JULIEN DORÉ :

« je suis un hypersensible. »


Depuis la sortie de son album « & »  et grâce au succès des extraits, « Le Lac », « Sublime et silence » et « Coco câline », Julien Doré a fait souffler une véritable Dorémania sur la France. A l’occasion de ses prochains concerts à l’Accor hôtel Arena, les 15 et 20 décembre prochains, clôturant une tournée triomphale, nous avons rencontré l’artiste à fleur de peau : il est revenu en exclusivité pour JSM sur une année d’exception dans sa jeune carrière !

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Pourquoi avoir intitulé ton quatrième album «& » ?

Ce titre « & » est un signe, un logigramme, un dessin en soi, mais aussi un mot. C’est assez rare. Il peut être lu et n’existe quasiment jamais seul. Au départ du disque, quand j’ai écrit la toute première chanson « Sublime et silence », elle s’est très vite imposée comme le berceau de ce disque, celle qui lui donnait tout son sens. Pendant quelques temps, j’ai même envisagé de l’intituler « Sublime et silence ». Mais il se trouve que depuis mes débuts, je me suis imposé un petit dogme, comme il en existe dans le cinéma que j’affectionne, celui de Lars Von Trier, entre autres : je me suis promis que les titres de mes albums se limiteraient à un mot, sans que ce soit le titre d’une chanson du disque. J’ai donc oublié cette idée de départ, pour ne retenir que le mot « Et », que j’ai commencé à dessiner dans mon carnet. Petit à petit, l’idée à fait son chemin. Au fur et à mesure que j’écrivais mes textes, cet esperluette est devenu récurrent et cette trace dessinée entre les mots a pris tout son sens, par rapport à ce que mes chansons racontaient, notamment autour de la notion de lien avec l’autre.

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Sur ton précédent album, tu donnais déjà l’impression d’avoir une approche à la fois musicale et visuelle de ton travail, avec ce « O » barré…

C’est vrai, j’ai une approche globale que je vois comme la traversée d’un univers. Je le mesure encore davantage aujourd’hui. J’ai une chance inouïe de vivre de ma passion et d’avoir une utilité, quand j’écris des chansons, que je monte sur scène. Je suis dans le partage, dans le lien aux autres, qui ne sont pas des mots ou des notions si courantes au quotidien dans notre monde. J’aime l’idée de proposer un univers qui va au-delà des chansons, avec toute une imagerie autour de ma musique, dans laquelle j’injecte tout autant d’énergie. C’est une chance de pouvoir investir des formats qui ne sont pas forcément habités par les artistes en général. Ce n’est pas grave en soi : il y a des gens qui se contentent d’écrire des chansons ou qui ne sont qu’interprètes et le font très bien. Personnellement, j’aspire à aller plus loin.

– Tu veux dire que tu es à l’origine de cette pochette incrustée d’un « & » ?

Totalement. Cette recherche représente trois mois de travail, pendant l’été 2016, juste après l’enregistrement des chansons. A partir d’un cutter et d’un bout de carton, j’ai fait des découpages et très vite, j’ai envisagé d’avoir des pochettes interchangeables pour que chacun choisisse son humeur d’approche du disque. Ce « & » est devenu une serrure et non plus un titre fixe. Je me suis dit que finalement, on n’avait pas encore écouté les chansons comme il fallait le faire, car c’était au travers de l’objet qu’on allait plonger dans la musique. C’était un symbole qui donnait encore plus de légitimité à ce titre et à cette façon de l’appliquer en négatif sur la pochette. Le titre de l’album n’existe pas en fait. En tout cas, il n’est pas là concrètement et n’apparait jamais, sinon sous forme d’un masque, d’un négatif, d’une serrure. J’aimais beaucoup cette idée. Je trouvais jolie cette absence.

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Musicalement, quelle évolution as-tu voulu apporter, au-delà de la touch JD qui s’est désormais stabilisée dans l’esprit et l’oreille du public ?

