JULIETTE ARMANET

La pile ALCALINE du TRIANON


Il y a des jours où rien ne va et pourtant, tout va bien ou pas si mal ; des jours où rien ne se passe comme prévu et pourtant tout se passe bien, et il y a des jours de neige qui paralysent une ville, une vie, des jours sans soleil et sans lumière où s’enchaînent les imprévus et leurs  conséquences… Ce jour-ci, que nous allons vous raconter, est de ces jours-là. Un de ces jours hors du temps.

JSM JeSuisMusique Juliette Armanet par Gregory Guyot (1)

Il est presque midi, Juliette Armanet se prépare à donner un concert privé au Trianon, en version à peine raccourcie de sa tournée pour la remarquable émission Alcaline, diffusée sur France 2, émission ô combien vitale pour la musique. Consécration. En moins d’un an, la révélation des Victoires s’est construit une sacrée place dans la chanson française grâce à l’un des meilleurs albums de cette dernière décennie : « Petite Amie », qui vient de ressortir en édition enrichie de 4 titres.

Ce jour là, tandis que les invités de ce concert intime devraient être déjà devant la scène, ils font encore la queue dans le froid glacial parisien, quand la production annonce un problème électrique qui retarde le concert. Quand enfin les portes s’ouvrent, près d’une bonne demie heure plus tard que prévu, c’est une longue attente qui (re)commence à l’intérieur, le problème n’étant pas encore résolu.

Dans le grand hall rococo du Trianon, tout le monde ne la voit pas mais c’est Juliette Armanet, elle même, qui vient annoncer « la mort dans l’âme » que le concert aura beaucoup de retard, elle nous conseille timidement d’aller déjeuner, se sent un peu gênée, embarrassée, compatit et accepte quelques râlements, impuissante mais disponible. Le Trianon se vide. Hémorragie lente et triste, impuissante et passive.

JSM JeSuisMusique Juliette Armanet par Delphine Champion (3)

Deux heures trente plus tard, le concert commence enfin, porté par une balbutiante et fragile décision prise, dans un incertain déroulé, fonçant vers une probable déception précipitée mais le risque est pris. Et quel risque fou quand il semblait plus facile d’annuler!

Tout commence bien avec le surprenant groupe Catastrophe, devant une salle presque vide, portant le poids des absences des déserteurs impuissants qui ne sont pas revenus: un autre vrai problème pour une émission de télé où le public est primordial. Mais quel dommage pour ceux qui ont dû repartir car ce qui s’est vécu là, fait et fera partie de ces moments qui écrivent une histoire de la musique, qui marque une vie d’artiste comme une vie de spectateurs.

JSM JeSuisMusique Juliette Armanet par Gregory Guyot (2)

Alors que le problème semble avoir été réglé, que les lettres ALCALINE scintillent au dessus de la scène et que la lumière semble revenue, après un duo filmé avec Catastrophe, («qui repartent pour Berlin ») , le « vrai » concert de Juliette commence exactement comme elle le fait sur sa tournée: sur un instrumental, par le fond de la scène, puis se pose au piano et entame sous les néons et les spots, « Manque d’amour ». Jusqu’ici tout va bien. Mais peu avant la fin de la chanson, c’est le black-out et les lumières s’éteignent plongeant la scène dans le noir. Surprise, La musique est là, pourtant, et ne s’arrête pas et Juliette, elle, ne s’éteint pas non plus, elle ne fléchit pas devant l’adversité. Au contraire, le petit bout de femme prend le contrôle intégral du navire Trianon.

JSM JeSuisMusique Juliette Armanet par Gregory Guyot (3)

Alors que la production vient de lui demander d’arrêter le concert après cette première chanson, elle poursuit « maintenant ça suffit, laissez moi ». Et elle y va… Concert en sursis, où chaque chanson annoncée est peut-être la dernière, elles sont comme des instincts de survie totalement subversifs, comme des sursauts épileptiques jusqu’au boutistes, comme des besoins vitaux d’assurer des sons presque sans image, des notes sans visage, de la musique, et rien que de la musique. C’est désespéré et beau. C’est osé. Très osé.

