AMIR :

l’homme qui sourit…


A10Depuis ses débuts, le sourire ravageur d’Amir et son tempérament positif semblent avoir autant compté dans son ascension fulgurante que ses chansons à succès. A l’occasion de la sortie de son nouvel album « Addictions », l’ange brun de la chanson est revenu pour nous sur la dynamique de sa confection, et s’est confié avec une franchise rare et un optimisme contagieux, sur la façon dont il entend mener sa carrière. Avec évidemment pour seule philosophie : Always Smile !

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– Ton deuxième album intitulé « addictions » vient de sortir : pourquoi ce titre ? Quelles sont les tiennes justement ?

J’ai essayé de centraliser autour de ce mot, addictions, le sens de l’écriture de cet album, l’état dans lequel je me suis senti depuis le début de cette aventure musicale. J’ai découvert que j’avais en moi un moteur particulièrement actif, qui ne cessait de me donner envie de me donner à fond. A l’origine, le mot addictions est négatif en soi, mais je pense lui avoir apporté un sens positif, avec cette envie d’aboutir ce projet, d’écrire des chansons, de monter sur scène, sans jamais se plaindre, en étant conscient de la chance que j’ai et en restant toujours volontaire. Je ne veux pas dire par là que je suis l’artiste modèle, loin de là, mais dans mon ressenti, j’ai une force qui me pousse, cette addiction à la musique et à cette vie que je mène.

– Qu’as-tu cherché à faire évoluer par rapport au premier ? Avais-tu le sentiment d’être attendu au tournant ?

Pas spécialement, ou en tout cas, j’ai très vite étouffé cette peur, comme par réflexe : j’ai cet instinct de transformer les choses qui pourraient m’handicaper ou m’effrayer en regardant le côté positif en toute chose : c’es un peu mon arme secrète pour affronter la vie. Concernant le travail sur ce deuxième album, je me suis concentré sur les côtés positifs du précédent : au lieu de me dire qu’il fallait assurer et faire mes preuves, je me suis rappelé, que j’avais écrit un premier album sans maison de disques et sans public. Aujourd’hui ces choses-là existent et j’ai eu la chance de faire une tournée. J’écrivais justement cet album entre deux dates de cette tournée : j’étais dans une telle dynamique positive avec tellement de monde autour de moi, que je l’ai vécu comme un cadeau. C’est comme une seconde famille, si bien que je me sens davantage en sécurité aujourd’hui. Cette carrière est devenue plus solide et plus crédible grâce au public : tout cela m’a donné beaucoup d’assurance et de tranquillité quand j’ai écrit les chansons.

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– On a l’impression que tu n’as pas fait de break après les différents extraits d’« Au coeur de moi » et la tournée ; fallait-il battre le fer tant qu’il est chaud ?

Tu as raison, c’est exactement cela. Par souci de trouver le temps d’écrire, on n’a pas vraiment patienté, et deux semaines après la sortie du premier album, on s’est mis à travailler alors que nous n’avions aucune pression sur nos épaules. Par contre, au fil de l’écriture et de la relation qui s’installait avec le public, j’avais l’impression grandissante que je n’avais pas encore tout dévoilé. La démarche d’écrire un premier album pour me présenter aux gens ne me paraissait pas encore assez complète et aboutie. Je ressentais sur scène que j’avais encore des tas de choses à dire. Je sais maintenant à qui je m’adresse, et je veux permettre à ce public de me connaitre plus en profondeur à travers des chansons. Sinon, il faudrait que je me raconte en intermèdes entre les chansons, ce serait interminable… Je voulais fournir de la matière, des choses à raconter, parce que le premier album me paraissait encore trop en surface. C’est devenu un moteur supplémentaire pour l’écriture des chansons. Je voulais parler de choses plus personnelles encore, me livrer sur des sujets que je n’avais pas encore osé aborder, notamment les sujets sociétaux, ou l’amour qui était presque un sujet tabou auparavant. Du coup, les deux disques ont un lien très fort. ce n’est pas un hasard que celui-ci soit sorti un an et demi après. J’aime l’idée que ce soit presque un double album à retardement.

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– Le succès appelant le succès, as-tu été approché par les auteurs-compositeurs du moment qu’on retrouve sur beaucoup d’albums ?

