CARLA BRUNI :

le charme made in France


ACB

Comme son titre, « French Touch » ne l’indique pas, le cinquième album de Carla Bruni, après quatre ans de silence depuis « Little French Songs », dernier opus de chansons originales, est… tout en Anglais. C’est une demi-surprise puisque son deuxième album « Promises » (2005), était déjà un album en Anglais, composé de poèmes de Dorothy Parker, qu’elle avait simplement mis en musique. Sauf qu’ici, bien que reconnue pour son écriture subtile et pleine de malice (elle est au générique des derniers opus de Julien Clerc et d’Isabelle Boulay), elle a choisi de mettre davantage en avant la chanteuse, que l’auteure-compositrice. N’écoutant que son instinct et ses souvenirs d’adolescente, l’ex topmodel reconvertie a choisi de reprendre 11 titres anglo-saxons de légende et d’y apporter sa « French Touch ». On présume au passage que dans sa petite entreprise, la belle Carla vise à séduire un public international pour lequel elle incarne le charme et l’élégance à la française.

Certains pourront trouver la démarche facile, paresseuse, voire inutile et casse-gueule, tant les titres retenus sont des standards mondiaux, archi-connus et encore dans toutes les oreilles dans leur version d’origine : « Enjoy The Silence » (Dépêche Mode), « Jimmy Jazz » (The Clash), « Miss You » (The Rolling Stones), « The Winner Takes It All » (Abba), « Love Letters » (Dick Haymes / Elvis Presley), « Crazy » (Willie Nelson / Patsy Cline), « Highway To Hell » (AC/DC), « A Perfect day » (Lou Reed), « Stand By Your Man » (Tammy Wynette), « Moon River » (Audrey Hepburn, dans le film « Diamants sur canapé » de Blake Edwards), « Please Don’t Kiss Me » (Rita Hayworth dans « La dame de Shanghai »)…

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Pour autant, ce « French Touch » ne manque ni de charme ni de qualités. Loin de là… D’abord, parce que la chanteuse, qui déclare modestement n’avoir voulu que se faire plaisir, sans suivre une logique précise, s’est toutefois entourée du producteur canadien David Foster, rencontré après un concert à Los Angeles, qui compte 16 Grammy Awards et de prestigieuses collaborations à son actif, de Céline Dion à Andréa Bocelli, Whitney Houston, Diana Krall ou Barbra Streisand. « J’avais en tête les deux premiers albums de Sade et Norah Jones, dont le raffinement orchestral m’avait émue. Je souhaitais donc un album un peu Folk, un peu Jazz, un peu intemporel pour tout dire », précise-t-elle pour justifier son judicieux choix. En résulte une luxueuse production, ultra léchée et homogène en dépit de la disparité du répertoire.

Ensuite, la voix délicatement voilée et sensuelle de Carla, tout juste matinée d’un accent français qu’elle ne cherche d’ailleurs pas à gommer, vient renforcer ce sentiment de cohérence, et attester, n’en déplaise à ses détracteurs, qu’elle est une véritable interprète au sens noble du terme, dotée d’une identité vocale forte, sophistiquée et  attachante : du Hard Rock, à la Country ou la Pop, en passant par la Comédie Musicale, aucun style ne semble lui résister, tant ses mots ouatés savent se lover dans les plus complexes mélodies avec une grâce infinie. Il faut dire que depuis qu’elle s’est mis en tête de faire un album de reprises, la Belle s’est attachée à faire sienne les chansons dans son home-studio, au printemps 2015, entourée de ses complices le guitariste Taofik Farah et le pianiste Cyril Barbessol, avant de les enregistrer « pour de vrai » au Studio de la Seine, dans le quartier de la Bastille à Paris, en janvier 2016 : « j’ai tellement tordu, modifié ces chansons qu’à force, j’avais faussement l’impression qu’elles étaient miennes ».

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En témoignent des réussites comme « Enjoy The Silence », devenue une folksong plus intimiste que le tube New Wave aux couleurs synthétiques qui nous fit tant danser dans les 80’s, « HighWay to Hell » hymne Hard-Rock, épousant des rythmes plus chaloupés que l’original, « Miss You », chantée sur un mode Flamenco beaucoup plus nonchalant que par son créateur Mick Jagger, ou « The Winner Takes It All », retrouvant la mélancolie intrinsèque d’une mélodie qu’on n’imaginait plus que sous des apparats Disco. Si la Country (« Ce Blues blanc », comme elle le qualifie) lui réussit plutôt bien sur « Crazy », on ne peut s’empêcher de penser qu’après 10 ans de mariage avec Nicolas Sarkozy, la chanteuse aujourd’hui âgée de 49 ans, aura choisi « Stand By Your Man » un peu aussi pour l’ex Président. On se rappelle qu’elle lui avait déjà dédié l’amusant « Mon Raymond » sur son précédent opus. Cela dit, qu’on ne s’avère pas de lui reprocher d’adhérer au thème de la chanson qui souleva des controverses à sa sortie aux Etats-Unis, pour donner une image de la femme soumise et prête à pardonner tous ses écarts à un homme volage. Il ne s’agit selon elle que du portrait d’une femme amoureuse. Et il suffit de se rappeler ses premières déclarations en tant que Première Dame pour se convaincre qu’elle est une femme amoureuse certes, mais libre et féministe. Car Carla Bruni est de cette génération de super nanas qui veulent tout, comme disait la pub. Oui, so what ?

Eric Chemouny

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crédit photos : Mathieu Zazzo (D.R. / Barclay / Universal Music)

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