Sous les applaudissements, les mercis et les bravos, Juliette Armanet emporte son audace et son courage à chaque fois un peu plus loin, pour aller coûte que coûte jusqu’au bout d’un concert si particulier pour elle, telle un phénix, sortant de l’ombre pour toujours plus de lumière.

JSM JeSuisMusique Juliette Armanet par Gregory Guyot (5)

Ainsi, le Trianon inscrit dans ses entrailles, une succession de scènes surréalistes comme quand elle se fait éclairer par les flashes des portables sur scène par ses techniciens, et rejoints par ceux du public, elle chante avec un aplomb qui force tous les respects. Les téléphones allumés dans sa direction sont comme les éclats d’une boule à facettes disloquée mais encore debout. Juliette Armanet est lancée, chargée à bloc, c’est une pile électrique … une pile Alcaline.

Quand elle quitte son piano noir, c’est pour mieux sauter plus haut, pour danser plus fort encore , pour allumer le feu d’une scène qui semble tout d’un coup moins éteinte qu’il ne nous était imposée. Un samedi soir dans l’histoire. Loulou. Quand tout à disparu et que la musique reste, c’est furieux, c’est rageur, c’est d’une densité rare.

Une magie indiscutable à la fois désuète et flamboyante opère, une sorcellerie électrique, un envoûtement hypnotique, une communion apocalyptique, Juliette Armanet apparaît comme une déesse du désespoir et livre une prestation historique, aussi héroïque qu’inconsciente, aussi exaltée qu’exaltante.

Cette guerrière des ténèbres laisse la place le temps d’un moment suspendu, à la petite fille qu’elle a sûrement dû être devant le grand Alain Chamfort pour un sublime duo « Microsillons », nouvelle création du dandy, extraite de son album à paraître en avril. Il lui dit, timide et gêné pour elle : « c’est pas filmé alors? », elle lui répond « non, on est entre nous ». Sourire bienveillant du grand chanteur. Humble, touchant, bouleversant, délicat, ce duo, comme une veilleuse dans la nuit, est une bulle d’élégance et de grâce absolue.

JSM JeSuisMusique Juliette Armanet par Gregory Guyot (7)

Puis le concert inspiré de sa tournée triomphale qui passera par l’Olympia pour deux soirs en mars , les 6 et 7, reprend son cours… Avec au final, une setlist déstructurée, aussi aléatoire que les espoirs déroutants d’un retour à la lumière.

Après un peu plus d’une heure de tour de force et d’amour, Juliette Armanet quitte la scène, devant un public qui en redemande encore et encore malgré la douzaine de titres littéralement offerts. Elle revient une ultime fois pour livrer sa reprise de The Weekend , en français : « Je te sens venir ». Et la lumière s’en fut.

Ce concert restera dans les mémoires, ressuscité d’une mort trop vite annoncée, sacrant définitivement Juliette Armanet. Elle a fait triompher la musique du chaos avec la puissance d’une grande. Divin et lumineux. Respect.

Gregory Guyot

JSM JeSuisMusique Juliette Armanet par Gregory Guyot (6)

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Crédit photos: Team Together : Gregory Guyot (D.R. / I_am_Gregg / JSM) + Delphine Champion (D.R. / JSM)

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Juliette Armanet, son nouveau clip : « L’indien »

4 réponses sur «  »

    1. Bonjour, nous ne le savons pas nous-même: c’est à France 2 qu’il faut poser la question. Juliette Armanet a demandé durant son concert si le concert était filmé, la technique lui a répondu non, mais les caméras tournaient quand même. Il y a donc une confusion. D’un point de vue télévisuel, cela risque d’être très compliqué car sans lumière, c’est un gros risque que prendrait la chaîne, presque du jamais vu! Ce qui a rendu ce moment d’autant plus exceptionnel.

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