Non, en tout cas pas ostensiblement. Des collaborations ont été évoquées de temps à autre. Mais en tant qu’auteur compositeur, je prends les rênes de la plupart des chansons, même si je ne travaille jamais seul. J’aime choisir les gens avec lesquels je travaille, et on est presque une équipe fermée. On croit tellement en notre symbiose de travail qu’il est difficile de spontanément solliciter d’autres collaborateurs, même si un regard extérieur peut toujours apporter quelque chose d’enrichissant. Je suis par exemple allé voir Tété pour faire deux textes avec lui. Et surtout des producteurs, car c’est sur la partie compo et réal’, que je me suis permis une ouverture plus vaste à des gens avec lesquels je voulais travailler, et pour lesquels je n’étais pas une priorité sur le premier album. J’étais un artiste anonyme pour eux. Les choses ont été plus simples sur le deuxième album, et j’en suis ravi. Cela m’a permis de travailler avec des réalisateurs exceptionnels comme Renaud Rebillaud, Skalp(ovich)… Sinon, on a principalement renoué les mêmes contacts artistiques que sur le premier album : le lien entre les deux albums le justifiait. On ne cherchait pas la révolution à tout prix. Peut-être que plus tard, je m’ouvrirai à d’autres collaborations, au moins par curiosité… Ce n’était pas une urgence pour le moment.

– On sait aussi que la légende de la chanson française s’est construite sur des tandems et des familles…

Absolument, comme Bruel et Presgurvic par exemple. Le lien de travail et d’amitié que j’ai avec Nazim est, en ce sens, très puissant et efficace.

– Comment travaillez-vous justement, parce que vous êtes toujours nombreux à être crédités sur chacun des titres ? C’est un mystère pour beaucoup de gens l’écriture à plusieurs…

C’est vrai qu’on ne peut pas s’asseoir à six autour d’un table pour écrire une chanson (rires). Par contre, on a eu des chansons qui se sont écrites en plusieurs temps. Par exemple, des producteurs ont pu nous proposer des boucles qu’on a utilisées, sans aller dans le schéma classique d’une chanson écrite à partir d’un texte et d’une guitare. Une boucle peut nous lancer sur une atmosphère, et inspirer une ligne mélodique, qu’elle soit très sombre, très solaire ou même acoustique. Dans ce cas, il est normal de créditer sur la composition, ceux qui ont fait la boucle. Par ailleurs, on a fait un séminaire de trois jours, au tout début, pour avoir les premières chansons de l’album. De mai à juillet 2016, on avait écrit 4 titres de façon sporadique, et fin juillet s’est tenu ce séminaire, réunissant 8 ou 9 auteurs compositeurs. Je passais d’une chambre à l’autre pour contribuer, et de ces échanges ont résulté des chansons sur lesquelles beaucoup de personnes ont été naturellement créditées.

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– Avez-vous écrit beaucoup de chansons pour n’en retenir que 15 ?

La version collector du disque en compte même 18 ! On en a écrit 23 ou 24 au total. Si je n’étais pas en tournée, on serait facilement arrivé à 40 chansons abouties, mais il a fallu logistiquement adapter les emplois du temps, et à un moment, je me suis dit : maintenant, on arrête d’écrire, même si c’était difficile et qu’il restait des choses à dire. Ce qui m’a fait plaisir, c’est que certaines chansons qui ne faisaient plus partie du tracklisting de l’album, ont pu exister de façon alternative. Par exemple, « Higher », a servi de chanson officielle du film d’animation « Lego Ninjago ». « Qu’est ce qu’on gardera » est une chanson que les gens ont reçu par mail en titre bonus, quand ils ont commandé le pack « spécial fans » de l’album. C’est cool de se dire qu’on n’est pas obligés de mettre les chansons dans un tiroir par faute de place et qu’elles peuvent toujours trouver une seconde vie.

– L’album est très éclectique : balades, acoustique, electro… Correspond-il à l’image de ton public ?

Absolument. Non seulement mon public est varié, mais les expériences que j’ai vécues dans la vie sont très ouvertes, très vastes : je me suis imprégné de tout ce que j’ai pu faire, comme rencontres, voyages, expériences quotidiennes… Je suis issu de cultures très différentes. Depuis petit, ma famille m’a fait énormément voyager, et je côtoie des gens qui viennent d’horizons tellement variés et éclectiques en âge, en fonction, etc. Rien que le fait d’avoir eu une vie de dentiste, et aujourd’hui de chanteur, comme celui d’avoir une vie en France et une autre en Israël, une vie religieuse et une vie athée, sont autant d’expériences qui m’imprègnent et m’inspirent. Ce sont les éléments fondateurs de ces chansons. C’est pourquoi faire un album qui me ressemble vraiment ne peut pas être uniforme. C’est une grande satisfaction de constater qu’un album varié m’attire un public varié. Ca me ressemble et ça me plait.

