BENJAMIN BIOLAY :

Un Zénith en hiver…


Benjamin Biolay Je Suis Musique JSM

Benjamin Biolay avait présenté Palermo Hollywood au public à Lyon, sa ville natale, pour un concert unique aux nuits de Fourvières le 17 juin 2016, puis les 23 et 24 septembre 2016 à Paris, à Pleyel. De l’avis de tous, deux de ses meilleurs concerts en avant première de la tournée « Palermo Hollywood », qui était repassée par Paris à l’Elysée Montmartre, s’est transformée en « Palermo Hollywood/Volver Tour » et qui s’est terminée au Zenith de Paris, le 30 novembre dernier.

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Benjamin Biolay est un paradoxe permanent, mélange d’exigences absolues et de facilités apparentes : il est capable d’oser des projets risqués comme pouvait l’être « Home » avec Chiara Mastroianni à une époque où on lui réclamait des tubes et de se confondre dans le jury grand public de la Nouvelle Star avec une aisance gauche et séduisante.

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Paradoxe quand il oscille entre l’élégant garçon tellement rive gauche et le bad boy attendrissant un peu rive droite, capable à la fois d’endosser le smoking d’un « Kennedy Rose » comme le survet quand il chante avec Orelsan (« Ne regrette rien » sur le trop laissé pour compte « Vengeance » ou son escapade avec le 113 (sur le titre « Texas hold’em ») ; il se fait caméléon de toutes les générations, de Sylvie Vartan à Louane, prêtant ses talents aux plus connues comme aux nouvelles révélations, à l’instar de la trop sous-estimée Daphné pour ne citer qu’elle (avec le duo « Ballade Criminelle »).

Il s’offre des albums de toutes les influences, d’ici et d’ailleurs, il est incroyablement français dans l’attitude, cosmopolite dans son appétit insatiable, Benjamin Biolay est un phénomène, carrefour de tous les arts, paradoxe de toutes les directions de choix artistiques.

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Sur scène, Benjamin Biolay exalte tous ces paradoxes, ne cède à aucune facilité, à commencer par la construction déstructurée de ce tour de chant. Cela commence dès l’ouverture du show avec cette attaque frontale au Zenith de Paris, trop grand, trop froid, par ailleurs indigne de l’artiste qui mérite davantage d’intimité pour en apprécié davantage sa grande valeur et surtout après avoir sorti un dyptique aussi chaleureux que «Palermo Hollywood / Volver ».

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Paradoxe aussi, quand ayant l’embarras du choix de son répertoire dense de  « Rose Kennedy », son premier album sorti en 2001 à « Volver », dernier opus en date sorti cette année, il fait le choix de laisser une place non négligeable à plusieurs reprises provenant d’univers musicaux différents : Johnny, Henri Salvador, Manu Chao ou Ileana Cabra auquel il faut rajouter Amadou et Mariam « Je pense à toi » en intro de Miss Miss.

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Paradoxe quand il pourrait balancer du très lourd et d’aligner des titres taillés pour le Zenith (comme on en trouve par exemple dans « Vengeance »), il préfère tracer son chemin, en calmant les jeux au détour de titres plus discrets comme en atteste « Billy Bob a raison » ou même « ton héritage », se jouant de tout enchaînement trop évident, à l’image de son ouverture très risquée dans un Zenith déjà glacé sur « La Garçonnière ».

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A l’instar de cette ouverture, il est rare de voir un artiste contourner à ce point la dynamique classique d’un tour de chant, balisé par des passages obligés qu’il évite méticuleusement. Exemple flagrant, quand il balance son plus gros tube, sa plus belle chanson, « La Superbe », dans la toute première partie du concert, brisant l’attendu, cassant l’idée encore lointaine d’un rappel fait de tubes, ou quand il choisit « 15 septembre », chanson-medley libre de l’album « La Superbe » en 3è titre comme pour plier en deux un album très riche et remballer une histoire qui aurait pu s’écrire au fil des morceaux choisis, ou quand il fait venir Chiara Mastroianni sur la pointe des pieds une première fois pour le faux duo de « Ressources Humaines », avant les « vrais » duos, complices jusqu’au dernier single « Encore Encore ! », etc.

A Chiara, il lui offre une vraie présence, s’effaçant souvent dans la pénombre de la lisière des projecteurs. Le comportement timide, presque gênée d’être (aussi bien) mise en lumière, Chiara est une force tranquille, une douceur presque sauvage sous la bienveillance amoureuse de Benjamin Biolay.

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Ainsi ce mélange de toutes les audaces est aussi jubilatoire que déroutant, aussi repoussant qu’envoûtant.

Le concert se termine sur une version brisée de « à l’origine », classique chaotique et apocalyptique, symbolique de tous ces paradoxes.

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Le temps des rappels. Alors qu’on aurait pu penser que le concert ne pouvait se finir que sur « Retiens la nuit », premier extrait de l’album de reprises de Johnny, pour le message distillé de son titre (l’idole est décédé quelques jours plus tard, le 6 décembre) mais aussi pour le clin d’œil ému à Johnny, il préfère refermer la tournée sur « Jardin d’hiver » (écrit pour Henri Salvador dont on « fêtera » les 100 ans en 2018), tout juste après avoir offert au public parisien un magnifique « Novembre toute l’année », tandis qu’il rappelle que dehors, la neige a recouvert Paris et qu’on ne tarde pas à l’y rejoindre.

Gregory Guyot.

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Setlist : La Garçonnière / Palermo Hollywood / 15 Septembre / Miss Miss / Billy Bob a raison / Ressources humaines / La Superbe / Lyon Presqu’île / Volver / Ton héritage / Négatif / Dans la Merco Benz / Clandestino (reprise de Manu Chao) / La débandade / Dolor  (reprise de lleana Cabra) / Pas d’ici / Padam / Encore Encore / A l’origine / rappel 1 : les cerfs volants / Roma / rappel 2 : Pas Sommeil / Retiens la Nuit (reprise de Johnny Hallyday) / Novembre toute l’année / Jardin d’Hiver (reprise de Henri Salvador).

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crédit photos: Pierre Olivier Signe (D.R) pour les photos couleurs / @I_am_Gregg (D.R. / JSM) pour les photos noir et Blanc, prises le jeudi 30 novembre 2017.

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