Il y a une filiation indéniable, c’est vrai, parce qu’une histoire d’amitié est née sur le précédent album entre moi et les camarades avec lesquels je compose et co-produis les chansons, d’Antoine Gaillet au groupe Omoh, Baptiste et Clément, Darko, Arman Méliès… Elle s’est remise en question et en danger sur « & ». Il y avait entre nous, un fil conducteur sur la façon de soigner les compositions, les arrangements, et en même temps une ouverture vers un peu plus de liberté. On avait enregistré le précédent en trois semaines. Sortant de « Bichon », qui n’avait pas forcément été un succès commercial, on avait fait les choses un peu au hasard, de façon très instinctive. Ici, on a disposé de davantage de temps pour l’enregistrer dans le chalet de mon enfance. Le fait d’y avoir passé un an, de peaufiner les chansons, et de les produire au fil des quatre saisons, a conféré un soin particulier à notre travail.

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Tu as écrit et enregistré cet opus dans le chalet de ton enfance, à Saint-Martin-Vésubie : as-tu éprouvé le besoin de t’éloigner de Paris après le succès du précédent opus ? 

Non, franchement, quand un travail génère autant de jolies caresses, de voyages, avec plus de 170 dates de concerts, des récompenses aux Victoires de la musique, etc, cela n’apporte que des sourires et de la fierté pour moi et mon équipe. Bizarrement, je mesure cette chance et ça ne me met aucun pression. C’est quelque chose que je me suis imposé depuis longtemps dans ma façon de voir la vie : quand on a la chance de faire ce qu’on aime, il faut aller au bout des choses avec toute son énergie et son envie, en ayant conscience qu’au final, l’échec ou la réussite ne nous appartient pas. On ne décide pas du résultat. Quand on comprend cela au quotidien, le regard sur la vie change totalement. Bien sûr, le mot spleen revient souvent dans mes chansons : mon métier m’accorde assez de temps pour me laisser submerger par de grands doutes, sur cette chance, mon utilité, ma condition d’être humain. Le pessimisme de notre époque me fait parfois extrêmement peur et c’est une façon de le fuir.

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– As-tu été flatté ou rassuré que les Inrocks te consacrent leur couverture et un large article bien avant la sortie de l’album ? 

C’était surtout la première fois que je parlais de l’album, avant même sa sortie et dans le lieu même de son enregistrement, que je venais de quitter.  On a passé deux jours dans le chalet avec les journalistes. C’était vraiment un sentiment très étrange et une façon inhabituelle de commencer la  promotion d’un disque.

As-tu conscience que tu es un des rares artistes à pouvoir faire le grand écart entre les Inrocks et Télé 7 Jours ? A quoi l’attribuer dans ton positionnement artistique ? 

Je ne l’analyse pas : c’est comme ça que j’ai grandi. On ne m’a jamais inculqué le principe de bon ou de mauvais goût dans mon éducation. J’ai commencé à découvrir des versants de la musique, du cinéma ou de l’histoire de l’art, quand je suis rentré aux Beaux Arts, à 18 ans. Pour autant, ma vie culturelle d’avant n’était pas moins joyeuse ou nourrie. Je suis le résultat d’un ensemble de choses et d’influences, de milieux dans lesquels je me suis construit, entre les Beaux Arts, mais aussi les chantiers sur lesquels je travaillais en parallèle quand je vivais dans le sud. Je me suis jamais posé la question d’une zone de bon goût où je serais à ma place. J’ai l’impression que ces frontières sont d’ailleurs de plus en plus floues. Je ne m’embarrasse pas de toutes ces questions : ce qui compte pour moi est la rencontre. Quand j’ai écrit une chanson pour Françoise Hardy, comme « Normandia », qui est pour moi une des plus belles que j’ai écrites, elle m’a proposé de la réaliser moi-même sur son disque. Je suis allé donc en studio avec mes gars, et deux semaines plus tard, on était à une fête de la musique en Belgique, avec Chico et les Gispy Kings, pour revisiter à leur sauce « Boys Don’t Cry » de Cure. C’est le même sourire et la même joie qui m’animent dans les deux cas. Je ne me pose pas la question de savoir si un jour Françoise Hardy et Chico et les Gipsy Kings se sont croisés. Dans mon rapport aux médias, c’est la même chose. Seule la rencontre importe ; je me fiche totalement du cadre. Si on commence à réfléchir au cadre dans lequel on va s’exprimer, cela travestit notre façon d’être et le message que l’on veut passer. Or je réponds aux questions parce que j’ai simplement envie que ma musique voyage…

Depuis la sortie de l’album, tu as fait de nombreuses couvertures de magazines : es-tu à l’aise avec cette Dorémania ? 