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– Tu as déclaré que la balade « Anja »  qui clôture « Addictions » était la chanson la plus pertinente de l’album : pourquoi ?

« Anja » concentre en elle beaucoup d’éléments forts : il y est question d’enfance, de guerre, de liens familiaux, de la société, de religion, du monde actuel, en évoquant un histoire qui aurait pu se dérouler il y a 100 ans. parce que ces guerres-là se ressemblent, et amènent des réactions similaires chez les gens. Une enfant qui nait dans une telle atmosphère et se trouve exposée à des choses très difficiles, peut vraiment dénaturer son innocence et le devoir d’un adulte responsable et attentionné est de lui expliquer, lui « vendre » un monde un peu plus gai, plus rose, pour préserver son âme, son enfance. C’est un des rares titres sur lequel je suis juste interprète, mais quand j’ai lu la chanson, j’ai tellement accroché à cette histoire, racontée par des phrases tellement bouleversantes et qui ont déclenché dans mon esprit des associations très fortes avec des choses auxquelles je suis super sensible, que j’estimais que je tenais là une pépite, une perle, qui ne pouvait qu’être l’épilogue de cet album. Sans prétention aucune, d’autant que je ne l’ai pas écrite moi-même, cette chanson me rappelle « Comme toi », de Goldman.

– Tu chantes « Que le temps s’arrête » : es-tu angoissé par l’idée de vieillir ?

Non, quand je dis cela, ce n’est pas par crainte de vieillir que je n’ai pas envie que le temps avance. Simplement parce que l’instant présent m’est très cher. Je savoure des choses tellement exceptionnelles que je voudrais pouvoir appuyer sur pause et en profiter davantage.

– « Il était une femme » est dédiée à ta maman…

Oui, c’est particulier, parce qu’elle était dédiée à ma mère dans un premier temps, mais elle a vécu une évolution au fil de l’écriture. Sans en changer le début, on a pris une direction plus généraliste. Le premier couplet et le premier refrain évoquent la relation d’une maman à son enfant et j’avais évidemment en tête ma mère et les éloges que je voulais lui faire en chanson. D’autant plus que dans le premier album, j’avais dédié une chanson à mon papa. Mais quand on écrit la deuxième partie de la chanson, le thème s’est élargi à celui de la femme en général.

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– Tu chantes aussi « les rues de ma peine » : avec ton personnage souriant et positif, on a du mal à t’imaginer mélancolique…

C’est un aspect de ma personnalité. Je suis un être humain et j’ai aussi des peines. Mais elle reste cohérente avec ce en quoi je crois, et ma façon d’être. Quand je dis, je ne squatterai plus les rues de ma peine, c’est justement pour parler de ce qui se passe après le chagrin, quand on va de l’avant, et qu’on cherche à revenir sur ses pas, à retrouver le bonheur et un certain équilibre. Il y des peines qui nous tombent dessus et qu’on ne peut contrôler, mais ce qui est important est de savoir tourner la page et revenir au quotidien, en étant même plus fort. C’est le message de cette chanson. J’y évoque les problèmes d’un couple qui a entre les mains les solutions pour réparer ce qu’ils ont gâché.

– « Que seront les hommes ? » aurait été écrite au lendemain de l’attentat de Nice…

C’est vrai. Par contre, on n’a pas été inspirés directement par l’attentat. En fait, on était en studio, parce que c’était programmé comme cela, mais pendant quelques heures, on est restés tous muets, sans aucune inspiration, après avoir passé une nuit catastrophique à lire des infos tombaient toutes les minutes, à comprendre l’ampleur de la catastrophe. Aucun d’entre nous n’est arrivé au studio avec le sourire ou même l’envie de travailler : on était vidés émotionnellement, mais on a décidé de ne pas se laisser abattre et accepter que quelqu’un nous empêche de vivre au quotidien. C’est en comprenant qu’on était là pour avancer et penser à demain, qu’on a voulu écrire une chanson Non pas avec pathos et tristesse,  pour dire combien c’est douloureux de perdre des êtres chers, c’est clair pour tous les êtres humains. En revanche, on voulait poser la question de savoir pourquoi on en est arrivés à cela, essayer d’approcher le sujet sous un autre angle, celui du questionnement sur l’élément foncier qui génère cela. On a tous les trois ressenti qu’il y avait un vrai problème avec l’amour. On a voulu questionner l’amour personnifié, pour essayer de le convaincre de revenir à nous, et de nous pardonner, pour que les choses s’arrangent enfin. Il y a un rapport avec les attentats, mais le texte ne l’exprime pas de façon directe et claire.

