des années de collaboration avec Jacques Duvall ?

Duvall souhaitait arrêter d’écrire. Il s’était mis au vert et avait envie de vivre d’autres choses. Il se sentait moins inspiré ; écrire était devenu moins urgent pour lui… De mon côté, j’ai toujours en tête qu’un album est plus cohérent s’il est le produit de la collaboration entre un seul auteur et un compositeur. Multiplier les sources de textes m’a toujours un peu gêné. Je peux le comprendre, lorsqu’il s’agit de grands interprètes un peu isolés, comme le sont Patricia Kaas ou Johnny Hallyday. Mais dès qu’on participe soi-même à l’élaboration de ses chansons, ça me dérange. Je ne pourrais pas faire comme Julien Clerc, par exemple, qui sollicite plusieurs auteurs différents. J’ai l’impression que l’investissement n’est pas tout à fait le même. L’unité de l’album en souffre à mon sens. Or, j’avais déjà collaboré avec Pierre-Do sur l’album « Une vie, Saint Laurent » et le savais tout à fait capable de remplir ce rôle. Au départ, il était un peu gêné et inquiet de prendre le relais de Jacques, pour lequel il a beaucoup d’admiration. Il n’avait pas la confiance en lui suffisante. J’ai insisté en le poussant dans ses retranchements, et les chansons sont venues, mais sa première réaction a été de me dire de proposer les musiques à d’autres auteurs… (rires).

– Comment avez-vous travaillé ?

A sens unique, je n’ai fait que lui envoyer des musiques sur lesquelles il revenait avec des propositions de textes. Certains essais ne me convenaient pas, mais l’avantage avec lui, c’est qu’il a été élevé à l’école de la publicité. C’est un exercice qui l’a habitué à revenir sur son travail constamment. Il m’a raconté qu’on lui jetait ses idées à la figure, l’obligeant à produire en permanence. Il a appris à se dessaisir de ses propositions et ne pas forcément se battre pour les imposer. C’est plutôt agréable, parce que certains auteurs ont parfois l’impression qu’ils se sont donné du mal, et ne veulent pas revenir sur leur travail. Quelquefois, ça conduit à des conflits… Je me souviens, pendant ma période Flèche qu’on avait demandé une chanson à Jacques Demarny : celui-ci est revenu avec un texte qui parlait de téléphone, un peu comme dans la chanson de Nicole Croisille. Ca ne me plaisait pas du tout. J’étais super gêné. C’était un parolier reconnu, qui avait écrit plein de tubes, etc. Il est arrivé au studio avec le texte, le jour de l’enregistrement : j’étais vraiment mal à l’aise, mais j’ai été obligé de le lui dire et il l’a très mal pris. Je n’ai plus du tout envie de vivre ce genre de situation… Avec Pierre-Do, j’ai pu sans problème refuser entièrement certains textes, et lui demander d’en remanier d’autres.

Alain Chamfort - par Julien Mignot - Je Suis Musique (4)

– Il est l’auteur des 3 volumes du « Soldat rose » : l’idée de t’associer comme Chédid, Cabrel ou Souchon à la composition d’un de ces contes pour enfants, s’est-elle présentée ?

Non, il ne me l’a jamais proposé. En revanche, il m’a avoué que pour le dernier volume, il avait suggéré que je vienne chanter une chanson. Mais dans la composition du casting, il devait y avoir un certain équilibre générationnel entre les artistes, plus ou moins jeunes… On avait du estimer qu’il y avait suffisamment d’interprètes dans mes âges. J’ai été refoulé comme ça : trop vieux ! (rires).

– A l’écoute de l’album, on se dit que plusieurs mélodies auraient eu leur place sur tes précédents disques, de « Trouble » à « Neuf » ou « Le plaisir » : c’était intentionnel de proposer ici une palette musicale rétrospective de ton inspiration ?

Non, simplement, je ne fais que ce que je sais faire depuis toujours. Il m’est difficile de m’en éloigner trop, même si j’essaie d’avoir des petites trouvailles innovantes à chaque fois. Ce n’est pas toujours facile. J’ai un terrain d’expression limité et je ne veux pas prétendre à des choses que je ne maitrise pas, qui ne me viennent pas naturellement…

– l’album ne compte que dix chansons ; en avez-vous écrit davantage ?

