JOHNNY,

la scène, émois et moi…


Au lendemain de la disparition de l’idole, on a tous eu quelque chose à raconter sur lui, une anecdote, une rencontre furtive, une apparition, le souvenir d’une émission de télé ou d’un duo de légende, un soir de show Maritie et Gilbert Carpentier, un disque, une chanson qui a marqué un moment de vie, mais de toutes nos histoires convergentes, il y a un sujet très sérieux : la scène. Et ce constat, comme une évidence : qu’on aime ou non le chanteur, c’est sur scène qu’il achevait de convaincre les plus sceptiques et de les mettre à genoux. Et sur le coup de la blague, comme un duel bon enfant sur un air de « tu ne peux pas comprendre, tant que tu ne l’as pas vu scène »: il y a ceux qui ont vu Johnny sur scène et il y a les autres. 

151128 Johnny Hallyday à AHA (18) visage flouté

La presse, aidée par les sites spécialisés dédiés à Johnny, a calculé que 29 millions de spectateurs se sont déplacés pour le voir sur une scène de France depuis ses débuts le 16 avril 1960 (à l’Escale de Laroche Migennes). C’est bien sûr un record absolu et les chiffres sont impressionnants, uniques dans une carrière et une vie qui ne le sont pas moins : on parle de plus de 3000 concerts dans le monde, dont 2813 en France. Rien qu’à Paris, ce sont 696 concerts donc 266 Olympia, 144 Palais des Sports, 101 Bercy, 78 Zenith, 9 Stade de France et 7 Parcs des Princes ! Tous mythiques. Et c’est sans compter ceux de la Place de la Nation, de la fête de l’Humanité, ou bien sûr le concert historique de la Tour Eiffel le 14 juillet 2009.

A chaque fois, Johnny s’est donné tout entier à son public, corps et âme, à coeur et à cri, solaire et incandescent, plus solide que le « Rock », il était là à « Sang pour sang » pour les premiers rangs de ses fans les plus assidus, comme pour ceux des derniers strapontins,  des novices aux plus initiés.

J’ai été de ces novices-là, découvrant Johnny sur scène très tard, trop tard et je suis devenu le fidèle que j’ai pu, avec à chaque fois, accompagné de mon appareil photo, et cette douce violence qui transperçait mon objectif, quand je recevais comme un éclair, une décharge, la rencontre avec son regard si bleu.

Johnny, c’était la vie sur scène, mais surtout cette force unique, ce pouvoir surréaliste de vivre aussi sur ses photos : on ne regarde pas une image de Johnny sur une photo, on voit Johnny, on vit Johnny. Alors, modestement, comme un prolongement de mes souvenirs de scène face au monstre sacré, voici quelques uns de mes souvenirs photographiques, clichés imparfaits mais qui expriment la douceur et la force du souvenir.

Je me souviens de ce premier concert au Stade de France, le 29 mai 2009, où sûrement excité par ce premier rendez-vous, j’avais embarqué un peu trop vite mon appareil photo et arrivé au Stade, je me rends compte que j’avais oublié ma disquette : ce premier rendez-vous avec Johnny sur scène était presque raté ! Et des 4 clichés que ma carte mémoire m’a autorisé à prendre, en voici un, photographie imparfaite mais aussi précieuse pour moi que le temps qui nous glisse entre les doigts :

090529 Johnny Hallyday au Stade de France (4)

Et ce soir-là, j’ai compris. J’ai compris qu’il y avait deux mondes: « ceux qui avaient vu Johnny sur scène, et les autres ». J’ai balayé les images de l’homme qui fait partie de nos vies de français, le chanteur des plateaux télés , l’acteur trop discret des plus grands réalisateurs, la star qui habite les médias,  pour découvrir et ne plus retenir que la bête de scène qu’il était, qu’il EST. Exceptionnel. Rare. Viscéral. Populaire. Et si élégant.

Je me souviens aussi de ce soir d’anniversaire, à nouveau au Stade de France, le 15 juin 2012. Je me souviens qu’il pleuvait des cordes, je me suis alors rappelé que « la mort dans l’âme » Jean Claude Camus avait dû annuler le concert à cause de la pluie le 4 septembre 1998. Je me souviens de ce moment de vie et de télévision historique, et je priais pour ce que 15 juin là ne subisse pas le même désastre. Mais en ce 15 juin 2012, Johnny a assuré son concert anniversaire, sous la pluie. Je me souviens qu’elle tombait sur nous, public hypnotisé par l’idole, moi hypnotisé par vous tous, et de vous, j’en ai tiré une de mes photos favorites :

120615 Johnny Hallyday au Stade de France (118)

Et cette fois, j’avais pris soin de ne rien oublier : appareil photo, disquette, mémoire, mon billet, mes yeux et mon coeur. Voici quelques souvenirs de cette soirée exceptionnelle où on a tous chanté sous la pluie d’une seule voix. Je me souviens de ces écrans immersifs, explosifs, aux images apocalyptiques dans une technologie sidérante, et à l’opposé de ce déluge digitalisé, je me souviens de ce petit kiosque à musique au milieu des fans, où Johnny si proche, si présent se mêlait à la foule pour un moment de partage plus intime avec nous et ses musiciens. Souvenirs, souvenirs…