C’est très bizarre, mais je suis très apaisé par rapport à cela : ce sont des choses qui vont et viennent. Il peut se passer plusieurs mois entre l’enregistrement d’une émission de télé et sa diffusion, une interview et sa parution. Je ne contrôle pas ce rapport au temps et ce risque qu’on me voit beaucoup à un instant T. Et même si c’était le cas, on sait aussi aujourd’hui que les choses passent assez vite. Tout ce qui compte pour moi est de savoir qu’à telle période, je serai sur scène. Si j’ai la chance que le public réponde présent, c’est tout ce qui restera pour moi.

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Parallèlement à la sortie de l’album, le clip de ta reprise de « La Javanaise » destiné au marché japonais, a provoqué le buzz sur le net : pourquoi avoir choisi cette reprise plutôt qu’un titre de ton répertoire ? 

C’était un clin d’oeil à «SS in Uruguay », que j’avais repris sur « Ersatz », mon premier album, une sorte de carte postale de France que je voulais envoyer avant de partir. Quelques jours après, je partais en effet au Japon pour accompagner la sortie du disque. C’était la première fois que j’allais vivre cette expérience. J’y étais déjà allé jouer, mais jamais un de mes disques n’y était sorti. C’était symbolique et à double sens. Quand j’ai discuté avec le boss du label là-bas, je me suis rendu compte que le rapport des japonais à la France, c’était Barbara, Catherine Deneuve, Serge Gainsbourg… Or, j’avais enregistré « La Javanaise », et j’adorais la façon dont on avait réarrangé la chanson avec Omoh, Baptiste et Clément, mais je ne pouvais la mettre sur le disque. L’offrir aux japonais était l’occasion rêvée de la faire exister. Quant au clip, on était dans le chalet pendant l’enregistrement avec mon pote Brice VHD, avec lequel on réalise tous mes clips. On a imaginé un plan-séquence, comme on venait de le faire sur « Mon écho ». J’avais mis mon mini short et les choses se sont faites naturellement, guidées par la simple envie de nous marrer. J’étais halluciné de voir que le clip provoque tant de réactions, d’autant que quand il est sorti, je commençais à faire exister « Sublime et silence », totalement à l’opposé. Je gère moi-même mes réseaux sociaux, et quand j’ai posté cette vidéo, je n’imaginais pas une seconde ce qui allait se passer. C’était un versant humoristique de mon approche de la chanson ; je ne me prends pas au sérieux et je l’ai déjà montré dans le passé sur d’autres vidéos comme « Les limites ».

Avez-vous écrit beaucoup de titres pour n’en retenir que 13 ?

Oui, et c’est la première fois. Sur le précédent album, toutes les chansons écrites figuraient sur l’album. Il n’y en a pas eu une de plus. Sur celui-ci, sans doute parce que j’ai pris plus de temps, j’ai du écarter cinq chansons, que j’aime beaucoup d’ailleurs. Elles auront une vie, plus tard…

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Le choix de Pamela Anderson, partenaire du clip « Le Lac » a aussi suscité beaucoup de commentaires… 

Tant mieux ! Ce qui m’intéressait sur ce clip, c’était d’être seul pendant trois minutes et de mettre en valeur la nature qui m’entoure, cette Camargue et les Cévennes qui m’avaient offert leur espace pour écrire les chansons. Toutes les images ont été captées au moment même où je faisais le disque. C’était une chance de pouvoir vivre les choses en simultané. Cette chanson est habitée par ces images avec ce personnage de cartoon qui se ballade sur sa petite moto, au milieu d’éléments plus puissants et imposants que lui. Sur cette chanson d’amour, je ne voulais pas que figure une amoureuse potentielle, mais plutôt qu’apparaisse une sirène fantasmée sortie des eaux. Quand j’écrivais le scénario du clip, le pont de la chanson, pendant lequel je pose la moto, j’ai dit à Brice qu’il fallait prioritairement montrer le décor qui a nourri ce disque, et seulement à ce moment-là, faire émerger une icône de ce miroir écorché. On a réfléchi à une incarnation de cette féminité et au même moment, on l’a vue chez Laurent Ruquier avec Paul Watson, fondateur de la Sea Shepherd Conservation Society. Après avoir été dans « Alerte à Malibu » à l’origine de mon éveil à la sensualité, je l’ai totalement redécouverte, à me parler de choses qui me concernent aujourd’hui, comme la protection des océans, la cause animale, l’environnement…. Je me suis dit : quelle réapparition dans ma vie ! Ses mots et son combat au travers de sa fondation me parlaient plus que jamais. Le lendemain, j’ai vu comme elle a été huée et chahutée à l’Assemblée Nationale par l’incarnation du masculin au pouvoir, toujours à l’opposé de ce que j’aimerais que les hommes soient. Surtout quand ils ont du pouvoir et sont censés nous représenter. J’étais outré par leur misogynie et leur vulgarité. C’était pathétique. De toute façon, dès qu’il s’agit d’écologie, de culture ou d’éducation, qui sont pourtant les trois piliers de la société pour le futur, on réalise à quel point les hommes de pouvoir évitent le sujet, comme on cache la poussière sous le tapis. Bref, il m’est apparu évident qu’il fallait qu’elle apparaisse dans le clip, mais je ne savais pas comment la contacter. On a finalement réussi à lui proposer le projet. Je lui ai traduit le texte, exposé le sens de la chanson et précisé qu’elle n’apparaitrait qu’à la fin, pour ne pas surexploiter son image, et ne surtout pas l’utiliser comme l’héritage de ce fantasme qu’elle a incarné. Je la voulais belle, mais dans sa féminité d’aujourd’hui. On s’est compris et c’était une jolie histoire au final. Au-delà de l’effet de surprise, j’aime les raisons profondes qui l’ont provoqué. Il y a eu une jolie synchronicité dans cette succession d’événements.