Non, on avait dix musiques, la dernière ayant été composée, était « Tout est Pop », qui se devait de donner un rythme un peu up-tempo à l’ensemble. L’autre chanson rythmée de l’album est « Sans haine, ni violence », sur laquelle Pierre-Do a eu beaucoup de mal à trouver une idée.

– « Le désordre des choses » qui donne son titre à l’album, me rappelle que tu m’avais confié il y a quelques années, que le succès n’était selon toi qu’un accident…

Oui, je le pense toujours : il y’a tellement de choses qui nous échappent… Déjà, quand tu offres une chanson aux gens, tu ne sais pas du tout ce qu’elle va advenir. C’est valable dans plein de domaines. Il y a un instant ou tu es en phase avec l’attente, avec l’air du temps. Ca n’arrive que très occasionnellement. C’est lié à des rencontres, à des gens de maisons de disques…

– As-tu soufflé ce thème à Pierre-Do ?

Non, mais on a suffisamment discuté de choses et d’autres entre nous, pour qu’il sache ma façon de voir les choses. J’ai eu cette chance dans ma carrière de travailler avec des auteurs qui m’ont donné l’impression de ne pas travailler. Tous les échanges que j’ai eus avec eux dans les autres moments ont alimenté leur inspiration. Entre autres, Pierre-Do sait que j’assume plein de choses : il sait que je n’ai pas de blocages ou de craintes par rapport à des sujets ou des approches qui ne me valorisent pas forcément. Je ne crains pas la réaction du public.

– Le premier extrait a été « Les microsillons » : es tu aussi à l’aise que dans la chanson avec l’idée de vieillir ?

Je n’ai pas le choix, alors autant ne pas rentrer en conflit avec cela ; ça ne peut que rendre plus malheureux. Je trouve que c’est plus léger de le reconnaître soi-même, plutôt que d’attendre qu’une personne extérieure nous le fasse remarquer. C’était un peu l’idée déjà quand j’ai chanté « Ce n’est que moi ». Je me glissais dans la peau d’un chanteur confronté au problème générationnel. J’y faisais le malin auprès d’une jeune fille, mais celle-ci me renvoyait vers sa mère… Les étapes n’ont pas forcément été aussi agréables à vivre que dans la chanson : dans la réalité, quand par exemple une jeune fille vient me demander une dédicace pour sa mère, c’est toujours un peu gênant, mais je l’accepte.

Alain Chamfort et Juliette Armanet - Alcaline - par Gregory Guyot - Je Suis Musique

– On a découvert cette chanson en duo sur le concert de Juliette Armanet pour l’émission « Alcaline », qui a eu lieu dans l’obscurité en raison d’une panne de courant : quel souvenir gardes-tu de cet événement ?

C’était plutôt angoissant pour elle. Moi, je n’avais qu’une petite participation. Le public était là, et Juliette a eu le bon goût de chanter ses chansons dans l’obscurité totale. Beaucoup d’artistes auraient réagi comme cela, je pense. On sait très bien que la relation avec le public, va au-delà de la volonté du producteur de l’émission, qui n’y était pour rien non plus dans cet incident. Ca nous a permis à tous de vivre un moment suspendu, totalement imprévisible. D’ailleurs, on doit refaire cette chanson ensemble demain pour « Taratata ». J’aime beaucoup Juliette, et suis d’autant plus touché que c’est elle qui a fait le premier pas. Je n’y aurais pas forcément pensé, et c’est toujours un peu délicat dans ce sens-là. Elle est en pleine phase de reconnaissance, et je ne voulais pas donner l’impression de vouloir profiter de son éclairage. Mais à partir du moment où c’est elle qui a fait la démarche, j’étais ravi.

– As-tu été sensible à d’autres jeunes artistes dernièrement ?

J’aime bien le travail d’Orelsan. C’est toujours bien fait ; il est très doué. On sent qu’il est intelligent et plein d’humour. Eddy de Pretto est plus dans la chair, son écriture est plus dérangeante, mais il a aussi un style très personnel et a trouvé sa place extrêmement rapidement. Et puis, il y a aussi plein de groupes comme l’Impératrice que j’aime bien.