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– As-tu hésité avant d’impliquer ton épouse Lital dans un duo « Idéale idylle » ?

Je pense qu’elle a plus hésité que moi. En fait, je lui ai demandé de poser une voix témoin sur une maquette, pour l’envoyer à une chanteuse. A son écoute, mon équipe artistique m’a convaincu de ne rien toucher et de garder cette maquette avec la voix de Lital. Au début, j’ai été surpris, parce que ce n’était pas mon projet, même si elle a chanté dans le passé et a très bien chanté sur la chanson. Ils étaient tellement convaincus que je leur ai fait confiance, espérant qu’elle accepte, parce que ce n’était pas prévu comme cela au début.

– Elle est prise au piège maintenant : va-t-elle être obligée de la chanter sur scène avec toi ?

Très bonne question (rires) ! Je ne pense pas, elle a autre chose à faire que de suivre la tournée. Elle a sa vie et son métier, et a autre chose à faire que de venir sur les routes avec moi. Mais ce qui compte, c’est d’avoir pu immortaliser ce moment imprévu qui a surpris toute une équipe de travail par sa spontanéïte et son naturel. C’est le reflet d’un joli moment dont je suis fier.

– Comment protèges-tu ton couple, notamment de la presse people ?

Je n’ai pas besoin de m’en protéger dans la mesure où je n’ai aucune interface avec la presse people : j’ai cette chance de ne pas être suivi par des papparazzi. Je n’ai aucun scandale à vendre (rires) ! J’expose volontiers ma vie d’artiste, mais ma vie privée n’a aucun rapport avec mon métier, même s’il nous arrive de nous présenter à deux dans des événements, comme tout couple qui a le droit de sortir ensemble de temps en temps. Il ne s’agit pas de se cacher non plus. Il y a des limites très claires entre ce qu’on a envie de partager et ce qu’on veut préserver.

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– On te sent assez solitaire dans ce métier ; on te voit peu sur les albums de reprises, les tribute, etc : est-ce par souci de ne pas trop te disperser ?

Je suis très sollicité, et j’ai déjà répondu présent à pas mal de projets, comme l’album de reprises de Delpech, ou celui des Kids United, avec lesquels j’ai chanté. J’avais aussi participé à l’album « Forever Gentlemen », à la sortie de The Voice. Quand on a enregistré « No Vacancy », le duo avec One Republic, avec mon directeur artistique, on s’est dit qu’il fallait peut-être ne pas en faire trop, et qu’après cette collaboration, pendant le temps de l’album, on n’irait pas sur d’autres projets de duos pour que celui-ci garde une valeur. Il faut que les choses aient du sens. C’est vrai qu’en tant qu’interprète, j’aurai toujours envie d’apporter quelque chose sur un projet, mais je suis auteur-compositeur et je n’ai pas envie de me disperser sur des projets qui ne me ressemblent pas.

– Tu as été récompensé aux MTV Awards, NRJ Awards, talents W9, mais bizarrement pas encore aux Victoires de la Musique : existe-t-il deux familles dans ce métier, une populaire et l’autre plus élitiste ?

La question ne se pose pas en ces termes. Je sais pertinemment que ce ne sont pas les mêmes artistes qui sont primés dans les deux catégories, essentiellement parce que le système de vote est très différent. Ce sont deux groupes de votants tellement différents, que par nature, les artistes les plus exposés et ayant de plus importants fan-bases, auront plus de facilité à récolter les votes de masse. C’est par essence le public auquel il s’adresse. Et puis il y a ceux qui sont moins connus du grand public, mais davantage des connaisseurs et vont être mis en avant par les votants aux Victoires de la Musique.  Ce n’est pas une question d’élitisme, puisque j’ai moi-même été nominé à trois mois d’intervalle aux NRJ Awards et aux Victoires de la Musique. J’entends souvent ce point de vue, mais je ne suis pas d’accord, et je ne partage pas cette analyse. J’ai vécu la cérémonie des Victoires et je suis votant cette année, et j’ai pu constater que beaucoup de titres Pop étaient mis en avant. Je trouve aussi très bien que cette cérémonie permette à des projets musicaux moins populaires dans l’esprit, d’avoir une belle exposition.