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Pourquoi avoir fait appel à Juliette Armanet sur « Corail », bien avant la sortie et le succès de son album « Petite amie » ? 

Je l’ai découverte et rencontrée grâce à mon bassiste Edouard, avec lequel je travaille depuis mes débuts. Sur la précédente tournée, il m’a parlé de sa voisine qui avait enregistré une chanson, « L’amour en solitaire ». J’ai écouté ce titre dans ma loge, sans savoir qui était Juliette, et j’ai été percuté par sa voix, le texte, la prod’. C’était une version assez Electro de la chanson, mais j’étais troublé qu’une fille de ma génération écrive avec ces mots. J’aimais cette façon d’écrire en Français, assez pure et intemporelle. Je lui ai proposé des premières parties, seule au piano. J’ai alors découvert une fille qui avait aussi beaucoup d’humour en live et un peu le même rapport au public que moi, avec cette façon d’improviser, de les faire participer avec quelques pics. Et puis j’ai découvert les chansons de son EP, et celles de l’album. J’ai très vite eu le sentiment de reconnaitre en elle une petite soeur. On s’est rapidement très bien entendus. Elle a débarqué avec des textes et des chansons très fortes, mais aussi et surtout avec un univers très abouti, jusqu’aux visuels, aux décors… Toute cette génération qui arrive fait beaucoup de bien à la variété française.

On parle d’elle comme d’une héritière de Véronique Sanson avec laquelle tu as chanté « Amoureuse » en duo dans Taratata : on t’a senti très intimidé…

Oui. Avec Véronique, ça fait plus d’un an qu’on s’est rencontrés. On a une jolie relation : on s’appelle, on s’envoie des messages, on discute de choses et d’autres. La photo prise aux Victoires de la Musique symbolise pour moi la force de notre lien. J’allais chanter « Sublime et silence » quand elle m’a tendu la main. Je connais son histoire, ce qu’elle a traversé en tant que femme, et raconté au travers de ses chansons : sa force et son courage m’impressionnent. Quand on a enregistré ce duo, elle fêtait le jour-même les 45 ans de la sortie du disque, et elle ne l’avait jamais chantée en duo. Ca faisait beaucoup de symboles. Je suis un hyper sensible et à ce moment-là, j’avais du mal à trouver ma légitimité. J’avais juste envie de l’écouter chanter. Ce souvenir reste très fort et c’est impossible pour moi d’en regarder les images.

JD LIVE AMIENS BEST-42 (c) Goledzinowski

Tu m’as confié qu’après avoir écrit des chansons pour Sylvie Vartan ou Françoise Hardy, tu te sentais de taille, avec ton équipe, pour produire des albums entiers : as-tu des projets en ce sens ?