Alain Chamfort - par Julien Mignot - Je Suis Musique (3)

– Pourquoi avoir si vite enchaîné avec le nouvel extrait « Exister » ?

« Les microsillons » était une chanson un peu à part dans l’album, tant et si bien qu’on l’a mise en ouverture. C’est une chanson plus intemporelle dont on savait qu’elle n’avait aucune chance de passer en radio. C’est toujours la même règle : les radios pensent avant tout à elles, à leur propre couleur d’antenne, avant de penser à défendre un artiste. Malgré tout, on avait envie de la faire découvrir aux gens, parce que c’est une vraie chanson dont on était fiers. Mais plus le temps passe, plus il faut aller vite à l’essentiel.

– Quel sens donner à cette chanson « Exister » ? As-tu parfois été tenté d’abandonner ta carrière au regard des difficultés à « exister » artistiquement ?

Non, pas spécialement. Au contraire, quand on m’a rendu mon contrat chez EMI, après l’album « Le plaisir », j’ai mis à profit ma liberté pour proposer autre chose. Je ne serais jamais allé au devant des maisons de disques pour les prier de bien vouloir me signer. J’étais tout à fait dans la capacité de me dire qu’il fallait accepter l’idée que je n’avais peut-être plus ma place, que si les maisons de disques ne voulaient plus de moi, c’était peut-être un signe… C’est une chanson qui traite plus largement de la difficulté à exister dans la vie, à ne pas être rejeté, à trouver une entente entre toi et ce qu’on exige de toi, avec la rapidité de l’enchaînement des choses, l’obligation de rebondir, d’être toujours plus performant… On doit répondre à des figures imposées qui ne sont pas forcément dans sa nature et en phase avec son épanouissement personnel. Le monde actuel n’est vraiment pas facile en cela.

– Quelle est la part d’autobiographie d’une chanson comme « En regardant la mer » ?

Comme tout le monde, j’ai souvent été tenté de changer de vie. Il y a très longtemps, j’ai pensé que quand on était musicien, on se devait d’aller vivre aux Etats-Unis. C’est un pays qui me paraissait plus en phase avec la musique que la France. D’ailleurs, pas mal de compositeurs français s’y sont risqué et quelques uns ont réussi, comme Maurice Jarre, Georges Delerue ou Alexandre Desplat.  Mais très peu finalement… On ne les attend pas. En ce qui me concerne, comme j’avais de jeunes enfants, c’était un peu compliqué. A une autre époque, j’ai eu aussi envie de m’acheter une maison à Ibiza. Et puis, je ne l’ai pas fait…

– Tu évoques ton aspiration à lâcher prise, à lézarder sur « Les salamandres », mais tu n’as jamais été aussi actif…

C’est vrai, mais j’ai toujours pris soin de me ménager aussi des moments pour moi. Et puis, pour être honnête, je ne déborde pas d’activité. Certes, j’ai un rythme de sortie d’albums régulier, mais mon succès est relatif, et ne m’impose pas toute une série de contraintes et d’obligations comme certains artistes. Je n’ai pas 200 dates de concerts par an. Dans ma situation, je peux m’organiser pour avoir des moments de répit, pour apprécier le temps autrement, vivre un peu en alternance finalement…

– Il faut une sacrée part d’autodérision, quand on est une figure emblématique de la Pop, pour chanter « Tout est Pop », qui fustige le mélange des genres…

Ce mélange s’est fait au fil du temps. Ce n’était pas du tout le cas au début de la Pop culture. Ca s’est un peu accéléré : les médias ont créé un mélange des hiérarchies. Tout est traité de la même manière, avec la même rapidité… On n’a pas le temps de réagir et d’analyser ce qui arrive, que déjà on passe à autre chose. Cette chanson est finalement davantage un état des lieux sur les médias que sur cette culture Pop. Ils ont fortement contribué à ce mélange constant des références. Tout est traité de la même manière, et la valeur des gens se réduit au nombre de followers, de likes… Toutes ces choses sont étranges, mais je ne veux pas non plus donner l’impression d’appartenir à un autre monde. Tout n’était pas mieux avant, comme disent certains. Il faut simplement faire face et s’adapter aux évolutions du monde, tout en sachant se retirer de temps en temps pour respirer un peu…

– « Sans haine ni violence » renoue avec la chanson sentimentale : que tu le veuilles ou non, penses-tu être perçu comme un chanteur de charme ?