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– En France, il y a une tradition d’artistes qui font la gueule, dont tu prends le contre-pied avec ton image de garçon souriant et positif : quelle est l’histoire de ton blouson « Always Smile » qui est devenue une marque de fabrique ?

Je voulais avoir une identité de scène. Sans me poser trois mille questions, avant même d’avoir signé en maison de disques, j’avais dessiné ce logo sur des casquettes et des bracelets que je vendais comme un petit merchandising, sur des petites dates de tournées. Et ce symbole que je ne voulais pas lâcher, m’a suivi ensuite. J’aimais le message transmis, même s’il pouvait paraitre un peu naïf. Je ne suis pas complexé par cela. Quand j’ai réfléchi à un habit de scène, j’ai pensé qu’il serait sympa de faire un clin d’oeil à ces objets qui ne sont plus disponibles aujourd’hui. Il ne reste que ce costume qui parle pour moi quand je tourne le dos au public. J’ai vu des centaines de fois des fans qui ont pris une photo du logo, l’ont agrandie, se le sont imprimé sur le dos, etc, parce qu’il n’est pas commercialisé. Peut-être qu’un jour, j’irai vendre ces blousons qui m’ont accompagné pendant 14 mois de tournée, dans tous les theâtres de France, pour une oeuvre de charité, pour leur donner une valeur supplémentaire. En tout cas, cette petite phrase, inventée en 2013, aura fait un joli chemin…

– Après avoir été découvert dans The Voice, accepterais tu d’être coach à ton tour ?

Pas tout de suite. J’ai eu une première expérience dans « La France a un incroyable talent », qui ne m’a pas déplue. Mais c’est différent de s’adresser à des disciplines artistiques variées et lointaines de la mienne. J’ai jugé les candidats en spectateur, et non pas en professionnel qui viendrait les conseiller. C’était plus simple pour moi, de me mettre dans la peau d’un spectateur qui s’exprime. Pour « The Voice », axée sur la chanson, j’estime à titre personnel, que j’ai encore besoin d’expérience dans ce métier avant d’être légitime pour donner des conseils. Il y a des des candidats à The Voice qui ont plus d’expérience que moi, qui font de la musique depuis 15 ans ou plus. Je ne me verrais pas, du haut de mes trois pommes, leur dire ce qu’il faut faire. J’ai besoin de continuer à parcourir les routes et vivre ce métier. c’est trop tôt…

– En revanche, on t’a proposé de concourir dans Danse avec les Stars…

Ouh la, il y a très longtemps. Je ne pouvais pas pour des raisons de planning. C’était il y a trois ans. Depuis, ils ont du remarquer que j’étais en tournée, et ça ne m’a pas été reproposé, car je ne suis jamais linre en fin d’année, période des tournages. Cela dit, j’ai très envie d’apprendre à danser, dans ce contexte ou un autre.

– Tu vas participer aux Enfoirés : as tu hésité avant de dire oui ? Certains artistes s’y refusent ou ne veulent plus y aller…

Quand on me l’a proposé l’an dernier, j’étais dans un TGV, et j’ai sauté de joie. Je ne connais pas les motivations des artistes qui ne veulent pas y participer, car j’en garde un souvenir à 110% positif. Je n’ai pas hésité à dire oui cette année encore, et j’ai déjà enregistré le single des Enfoirés. J’y crois beaucoup et j’ai vécu des moments d’osmose très forts et puissants dans les yeux des gens, heureux d’être là et d’aider la cause. Sans compter les artistes et les bénévoles aussi.

– Tu as aussi été découvert dans la Nouvelle Star en Israël : mènes-tu une double carrière ?

Pas du tout, parce que deux mois après la fin de la Nouvelle Star, je suis parti commencer mes études. J’ai « sombré » dans la chirurgie dentaire pendant six ans, et une fois mes études terminées, plus personne ne se rappelait l’émission.

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– Fréquentes-tu les autres artistes d’origine israélienne faisant carrière ici comme Keren Ann, Yael Naim, ou Tal ?