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Je me souviens que quelques mois plus tard, le hasard a fait que je passais des vacances à Tel Aviv quand Johnny a donné son premier et unique concert israélien. Je suis arrivé devant la salle sans trop y croire, j’ai demandé à la petite dame s’il restait bien une place ou deux, et elle m’a sorti la dernière place qu’il lui restait pour trois fois rien. Quand je suis entré dans la salle, à peine plus grande qu’un Olympia, cette place se trouvait presque devant lui. Et là, si loin de France, je me rappelle m’être senti très très privilégié. Johnny, bien que fatigué, est en pleine forme sur cette petite scène, un paradoxe récurrent. Il assure le show, visiblement ému de jouer dans ce pays qu’il affectionne. Il avait pris soin d’aller à Jérusalem avant, pour prier au mur des lamentations, entre autres. Voici quelques souvenirs de cette soirée à commencer par ce billet assez collector si l’on s’en tient à l’orthographe…

israel JH

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Je me souviens de ce soir-là à Bercy, le 28 novembre 2015 ; je me souviens surtout du nombre impressionnant de stars qui venaient le voir, apprendre, vibrer, chanter, vivre le meilleur du Rock, de la scène. Je me souviens de Laeticia, orchestrant toutes ces allers et venues d’amis, d’artistes, qui redevenaient des « jeunes » devant leur « idole ». Johnny, regardait sa femme, ses filles, ses amis souvent pendant ce spectacle, tout en s’offrant littéralement à son public qu’il a traversé une nouvelle fois. On se souvient du même risque qu’il avait pris au Parc des Princes en 1993, pour son jubilé. Mais Johnny n’a peur de rien, pas même de la mort, dont le crâne osseux plombait la scène. Ce soir là, l’homme qui avançait dans l’âge avait parfois les allures de l’ange blond qu’il était encore au début des années 80. J’ai fait cette photo, elle est ratée et j’allais la supprimer, bien que j’aie une réelle attirance pour les photos floues, mais le visage que l’on voit sur cette photo est un mélange du Johnny de 2015 et de celui de ces années 80, troublant, bouleversant. C’est un de mes clichés préférés. Je souhaitais partager cette photo avec vous:

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Et puis, parce que l’amour que l’on porte à Johnny ne sera jamais trop, il y a d’autres photos que je souhaitais aussi partager. En voici une petite sélection:

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Enfin, il y a eu les Vieilles Canailles, le dernier rendez-vous, le 25 juin 2017. Ce soir là, je me souviens qu’Emmanuel et Brigitte Macron avaient affolé la salle. Je me souviens d’avoir ressenti cette urgence pour les trois copains, Eddy, Jacques et Johnny, de jouer et de chanter, comme s’ils savaient que c’était la dernière fois. Je me souviens que Johnny surprenait encore malgré la maladie qui le rongeait déja beaucoup, qu’il laissait les deux autres amis, loin derrière dans l’envie d’avoir envie, qu’il était plus puissant que jamais, rester debout coûte que coûte, et puis au détour de Tennessee, je me souviens des quelques larmes qui ont coulé toutes seules sur mes joues. C’était, je le savais des larmes d’au revoir et d’à Dieu…

Entre mon premier concert de Johnny et celui des Canailles, il s’est écoulé 8 ans, où je me souviens et me souviendrai toujours d’avoir levé les poings liés sur « Gabrielle », d’avoir crié « mourir d’amour enchaîné », d’avoir frappé mon torse pour « qu’on me donne l’envie », d’avoir hurlé sur le « requiem pour un fou »… « un fou d’amouuuuuuur »… et d’avoir été pris d’une émotion instantanée.  Johnny sur scène c’était non seulement une expérience très forte, quasiment indescriptible parce que cela venait de l’intérieur, et c’était aussi un partage, une communion, qui emportait la foule et les fans en même temps que lui-même : il donnait tout au prix parfois d’efforts surhumains. C’était le charisme à l’état pur, magnifié par des mises en scène époustouflantes, surprenantes à chaque fois. Il était unique.

Je n’oserai jamais me prétendre fan de Johnny , aussi je dédie cet hommage, à eux, tous les fans dont les coeurs ont battu à l’unisson… et à ceux qui n’ont pas eu cette chance.

 

Gregory Guyot

 

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credit photos: @i_am_Gregg (D.R/JSM) // selection de photos prises le 29 mai 2009 au Stade de France, le 15 juin 2012 au Stade de France, le 30 octobre 2012 au Nokia Theatre de Tel Aviv, le 28 novembre 2015 à Bercy-Accor Hotels Arena.

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