(rires). Disons que c’est dans ce registre de la chanson amoureuse, que j’ai fait le plus de chemin dans ma carrière. Il y aura toujours une place dans mon répertoire pour ce type de chansons, mais il faut qu’un certain équilibre soit respecté. Ca ne peut plus être mon combat majeur. Je ne peux plus incarner cette figure du chanteur qui est toujours dans une approche de séduction : ce n’est plus de mon âge, tout simplement. Il faut savoir accepter le rôle de la vie.

Alain Chamfort - par Julien Mignot - Je Suis Musique (1)

– As-tu des projets de composition pour des interprètes prochainement après avoir écrit pour Jane Birkin, Vanessa Paradis ou Dani…?

Je n’ai pas tant écrit que cela pour les autres. Dani en effet attend une chanson de moi pour son prochain album. Je ne fais finalement que répondre à des propositions qu’on me fait. J’ai écrit une chanson pour Patricia Kaas qui n’a pas été retenue, alors que je la trouvais à mon goût. J’ai essayé à plusieurs reprises d’en proposer à Johnny également, mais je n’ai jamais eu de réponse de son directeur artistique… Je n’ai jamais su si c’était bien ou pas. Partant de là, c’est assez refroidissant. Je n’ai pas envie d’entrer dans une espèce de compétition avec des gens extrêmement bien placés, par ailleurs, et qui sont proches des artistes, pour leur proposer des chansons. Tout cela est si compliqué… Comme j’ai la chance de pouvoir chanter mes propres chansons, je m’évite ce genre de démarche. Je privilégie les artistes qui m’inspirent, comme Line Renaud pour laquelle j’ai écrit une chanson. J’aimais bien l’idée d’écrire pour une artiste qui véhicule derrière elle toute une époque surannée, celle des années 50…

– Où en es-tu de ta carrière de comédien ?

Je n’ai pas de projets, et je ne fais pas de démarche particulière en ce sens non plus auprès des réalisateurs.

– Tu as eu des enfants de mères différentes : le feuilleton sur l’héritage de Johnny t’a-t-il questionné ou appelé à vérifier que tout était en ordre de ton côté ?

(rires). Je suis Français et je vis en France. Je ne dépends que de la législation française, donc la question ne se pose pas. Il faut juste faire en sorte d’éviter des conflits toujours possibles, comme dans toutes les familles. Mais à partir du moment où il n’y a pas de volonté de faire valoir des préférences entre les enfants, il n’y a pas de problème. Après, concernant l’affaire de l’héritage de Johnny, je pense que la relation qu’il a eue avec ses deux enfants ainés a été très tardive et très peu solide. Il ne donnait pas l’impression d’avoir construit grand chose avec eux. Il ne les a quasiment jamais vus, sinon très tard, quand ils sont devenus artistes à leur tour. Il a certainement davantage éprouvé ce sentiment de paternité avec ses deux petites filles, même s’il agissait d’enfants adoptées. Il les a eues petites, a vécu avec elles… Alors peut-être a-t-il pensé que les grands avaient trouvé leur place, étaient sortis d’affaire ? Personnellement, je n’aurais jamais fait cela, mais je ne suis pas à sa place : c’est difficile de porter un jugement.

– C’est quand même fou que les Français se passionnent à ce point pour une histoire de famille très personnelle…

Ils avaient une image de Johnny qui est remise en question, à l’occasion de cette affaire d’héritage. Et puis le fait qu’il ait été marié avec une jeune femme a pu aussi attiser la jalousie de certaines femmes plus âgées. Le fait que, tout à coup, Laeticia donne l’image d’une intriguante épouvantable, les rassure quelque part : cette histoire les conforte dans l’idée qu’elle a bien profité de Johnny, de son argent, etc. (rires)

– L’année passée a été cruelle en disparitions de monuments de la chanson : quel souvenir gardes-tu de Jacques Higelin ?