Avec Tal, on est dans le même label, Warner, et on a fait beaucoup de choses ensemble. C’est vraiment une amie. Ca a été très rassurant pour moi de voir que quelqu’un ayant un peu la même culture, être bien accueillie par le public. Quand j’ai démarré, je n’avais pas beaucoup de repères dans ce métier et elle m’a aidé à en avoir, ce qui a énormément facilité mon intégration. En revanche, je n’ai malheureusement jamais rencontré Keren Ann, Yael Naim ou Asaf Avidan. Par contre, je connais très bien aussi Roni Alter qui démarre chez Warner avec un super titre. En plus, on a vécu dans le même appartement à Paris, puisque j’étais le locataire qui lui a succédé quand elle a déménagé…

– As tu grandi dans la nostalgie de la culture francophone quand tu étais là-bas ?

Oui, bien sûr. J’ai eu une éducation biculturelle, quand on vivait ici, puis quand on est partis vivre en Israël. Ici, maman nous faisait écouter des K7 ou des vinyles de musique israélienne. Et une fois installés là-bas, papa apportait de la musique française. Ils ont tenu à ce qu’on garde à la maison ce qu’on ne trouvait pas à l’extérieur, de façon à rester bilingue et à garder une double culture. Ensuite à partir d’un certain âge, quand est arrivé Internet, je n’ai jamais décroché de ce qui se passait culturellement en France, d’autant plus que je passais tous mes étés ici. Les tubes de l’été que je connaissais étaient les tubes français, pas forcément les tubes israéliens.

– « L’Aziza » de Daniel Balavoine tient une place particulière pour toi…

Ah oui, ma mère nous chantait cette chanson de Daniel Balavoine quand on était petits.

– Tu as enregistré « Désenchantée » de Mylène Farmer et « J’te l’dis quand même » de Bruel, qui figuraient sur ton album en Hébreu…

A l’origine, tout est parti d’un délire avec ma soeur quand on avait une vingtaine d’années. Nos parents nous avaient laissés dans la voiture pendant qu’ils allaient à un rendez-vous. Pour passer le temps, j’ai pris un papier et lui ai proposé de traduire « J’te l’dis quand même », en Hébreu. Je venais de commencer à travailler avec un manager, auquel j’ai proposé, pour commencer notre projet commun, de faire une version en Hébreu de la chanson, puisque j’en avais écrit le texte. Il a dit ok. Il a fait venir un pianiste et la version lui a tellement plu, qu’il est allé trouver Patrick Bruel, qui non seulement nous a autorisés à enregistrer la chanson, mais en plus m’a invité à venir la chanter en duo avec lui. C’était en 2008, j’étais encore étudiant à la fac. Quant à « Désenchantée », c’est encore une histoire assez folle :  j’étais dans une fête de famille pour laquelle j’ai chanté, quand le DJ Offer Nissim m’est tombé dessus. C’est un DJ Electro très réputé dans le monde entier : il a été remixeur officiel de Madonna et Michael Jackson. Il est notamment très connu dans la communauté gay. Comme c’était une fête un peu traditionnelle, avec beaucoup de personnes âgées, tout le monde le regardait déjà comme un OVNI, ne sachant si c’était une fille ou un garçon. Quand il s’est dirigé vers moi, pour se présenter, j’ai failli m’évanouir : je n’avais jamais eu aucun échange avec de telles pointures de la musique. Il a pris mon numéro de téléphone et au bout de quelques mois, sans que je sache vraiment pourquoi, il s’est décidé à me téléphoner et me donner rendez-vous : il m’a parlé d’un projet qu’il avait depuis longtemps, celui de proposer une version Electro de « Désenchantée » de Mylène Farmer. J’ai posé ma voix sur sa version avec grand plaisir. Mais encore une fois, ce sont des projets ponctuels que j’ai réalisés alors que j’étais encore étudiant… Ca m’a permis de toucher à la musique, de faire des expériences assez dingues, mais ce n’était pas mon projet principal.

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Patrick Bruel rejoint Amir sur la scène du Dôme de Paris le 18 juin 2017.