J’en rêve, mais tout est question de connections, de timing. Ce temps potentiel, je ne pourrais en disposer qu’à la fin de ma tournée en décembre. J’ai des tas de phantasmes de production même si je sais, en le disant, qu’il y a peu de chances qu’ils se réalisent : Christophe ou Etienne Daho sont les deux artistes masculins pour lesquels je serais prêt à tout arrêter pendant deux ans pour me consacrer à un de leurs disques. Côté femmes, j’aurais plutôt envie de travailler avec une chanteuse qui n’aurait jamais rien fait. Sans vouloir donner l’image d’un vieux coach, j’aimerais pouvoir lui apporter mon expérience, lui expliquer comment les choses vont se passer, et l’aider à le vivre au mieux. Mon passage dans la Nouvelle Star et mon expérience me donnent aujourd’hui cette légitimité. Ce serait un rêve pour moi, à condition qu’elle écrive et compose, même si je pourrais participer aux chansons. C’est essentiel pour moi qu’elle ait ses mots, ses envies de mélodies.

Tu as beaucoup écrit pour des femmes (dont dernièrement Louane), mais aussi pour Julien Clerc et Johnny  Hallyday sur «Rester vivant » : comment s’est passée la rencontre avec « le patron » ? 

La rencontre a été très impressionnante. Entendre quelqu’un comme Johnny chanter tes mots, ne laisse pas indifférent. Malheureusement, je n’ai pas pu être là en studio, alors que j’avais envie de lui donner le maximum de moi-même. En proposant ma maquette, je savais comment j’entendais la chanson pour qu’elle sonne, et j’aurais rêvé passer du temps avec lui pendant l’enregistrement. Et puis juste après, j’ai eu la chance de chanter « L’idole des jeunes » en duo avec lui. J’étais très impressionné, comme avec Véronique Sanson. C’est un immense artiste. L’histoire n’est peut-être pas finie : je suis prêt à lui écrire encore plein de chansons…

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Es-tu ressorti blessé de la polémique qui a accompagné le clip « Sublime et silence », accusé de plagiat du groupe de métal industriel Herrschaft ? 

Dès que tu fais un clip en noir et blanc avec des motos, tu peux ressortir des tas de clips reprenant le même type de plans. Dans cette logique, on peut reprocher à n’importe quel film d’avoir piqué des plans à un film culte de référence. Cette histoire était ridicule : si un jour je devais piquer des idées, en dehors de Wim Wenders ou Lars Von Trier ou Alejandro Jodorowsky, chez lesquels je suis peut-être allé chercher certaines influences, je n’irais pas les emprunter à un groupe qui avait 100 vues de leur video sur Youtube. Par contre, je me suis renseigné sur le fond des choses et comment cette rumeur est née pour faire exister le clip d’un groupe que je ne connaissais pas et que je respecte d’ailleurs. Ca m’a saoulé au début, et puis j’ai fini par en sourire : ok, ça leur a peut être fait 1000 vues de plus, et puis voilà. Il suffisait pourtant de voir notre travail jusqu’ici avec Brice, pour réaliser que nous n’avons besoin de personne pour faire des clips originaux. D’ailleurs, quand je me suis inspiré du clip de Gainsbourg « Chez les yéyés », par Jean-Christophe Averty avec Jean-Pierre Cassel pour celui des « Limites », je ne me suis pas privé de le revendiquer. Au contraire, j’en étais très fier. J’aurais totalement assumé de m’être inspiré de ce groupe, si c’était le cas. De plus, il faut avouer que leur vidéo est quand même très spéciale et éloignée de mon univers…

JD LIVE ROUEN BEST-56 (c) Goledzinowski

Quand un spot de pub pour le tourisme régional en Occitanie utilise la musique de la chanson « Le lac », exiges-tu un droit de regard sur le story-board ? 

Oui, j’en étais soucieux, d’autant plus que j’ai accepté que ma musique soit utilisée à titre gracieux parce que c’est ma région. On m’a contacté pour savoir si elle pouvait utiliser un instrumental : je n’ai pas hésité et j’ai cédé les droits, puisque la pub donnait envie de venir visiter ma région, la Camargue, les Saintes Maries de la mer, Arles, etc. Tout cela avait un sens très fort pour moi.

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Sais-tu que le créateur américain de ta veste militaire à tête de loup a été dévalisé par tes fans, à sa grande surprise ? 