J’ai eu l’occasion de le croiser à plusieurs reprises : il était assez charismatique, tout en gestuelles, en mouvements, en paroles… C’était quelqu’un de très animé, d’un peu foufou. Il était en permanence dans une sorte de tourbillon poétique, mais au-delà de cela, c’était difficile de se faire une image précise de lui. Sur scène, il était dans la continuité de ce qu’il était dans la vie. Il improvisait beaucoup. Il a toujours été très sympathique avec moi, très jovial et très gentil.

– Quelle place prendra cet album sur scène par rapport à tes nombreux tubes, notamment au Trianon le 15 novembre prochain ? Julien Clerc, par exemple, a proposé plutôt un concert en forme de « Best of », pour sa tournée des 50 ans…

Je ne sais pas encore, mais je trouve toujours délicat de refuser de faire plaisir aux gens. Je suis allé voir Aznavour, et j’attendais forcément d’entendre toutes les chansons que j’ai aimées de lui. Quand je vais voir Julien, j’aime réentendre « Le coeur volcan », «La petite sorcière malade », etc. Je pense quand même que je laisserai plus de place au dernier album, quitte à rassembler des chansons par medleys. Je n’y ai pas trop réfléchi. Sur ma dernière tournée, j’avais extrait sept titres du dernier album.

– As-tu été surpris de recevoir la visite de l’ex-président Hollande et de la ministre de la culture Audrey Azoulay lors de ton dernier Olympia ?

Oui, bien sûr. Concernant Francois Hollande, il n’y avait aucune raison particulière. Dans l’après midi, on m’avait prévenu. Brigitte Abraham (directrice de salle) m’a informé pendant les répétitions que le Président de la République serait là. Je n’y croyais qu’à moitié. En revanche, concernant Audrey Azoulay, j’avais participé à une mission lors de la création du CNM, le centre national de la musique. Nous étions cinq membres à auditionner plein de gens pour dresser un bilan sur la filière musicale dans son ensemble. C’était super intéressant. A cette occasion, on avait interrogé Audrey Azoulay, responsable à l’époque du CNC, le centre national du cinéma et de l’image animée. Elle avait été très charmante. Les années ont passé, et entre temps elle a été nommée ministre de la culture. J’étais en train de visiter le Futuroscope de Poitiers avec mon petit garçon, quand j’ai reçu un appel d’un conseiller du ministère, m’expliquant que suite à sa nomination, Audrey Azoulay était conviée aux Victoires de la Musique et souhaitait que je l’y accompagne. J’étais très ennuyé, car ayant prévu de passer la nuit au Futuroscope, je n’étais pas disponible. Je craignais de la vexer, c’était délicat. Quelques mois plus tard, j’ai été invité au ministère de la culture, pour assister à une projection d’un film avec Isabelle Huppert. J’y suis allé, et elle est venue vers moi, pour se présenter et me dire : « j’ai appris que vous passiez à l’Olympia, c’est quand ? ». Elle a alors appelé son assistant pour lui demander de bloquer la soirée sur son agenda. J’ai pensé qu’elle faisait cela par pure courtoisie, mais elle est bel et bien venue, et c’est elle qui a emmené François Hollande. Et effectivement, un journaliste qui l’a interviewée m’a rapporté dernièrement qu’elle était fan de moi. Elle ne me l’a jamais dit (rires). En revanche, celui que j’ai un peu fréquenté et dont je sais qu’il est fan de chanson française est Bernard Cazeneuve. Il est venu me voir régulièrement. Il aime aussi beaucoup Véronique Sanson. J’ai l’impression que François Hollande est davantage venu faire sa campagne : il faisait des selfies avec tout le monde dans les coulisses. C’était marrant (rires) !

Propos recueillis par Eric Chemouny

Alain Chamfort - par Julien Mignot - Je Suis Musique (6)

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crédit photos : Julien Mignot (D.R.) sauf photo Alcaline avec Juliette Armanet prise le 7 février 2017: Gregory Guyot (D.R./ @I_am_Gregg/ JSM)

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