– Quels sont tes rapports avec Patrick ? Est-il un modèle de carrière pour toi ? On parle de toi comme de son héritier…

On est amis et il m’a d’ailleurs rejoint sur scène : c’était une belle façon de boucler la boucle. C’est quelqu’un que j’ai toujours beaucoup admiré. Je ne sais pas si je me calque à 100% sur ce qu’il est artistiquement. Inconsciemment, j’ai sans doute beaucoup appris de lui. Je reprends « Le café des délices » sur toutes les dates de ma tournée. Il y’a beaucoup de points communs dans sa façon d’être et de gérer sa carrière, ses qualités artistiques, qui m’ont toujours beaucoup séduit. Si on dit de moi que je suis son héritier, je le prends comme un grand compliment…

– Tu as repris « Billie Jean » sur scène : pourquoi plutôt la version de Chris Cornell que celle de MJ ?

Pour dire les choses, c’était plus facile et plus dans mes cordes, que d’essayer de défier Michael Jackson sur sa version. Même si je n’ai pas la prétention de la faire aussi bien que Chris, je me sentais moins exposé.

Amir invite Tal sur scène. Ensemble, ils reprennent
Amir invite Tal sur scène. Ensemble, ils reprennent « Billie Jean » , version Chris Cornell, le 17 novembre 2016 à la Cigale

– As tu envie d’écrire pour d’autres, à présent que tu as une team constituée avec Nazim ?

J’ai déjà reçu des demandes qui n’ont pas été prises en main, parce que j’ai eu une phase pendant laquelle, je me disais que si je tenais une chanson dont je serais fier, j’aurais du mal à m’en détacher. Après avoir entendu « J’ai cherché » ou « On dirait », les gens voulaient que je leur écrive des chansons dans cette veine. Or, j’avais l’impression que j’étais en train d’installer ma carrière et qu’il fallait que je garde le maximum de chances de mon côté. Aujourd’hui, c’est moins vital, et c’est plus facile pour moi d’avoir envie de partager des chansons. Le travail sur le deuxième album m’y a aidé : le fait qu’une dizaine de chansons ne rentre pas dans l’album, m’a ouvert à cette idée.

– As-tu des fantasmes d’écriture pour des interprètes particuliers ?

C’est le genre de questions qui me gênent un peu… Ecrire pour Vanessa Paradis ou pour Louane me plairait beaucoup : j’aimerais beaucoup entendre sur mes musiques, toutes ces voix particulièrement touchantes et capables d’explorer des zones ou je vais pas sur mes propres chansons.

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– Tu as donné ton premier concert à l’Olympia de Montréal : comment as-tu été reçu ?

Très chaleureusement. J’étais agréablement surpris. Le public ressemblait beaucoup au public français, même c’était de vrais québécois, pas des expatriés. C’était très réconfortant. On s’était mis inconsciemment dans la tête de devoir faire nos preuves ce soir-là, pour cette première date avec un public nord américain. On a donné le maximum de ce qu’on pouvait donner : on est arrivés sur scène avec une faim de convaincre qui a été communicative, je pense. Le public s’est très vite pris au jeu : il était debout, à chanter et danser pendant 85% du concert : on a tout donné, on a tout reçu. C’était une expérience différente et formidable. Les singles sont tellement passés en radio là-bas que l’accueil a été extraordinaire. Et sur les autres titres qu’il connaissait moins, le public a quand même participé en dansant et tapant des mains, en montrant un enthousiasme qui nous a beaucoup touchés. C’était très stimulant de sortir de nos zones de confort, d’aller à la rencontre d’autres gens…

– Tu remercies Dieu sur ton album : quelle place tient la religion dans ta vie ?

Je suis croyant ; j’ai été élevé dans la croyance. Avant d’être une notion mystique, croire en Dieu signifie avant tout comprendre que l’on n’est pas maitre de ce qui nous arrive qu’il ne faut pas s’octroyer de l’honneur à soi-même pour des réussites dont on n’est pas seul responsable. Il faut garder à l’esprit qu’il y a toujours un facteur extérieur et garder de l’humilité par rapport à cela, ne pas tout ramener à soi. C’est une notion très saine, surtout dans ce métier et dans une dynamique comme la mienne : ça me permet surtout de garder les pieds sur terre…

propos recueillis par Eric Chemouny

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crédit photos : Cyrille Jerusalmi (D.R @VR Consulting.) pour la photo de couverture et photo ci-dessus t-shirt blanc // Yann Orhan (D.R. / Warner Music) pour les photos de l’album « Addictions » // @I_am_Gregg (D.R/JSM) pour les photos de scène avec Patrick Bruel le 18 juin 2017 au Dome de Paris et avec Tal à la Cigale le 17 novembre 2016

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