Ah oui ? (rires). L’histoire autour de ce vêtement est folle ! Je viens d’apprendre l’existence de ce fournisseur depuis peu, grâce à un article qui lui a été consacré. Quand j’ai décidé de partir en montagne, j’ai émis le souhait d’avoir une petite moto, sans savoir qu’elle allait devenir un symbole de l’album. Puis, je suis allé en magasin acheter un casque doré. Enfin, j’ai voulu porter la même veste sur les images pour qu’il y ait une certaine unité visuelle. Je suis parti sur une veste que l’on voit dans le documentaire, avec des cerfs, un peu fluo, mais qui m’a paru finalement trop Electro. J’ai tapé sur Google : « vintage army jacket ». Je ne voulais pas qu’elle fasse veste de chasseur et je suis tombé sur l’image de cette veste, qui ne m’a pas orienté vers ce fabricant, mais vers Pinterest, qui référence plutôt des tendances. Je l’ai trouvé super, avec ce loup, symbole du parc national du Mercantour. Je suis allé au surplus militaire près de chez moi, m’acheter une veste et j’ai imprimé une tête de loup sur Google, pour la transférer au dos. Et au final, cette veste est devenue avec la moto et le casque doré, un des symboles du disque. Les gens m’ont demandé s’ils pourraient la trouver en merchandising, ce qui n’était pas prévu. Et voila que j’apprends en lisant cet article, qu’une française installée aux Etats-Unis fabriquait cette veste dont je me suis inspiré, et devenue apparemment très recherchée…

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A l’instar des artistes des années 60, tu es une icône de mode, au point qu’à tes concerts, on entend les pro-chignons, et les anti-chignons qui s’expriment ! 

Non, c’est vrai ? (rires). Je n’en ai pas du tout conscience. A un moment, dans le show, quand je joue « Romy », je suis tellement trempé qu’il faut que je puisse voir mes doigts sur le clavier. Je suis obligé d’attacher mes cheveux, pour ensuite les relâcher sur « On attendra l’hiver », mais je n’entends pas les réactions du public à ce sujet.

JD LIVE ROUEN BEST-31 (c) Goledzinowski

– Comment imagines-tu tes premiers Bercy / Accor hôtel Arena, les 15 et 20 décembre, après une tournée triomphale : vas-tu aborder ton tour de chant différemment ? 

On a déjà beaucoup joué dans les Zénith, et aussi sur les festivals d’été, sur lesquels, chaque soir était différent en fonction de l’heure à laquelle on jouait, des artistes programmés avant et après nous, du décor environnant. Cela nous a permis de faire évoluer les choses en permanence. Sur la tournée précédente, lorsque j’ai joué au Zénith de Paris, après avoir joué dans des théâtres et centres culturels, je m’étais dit : « ne te mets pas à inventer des trucs pas possibles pour t’adapter à la salle. Vis les choses de la même façon». Donc, il n’y a a priori pas de raison pour que la setlist change radicalement à Bercy, hormis peut être la présence d’invités ou quelques surprises, parce que ce seront les dernières dates. L’approche de l’espace, certes plus grand, sera la même. Ce sera à moi de la gérer de la façon la plus simple possible. Commencer le tour de chant avec « Magnolia » dans des Zénith n’a pas été un obstacle à l’intensité du moment. Dans aucun théâtre, je n’ai ressenti l’émotion, la tension, la qualité d’écoute, qui flottaient à Forest National à Bruxelles, quand 9000 personnes attendaient le bon moment pour chanter avec moi : don’t be afraid… L’intimité, le ressenti ne dépendent que de soi, et non de la taille de la salle. J’ai la chance qu’avec mon groupe, on sait comment travailler et prendre soin de ces choses-là. Je n’arriverai pas en fusée à Bercy : je repars déjà en moto, avec un « & » de 12 mètres de haut et un piano qui vole sur scène. Mon décor est finalement déjà dimensionné pour un Bercy. Simplement, ce sera une date plus symbolique, parce que ce sera la fin de la tournée. Je tâcherai d’en faire une fête, et ne pas me laisser submerger par l’émotion…

Propos recueillis par Eric CHEMOUNY

 

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photos: Goledzinowski (D.R / Columbia / Sony Music France) / Gregory Guyot (D.R / JSM) pour la photo de Julien Doré avec Juliette Armanet prise au Zenith de Paris le 11 mai 2017.

4 réponses sur «  »

  1. Bravo pour ce superbe article revenant sur la création de & …mais aussi Merci d avoir posé des questions inédites. ..c est un plaisir de lire julien se confier en toute simplicité. ..& vivement la suite de l aventure. .lisbeth

    Aimé par 2 personnes

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